LIGNES AÉRIENNES
passe dans la fente du support S et s'engage dans la queue
Fig. C.
du treuil T', à laquelle elle est fixée au moyen d'une da-
Fig. 7.
vette de fer. De chaque côté, le fil de la ligne s'engage
20 LIGNB TÉLÉGRAPHIQUE.
dans un trou dont le treuil est percé. La communication s'établit à travers la tige de fer qui réunit les deux treuils. — Quand le fil ne doit être tendu que d*un côté, le ten • deur se compose d'un simple treuil (fig. 7) fixé, au moyen d*une charnière, à une poulie d'arrêt de porcelaine.
lâgnei fouterràinefl.
Avec les fils tendus en plein air, il s'opère tout le long de la ligne une déperdition d'électricité variable avec l'état hygrométrique de l'atmosphère. Ces fils sont en outre exposés à être rompus par la malveillance, par les variations brusques de température, par les coups de vent, etc., etc. Dans le but de remédier à ces inconvénients, on a essayé d'entourer les fils télégraphiques d'une enveloppe isolante, et de les distribuer dans des conduits souterrains. — A cet effet, on a employé des fils recouverts de gutta-percha, placés tantôt entre deux couches de sable, tantôt dans des tuyaux de terre ou de bois. Des regards ménagés de distance en distance permettaient de constater l'état des conducteurs en cas de dérangement — Dans ces conditions, la gutta-percha s'altère assez rapidement, et, au bout de deux ou trois ans, les perles d'électricité sont assez considérables pour gêner la correspondance et même la rendre impossible. Ce système, primitivement adopté en Prusse, n'a pas donné de bons résultats. Aujourd'hui, la communication souterraine est généralement abandonnée pour les très grandes lignes, mais il y a une tendance très prononcée à la substituer
à la communication aérienne pour le trajet des grandes villes.
En 1855, Tadministration centrale de Paris fut reliée aux Tuileries, au Louvre, à la Bourse, à la préfecture de police et à l'hôtel de ville par une ligne souterraine. On employa des fils de fer galvanisés de U millimètres de diamètre, disposés par blocs de dix, six et quatre, noyés dans des masses de bitume placées elles-mêmes au fond de tranchées de l'",30 de profondeur moyenne. Dans chaque bloc, les fils furent séparés les uns des autres et des surfaces de la masse de bitume par un intervalle de 27 millimètres. Dans ces conditions, l'isolement des conducteurs est suffisant ; depuis cinq ans qu'elle est con* struite, cette ligne, dépourvue de regards, fonctionne très régulièrement et n'a encore exigé aucune réparation. — La même année, une ligne souterraine de 1150 mètres de longueur, et composée de 22 fils distribués en quatre blocs, a été construite à Bordeaux d'après les mêmes principes ; elle fait aujourd'hui un très bon service, sans qu'on ait eu besoin d'y toucher.
En 1856, une nouvelle ligne souterraine fut construite à Paris pour relier le Ministère de l'intérieur au Palais de l'industrie et aux chemins de fer de Rouen, du Nord et de l'Est. Les fils furent toujours noyés dans des masses de bitume, mais quelques changements furent apportés aux dispositions précédemment adoptées. On employa des fils de 3 millimètres de diamètre ; on porta le nombre des fils conducteurs dans un même bloc à 15, 20 et même 28, disposés tantôt en trois, tantôt en quatre rangées horizontales. Enfin les fils ne furent plus tenus qu'à 17 mil-
limètres les uns des autres et à 20 millimètres de la surface du bitume. D'ailleurs, des regards furent ménagés sur le trajet de cette ligne, dont les fils les plus longs ont 14 kilomètres. — Dans ces conditions, les -résultats n'ont été qu'à demi-satisfaisants. Dans Tintérieur des blocs, certains fils communiquaient les uns avec les autres, et quelques-uns des fils plus extérieurs donnaient lieu à des pertes. En 1858, des réparations furent faites à cette ligne, qui, bien que défectueuse en quelques points, marche cependant ^vec assez de régularité pour suffire aux besoins du service.
Lorsque ces lignes souterraines' restent longtemps exposées à des fuites de gaz , le bitume se ramollit et s'altère; les terrains calcaires exercent une influence analogue. M. Saigey (1), à qui nous empruntons ces détails, pense que pour faire de bonnes lignes souterraines avec le bitume, il serait nécessaire de satisfaire aux conditions suivantes :
1* Ne pas trop multiplier le nombre des fils contenus dans un même bloc.
