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DÉCOUVERTE DE NEPTUNE. — LE COSMOGRAPHE

Les télescopes d’Herschell ont d’assez nombreux inconvénients. On est obligé de donner au miroir métallique une grande épaisseur pour que sa surface ne se déforme pas. En outre cette surface, qui ne possède qu’un pouvoir réflecteur médiocre , se ternit par l’oxydation, et pour le remettre en état il faut recommencer le travail comme pour un miroir neuf. La construction et l’installation de l’appareil occasionnent des dépenses considérables, comme nous l’avons indiqué pour le télescope de lord Rosse.

Un éminent physicien français , M. Léon Foucault, qu’une mort précoce vient d’enlever à la science, a eu l'heureuse idée de remplacer les miroirs en métal par des miroirs en verre argenté, et de construire ainsi des instruments qui non-seulement ne sont plus gênants par leur grand poids et presque inabordables par

ieur prix élevé, mais l’emportent encore sur les autres télescopes en ce qui concerne la netteté des images produites, la couche d’argent poli possédant un pouvoir réflecteur triple de celui des anciennes surfaces métalliques. Le verre est aussi, à égalité de volume, trois fois plus léger que le métal, et comme il est de plus très-rigide on n’a plus aucune déformation à craindre. Lorsque la pellicule d’argent est ternie, on l’enlève et on la remplace à peu de frais, surtout depuis que l’opération a été rendue plus facile et plus sûre par un chimiste distingué, M. A. Martin.

A l’Exposition de 1867 figurait un télescope Foucault de petite dimension (0m,16 de diamètre) sortant des ateliers de M. Secrétan. Le grossissement de 320 fois qu’il atteint exigerait l’emploi d’une lunette d’un prix au moins double. Un semblable télescope, plus grand, se trouve à l’observatoire d’Alger, où la pureté de l’air augmente souvent beaucoup la puissance de la vision. L’observatoire de Marseille en possède un de 0m,80 de diamètre. On construit en ce moment un de ces instruments de lm,50 de diamètre, destiné à l’observatoire de Paris.

On peut prévoir que l’astronomie fera bientôt encore de nouvelles découvertes avec les instruments très-puissants qui se préparent. Outre le grand télescope-Foucault dont nous

venons de parler, une lunette de 18 mètres de long et de 0m,76 de diamètre est en construction pour l’observatoire de Paris. Celui de Toulouse va avoir un télescope-Foucault semblable à celui de Marseille. Parmi les principaux télescopes et lunettes actuellement existants nous citerons les suivants, en indiquant pour quel-

ques-uns leurs constructeurs :

Lunette de M. Dien (Expos. Long. oiam.

univ.de 1855) 13m 0m55

Lunette de Porro (Paris). . 15m 0m52

Lunette de Mertz (Expos.

de 1867) 7ni80 0m-i5

Lunette de Poulkowa (Mertz). 6m80 0m38

Lunette de Cambridge (Et.-

Unis) 7m 0m38

Grande lunette parallactique de l’observatoire de Paris (Se-

crétan) 5m 0m30

Lunette parallactique de Schroeder (Danemark). . . 5m 0m30

Lunette parallactique de

Munich g™ 0m28

Lunette de Copenhague

(Mertz) 5m50 0m28

Equatorial de l’observatoire du Collège Romain (Mertz). . 4m35 0n-25

Lunette de Dorpat (Frauen-

hofer) 4-m54' 0m24

LunettedeParis(Lcrebours). 3m32 0,D24

Il faut dire qu’il n’est pas nécessaire d’avoir à sa disposition de bien fortes lunettes pour pouvoir ajouter encore aujourd’hui d’importantes découvertes à celles dont l’astronomie est en possession. Un peintre distingué, M. Goldschmidt, chez lequel le goût des observations s’est soudainement développé à un âge assez avancé, a acquis une juste renommée en augmentant de quatorze le groupe des planètes télescopiques de notre système, et il ne s’est servi que d’une lunette de Om,tl d’ouverture. Son observatoire était l’humble mansarde d’artiste qu’il occupait dans une maison de Paris. Des recherches scientifiques de cet ordre faites par des amateurs sont rares en France, tandis qu’en Angleterre on trouve à cet égard une grande initiative. Autour de Londres spécialement les observatoires abondent, munis d’excellents instruments et élevés pour la plupart par des négociants opulents, qui croient devoir consacrer leur fortune à l’avancement des sciences. Nous avons décrit les belles photographies célestes de M. Warren de la Rue, ancien marchand de papier. L’astronome Baily, dont nous avons cité une belle description d’éclipse de soleil et à qui on doit de remarquables découvertes, a acquis sa fortune comme courtier. C’est dans l’observatoire du riche brasseur Bishop que onze planètes ont été découvertes. Enfin nous avons déjà parlé des re-

cherches astronomiques de lord Rosse, qui a été suivi dans cette voie par d’autres membres de l’aristocratie.

