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fGiile qui se pressait dans les rues, sur la place et aux fenêtres des maisons, et dont l’attention était tout entière absorbée par le spectacle qu’elle contemplait. Tout à coup le dernier rayon disparaît. et je suis assourdi par uneexplosion d’applaudissements et de bravos qui éclatent au milieu de cette immense multitude. Toutes mes fibres s’électrisent, et un frémissement s’empare de moi; je regarde le soleil, et je me trouve en face du spectacle le plus laissant que l’imagination puisse créer. L’astre du jour était remplacé par un disque noir comme la poix, environné d’une gloire brillante analogue à celle qu’on représente autour de la tête des saints.
c< A cette vue je demeurai saisi d’étonnement; je perdis une portion considérable de ces moments précieux, et je fus sur le point d’oublier le but de mon voyage. Je m’attendais bien, d’après les descriptions que j’avais lues, à voir autour du soleil une certaine lumière, mais faible et crépusculaire; tandis que je voyais une auréole brillante dont l’éclat, très-vif sur le bord du disque, diminuait graduellement, et disparaissait à une distance égale à peu près au diamètre de la lune. Je n’avais rien prévu de semblable.
« Je fus bien vite revenu de mon étonnement, et je mis de nouveau l'œil à ma lunette, après avoir ôté le verre noir de l’oculaire. Une nou-
voile surprise m'attendait. La couronne de rayons qui entourait le disque lunaire était interrompue en trois points par d’immenses flammes de couleur de pourpre dont le diamètre était d’environ deux minutes. Elles paraissaient tranquilles et présentaient le même aspect que les sommets neigeux des Alpes éclairés par le soleil couchant. Il me fut impossible de distinguer si ces flammes étaient des nuages ou des montagnes; pendant que je cherchais à les étudier pour en déterminer la nature, un rayon de soleil brille dans les ténèbres, vient revivifier la nature, mais me plonge dans cette tristesse qu’éprouve une personne qui voit disparaître l’objet de ses vœux au moment où elle était sur le point de le saisir. »
Suivant Humboldt plusieurs protubérances semblables à des montagnes ou des nuages et ayant la couleur du rubis ou de la fleur de pêcher subirent dans leurs contours une rapide et sensible altération pendant la durée de l’éclipse de 1851. Une d’elles semblait recourbée à son extrémité et un nuage librement suspendu flottait vers ce sommet. D’étroites bandes rouges dentelées paraissaient aussi adhérer au contour de la lune.
Lorsque le premier point du disque solaire reparaît, il projette un cône lumineux à bords vacillants à travers l’espace. On suit pendant quelque temps la marche de l’ombre qui s’é-
loigne, et bientôt la joie succède au sentiment de tristesse qui s’était emparé des spectateurs.
Arago rapporte à ce sujet une touchante anecdote dans son récit de l’éclipse de 184-2. « Un pauvre enfant de la commune de Sieyès (Basses- Alpes) gardait son troupeau. Ignorant complètement l’événement qui se préparait, il vit avec inquiétude le soleil s’obscurcir par degrés, car aucun nuage, aucune vapeur ne lui donnait l’explication de ce phénomène. Lorsque la lumière disparut tout à coup, le pauvre enfant, au comble de la frayeur, se prit à pleurer et à appeler au secours! ... Ses larmes coulaient encore lorsque le soleil donna son premier rayon. Rassuré à cet aspect, l’enfant croisa les mains en s’écriant : O beou souleou ! (O beau soleil !)»
Au moment où dans l’éclipse de 1860 le croissant fut réduit à ses plus minces dimensions, on observa dans plusieurs points de l’Algérie surtout, le singulier aspect de la lumière répandue sur le sol : elle était formée de franges parallèles alternativement obscures et brillantes, distantes d’abord d’un décimètre environ et plus resserrées ensuite. Les rassemblements d’Arabes rendaient l’apparition plus saisissante à cause de leurs burnous blancs sur lesquels couraient ces lignes obscures. On peut expliquer le phénomène par les interférences de deux rayons lumineux vibrant de manière à ce que les mouvements de l’un détruisent en certains
points les mouvements de l’autre. Lorsque le cône d’ombre de la lune pénétre dans notre atmosphère, il y forme des couches concentriques de densités croissantes où les conditions du mirage, c’est-à-dire de la réflexion de la lumière se produisent. On conçoit par suite une différence entre les chemins parcourus par les rayons directs du soleil et ses rayons réfléchis, différence qui amène leur extinction mutuelle. Ce phénomène doit se produire dans les cas de mirage terrestre, pourvu qu’il s’y présente un foyer lumineux d’un éclat suffisant, mais l’onveloppe de franges qui accompagne le cône d’ombre des éclipses solaires est le spécimen d’interférences le plus grandiose que la nature puisse offrir.
L’auréole qu’on nomme la couronne a été décrite, dans son rapport à l’Académie des sciences, par M. Janssen, astronome français, envoyé en mission en 187 1 à Shoolar (Indoustan) pour observer l’éclipse du 12 décembre :«... Le fond sur lequel brillent autour de la lune les protubérances d’un rouge corail est de couleur blanche, mate et comme veloutée. Les contour» de cette couronne sont irréguliers, mais assex nettement terminés. Sa forme générale est celle d’un carré curviligne cintré sur le soleil et débordant celui-ci d’un demi-rayon dans ses parties les plus basses et de près du double vers les angles. On y distingue plusieurs traînées
lumineuses qui, partant du limbe lunaire, vont se rejoindre dans les hautes parties de la couronne. L’apparence est celle d’une ogive ou d’une feuille de dahlia. Cette structure se répète tout autour de la lune, et, dans son ensemble, la couronne figure comme une fleur lumineuse gigantesque dont le disque noir de la lune, serait le centre. »