2* Séparer les flls les uns des autres et de la surface du bloc par un intervalle minimum de 27 millimètres.
3° Entourer les flls d'une enveloppe de coton pour mieux les isoler les uns des autres et du sol.
/i° Dans les terrains calcaires, rejeter les matériaux extraits de la fouille, et emprunter des terres fraîches pour établir le lit des blocs et remblayer.
5" Exiger que, dans le voisinage des lignes télégra-
(1) Annales télégraphiques y 1859, t. H, p. 5.
LIGNES SOUTERBAINES. 23
phiques, les conduites de gaz soient entourées d'un tuyau de poterie, de*sorte qu'en cas de fuite, les infiltrations dans la terre ne se fassent qu'à une distance convenable. A ces conditions, ajoute M. Saigey, on obtiendrait de bonnes lignes souterraines, en utilisant les précieuses qualités du mastic de bitume.
On a établi aussi à Paris des lignes souterraines avec des cables composés de 5 fils de cuivre protégés extérieurement par un tube de plomb. — Dans le premier essai, fait en 1858, chaque fil, de 1"»™,25 de diamètre, fut recouvert de deux couches de gutta-percha ayant chacune Qmm Q5 d^épaisseur, et enveloppé d'un ruban de coton goudronné. Les cinq fils, tordus en spirale, furent entourés d'un double ruban de coton goudronné et introduits dans un tube de plomb de !"*•", 25 d'épaisseur et de 12 millimètres de diamètre. Le câble ainsi protégé fut déposé au fond d'une tranchée, sur un lit de sable ou de terre tamisée, et recouvert de terre fine. — Cette ligne, qui rejie le Ministère de Tintérieur à la gare Montparnasse, à l'Observatoire, au Sénat, aux chemins de fer d'Orléans et de Lyon, n'a pas donné des résultats très satisfaisants. Des pertes notables se sont déclarées et ont paralysé plusieurs fils ; mais il ne s'est établi aucune communication entre les divers conducteurs d'un même câble. — Quelques améliorations de détail ont été apportées à la construction de ces câbles. On a remplacé le fil unique par une cordelette composée de quatre torons enroulés en spirale et ayant chacun un demi-millimètre de diamètre; en cas de rupture, il y a lieu d'espérer que les quatre brins ne rompront pas et que la communication
2^ LIGNE TÉLÉGBAPHIQUB.
restera établie. On a aussi augmenté l'épaisseur des deux couches de gutta-percha, de façon que chaque fil recouvert a 5 raillimètres de diamètre.
Nous empruntons à M. Saigey (1) les détails suivants sur une nouvelle ligne souterraine avec câble, établie à Dijon dans le courant de 1859. Chacun des fils est formé de quatre brins de cuivre rouge, de 0"",50 de diamètre, tordus ensemble. Puis il est recouvert de deux couches successives de gutta-percha de façon à atteindre 5 millimètres de diamètre, et entouré d'un guipage de coton goudronné. Ces fils sont ensuite tordus en spirale ; le câble est garni d'un ruban goudronné, et enfin d'un guipage noir et non goudronné. Avant de recevoir le goudron, les rubans et les enveloppes de coton sont injectés au sulfate de cuivre. — Ces câbles, dépourvus de tube métallique, sont encastrés dans des blocs \ie ciment qui agissent moins comme substance isolante que comme moyen de protection.
Dans les tunnels, l'air est habituellement très humide. Pour s'opposer aux déperditions d'électricité, on employait autrefois des fils recouverts de gutta-percha. Mais, dans ces conditions, la gutta-percha se détériorait très rapidement, eten très peu de temps l'isolement cessait d'être suffisant. Aujourd'hui, on établit la communication sous les tunnels au moyen de câbles déposés et retenus par des brides de tôle sur des linteaux de hêtre injectés et fixés contre la voûte à 2°', 50 de hauteur, au moyen de clous galvanisés. A l'entrée et à la sortie des tunnels, le câble
(1) Loc, cil.f p. 20.
s*épanouit, et chaque fil recouvert de ses enveloppes particulières vient s'attacher à un support-cloche d'arrêt fixé à un potelet*
Lignes foiii*inariBef.
