DEVIENNE, ET QUATRE ANS APRES , A SON ONCLE LOUIS XVIII
Pendant la terrible guerre dont j'ai essayé de tracer le tableau, la noble épouse de Louis XVI avoit vu arriver sa dernière heure.
— i64 — Ce fut le 16 octobre 1793, que Robespierre renvoya au supplice. Nourrie de toutes les jouissances que peuvent procurer la souveraine puissance et la beauté, Marie-Antoinette avoit été mariée avant Tàge de seize ans, à Louis encore dauphin : elle ne s"*étoit éloignée du trône de ses ancêtres que pour voir bientôt placer sur sa tête la couronne de France, qui jusqu''alors attiroit, de tous les cœurs , des sentimens d*'amour et des vœux de bénédiction . Ses grâces, son esprit avoient ajouté à Fenthousiasme de la nation vive qui la recevoit , et elle fut long-temps dans sa nouvelle patrie un objet d'idolâtrie. A sa figure, à son port, on Feût reconnue pour Heine entre mille femmes ; mais quoique si hautement puissante, elle avoit cru pouvoir se livrer à sa bonté , ne pas renoncer aux douceurs de famitié, et négliger Fétiquette gênante qui tient les princes dans une espèce de continuel esclavage. Les hommes qui préparoient la révolution se servirent de cette
innovation dans les habitudes royales, pour faire perdre peu à peu à S. M. Fascendant qu''elle avoit dans Topinion publique : puis la calomnie fit des progrès , on décria sa conduite, on attaqua les qualités de son ame ; et, ce qui a toujours été pour moi le sujet du plus douloureux étonnement, on parvint jusque» inspirer au peuple la haine , et la haine la plus envenimée contre cette Princesse, qui ne fit jamais de mal à personne. CVst ainsi que son courage et ses vertus avoient été rendus inutiles , lorsque les troubles prirent leur violent caractère ; elle fut réduite à partager avec résignation Tinfortune du Roi son époux. Exposée aux insultes, dépouillée de tout pouvoir, elle vit déchirer ses meilleurs amis , immoler riiomme vertueux de qui elle tenoit le titre de Reine. On lui arracha ses enfîins : elle les vit livrer à des monstres; et précipitée dans la prison des malfaiteuis , elle n'en sortit que pour être trahiée à Fécha-
— i66 — chafaud, après un procès qui fait horreur. LMnfamie fut poussée, de la part de ses persécuteurs, jusqu''à Taccuser d'avoir corrompu les moeurs du jeune prince de neuf ans, son fils. Un des juges la somma de répondre. « Je demande aux mères ici pré- )) sentes , si pareil crime est possible? » répondit Marie- Antoinette avec un frémissement d'indignation. Et cette grande Reine a été vue dans la charrette où on n'avoit vu jusqu'alors que les scélérats. Est-ce là cette Princesse si admirable et si belle devant qui les peuples bondissoient d'allégresse? Ses ennemis ont poussé contre elle les cris de la rage et du mensonge , ils ont grincé des dents, ils ont dit : « Nous la dévorerons. » O vous qui suivez les sentiers de la vie , regardez et voyez s'il est une douleur égale ! J'éprouve un sentiment inexprimable à m'y arrêter. La Reine a été si pleine de bonté pour moi , j'avois été si heureux d'être distingué par elle, j'ai été si loin d'être ingrat ,
je Tai si sincèrement pleurée : il y a pour mon cœur un mélange de tristesse et de douceur dans ces grands souvenirs ; car Marie- Antoinette est aujourd'hui au-dessus des vicissitudes du monde et de la barbarie des hommes !
Une lettre écrite par Sa Majesté, peu de momens avant de marcher à la mort , avoit été soustraite à la connoissance du public , et n^avoit pas même été remise à madame Elisabeth, à qui elle étoit adressée. L'action de la Providence a fait sortir cette lettre du secret où elle étoit plongée. Elle peint la grandeur et la bonté de Tame de la Reine , et je cède à la satisfaction d'en transcrire ici le texte entier.