En Amérique, il n’est pas rare de voir les habitants d’une ville s’associer pour réunir la somme nécessaire à l’achat d’un télescope. C’est surtout cet exemple que nous devrions suivre en France. Il n’est ni bien difficile ni bien dispendieux de constituer un observatoire d’amateur où, avec un petit nombre d’éléments sérieux d’instruction spéciale , on se trouve rapidement en présence d’un vaste champ d’observation présentant le plus vif intérêt. Les principales recherches astronomiques consistent d’une part dans la détermination exacte de la position des corps célestes pour fournir les nombres nécessaires au calcul de leurs mouvements et à l’étude des lois qui les régissent ; de l’autre, dans l’examen attentif de ces corps en s’aidant de mesures micrométriques. Pour la détermination des positions absolues on se sert de la lunette méridienne, qui n’a que le mouvement nord et sud, les tourillons dont elle est pourvue portant sur deux piliers. On a une pendule pour marquer l’heure du passage et on lit la hauteur sur le cercle de l’instrument. Pour observer il faut être à son aise, tranquille de corps et d’esprit : on se place sur un fauteuil dont le dossier se lève et se renverse au besoin, selon la hauteur

de l’étoile. A la campagne ou dans un javdin en \ille on abrite à peu de frais l’instrument dans une cloison en planches recouvertes d une toile peinte à l’huile. Une rangée de trappes est nécessaire de haut en bas dans le sens du méridien pour pouvoir observer les étoiles qui sont à l’horizon aussi bien que celles voisines du zénith. L’instrument seul reviendrait à environ 500 francs an minimum. Pour la contemplation continue des astres, il faut la lunette montée equatorialement que nous avons décrite dans un précédent chapitre. Elle doit être choisie aussi grande et aussi bonne-que possible; c est la qualité qui décide des résultats. Pour voir des étoiles de dixième, douzième, quatorzième grandeur, pour rechercher de petites planètes, faire des observations sur les étoiles doubles et les nébuleuses, sur les comètes, il faut une lunette de 0®,10à 0™,15 au moins, et la dépense monte à deux ou trois mille francs avec les frais d’installation. Ce dont il est surtout nécessaire de se munir, c’est de bonnes cartes célestes, par exemple de celles des observatoires de Paris, de Berlin; ensuite du catalogue d’étoiles de Lalande, de celui des nébuleuses d’Herschell et de celui des étoiles doubles de Struve.

Des observatoires de l’ordre de celui dont nous venons de parler pourront être établis par des municipalités ou de grands foyers

d’instruction. Les télescopes-Foucault offrent à cet égard de grandes facilités, et nous croyons devoir donner ici le tarif de ces instruments construits actuellement par la maison Secréta n (I).

Ouverture.

Prix.

4,500 fr.

Ces instruments sont montés sur pied équatorial, avec des cercles divisés en ascension droite et en déclinaison, possèdent des oculaires qui donnent quatre grossissements différents, et un chercheur. M. Secrétan, a aussi un modèle à l’usage des gens du monde, dont le miroir a 0m,10 d’ouverture et qui ne coûte que 250 francs. Son grossissement est de 230 diamètres. On peut le placer sur une table et il est d’un maniement facile.

Quand il s’agit simplement de regarder les astres on a des lunettes de 0m,06 à 0m,08 d’ouverture, montées sur un pied de bois facilement transportable, et enfin des longuevues qu’on peut disposer d’une manière assez

(1) Place du Pont-Neuf, à Paris.

commode en les attachant en deux points aux montants d’une chaise posée sur une table.

Grâce aux progrès des sciences mathématiques, le télescope n’est pas absolument nécessaire pour déterminer la position d’astres encore inconnus, ainsi que le montre une des plus brillantes découvertes faites par l’astronomie dans notre siècle , celle de la planète Neptune. On avait trouvé Uranus, et on trouve encore fréquemment de petites planètes du groupe circulant entre Mars et Jupiter, par une révision minutieuse du ciel en se rapportant aux cartes. Cette fois une nouvelle méthode a été suivie. L’action réciproque des astres de notre système trouble la régularité de leurs mouvements, mais ces perturbations peuvent être calculées en partant des lois de la gravitation, et si aucun élément n’a été négligé dans le calcul, les positions observées de chaque astre doivent se rapporter exactement aux positions calculées. Or on avait reconnu depuis longtemps des irrégularités dans le mouvement d Uranus dont la théorie ne rendait pas compte, et Bouvard avait exprimé l’idée qu’elles étaient probablement dues à l’influence d’une planète inconnue. M. Le Verrier entreprit de résoudre le problème ainsi posé et ses recherches lui permirent d’indiquer la position occupée dans le ciel par le corps perturbateur. Le jour même (23 septembre 1846) où M. Galle,

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