Dans rinde, en 1839, le docteur O'Shaughnessy établit une communication électrique d'une rive à l'autre de l'Hovgly, au moyen d'un fil métallique isolé et immergé dans le fleuve. En 1840, M. Wheatstone proposa d'établir une communication de même nature entre les rives opposées des grands détroits. Dix ans s'écoulèrentavant la réalisation de ce beau projet. Le 28 août 1850, M. Jacques Brett posa la première ligne sous-marine, et relia télégraphiquement Douvres au cap Grinez au moyen d'un fil de cuivre recouvert d'une simple enveloppe de gutta-percha. Ce premier câble n'avait pas assez de solidité pour résister aux agitations de la mer, et fut rompu au bout de quelques jours. Mais la possibilité de la transmission du courant à travers les mers était expérimentalement démontrée ; pour assurer la correspondance, il ne s'agissait plus que de modifier la construction du câble et de le protéger contre les causes extérieures de destruction. Le 26 octobre 1851, une communication électrique définitive ftit établie entre Douvres, et Calais, au moyen d'un câble déposé au fond de la mer. Depuis cette époque, les lignes sous-marines se sont beaucoup multipliées : l'Angleterre communique avec l'Irlande et plusieurs points du continent ; l'Europe est reliée à l'Afrique par une ligne télé-
graphique sous-marine composée de trois càWes, dont Tun s*étend de la Spezzia à la Corse, le second de la Corse à la Sardaigne, le troisième delà Sardaigne à Bône ; de nombreuses communications de même nature existent à traversas mers du Nord, des Indeset de rAmériqué. Pendant Texpédition de Crimée, un câble de 640 kilomètres de longueur faisait communiquer Balaklava et Varna à travers la mer Noire. En juillet et août 1858, l'Europe fut reliée télégraphiquement au nouveau monde; un câble de /!iOOO kilomètres de longueur fut établi entre Tlrlande et Terre-Neuve par 'des profondeurs de 5000 mètres. Un instant on put croire que cette gigantesque opération avait complètement réussi; malheureusement les espérances conçues ne tardèrent pas à s'évanouir. Nous aurons à examiner plus tard la question de savoir si le mode de propagation de l'électricité dans des câbles qui font l'office de condensateurs n'oppose pas des obstacles insurmontables à l'établissement d'une correspondance directe entre des contrées séparées par des distances aussi considérables.
L'établissement d'une ligne sous-marine est toujours une opération difficile et très pénible, dont l'insuccès occasionne nécessairement une perte considérable de capitaux. Des hommes d'un très grand mérite se sont beau* coup occupés de la question du meilleur mode d'immersion à adopte!". Nous n'avons pas ici à entrer dans cette intéressante discussion ; nous devons nous contenter de dontier quelques détails sur la composition des câbles sous-marins, bans le principe, on employait exclusivement pour
conducteurs des fils de cuivre de l""»,50à 2 luillimètres de diamètre ; depuis quelque temps on leur préfère généralement des cordelettes de 2 millimètres de diamètre, composées de trois, quatre, cinq et même sept fils très fins enroulés en spirale. Lorsque le conducteur supporte accidentellement des tractions capables de rompre les cordelettes, il y a chance pour qu'au moins un de ses fils composants reste intact et maintienne la communication électrique; sous ce rapport, cette nouvelle disposition est bonne. Fil ou cordelette, chaque conducteur doit être recouvert d'une enveloppe isolante de gutta-percha de 3 à 4 millimètres d'épaisseur. La gutta-percha doit être appliquée en deux ou trois couches distinctes pour mieux assurer l'isolement ; il est probable, en effet, que les gerçures de l'enveloppe isolante, si elles viennent à se produire accidentellement, n'occuperont pas des points exactement correspondants sur les, pouches superposées. Les conducteurs sont ensuite entourés d'une couche de filin goudronné d'épaisseur variable. Le tout est enfin recouvert d'une enveloppe protectricp entièrement métallique, composée de fils de fer galvanisés enroulés en hélice. Malgré leur grande foi'ce de résistance, ces câbles sont assez souples pour qu'on puisse les manier facilement, les lover sur le pont d'un navire et les enrouler sur des tambours. Déposés au fond des mers, ils suivent les accidents de configuration du sol, et ne tardent pas à se recouvrir de couches de sable et de coquillages qui protègent leur enveloppe métallique contre l'action de l'eau.
