QUATRIÈME LETTRE
Monsieur le Directeur,
L'action future de l'Etat dans la question des écoles la ville vous préoccupe beaucoup.
Voyons jusqu’à quel point vos craintes sont fondées.
‘Nous pouvons aujourd’hui, dites-vous, choisir entre les écoles de Frères et les écoles de laïques ; mais le Pourtons-nous demain, dans un an, dans dix ans ? ”
Tant que la loi ne sera pas changée, je ne vois pas qu’on puisse vous enlever cette liberté.
Mais ‘s’il plaît à l'Etat de ne point nous donner des ‘* écoles comme nous en vouions à Moniréal, où sera mon “ droit ! où sera ma liberté ! Qui nous garantit que l'Etat, ‘une fois que, par une imprudence coupable, nous lui ‘aurons laissé le contrôle entier de l'éducation dans notre ‘ville, qui nous garantit qu’il ne nous imposera pas des ‘écoles dont nous ne voudrons pas ? ” .
Ces deux phrases: Ne point donner des écoles comme VOUS en voulez, et Imposer des écoles dont vous ne voulez Pas ont, je suppose, le même sens, c’est-à-dire celui qui est plus clairement exprimé en dernier lieu.
À la première question, je réponds que si le gouvernement vous impose des écoles dont vous ne voulez pas, parce qu’elles sont mauvaises au point de vue de la
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religion, de la morale, et même de l'instruction, il blesse non-seulement votre liberté, mais encore vos droits de père.
Mais, dans le cas actuel, le gouvernement n’impose aucune école, et toutes les écoles sont excellentes au triple point de vue indiqué plus haut.
Dans l’ordre actuel de choses, le gouvernement n’a pas plus le contrôle de l'éducation dans les villes que dans les campagnes. Le fait est trop évident pour que personne ose le revoquer en doute.
“Mais, dira quelqu'un, si vous Conservez l’ordre actuel de choses, n’arriverez-vous Pas, par une imprudence coupable à donner au Souvernement un contrôle absolu Lea
Je réponds : En conservant l’ordre actuel, ou l’organisation des écoles, on ne confèrera aucun Pouvoir nouveau au gouvernement.
Deuxième question : Qui nous garantirait si l'Etat voulait s'emparer du contrôle entier de nos écoles pour nous imposer des écoles réellement mauvaises ?
Qui vous garantirait ?
D'abord la loi, En second lieu Vous-mêmes, c’est-à-dire tous les parents vraiment catholiques.
Pour changer l’ordre actuel de choses, il faudra changer la loi, et ce changement ne se peut effectuer que par vos députés, qui sont censés exprimer vos sentiments, Ce sera le devoir des catholiques, des amis de la justice, de tous les parents, d'empêcher qu’on ne change de loi.
Mais, ne l’oubliez pas. Quand la disposition générale des esprits permet À un Souvernement ces actes odieux, elle les permettra, quelle que soit l’organisation des écoles : avec celle que vous Proposez, aussi bien qu'avec celle que M. Archambault a soumise à la Commission Royale.
On trouve des exemples de cette tyrannie dans l’histoire des peuples ; je l'avoue. Mais observez à quelles époques,
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eb dans quelles circonstances ils se sont produits. Voyez si l'organisation de l’enseignement en France, en Espagne et en Italie, a hâté ou retardé la grande révolution.
Ce sont des cas extrêmes, contre lesquels on ne peut législater, et que la sagesse humaine est impuissante à prévenir.
Il n’y a qu’un Moyen efficace d'empêcher tous ces maux et bien d’autres : moyens que le Souverain Rédempteur de l'humanité a bien voulu nous laisser : c’est la charité, sans laquelle la langue des anges mêmes ne serait qu'un
vain son. Or, la Charité se refroidit partout, en Canada plus rapidement peut-être qu'ailleurs.
Par nos paroles e: ‘tout par nos exemples, M. le Directeur, enseignons :. charité
au peuple : enseignons-lui la soumission à l'autorité, le respect des personnes et du
caractère dont elles sont révêtues. Apprenons-lui à savoir sacrifier quelques intérêts temporels pour faire triompher même les simples désirs du Souverain Pontife.
Par là, plus efficacement que par des articles de journal, nous retarderons l’envahissement des mauvaises doctrines.
Les premiers chrétiens agissaient simplement : rien n’a résisté À l’ardeur de leur charité,
Les Grecs du Bas-Empire dissertaient beaucoup,et il est venu un moment où ils n'ont plus su guère faire autre chose que se disputer avec passion, Le schisme a pénétré assez facilement dans les esprits, parce que les cœurs étaient depuis longtemps formés à la charité,
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“Il faut que la décentralisation soit, sous ce rapport, la ‘plus complète possible ; il faut que chaque groupe de ‘ familles ayant des besoins particuliers, des vues parti- ‘* culières, que chaque paroisse, puisque la paroisse est “ Porganisation qui se rapproche le plus de la famille,
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