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Le terme de cratère que nous venons d’employer se rapporte à des cavités comparables à celles de nos volcans, et non à ces cirques ou remparts circulaires dont Galilée avait déjà reconnu les grandes dimensions. Les cônes volcaniques sont nombreux; on les rencontre souvent sur les flancs et même sur le fond intérieur des cirques; à l’entour de quelques-uns Herschell a distingué des stratifications annonçant un dépôt successif de déjections.
« Les cirques, disions-nous dans un autre travail (I), ont probablement été produits par un phénomène, différent, du moins par ses gigantesques proportions, de l’éruption volcanique que nous connaissons. Imaginons, aux premières époques géologiques, de puissants gaz élastiques se dégageant par suite de réactions chimiques internes de la. masse lunaire, et se trouvant arrêtés par une couche de matière pâteuse très-résistante, mais encore assez visqueuse pour avoir la faculté de s’étendre. De nombreuses boursouflures, pouvant acquérir de grandes dimensions à cause de cette élasticité, feront saillie hors de la surface, et pendant quelque temps la pression intérieure des gaz dilatés par la chaleur soutiendra la voûte, cette voûte dominât-elle un espace aussi grand que le cirque de Clavius (227 kilomètres de dia-
(1) Volcans et tremblements de terre.
mètre). Mais dès que le refroidissement aura commencé j elle manquera d’appui, elle se rompra et jonchera de ses débris le fond d’un immense abîme. Que restera-t-il alors? Précisément les apparences qu’on observe maintenant: toutes les parties surplombantes écroulées jusqu’au bourrelet abrupt; des montagnes de rochers brisés au centre, sur un disque plan dont le niveau est inférieur à celui de la région environnante. Cette dernière circonstance est caractéristique pour presque tous les cirques. L’excavation du mont Newton est telle que ja-' mais le fond n’en est éclairé, ni par la terre, ni par le soleil. »
Une circonstance qui ajoute à l’étrangeté des paysages qu’on peut imaginer sur la lune, c’est le grand nombre d’aiguilles qui se dressent sur les contre- forts et dans la contrée environnante. Llles sont très-élevées et rappellent nos colonnes basaltiques. 11 y en a une près du mont Ligustinus qui est dix fois plus haute que la cathédrale de Strasbourg. Quand on l’observa pour la première fois , l’ombre l’enveloppait et sa pointe seule était éclairée par le soleil. Sa matière, probablement vitreuse, décomposait la lumière et présentait les couleurs du prisme.
En considérant la surface lunaire dans son ensemble, on constate que 1 hémisphère austral est principalement montagneux et que l’hémisphère boréal est presque entièrement couvert
de plaines. D’après M. Chacornac, il y aurait eu à la suite de l’apparition des grandes circonvallations un énorme épanchement boueux, ensevelissant plus des deux tiers de la surface et pénétrant dans beaucoup de grands cratères dont les bords sont ébréchés.
Aux environs de la pleine lune on aperçoit autour de certaines montagnes principales des rayons lumineux, quelquefois au nombre de plus de cent, qui s’étendent à de grandes distances en passant par-dessus les éminences et taches voisines. Ces montagnes à bandes rayonnantes doivent par suite être d’une origine plus récente que les autres. Les masses gazeuses qui s’en échappaient avec une grande vitesse auraient enlevé sur leur parcours, suivant M. Chacornac, le terrain de consistance poussiéreuse dont la surface de l’astre serait généralement couverte. Maedler pensait au contraire que des courants de gaz portés aune très-haute température avaient vitrifié les matières rencontrées par eux.
On appelle rainures des bandes qui diffèrent des bandes lumineuses en ce qu’elles ont une assez grande hauteur au-dessus du sol. Ce sont des talus très-raides, en ligne droite et parallèles, qui laissent un fossé profond et assez large entre eux. En pleine lune l’apparence générale est entièrement blanche, mais pendant les autres phases l’ombre noire projetée par les
talus se distingue nettement. On ne peut assimiler, comme on l’a fait d’abord, ces rainures à d’anciens lits de rivières, «à cause des grandes dimensions que le calcul leur donne. Leur formation est postérieure aux cirques et aux cratères, car elles en traversent souvent les parois. Elles présentent une autre circonstance remarquable: presque partout leur direction est la même.