La figure 8 représente le gros câble sous-marin tendu en 1851 entre Douvres et Calais. On voit au centre les
quatre fils de cuivre recouverts degutta-percha qui servent à la correspondance électrique ; ils sont entourés de toutes parts d'une couche épaisse de filin goudronné. L'enve-
Fig. 8. F ig. 9.
loppe métallique protectrice se compose de dix très gros fils de fer galvanisés. Ce câble a l\\ kilomètres de longueur ; il pèse /i/i20 kilogrammes par kilomètre.
La figure 9 représente un câble beaucoup plus long et beaucoup plus léger, qui établit la communication entre TAngleterre et Tlrlande. Il ne contient qu'un fil conduc-
teur placé au centre; son enveloppe prolectrice se compose de douze fils de fer galvanisés moins gros que ceux du câble de Calais. Sa longueur totale est de 113 kilomètres, et son poids de 631 kilogran^mes par kilomètre.
On a établi des câbles sous-marins qui contiennent (rois, quatre, cinq et mémejusqu'à six conducteurs, dans le but de rendre la correspondance électrique plus rapide. Ces câbles à fils multiples présentent de grands inconvénients ; leur volume et leur poids les rendent très peu maniables, et compliquent beaucoup l'opération déjà si pénible et si délicate de la pose; il arrive souvent que, pendant la pose de ces câbles, les conducteurs intérieurs se déplacent, quelques-uns se rapprochent trop de Tarmature extérieure, et sont, par cela même, mis hors de service ; ajoutons enfin que le passage du courant dans Tun des fils développe dans les fils voisins des courants d'induction qui gênent la transmission. On admet aujourd'hui que, dans la télégraphie sous-marine, on ne doit employer que des câbles à un fil, sauf à relier les deux points extrêmes par deux ou plusieurs câbles indépendants, si l'activité de la correspondance l'exige.
Dans les mers peu profondes, les câbles sont exposés aux atteintes des ancres. Ces accidents se sont présentés quelquefois dans la Manche, et si des câbles ont résisté grâce à la puissance de leurs armatures métalliques, on a néanmoins eu à déplorer quelques ruptures. Pendant les grandes tempêtes, les violentes agitations de la surface se communiquent quelquefois à une assez grande profondeur pour atteindre les câbles et déterminer leur frotte-
ment contre des crêtes de rochers. Dans ces circonstances, les armatures métalliques s'usent rapidement, et les enveloppes organiques, mises à nu, cèdent à leur tour : les tempêtes du mois de janvier 1857 furent assez violentes pour déterminer la rupture de tous les câbles qui reliaient l'Angleterre au continent. En présence de ces faits, tout le monde s'accorde à reconnaître que, dans le voisinage des côtes, par les profondeurs qui ne dépassent pas /4OO mètres, et plus généralement dans tous les parages où les navires peuvent laisser traîner ïeurs ancres sur le fond de la mer^ il y a grand avantage et même nécessité absolue à envelopper les cables sousmarins d'épaisses armatures métalliques.
Dans les mers profondes, le but principal et presque exclusif de l'armature métallique extérieure est de s'opposer à la rupture du câble pendant l'opération de la pose. Une fois parvenu au fond, le câble, appuyé sur le sol à l'abri de l'atteinte des corps extérieurs, des agitations superficielles produites par les plus violentes tem-. pétes, n'est plus exposé à des causes accidentelles de rupture. — Ajoutons enfin que l'enveloppe de gutta-percha, en raison de son inaltérabilité dans l'eau de la mer, suffit à elle seule pour assurer l'isolement du fil conducteur. D'un autre côté, les armatures métalliques épaisses ont de graves inconvénients ; en rendant le câble moins souple et moins maniable, en augmentant considérablement son poids, elles ajoutent de nouvelles et très grandes difiScultes à celles dont l'opération de la pose est toujours inévitablement entourée. Telles sont les principales raisons qui ont décidé les ingénieurs à diminuer considéra-
blement l'épaisseur des armatures des câbles destinés à la traversée des mers profondes.
