‹ Témoignage d'un royalisteChapitre 11 sur 17 · DERNIÈRE LETTRE DE LA REINE A MADA3IE ELISABETH · texte numérisé non relu

DERNIÈRE LETTRE DE LA REINE A MADA3IE ELISABETH

Ce 16 octobre, à quatre heures et demie du matin.

« C^est à vous, ma sœur, que j'écris pour » la dernière fois. Je viens d'être condain-

— i68 — » née, non pas à une mort honteuse, elle » ne Test que pour les criminels , mais à » aller rejoindre votre frère. Comme lui in- » nocente, j'^espère montrer la même fer- » meté dans ces derniers momens. Je suis » calme comme on est quand la conscience » ne reproche rien. J'ai un profond regret )) d'abandonner mes pauvres enfans ; vous )) savez que je n'existois que pour eux. Et )) vous, ma bonne et tendre soeur, vous qui » avez, par votre amitié , tout sacrifié pour » être avec nous, dans quelle positionne vous » laisse ! J'ai appris, par le plaidoyer même, » que ma fille étoit séparée de vous. Hélas! » la pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire, )) elle ne recevroit pas ma lettre : je ne sais » pas même si celle-ci vous parviendra. » Recevez pour eux deux ici ma bénédic- » tion. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront » plus grands, ils pourront se réunir avec » vous, et jouir en entier de vos tendres » soins. Qu'ils pensent tous deux ce que je

— i6g — )) n'ai cessé de leur inspirer : que les prin- )) cipes et Fexécution exacte de nos devoirs » sont la première base de la vie : que leur » amitié et leur confiance mutuelle en fe- » ront le bonheur! Que ma fille sente, qu'à )) Page qu''elle a, elle doit toujours aider sou » frère par ses conseils , que Texpérience » qu'elle aura de plus que lui et son amitié » pourront lui inspirer ! Que mon fils, à son )) tour rende à sa sœur tous les soins, les » services que l'amitié peut inspirer ! QuMIs )< sentent enfin tous deux, que dans quelque )> position où ils pourront se trouver, ils ne » seront vraiment heureux que par leur » union ! Qu''ils prennent exemple de nous î » Combien dans nos malheurs notre amitié )) nous a donné de consolations ! Et dans » le bonheur on jouit doublement, quand i> on peut le partager avec un ami; et où en » trouver de plus tendres, de plus chers, » que dans sa propre famille? Que mon fils )) n'oublie jamais les derniers mots de son

père que je lui répète expressément : Qu'il ne cherche jamais à venger notre mort ! J''ai à vous parler d'aune chose bien pénible à mon cœur, je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma chère sœur, pensez à rage qu'il a , et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu^on veut, et même ce quMl ne comprend pas. Un jour viendra, jVspère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. Il me reste encore à vous confier mes dernières pensées , j^aurois voulu les écrire dès le commencement du procès , mais , outre qu''on ne me laissoit pas écrire , la marche en a été si rapide, que je nVn aurois réellement pas eu le temps.

» Je meurs dans la religion catholique, apostolique romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée, et que j\ii toujours professée. N^iyant aucune

)> consolation spirituelle à attendre , ne sa- » chant pas s'il existe encore ici des prêtres » de cette religion ; et même le lieu où je )» suis les exposeroit trop, s'ils y entroient » une fois. Je demande sincèrement par- )» don à Dieu de toutes les fautes que j'ai » pu commettre depuis que j'existe. J'es- » père que, dans sa bonté, il voudra bien » recevoir mes derniers vœux , ainsi que » ceux que je fais depuis long-temps, pour » qu'il veuille bien recevoir mon ame dans )» sa miséricorde et sa bonté. Je demande » pardon à tous ceux que je connois, et » à vous, ma sœur, en particulier, de » toutes les peines que , sans le vouloir, )' j'aurois pu vous causer ; je pardonne à )» tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont )» fait. Je dis ici adieu h mes tantes et à » tous mes frères et sœurs : j'avois des amis, » l'idée d'en être séparée pour jamais , et » leurs peines, sont un des plus grands re- )» grets que j'emporte en mourant. Qu'ils

» sachent que jusqu\\ mon dernier moment, ;) j'ai pensé à eux. Adieu, ma bonne et » tendre sœur : puisse cette lettre vous ar- » river; pensez toujours à moi; je vous em- » brasse de tout mon cœur, ainsi que mes » pauvres et chers enfans. Mon Dieu ! qu'ail )) est déchirant de les quitter pour toujours I » Adieu, adieu. Je ne veux plus m"*occuper » que de mes devoirs spirituels. Comme je » ne suis pas libre dans mes actions , on » m'^amènera peut-être un prêtre , mais je » proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, » et que je le traiterai comme un être par- )» faitement étranger. >»

Lorsqu''il en étoit temps encore, la charité , qui pénètre partout , étendit un voile, et fit franchir le seuil de la prison de la Reine , par un prêtre catholique , Tabbé Magnien , qui donna à Sa Majesté Fabsolution; et, quand Theure dédier à la mort fut venue, un prêtre assermenté s'étant pré-

sente, la Reine refusa son ministère. Ce prêtre n'en prenoit pas moins la parole , et disoit : « La peine que vous allez souffrir

» lavera » — u Des fautes, interrompit

» vivement la Reine, mais pas un crime. » Madame Elisabeth , ange qui passoit sur la terre, suivit son auguste belle-sœur quelques mois après. Le lo mai 1794, elle fut amenée devant des juges. « Quiêtes-vous?», lui demanda le président. — « Elisabeth de » France , petite-fîlle , sœur et tante de vos )» Rois » , répondit-elle. On lui reprocha aussi les crimes de la révolution , à elle, qui ne sVtoit jamais mêlée de la plus légère intrigue. On ne lui épargna pas même Faccusation qu'on avoit osé porter contre la Reine, La Princesse se taisoit. Le président revint à la charge. Elle lui dit alors avec dignité : <( Ces choses-là sont trop loin de moi » pour que jV réponde. » Elle fut condamnée et conduite à la mort, avec vingt-quatre personnes , la plupart femmes de qualité,

qui furent exécutées avant elle. Pendant ce temps, elle demeura à genoux, les mains élevées vers le ciel, et lorsque le moment fut venu , elle alla avec un calme intrépide au-devant du fer qui lui donnoit la couronne du martyre. Consacrée à Dieu de bonne heure, elle avoit désiré suivre Texemple de madame Louise, sa tante, et se retirer aux Carmélites ; mais sa tendresse pour Louis XVI ne lui permit pas de Vabandonner.

Voici une prière de Son Altesse Royale, qui se trouve aujourd'hui dans les Pensées chrétiennes.

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