CHAPITRE PREMIER . PRÉLIMINAIRES
STSTiHBS TÉLÉGRAPHIQUES. — StSTÂNKS DB TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE. — SoUFCe d'électli-
cité, manipulateur, ligne télégraphique, récepteur. — Classification des appareils d'après Là nature des signaux employés. — Circuit télégraphique. — .\ppareils accessoires, commutateurs, paratonnerres, galvanomètres, sonneries, relais, rhéostats. — Statio.x ou poste télégraphique. — Électro-aima.nts télégraphiques. — RÔLI
des électro-aimants et DB LEURS ARMATURES EN TÉLÉGRAPHIE. — CONDITIONS DE FABRI- CATION DES ÉLECTRO-AIMANTS TÉLÉGRAPHIQUES^
Systèmes télégraphiques. — De tout temps, les hommes réunis en sociétés ont cherché à se communiquer leurs pensées à distance. Les procédés, d'abord rudimentaires, se sont peu à peu perfectionnés, et ont constitué de véritables systèmes de correspondance, les uns s'appli([uant seulement à certaines éventualités ou à des faits prévus à Tavance, les autres se prêtant à un échange d'idées plus complet, et permettant môme de faire usage de chiffres ou des lettres de l'alphabet. De semblables systèmes furent en usage dans Tantiquité, et bon nombre d'auteurs en ont fait mention.
Tous ces procédés, quelque imparfaits qu'ils fussent, rendaient déjà de grands services à une époque où les moyens de communication n'existaient presque nulle part, et où les pays les plus favorisés ne possédaient que quelques voies romaines.
Pendant des siècles, les choses en restèrent là, et ce n*est qu'en 1793 que Claude Chappe organisa en France un véritable
système de signaux répondant à toutes les exigences de la correspondance.
A ce système de signaux et aux machines destinées à es produire, Chappe avait donné le nom de tachygraphe; Miot lui sul)stitua le nom de télégraphe^ qui a été conservé depuis.
A partir de ce moment, les stations de télégraphes se multiplièrent, formant de longues files de postes, sortes de tentacules partant de la capitale pour aboutir aux frontières et aux limites naturelles du pays, mettant les centres les plus importants en relation avec le siège du gouvernement.
Cet état de choses se prolongea jusqu'au moment où les progrès de la science montrèrent que l'électricité peut manifester ses eflcts, avec une extrême rapidité, en franchissant des espaces considérables; et, si des essais de signaux acoustiques eurent lieu à différentes époques, la pratique ne consacra jamais que les signaux visuels et les signaux électriques. Les télégraphes optiques sont aujourd'hui abandonnés dans le service intérieur; cependant, grâce aux puissants appareils dont on dispose actuellement, ce moyen de communication a déjà rendu et peut rendre encore d'éclatants services aux armées en campagne, de môme qu'il reste un précieux auxihaire pour la défense des places fortes.
La dénomination de tachygraphe^ pas plus que celle de télégraphe^ appliquée au système de Chappe, n'était rigoureusement exacte. La première n'impliquait que l'idée de vitesse; et si, dans la seconde, on rencontre la notion de distance, il faut reconnaître que l'appareil n'écrivait pas, dans le sens propre du mot. Aujourd'hui, le mot télégraphe a tout à fait sa raison d'être, puisque, par les procédés électriques connus, les télégrammes peuvent parvenir à leurs destinataires, écrits en caractères d'imprimerie sur une bande de papier.
Systèmes de télégraphie électrique. — Tout système de télégraphie électrique comprend :
i<* Une source d'électricité,
2° Un organe de transmission,
3° Un oi^ane de communication,
4° Un organe de réception.
Source (T électricité. — Les piles hydroélectriques sont les sources d'électricité que l'on emploie le plus habituellement en télégraphie; cependant, depuis quelques années, on leur a substitué, dans un certain nombre de grands bureaux, des accumulateurs.
Manipulateur, — L'organe 'de transmission a reçu le nom de
nianipiilateiir ; c'est à l'aûle de cet inâtrumeiit que Ton distribue le courant électrique, dont les émissions et les interruptions, se succédant suivant des règles définies pour chaque cas particulier, composent les signaux télégraphiques.
