TÉLÉGRAPHIE SPÉCIALE DES CHEMINS DE FER
Sur une voie ferrée, toutes les stations sont reliées par des fils conducteurs, et munies d'appareils télégraphiques à cadran du modèle décrit page 113 et suivantes. Les chefs de station peuvent ainsi se tenir en correspondance, et se transmettre mutuellement tous les renseignements exigés par une bonne exploitation. Ces télégraphes à cadran rendent certainement de grands services aux compagnies de chemins de fer; mais ils sont insuffisants pour assurer, dans tous les cas, la sécurité de la voie ferrée. Dans le but de diminuer autant que possible les chances de collision, on a imaginé, dans ces derniers temps, une foule d'appareils télégraphiques spéciaux destinés à indiquer le nombre et le sens des trains en marche, à signaler les accidents survenus sur la voie et à hâter l'arrivée des secours ; nous ne parlerons ici avec quelques détails que de ceux de ces appareils dont l'efficacité a été démontrée par l'expérience;
Appareil mobile*
M. Bréguet a modifié son appareil à cadran de manière à en faire un poste tout organisé à Tavance, qui peut être placé sur un train en marche. Lorsqu'un accident arrive sur un point quelconque de la voie, le chef de train peut en avertir le chef de la station voisine et demander des secours.
L'appareil (fig. 69) est contenu tout entier dans une ix^ite de bois cubique, de 27 centimètres de côté. La pile, composée de dix-huit petits couples, est constamment chargée et logée dans le fond MM de la boite, au-dessous du manipulateur. La lame P communique avec le pôle positif, et la lame N avec le pôle négatif de la pile ; une boussole B est placée dans le circuit. Le mouvement d'horlogerie et l'électro-aimant du récepteur sont logés derrière la planche verticale qui porte le cadran.
Des boutons métalliques et des bandes de cuivre incrustées dans les planches de la boîte complètent les communications ainsi qu'il suit :
La vis de contact v communique d'une manière permanente avec le pôle positif P de la pile.
La vis de contact v\ contre laquelle appuie le levier nobile du manipulateur à l'état de repos, communique avec le bouton V, et par son intermédiaire, avec une des extrémités du fil des bobines de l'électro-aimant du récepteur.
Le levier mobile du manipulateur communique, à travers la masse métallique de l'appareil, avec la bobine C et le fil L.
218 • APPAREILS TÊliGRAPHIQUES.
Le pôle négatif N de la pile communique avec un bouton V, auquel aboutit Vautre extrémité du fil des bobines de rélectro-aimant du récepteur; ce bouton V, d'ailleurs, communique avec la boussole B, la bobine C et le til T.
Lorsque le train muni de cet appareil est arrêté dans sa marche par un accident quelconque, on exécute la manœuvre suivante :
Un employé soulève le couvercle K de la botte de Tappareil, attache le bout libre du fil L de la bobine C à l'extrémité d'une canne à tirage, et va fixer le crochet métallique de Tautre extrémité de la canne au fil qui établit la communication entre les diverses stations des chemins de fer. Le fil T de la bobine C est mis en communication avec la terre, au moyen d'un coin de fer enfoncé entre deux rails. Dans cet état, l'appareil est prêt à marcher; il est en communication avec les récepteurs des deux stations entre lesquelles le train est arrêté.
L'employé tourne alors la manivelle du manipulateur, et l'arrête sur une position telle que l'extrémité du levier mobile appuie contrôla vis de contact v; si les communications sont bien établies, le courant passe, et l'aiguille de la boussole est déviée. Cette vérification étant faite, il ramène la manivelle sur la croix du cadran.
Le courant envoyé par le poste mobile s'est nécessairement bifurqué, et a mis en mouvement les sonneries des deux stations entre lesquelles le train est arrêté. L'une des deux stations répond la première; les signaux arrivent à la fois à l'appareil du train et à celui de l'autre station. L'employé du ti^ain empêche alors les deux sta-
lions d^entrer en correspondance ; il coupe leur conversation en faisant exécuter à la manivelle de son manipulateur un tour entier de cadran; puis il prévient que
Fig. 69.
c'est le télégraphe du train qui demande la correspondance.