Si l’existence d’une atmosphère lunaire dépassant les dentelures du contour de l’astre ne ressort pas de l’observation, ne peut-on en supposer une confinée aux cratères profonds et aux plaines basses ? C’est une hypothèse qu’on ne peut ni affirmer ni contredire. Il est toutefois certain que jamais la présence d’un nuage n’a pu être constatée, et on apercevrait ce nuage, n’eût-il que la dimension d’un édifice comme le Louvre.
a Point d’air et point.d’eau! dit M. A. Guillemin dans son beau livre le Ciel (i). Point d’air et point d’eau ! C’est l’absence forcée des vents et des courants, c’est l’immobilité partout, dans le ciel comme sur le sol. Tout au plus, sous 1 influence des alternatives de chaleur et de froid, la désagrégation des matières et la rupture d’équilibre des corps pesants entraînant la chute de débris de roches, rompent la mono-
(I) Librairie Hachette.
tonie d’une immobilité et d’une silence éternels. Car le son, ne pouvant s’y propager par aucun milieu aérien, se transmet seulement au contact, par les vibrations des molécules solides. Pour un habitant de la terre, l’astre des nuits neserait, selon l’expression deHumboldt, qu’un désert silencieux et muet.
« Les paysages lunaires ont donc un aspect tout particulier. Là, les ombres ont partout la même intensité, aux premiers comme aux derniers plans. Tout au plus, la crudité des tons brillants et lumineux qui se détachent sur un ciel presque noir, sur des ombres noires aussi, y est-elle tempérée par les reflets, d’ailleurs fort nombreux dans un sol aussi accidenté. Là, pas de perspective aérienne ; point de ces jeux de lumière, de ces teintes vaporeuses qui donnent aux paysages terrestres tant de charme et de douceur. La réfraction n’y décompose pas la lumière blanche en sept couleurs et en mille nuances variées, l’arc-en-ciel et les phénomènes du même genre sont inconnus à la surface de la lune. Mais en revanche, les étoiles et les autres astres brillent en plein jour dans la voûte céleste. »
Nous avons dit comment on se sert de la projection de l’image du soleil sur un écran pour étudier les taches c’est avec un appareil analogue qu’on en obtient les épreuves photographiques. Il est seulement nécessaire d’adop-
— Coter un mécanisme propre à rendre l’exposition très-courte, d’un centième de seconde au plus. Ce procédé a trouvé une application féconde dans l'observation des éclipses totales, à laquelle les astronomes se sont principalement attachés dans ces derniers temps. Depuis celle de 1842, qui révéla des phénomènes qu’on n’avait pas soupçonnés jusque-là, on a eu six autres éclipses à observer dans diverses parties du globe, où les savants se sont transportés , affrontant souvent de longs et rudes voyages dans des pays à peine civilisés et sous un climat dangereux.
Tout le monde connaît les impressions que le phénomène des éclipses totales fait ressentir, l’effroi que produit le rapide affaiblement de la lumière, le changement de couleur des objets, le voile gris qui s’étend sur la pluséclatante verdure, le ciel qui paraît de plomb au zénith, jaunâtre à l’horizon, le silence et le froid qui régnent de toutes parts. Près de la dernière période les proéminences du contour lunaire divisent souvent en plusieurs parties le mince filet auquel est réduit le soleil et qui disparaît enfin aussi. Pendant qu’un disque parfaitement noir se détache sur le ciel on aperçoit tout autour les plus magnifiques jeux de lumière. «J’étais occupé, dit l’astronome anglais Baily, à compter les oscillations de mon chronomètre, afin de saisir l’instant précis de la disparition totale, plongé dans un silence profond au milieu de la
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