Dans les appareils que nous aurons à étudier» \v. manipulateur est un organe mécanique. C'est un levier ou un jeu de leviers, une manivelle, un clavier, dont le fonctionnement est plus ou mcûns compliqué. Souvent, le manipulateur est séparé du récepteur; quelquefois, il fait corps avec lui.
Ligne télégraphique, — L'organe de communication est un fil conducteur^ un fil métallique, qui sert de véhicule au courant électrique émis par la source d'électricité et distribué sur ce fil i ligne télégraphique) par le manipulateur.
Suivant la disposition adoptée pour l'installation des fils conducteurs, les lignes télégraphiques sont construites en fil nu ou en câble. Dans l'un et l'autre cas, elles doivent satisfaire à deux conditions : continuité du conducteur, isolement.
Le fil conducteur doit être continu d'une station à l'autre; il doit être isolé des objets extérieurs qui pourraient laisser Télectriciié se disperser.
Les lignes en fil nu sont toujours aériennes; l(»s conducteurs sont fixés à des cloches en porcelaine qui assurent leur isolement, et qui, elles-mêmes, sont vissées sur des poteaux en bois ou boulonnées sur des appuis métalliques, plantés dans le sol ou scellés dans les murs des maisons, d'espace en espace.
Les lignes en câble sont souterraines, sous-fluviales ou sousmarines; on construit cependant des lignes militaires en câble qui sont aériennes.
Les câbles sont composés de un ou plusieurs fils conducteurs, ou bien de un ou plusieurs faisceaux de fds conducteurs, recouverts individuellement d'une couche de matière qui les isole les uns des autres; ces conducteurs ou ces faisceaux sont tordus ensemble pour former un toron que l'on protège à l'aide d'une gaine continue de ploral), d'une armature en fils de fer ou bien de tuyaux en fonte s'emboitant les uns dans les autres, et formant une canalisation parfaitement étanche. Ces cables sont placés dans les égouts, enfouis dans le sol, au fond d'une tranchée, immergés dans les fleuves, dans les lacs ou dans la mer.
Les premières lignes télégraphiques furent construites en fil de cuivre. La grande conductibilité de ce métal le désignait naturellement pour ce nouvel usage, mais sou peu de ténacité se prêtait mal aux constructions télégraphiques dont la solidité
est une des principales qualités; et puis, le prix élevé du cuivre devenait un facteur très important, de nature à entraver le développement rapide du réseau.
On abandonna bientôt le cuivre pour faire usage de fil de fer galvanisé. Pour obtenir une conductance (1) suffisante, il fallut se servir de fils d'un diamètre plus fort, mais on obtint aussi une solidité plus grande, tout en réduisant les dépenses.
Pendant fort longtemps, toutes les lignes télégraphiques, construites à Tair libre, furent installées en fils de fer galvanisés, dont les diamètres étaient appropriés à l'importance des réseaux. Dans certains cas particuliers, on fit aussi usage de fils d'acier.
Entre temps, la fabrication des fils de cuivre avait fait de notables progrès. Par de nouveaux procédés métallurgiques, on était parvenu adonnera ces fils une grande ténacité, tout en leur conservant une conductibilité très voisine de celle du cuivre pur. Il n'y avait plus d'inconvénient alors à revenir au cuivre pour rétablissement des lignes télégraphiques aériennes, puisqu'il devenait possible d'obtenir des fils très solides fournissant, sous un diamètre beaucoup plus faible, une conductance égale ou supérieure à celle des fils de fer. L'administration française est entrée résolument dans cette voie depuis plusieurs années, et les nouvelles lignes sont installées en fils de cuivre. Le poids des conducteurs devenant moindre, les appuis peuvent en supporter davantage, ce qui est très important à cette époque où la plupart des lignes sont surchargées de fils.
Récepteur. — L'organe de réception ou récepteur recueille, pour ainsi dire, les courants émis par la source d'électricité, transmis par le manipulateur et véhiculés par la ligne télégraphique. Ces signaux, préparés par le jeu du manipulateur, le récepteur les rend apparents, soit qu'il les montre simplement à l'œil pour les laisser disparaître ensuite, soit qu'il les enregistre sur une bande de papier, en langage conventionnel ou bien en caractères d'imprimerie.
L'organe éh^ctrique des récepteurs est im électro-aimant ou un galvanomètre, mais lorsque cet organe a accompli son rôle, des pièces mécaniques, souvent très compHquées, entrent enjeu pour parfaire et compléter l'œuvre de l'électricité.