Un fil supplémentaire, qui vient se fixer entre la boussole B et la bobine C, permet d'établir la communication directe avec la terre, sans que la bobine C entre dans le
circuit. On reste donc toujours maître de réglef Tintensite des courants échangés entre le j)oste mobile et la station correspondante.
La pile devait nécessairement être modifiée et prot^ée contre les effets des secousses qu'elle éprouve quand le train est en marche. M. Bréguet emploie des couples de Daniell dont l'élément zinc est entouré de sable humecté avec de l'eau, et l'élément cuivre de sable mouillé avec une dissolution saturée de sulfate de cuivre. On peut aussi se servir d'une pile de Daniell ordinaire, en ayant soin de fermer exactement les ouvertures des vases de verre et des cylindres de terre poreuse avec des bouchons de liège.
Les appareils télégraphiques mobiles de M. Bréguet peuvent encore recevoir une autre destination : ils permettent d'improviser un poste provisoire sur un point quelconque de la Ugne. Ces appareils sont donc appelés à rendre de grands et nombreux services aux compagnies des chemins de fer, qui doivent toujours en avoir un certain nombre à leur disposition sur toutes les lignes.
Appareik de M. &egnaalt.
Dès 18^7, M. Regnault, chef du mouvement au chemin de fer de l'Ouest, proposa l'emploi d'appareils destinés à assurer la sécurité des voies ferrées. Son système comprend nnindicateur des trains et un appareil de demande de secours.
iB4ie«te«r étm trates. — Le but de cet appareil est : i"" d'empêcher deux trains de marcher en sens contraires
APPARBILS DE If. RBGNAULT. 221
entre deux stations consécutives d'un chemin de fer à voie unique ; 2° d'empêcher toute collision entre deux trains marchant dans le même sens, sur une même voie ; 3* d'indiquer d'une manière pennanente, visible pour tous les agents des deux gares entre lesquelles circule un train, la présence de ce train, ainsi que le sens de sa marche. M. Regnault a donné de ce triple problème une solution très simple et très satisfaisante.
La figure 70 représente l'appareil dans sa boîte de bois, tel qu'il existe dans les gares des chemins de fer. A la
Fig. 70.
partie inférieure sont deux boutons poussoirs : le bouton marqué D sert à signaler à la gare correspondante le départ d'un train qui marche vers elle; le bouton marqué A sert à avertir la gare correspondante que le convoi signalé est arrivé. A la partie supérieure de Tappareil sont deux aiguilles ï, r, verticales à l'état de repos, et qui ne peuvent s'incliner que dans le sens indiqué par les flèches. L'aiguille 2, placée au-dessus du bouton A, prend le nom d'aiguille indicateur; c'est elle qui sert à signaler
i'22 APPAREILS TÉLÉGRAPHIQUES.
l'approche d'un convoi. L'aiguille r, placée au-dessus du bouton D, prend le nom d'aiguille répétiteur; elle sert à inrliquer que le signal transmis est arrivé. Une gare tète de ligne n*a qu'un appareil ; une gare intermédiaire en a deux indépendants, l'un communiquant avec la gare qui la précède, l'autre avec la gare qui la suit.
La figure 71 représente l'intérieur de l'indicateur, la composition d'un poste A tête de ligne, d'un poste B intermédiaire, et les moyens de communication de ces postes. Le poste A tête de ligne n'a qu'un appareil X qui correspond avec l'appareil Y du poste B par le fil de ligne L, L, L; indépendamment de l'appareil Y, le poste li a un seox)nd appareil X' complètement indépendant dn premier, et destiné à communiquer avec la gare suivante.
Chacun de ces appareils se compose d'un manipulateur fixé sur un socle de bois horizontal, et d'un récepteur à deux aiguilles fixé sur une planche de bois verticale (1).
Le manipulateur se compose de trois lames métalliques élastiques V, V, V"*, fixées au socle de bois par une de leurs extrémités. A l'état de repos, leurs extrémités libres appuient contre les contacts métalliques isolés a, a', a". Le contact a communique avec la borne p\ le contact a' avec le bouton fei la borne T, le contacta" avec la borne L. Par leurs extrémités fixes, les ressorts communiquent : V avec la borne Z, V avec la borne C, V" avec le bonton f\ qui lui-même est en communication permanente avec le levier / du récepteur. On voit en A et en D les
(1) Les mêmes lettres indiquent les mêmes organes dans Tappareil X et dans Pappareil Y.