Le poids spécifique du cylindre intérieur du câble, fil de cuivre, gutta-percha et filin goudronné, est très peu supérieur à celui de Teau de mer. Lorsque le câble est immergé, le poids de la partie floltante dépend donc presque exclusivement du poids de son armature extérieure. Mais, toutes choses égales d'ailleurs, pendant Topération de la pose, la traction est proportionnelle au poids du câble, et, par suite, diminue à peu près proportionnellement à la section des fils de Tarmature. D'un autre côté, le nombre de millimètres carrés sur lesquels la charge est répartie diminuant proportionnellement à la section des fils, il en résulte que la résistance à la rupture n'est pas très notablement influencée par l'épaisseur de l'armature, et que, sous ce dernier rapport, tous les câbles, lourds ou légers, sont sensiblement dans les mêmes conditions. Mais les câbles légers sont plus souples, plus maniables, causent moins d'encombrement sur les bâtiments et coûtent moins cher; de plus, la traction supportée pendant l'opération de la pose étant moindre, il devient plus facile de rendre l'émission régulière, et d'éviter les dérangements qui sont souvent la cause de ruptures irrémédiables. C'est donc avec raison qu'on a généralement adopté des armatures peu épaisses pour les câbles destinés aux mers profondes.
Ainsi , pour la communication électrique établie en 1857 entre la côte d'Afrique et la Sardaigne, on s'est servi d'un câble à quatre conducteurs de cuivre, dont l'arma-
ture extérieure est composée de dix-huit fils de fer galvanisés de trois millimètres de diamètre. Dans les faibles profondeurs, dans le voisinage des côtes, Tarmature, plus lourde et plus résistante, se compose de douze fils de fer galvanisés de cinq millimètres de diamètre. Le diamètre total est de 20 millimètres pour la partie légère, et de24 millimètres pour la partie lourde du câble.— Lecâble transatlantique à un fil était encore plus léger ; il avait seulement 15 millimètres de diamètre total, et son armature extérieure se composait de dix-huit torons formés chacun de sept fils de fer galvanisés de 0""\75 de diamètre et tordus en hélice. Il était d'ailleurs relié à la côte par un câble à armature épaisse et résistante.
Dans son travail sur la télégraphie sous-marine, M. Delamarche (1) pense que, pour le trajet des mers profondes, il y aurait avantage à employer des armatures encore plus légères. Il conseille de les former avec des fils de fer galvanisés d'environ un millimètre de diamètre. Les fils devraient être modérément recuits, afin de leur communiquer une souplesse convenable et leur conserver en même temps une plus grande résistance ; le pas de rbélice devrait être d'environ 25 centimètres.
MM. Breton et de Rochas (2) ont publié un travail très remarquable sur la théorie mécanique des télégraphes sous-marins. Après avoir analysé et discuté toutes les conditions mécaniques du problème de la communication ,électrique à travers les grandes masses d'eau, ils ont
(\) Éléments de télégraphie sous-marine, Pms y 1858. (2) Annales télégraphiques y 1859, t. II, p. 445.
établi les vrais principes dont on ne doit jamais s*écarter, tant dans le tracé des lignes télégi*aphiques sous-marines que dans la pose des câbles. Il n'est pas de notre sujet d'entrer dans les détails du mode d'immersion, mais nous devons rapporter textuellement un passage du mémoire de MM. Breton et de Rochas, o>onsacré à Texamen du rôle de Tarmature extérieure et des règles à suivre dans la construction des câbles.
« Près de la surface, Vagitation causée parles vents et les » marées tend à les déplacer (les câbles) irrégulièrement; » au-dessous du niveau où ces agitations cessent de se » faire sentir, les fils sont exposés à être accrochés par » les ancres à la traîne. Ainsi, jusqu'à la limite où ces » dangers pourront s'étendre, il faut que les fils soient » revêtus d'une armature capable de résister aux chocs, » à certains frottements; en un mot, aux accidents de » tout^ nature qui peuvent les atteindre.
» Mais, au-dessous des profondeurs où ces dangers ne » sont plus à craindre, l'armature extérieure devient inu- » tile; en outre elle devient nuisible par son poids, parce » qu'elle ne peut résister à l'extension d'une manière » efficace. En effet, pour qu'elle résistât efficacement, il » faudrait qu'elle fût faite de manière à ne pas s'allonger » plus facilement que le fil intérieur. Celui-ci, placé exac- » tement dans l'axe du câble, ne peut s'allonger qu'au- » tant que la substance même du métal cède à l'extension ; » au contraire, les fils cordés qui forment l'armature » extérieure peuvent céder à l'allongement par une simple » diminution de courbure des courbes qu'ils forment les » uns autour des autres et tous ensemble autour du fil
)) intéFieur, sans que la longueur réelle de chaque courbe » soit alléréa Si donc on tire par les deux bouts un câble » télégraphique pareil à ceux qu'on a employés jusqu'à » présent, et si Ton augmente la tension de plus en plus, » on parviendra nécessairement à rompre le fil intérieur » qui sert de conducteur, lorsque l'armature extérieure » sera encore à peine tendue. Gellç-ci ne fait alors qn'a- » jouter à la charge que doit supporter seule la cohésion » du fil intérieur, et diminue par conséquent la limite » des profondeurs où la pose est possible. Il faut donc » supprimer l'armature dès qu'elle n'est plus absolument » nécessaire.