Glasslflcatlon des appareils d'après la nature des signaux
(1) Le mot conductance est admis aujourd'hui dans le langage scientiCque comme l'opposé de résistance. L'expression conductibilité est réservée pour indiquer la conductance spécifique des substances ; elle est l'inverse de ràsistibilité appliquée à la résistance spécifique.
employés. — Suivant la nature des signaux produits, les appareils télégraphiques sont :
A signaux fugitifs, comme l'appareil à cadran, ou enregistreurs^ comme Tappareil Morse; mais, parmi les appareils enregistreurs, on distingue encore les appareils à signaux conventionnels (Morse, Wheatstone, siphon) et les appareils imprimeurs (Hughes, Baudot, etc.). On peut encore faire une catégorie à part pour les appareils autographiques, abandonnés aujourd'hui, qui reproduisent un fac-similé du télégramme original.
Au point de vue du régime des courants électriques qui servent à produire les signaux, les procédés mis en œuvre sont variables.
Dans certains cas, les émissions de courant sont toujours de môme sens; elles sont lancées à des intervalles réguliers ou irréguliers.
Dans d'autres cas, des émissions d^^ sens contraires sont régulièrement ou irrégulièrement espacées.
Enfm, pour produire un signal, on peut avoir recours à une seule émission ou à plusieurs émissions diversement combinées.
Ces émissions de courant, quelles que soient leur forme et leur nature, donnent lieu, à l'arrivée, à des transformations de mouvement qui produisent les signaux ou bien à des réactions chimiques qui tendent au même résultat.
Circuit télégraphique. — Par circuit télégraphique, on entend Tensemble formé par un générateur d'électricité, un manipulateur,
Station A
Fig. 1.
Station B.
— Circuit télégraphique.
une ligne télég'raphique, un récepteur, tous ces organes étant ou pouvant être mis en communication électrique entre eux, quelle que soit leur distance.
Le circuit est fermé lorsque le courant de la source d'électricité peut librement circuler à travers tous ces organes ; il est ouvert dans le cas contraire.
L'ouverture ou la fermeture du circuit a généralement lieu par le jeu du manipulateur qui est, en réalité, un interrupteur.
Au début de la télégraphie, deux fils conducteurs étaient nécessaires pour établir un circuit télégraphique entre deux stations.
L'un des fils servait, comme on disait alors, pour Y aller \ Tautre était le fil de retour. A chaque station étaient placés une pile, un manipulateur, un récepteur (fig. i). A la station A, on trouvait en P la pile, en M le manipulateur, en R le récepteur. Les conducteurs L, L* constituaient la ligne télégraphique aboutissant à la station B qui, elle-même, comprenait la pile P*, le manipulateur M', le récepteur R^
En 1837, Steinheil, de Munich, observa que le fil de retour pouvait être supprimé sans inconvénient, et qu'on obtenait le même efï'et en mettant, aux deux stations, le récepteur et l'un des pôles de la pile en communication avec le sol. Il en résulta une notable économie dans la construction des lignes qui, dès lors, ne comportèrent plus qu'un seul conducteur.
, Il devenait
aisé de constituer le circuit:
i« En mettant, à la station de départ, l'un des pôles de la pile en communication avec le
StationA. StationB.
Fig. 2. — Circuit télégraphique.
sol, et l'autre pôle en relation avec la ligne, par l'intermédiaire du manipulateur;
2*» En faisant communiquer le récepteur, à la station d'arrivée, d'une part avec la ligne, de l'autre avec le sol.
Mais il fallait assurer la réciprocité des transmissions; il fallait, en un mot, que le poste de départ, aussi bien que le poste d'arrivée, pût recevoir ou transmettre des télégrammes sans l'intervention d'un second fil conducteur, sous peine de perdre le bénéfice de la découverte de Steinheil. On y est parvenu au moyen d'un artifice qui consiste à mettre, dans chaque station, à la volonté du télégraphiste, le manipulateur en relation avec la pile ou avec le récepteur.
Cette disposition, que l'on rencontre dans les installations télégraphiques les plus simples, est représentée par la figure 2.
