‹ Télescope et microscopeChapitre 11 sur 24 · XLI · texte numérisé non relu

XLI

astronome de l’observatoire de Berlin, en reçut la nouvelle, il braqua une lunette sur le point indiqué et y vit la planète inconnue. «JM. Le Verrier, dit Arago, a aperçu le nouvel astre sans avoir besoin de jeter un seul regard vers le ciel; il l’a vu au bout de sa plume; il a déterminé par la seule puissance du calcul la place de la grandeur approximative d’un corps situé bien au delà des limites jusqu’alors connues de notre système planétaire, d’un corps dont la distance au soleil surpasse 1,100 millions de lieues, et qui, dans nos puissantes lunettes, offre à peine un disque sensible. Ainsi la découverte de JM. Le Verrier est une des plus belles manifestations de l’exactitude des systèmes astronomiques modernes. Elle encouragera les géomètres d’élite à chercher avec une nouvelle ardeur les vérités éternelles qui restent cachées, suivant une expression de Pline, dans la majesté des théories. »

11 s’en faut d’un tiers de la distance de Neptune au soleil pour que cette distance soit double de celle d’Uranus, et la loi de Bode est ici notablement en défaut. On peut se demander si les bornes de nos connaissances en fait de corps planétaires ont été atteintes. Assurément, si l’on constate encore des perturbations de Neptune en dehors de celles produites par les éléments connus il n’est pas impossible qu’on puisse découvrir la nouvelle ülanète

qui les cause, et ainsi de suite jusqu’à ce que les astres échappent par l'éloignement à la puissance de nos télescopes. Neptune a l’apparence d’une étoile de huitième grandeur seulement, mais au télescope il prend des dimensions sensibles, et l’astronome anglais Lassell a reconnu qu’il est accompagné d’un satellite.

L’hypothèse de l’existence d’une planète circulant entre Mercure et le soleil a été dans ces dernières années près d’être vérifiée par l’observation. Un médecin de Bordeaux, M. Lescarbaut, aperçut en 1859, pendant qu’il observait le soleil, un point noir ayant un mouvement très-différent de celui des taches. Il crut avoir découvert une planète nouvelle, à laquelle des astronomes donnèrent même le nom de Vulcain, mais qui n’a pas été revue depuis. Il est possible qu’on la retrouve sur le disque solaire à l’un de ses passages futurs, car on a la certitude que le mouvement de Mercure est troublé.

Pour que le goût de l’astronomie se répande, il est important d’en aplanir les abords. On se laisse souvent arrêter par la difficulté de bien se figurer les lignes et les cercles élémentaires de la sphère, et d’y rapporter les observations qu’on essaye de faire. Quelques villes du Midi, Montpellier, Marseille, Draguignan, Nice, possèdent sur des promenades et des places publiques où le ciel est bien en vue,

un instrument analogue aux globes célestes et très-propre à rendre les premiers pas plus faciles. Dans cet instrument, désigné par le constructeur, M. Ouvière, de Marseille, sous le nom de Cosmographe, et qu’on a pu voir tà Paris dans nos expositions universelles, un cercle vertical en métal supporté par un piédestal fait connaître le plan du méridien. Une verge qui le traverse représente Taxe du monde et est coupée par un second cercle figurant l’équateur. Quatre vergettes placées à 23° audessus et au-dessous de l’équateur donnent la position des tropiques, quatre autres celle des cercles polaires. A l’aide de la graduation comprise entre les tropiques, on peut suivre le mouvement du soleil en déclinaison et se rendre compte des équinoxes, des solstices ainsi que de la succession des saisons. Les courbes du cosmographe reportées vers le ciel aident à y trouver les principales constellations, le zodiaque, etc. Cet instrument est d’un prix modique. On a construit des modèles de moindres dimensions que ceux qui sont destinés aux places publiques; ils peuvent être placés au rond-point d’un jardin, sur une terrasse ou même sur la console d’un cabinet d’étude.

Une publication hebdomadaire, le Journal du ciel (1), arrivé cà sa huitième année, sous la

(1) Bureau : cour de Rohan, passage du Commerce, rue Saint-André-des-Arts, à Paris.

direction de M. J. Vinot, a rendu service sous plusieurs rapports aux personnes qui sont attirées vers l’astronomie, en leur facilitant la recherche des astres et en les informant jour par jour de la succession des phénomènes curieux à observer. On suit très-exactement, à l’aide des indications du journal, le mouvement du système planétaire autour du soleil sur un tableau imaginé par le directeur. Le journal renferme aussi des leçons élémentaires sur la cosmographie, exposées très-clairement, et d intéressants articles d’actualité relatifs à l’astronomie. Quatre médailles obtenues aux dernières expositions témoignent en faveur de 1 œuvre utile que nous signalons.

En dehors des bons ouvrages de vulgarisation publiés par la Bibliothèque utile : Notions d astronomie , par Catalan, et Origine et fin des mondes , par Ch. Richard, les personnes qui désirent approfondir la science ont le choix entre les cosmographies classiques. Nous recommandons particulièrement le Traité élémentaire d’astronomie de Delaunay (1), ainsi que le bel ouvrage illustré le Ciel (2) d’Amédée Guillemin , auquel le public a fait le meilleur accueil. Deux monographies, le Soleil et la Lune , qui en sont ex-

(1) Librairie V. Masson.

(2) Librairie Hachelte.

traites, peuvent être acquises à un prix modique. Le Magasin pittoresque publie souvent des articles astronomiques intéressants, et on y trouve aux principales époques de l’année l’indication des phénomènes prochains avec les explications nécessaires pour les bien comprendre.

L’utilité des études qui ont la cosmologie pour objet s’étend au delà des satisfactions de la simple curiosité et de l’impression produite par la beauté des formes sidérales et par leurs mouvements harmoniques. « L’astronomie, par la dignité de son objet et la perfection de ses théories, est le plus beau mouvement de l’esprit humain, le titre le plus noble de son intelligence. Séduit par les illusions des sens et de l’amour-propre, l’homme s’est regardé longtemps comme le centre des astres, et son vain orgueil a été puni par les frayeurs qu’ils lui ont inspirées. Enfin, plusieurs siècles de travaux ont fait tomber le voile qui lui cachait le système du monde. Alors il s’est vu sur une planète presque imperceptible dans le système solaire dont la vaste étendue n’est elle-même qu’un point insensible dans l’immensité de l’espace. Les résultats sublimes auxquels cette découverte l’a conduit sont bien propres à le consoler du rang qu’elle assigne à la terre, en lui montrant sa propre grandeur dans l’extrême petitesse de la base qui lui a servi pour

mesurer les deux. Conservons avec soin, augmentons le dépôt de ces hautes connaissances, "ces des êtres pensants. Elles ont rendu d’importants services à la navigation et a la géographie; mais leur plus grand bienfait est d’avoir dissipé les craintes occasionnées p. les phénomènes célestes, et détruit les eneurs nées de l’ignorance de nos vrais rapports avec fa nature, erreurs d’autant plus funestes que l’ordre social doit reposer uniquement sur ces rapports. Vérité, Justice, Humanité, voila ses IoU immuables. Loin de nous la dangereuse maxime qu’il est quelquefois utile de s en carter, et de tromper ou d asservir les hommes pour assurer leur bonheur. De fatales expériences ont prouvé dans tous les temps que ces lois sacrées ne sont jamais impunément enfreintes (1). »

(1) Laplace : Exposition du système du monde.

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