» Mais cette suppression elle-même ne suffit pas pour » franchir les grandes profondeurs : il faut encore alors » alléger le fil, et pour cela le revêtir d'enveloppes volu- » mineuses, moins pesantes que l'eau. La charge du fil » diminuera ainsi en proportion du volume de l'enve- » loppe. Moyennant cette condition , le fil lui-même » pourra résister efficacement à la rupture par extension » jusqu'à des profondeurs pour lesquelles le calcul n'in- » dique pas de limites. ^
» On peut résumer ce qui précède en disant que :
» La limite des petites et des grandes profondeurs est » la profondeur la plus grande où les navires puissent » traîner leurs ancres.
» Les fils télégraphiques sous-marins doivent être isolés » et armés dans les petites profondeurs ;
» Ils doivent être allégés et non armes dans les grandes » profondeurs.
» La condition d'un allégement suffisant suivant la
DE LÀ TERRE EMPLOYÉE œMMI CONDUCTEUR. 35
» profondeur embrassera surabondamment celle de l'iso- » lement électrique. »
Pour proscrire d'une manière absolue les armalures dans les mers profondes, Mi\I. Breton et de Rochas sont partis de ce principe, que Tenveloppe extérieure de fils métalliques ne résiste pas à l'extension d'une manière efficace. Cette manière de voir est en contradiction manifeste avec les résultats d'expériences tentées par l'administration française. Dans des câbles armés soumis à des tractions brusques assez violentes pour rompre l'armature extérieure, on a constaté que le fil de cuivre intérieur restait intact, ou du moins ne subissait qu'un simple allongement Ces essais tendent à démontrer que, pendant l'opération de la pose des câbles, le pas de l'hélice des fils cordés extérieurement ne s'allonge pas, et que l'armçiture résiste comme le ferait un tube métallique d'enveloppe. En conséquence, l'administration française s'est décidée à conserver, dans tous les cas, Tannature extérieure» sauf à la rendre assez légère dans les mers profondes, pour que l'opération de la pose reste praticable.
He la terre employée eomme conducteur.
Deux postes télégraphiques sont toujours reliés par une série non interrompue de conducteurs; du pôle positif de la pile du poste qui expédie la dépêche part un fll métallique qui aboutit au récepteur du poste correspondant. Mais, pour que la transmission s'effectue, il n'est pas nécessaire d^établir sur la ligne un second fil, fil de
36 LI6NB TÉLÉGRAPHIQUE.
retour, destiné à ramener le courant du récepteur du second poste au pôle négatif de la pile du premier. En 1837, M. Steinheil montra que ce fil de retour peut être remplacé avec avantage par la terre (1). A cette époque, il établit à Munich un télégraphe électrique entre son observatoire, à la Lerchenstrasse, et l'observatoire royal, à Bogenhausen : la distance de ces deux stations extrêmes est de 13 kilomètres. La communication était établie par un seul lil métallique ; une extrémité de ce fil était fixée à Tun des pôles de Vélectromoteur ; l'autre extrémité du fil et le second pôle de Télectromoteur étaient en communication avec deux plaques de cuivre enfoncées en terre. « Quoique la terre ne soit que peu douée de la faculté » conductrice en comparaison de celle des métaux, dit » M. Steinheil, le courant galvanique traverse la dis- » lance dont il vient d'être parlé avec une résistance » d'autant plus petite qu'on augmente davantage la sur- » face des plaques enterrées. »
Depuis cette époque, cette question a été étudiée par MM. Gooke, Bain, Matteucci, Magrini, Bréguet, etc., etc. Les résultats de toutes ces recherches montrent que la résistance de la terre est très faible, et que, sur les longues lignes télégraphiques, il y a grand avantage à suivre la méthode de M. Steinheil.
Les propriétés bien connues des piles vol laïques fournissent une explication simple et complète du rôle de la terre dans celle circonstance. — Supposons une pile ouverte et isolée; pour que l'équilibre existe, les tensions de
(1) Comptes rendus de l'Acad, des sciences, 1838, t. VU, p. 590.