Soient M, R, P*, un manipulateur, un récepteur et une pile disposés à la station A ;
MSR*,P*, un manipulateur, un récepteur et une pile disposés à la station B.
Les barres rigides wm^, m m\ de M et de M* peuvent prendre contact avec les plots a, î, «^, i^.
Les parties centrales M, M* qui restent inamobiles sont reliées à la ligne télégraphique L, qui réunit les stations A et B. -
A la station A, le pôle positif de la pile P est relié au plot a, le pôle négatif à la terre T; le récepteur R communique avec le plot b et avec la terre T; la communication à la terre de la pile et du récepteur est habituellement assurée par le même conducteur.
Une disposition identique est adoptée au poste B.
Dans la position de repos, les barres mm(, m m\, des deux manipulateurs restent appuyées sur les plots *, b^ et séparées des plots a, «1.
Pour chaque émission de courant que A veut faire parvenir à B, le manipulateur M prend la position nn^, le liianipulaieurM* restant dans la position m'm\.
Pour chaque émission de courant que B veut faire parvenir à A, le manipulateur M* prend la position n'«V le manipulateur M restant dans la position m?n^.
On voit que la ligne étant invariablement unie au manipulateur, ce dernier peut la faire communiquer soit avec la pile, soit avec le récepteur.
Appareils aceessoires. — Les organes dont nous venons de parler : source d'électricité, manipulateur, ligne, récepteur, indispensables à tout système de télégraphie électrique, sont, h la rigueur, suffisants pour assurer le service; mais plusieurs catégories d'instruments accessoires deviennent de puissants auxiliaires dont on ne saurait se passer qu'au détrimcMit du fonctionnement régulier de Texploitalion.
Commutateurs. — A Tintérieur des bureaux, il peut être utile d'opérer rapidement des permutations, de couper certaint»s communications pour en établir de nouvelles, de donner au courant électrique une direction autre que celle qu'il suit normalement; on y parvient à l'aide des commutateurs. On désigne sous ce nom des instruments de formes très différentes qui, par la manœuvre d'une manette, d'un jeu de chevilles ou par tout autre combinaison analogue, réalisent les permutations désirées.
Paratonnerres, — Tout le monde connaît les dégâts occasionnés par la foudre sur les lignes télégraphiques. Souvent, les poteaux sont brisés et l'électricité se perd à la terre, à rcnidroit môme où la décharge s'est produite; mais, plus souvent encore, le flux d'électricité suit le fil conducteur et pénètre dans les bureaux. C'est là surtout que les dégâts occasionnés par ces décharges d'électricité atmosphérique sont à redouter; elles peuvent donner lieu à de fortes étincelles, fondre les fils des
électro-aimants, occasionner des incendies et, enfin, produire des accidents de personnes.
Il y a donc le plus grand intérêt à disposer, à l'entrée des bureaux, sur le trajet du fil conducteur, des appareils capables de protéger efficacement le personnel et de mettre le matériel à Tabri de toute détérioration. Ces appareils, de même que ceux qui surmontent les édifices, ont reçu le nom de paratonnerres. Les uns sont basés sur le pouvoir dés pointes; d'autres, sur Texpérience des cours de physique connue sous le nom de perce-cartes; d'autres, enfm, sur la fusion d'un mince fil métallique. Tous ont pour objet de favoriser l'écoulement direct du flux d'électricité dans le sol.
Galva?iomêl7*es. — Les galvanomètres servent, en télégraphie, à constater le passage du courant électrique et même à apprécier approximativement son intensité. Le galvanomètre peut fournir de très utiles indications en cas de dérangement sur les lignes ou dans les postes; aussi tout télégraphiste sérieux doit-il connaître la déviation normale que donne le galvanomètre do son poste, sous l'action de sa propre pile et sous l'impulsion de la pile du correspondant.
Les galvanomètres sont disposés verticalement ou bien reposent sur un socle horizontal. Dans ce dernier cas ils doivent être orientés, c'est-à-dire que l'aiguille indicatrice, librement posée sur son pivot, doit avoir une de ses pointes en regard du zéro de la graduation toutes les fois que le magnétisme terrestre agit seul sur l'a^uille aimantée.
Sonneries, — Généralement, les récepteurs télégraphiques produisent, tant au moment de l'appel que pendant le cours de la transmission, un bruit assez intense pour attirer l'attention des employés chargés de les desservir. Il faut cependant prévoir le cas où le personnel, occupé momentanément à un autre travail, ne percevrait pas les premiers appels. Aussi fait-on usage de sonneries électriques qu'à l'aide d'un commutateur, on dispose sur le parcours du fil de ligne. Le courant électrique, émis parla station correspondante, au moment de l'appel, actionne la sonnerie que l'employé retire du circuit, en manœuvrant son commutateur, pour mettre le fil de ligne en relation avec le manipulateur et le récepteur. Pour la nuit, une seconde sonnerie est disposée dans l'appartement de l'agent chargé de la gestion du bureau. \^ Relais. — L'intensité d'un courant est en raison inverse de la
résistance du circuit qu'il parcourt, c'est-à-dire que, plus la résistance du circuit est grande, plus l'intensité du courant qui le traverse est faible.
D'un autre côte, la résistance d'un conducteur est proportionnelle à sa longueur.
Il en résulte nécessairement, toutes choses égales d'ailleurs, que les longues lignes sont parcourues par des courants moins intenses que les petites. Il se produit, en outre, par les appuis qui supportent les fils conducteurs, une déperdition d'électricité, et cette perte s'accroît naturellement avec le nombre des appuis. De sorte que, dans certains cas, le courant du poste de départ n'a plus une énergie suffisante pour faire fonctionner le récepteur du bureau d'arrivée.
Pour obvier à cet inconvénient, on dispose souvent, dans une station intermédiaire, un appareil nommé relais.
Le but des relais est de substituer au courant de la ligne un nouveau courant assez énergique pour faire fonctionner les appareils à la station d'arrivée; ainsi, si nous considérons deux stations extrêmes, Paris et Marseille, par exemple, et une station intermédiaire, Lyon, pourvue d'un relais, lorsque Paris transmettra, son courant se perdra à la terre à Lyon et, de cette station partira un nouveau courant qui, traversant la section de ligne Lyon-Marseille, fera fonctionner le récepteur de Marseille.
De même, le courant partant de Marseille ne traversera que la section de ligne Marseille-Lyon, et ce dernier poste fournira le» nouveau courant qui, parcourant la ligne Lyon-Paris, mettra en mouvement l'appareil de Paris.
La forme des relais est tr^s variable et leur mécanisme est souvent compliqué. Lorsqu'ils répondent à certains besoins particuliers on change parfois leur dénomination générique et on les appelle rappels par inversion de courant y parleurs^ etc.
Rhéostats, — D'autres appareils, tels que les rhéostats ont pour objet d'équilibrer la résistance de différentes parties des circuits.
Nous n'avons entendu donner ici qu'une idée générale des appareils les plus usuels ; nous étudierons en détail, en leur lieu et place, les organes qui ne trouvent emploi que dans les installations spéciales.
Station ou poste télégraphique. — Kn résumé, chaque station télégraphiq^ue simple comporte :
Une pile;
Un manipulateur;
Un récepteur;
Un ou plusieurs paratonnerres ;
Un galvanomètre;
Un ou plusieurs commutateurs;
Une ou plusieurs sonneries ; Quelquefois des relais.
Dès que nous commencerons la description des appareils télé* graphiques indispensables tels que les piles, les manipulateurs et les récepteurs, nous serons conduit à parler des appareils accessoires dont quelques-uns entrent dans la composition des premiers. Bien que notre manière de voir puisse paraître paradoxale, il nous a semblé logique de décrire en premier lieu les appareils accessoires d'usage courant qui n'impliquent pas la connaissance des appareils de transmission et de réception; il nous suffit pour les expliquer de posséder les notions les plus élémentaires d'électricité que Ton trouve dans tous les traités spéciaux; cependant, pour justifier remploi de certains termes auxquels nous aurons forcément recours, il nous faut, avant ■d'aller plus loin, donner quelques indications sur la constitution des électro-aimants télégraphiques.
Electro-aimants télégraphiques. — Les électro-aimants employés en télégraphie se composent généralement :
1** D'une pièce prismatique en fer doux AB nommée culasse (flg. 3);
i° De deux cylindres de fer doux c c appelés noyaux;
3° De bobines analogues, quant à la forme, aux bobines servant à dévider le fil à coudre et comprenant une carcasse a et des joues b V ;
i° D'une certaine quantité de fil d(»
cuivre recouvert de soie.
La longueur et le diamètre de ce fil conducteur varient suivant l'usage auquel est destiné rélectro-aimant.
Les noyaux sont fixés près des extrémités de la culasse, et perpendiculairement à son axe, à l'aide des deux vis V, V. Chacun de ces noyaux pénètre à frottement dur' dans l'intérieur d'une des bobines.
Les bobines sont métalliques ou en matière isolante.
Lorsque les bobines sont métalliques, la carcasse est fendue suivant une de ses génératrices; le fil de cuivre est soudé sur cette carcasse par une de ses
Fig. 3.
- Détails d'un éleciro-aimunl télégraphique
PRELIMINAIRES il
extrémités, préalablement débarrassée de son enveloppe de soie. Ce fil est ensuite enroulé un grand nombre de fois, d'une façon régulière, autour de la bobine, son extrémité extérieun* restant libre.
Quand les deux bobines sont placées sur les noyaux, un courant qui pénètre par la bobine de gauche traverse le fll de cette bobine, de l'extérieur à l'intérieur, arrive à la culasse, passe à la bobine de droite par l'intermédiaire de la culasse, parcourt* tout le fll de cette bobine de l'intérieur à l'extérieur, et finalement ressort par l'extrémité libre du fll.
Pour rendre plus intime le contact des bobines avec les noyaux et la culasse, on les cale au moyen de lanie«i de clinquant qui empêchent tout ballottement et assurent une bonne communication électrique absolument indispensable, puisque le courant, pour se rendre d'une bobine à l'autre, doit traverser la culasse.
Quand les bobines ne sont pas métalliques, lorsqu'elles sont fabriquées avec une matière isolante telle que le bois, on est forcé d'adopter ime autre disposition. En effet, la commimicatiou électrique ne peut plus avoir lieu, d'une bobine à l'autre, par l'intermédiaire de la culasse; il est donc nécessaire que le fil conducteur soit contiim. Dans ce cas, les deux extrémités du fll sont libres sur chaque bobine et, lorsque ces bobines sont mis(»s en place, les bouts de fll tournés vers l'intérieur de l'électroaimant sont dénudés, tordus ensemble, et leur communication est rendue plus intime par une goutte de soudure.
On fait quelquefois usage en télégraphie, notamment pour les parleurs d'électro-aimants garnis d'une seule bobine. Ces électroaimants ont été nommés électro-aimants boUetix. La culasse et les noyaux sont semblables à ceux des électro-aimants ordinaires; un des noyaux est dépourvu de bobine et la bobine unique laisse passer au dehors les deux extrémités du fil de cuivre qui la recouvre.
Dans quelques cas particuliers, la culasse de l'électro-aimant est partagée en deux; l'une des parties est fixe, l'autre, montée sur une ghssière en cuivre est mobile ; on peut l'éloigner ou la rapprocher de la partie fixe au moyen d'une vis; c'est un procédé de réglage. On nomme ces électro-aimants électro-aimants à culasse sciîidée.
Quelquefois aussi les noyaux peuvent se déplacer, s'élever ou s'abaisser à l'intérieur des carcasses des bobines; c'est encore un procédé de réglage, et on appelle les organes ainsi construits électro-aimants à noyaux mobiles.
D'autres fois les noyaux des bobines sont montés sur les branches d'un aimant permanent ou directement influencés par celui-ci; ces électro-aimants prennent le nom d électro-aimants polarisés.
Avec chacun des bouts du fil, restés libres en dehors de la
bobine, on forme une spirale serrée, ce que Ton appelle un
boudin; l'extrémité de ce boudin, préalablement dénudée, est
• pincée sous une vis qu'on utilise pour raccorder l'électro-aimant
avec les fils extérieurs.
Rôle des électro-aimants et de leurs armatures en télégraphie. — Chacun sait que par l'effet du courant traversant le i\\ des bobines, les noyaux des électro-aimants s'aimantent; chacun sait aussi que ces noyaux se désaimantent dés que le courant cesse de parcourir le fil des bobines. Si on place au- <lessus des noyaux une pièce de fer doux, cette pièce est attirée
Fig. 4. — Ëleclro-aimant avec son armature.
à chaque aimantation et ne l'est plus dés que la désaimantation se produit. C'est ce double effet que l'on a utilisé pour transformer en mouvements mécaniques les aimantations et les désaimantations des électro-aimants.
Cette transformation s'effectue d'une manière très simple. Plaçons au-dessus des bobines d'un électro-aimant une pièce de fer doux A (fig. 4) supportée par un levier//, mobile autour d'un axe horizontal; adaptons au levier //', en /, un ressort r qui maintienne la pièce A éloignée des bobines et appliquée contre la vis p. Lorsqu'un courant traverse le fil des bobines, les
noyaux s*aimantent, agissent par induction sur la pièce de fer doux A et Tattirent. Si Faction du ressort r est convenablement réglée ou, en d'autres termes, si la puissance attractive de Télectro-aimant est supérieure à la force de résistance du ressort r, la pièce A s'approche de Télectro-aimant.
Lorsque le courant est interrompu, Taimantation cesse aussi bien dans Télectro-aimant que dans la pièce A, et celle-ci, obéissant à Taction du ressort r, s'éloigne de l'électro-aimant.
A chaque aimantation, nous avons donc un mouvement de haut en bas, tandis que chaque désaimantation donne lieu à un mouvement de bas en haut; ce second mouvement n'est d'ailleurs déterminé que par la présence du ressort r. C*est ce double mouvement qu'on utilise pour reproduire les signaux télégraphiques.
Les pièces de fer doux ainsi placées au-dessus des électroaimants ont reçu le nom d'armatures; dans le langage usuel on les appelle souvent palettes. Les ressorts qui, comme le ressort r, agissent à l'opposé de l'électro-aimant se nomment ressorts antagonistes.
La forme et les dimensions des armatures varient suivant le rôle que ces organes sont appelés à jouer. Tantôt ce sont dos prismes rectangulaires, tantôt dos barreaux cylindriques, quelquefois, enfin, on emploie des tubes de fer doux.
Les ressorts antagonistes sont façonnés avec du fil de laiton contourné; on les nomme alors ressorts à boudin; d'autros fois on fait usage de simples lames d'acier; ce sont des ressortslames; leur force est d'ailleurs proportionnée à l'énergie de Faction qu'ils doivent contrebalancer, et presque toujours ils sont soumis à un réglage.
Conditions de fabrication des électro-aimants télégra pliiques. — L'administration française impose aux constructeurs, pour la fabrication des électro-aimants qu'elle emploies certaines conditions qu'il est utile de connaître.
« Les noyaux de fer doux, les culasses et les palettes des électro-aimants devront être parfaitements recuits et ne pas conserver de traces appréciables d'aimantation à la suite d'une transmission prolongée de signaux Morse, au moyen d'une pilf» fournissant 100 ampères tours par centimètre de longueur de noyaux. Ces diverses pièces ne devront plus être travaillées après le recuit.
« Il sera fait emploi, pour le montage des bobines d'électroaimant, de fil de' cuivre recouvert de soie blanche ou écnie, et dont la résistance à 0° centigrade et par millimètre de dia-
mètre ne devra pas être supérieure à 21,40 ohms. (On admet que le coefficient d'augmentation de résistance par degré centigrade est de 0,0039). La soie recouvrant le fil ne devra pas en augmenter le diamètre total de plus de 3/100 de millimètre. Ce fil sera enroulé très régulièrement. Lorsqu'il devra être placé sur des carcasses en laiton, on soudera préalablement son extrémité interne sur le tube central.
« Dans les appareils où les fils des deux bobines ne doivent pas être mis en communication par les carcasses métalliques, la résistance d'isolement entre celles-ci et les spires ne sera pas inférieure à un mégohm.
t( Le fil lin garnissant chaque bobine ne pourra être formé de plus de deux bouts ; la couche extérieure sera en fil de cuivre recouvert de soie (diamètre du fil nu : 44/100 de millimètre).
« La bobine ainsi terminée devra être enduite d'un vernis en bitume de Judée. L'emploi de l'acide chlorhydrique est absolument interdit dans la confection des soudures des fils des électro-aimants; celui de la résine est seul admis. Ces raccords seront isolés avec le plus grand soin. L'écart entre les résistances de deux bobines d'un même récepteur ne sera pas supérieur à quatre ohms. Ces deux bobines devront, d'ailleurs, avoir le même nombre de tours de fil. »