SIXIÈME LETTRE
Monsieur le Directeur.
J'ai besoin de rappeler la distinction que j'ai ‘aite entre le père de famille et le contribuable. J: disais :
“ Le droit et l'obligation du père de furille cmme tel, “est de donner À ses enfants une éducavion morale et “ chrétienne, et une instruction convenable à son état. Si le père de famille est riche et paye des impôts, son droit “n’est pas plus grand que celui du pauvre qui ne paye à ‘rien.
“ Le contribuable peut avoir le droit de veiller à “ l'emploi des deniers qu’il paye pour l'instruction, comme ‘pour les autres impôts : il n’a pas besoin d’être père de “ famille pour cela ; de fait, parmi les contribuables, il se “ rencontre des prôtres et des laïques non mariés ; ils ont “tous un égal droit de surveillance quand ce droit existe.
“ Ne confondons pas deux droits, si différents par leurs “origines et par leurs fins. =:
‘ Le premier vient du ciel, le second tient à la terre. Le ‘premier n’est pas du tout menacé, le second est invoqué hs ” pour détruire des écoles qui sont l’honneur de Montréal.” “y
À cela, l'Etendard à répondu : té
* Il y a une différence à faire entre les droits du père ” de famille et ceux du contribuable, comme le dit M. # | “ Verreau—Nous ne les avons pas confondus—Mais cette pl “ distinction n’a pratiquement aucune importance dans
” la question puisque les laïques non mariés et les reli- “ gieux forment tout au plus la centième partie des con- : “tribuables ”.
Et plus loin :
“I était inutile, dans le débat présent, de faire ces dis-
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“ tinctions ; c’est pour
quoi nous les avons passées sous ‘‘ silence ”.
Je crois, au contraire, et je maintiens seulement utile, mai
distinction en princi existe en fait.
Autrement, on reste dans le vague ; et, ce qui est plus regrettable, on court le danger de soulever les préjugés et les prétentions injustes du peuple. Le peuple ici, ce sont les pères de famille qui bénéficient de l’organisation actuelle des écoles, parce qu’elle à été établie précisément afin de suppléer à leur pauvreté.
Si vous vous étiez contenté de passer sous silence cette distinction, il n’y aurait peut-être eu « Mais vous avez laissé croi qu’ils ont une mêm l’autre, on commet un crime égal.
Là se trouve l'erreur.
Le premier droit, celui du père, :
Ciel ; il est inviolable. L’Et l'exercice sans commettre un celui de contribuable, vous est être modifié à chaque instant morale, ou la justice soit
Voilà pour le principe.
Venons au fuit.
Pavais cité l'exemple des religieux et des 1
mariés pour rendre plus frappante 1 en principe entre les droits du buables, Mais cet exemple ne peut être invoqué comme réglant la question de fait. Cette question doit être étudiée, dans le fait lui-même. I] importe de Connaître le rapport qui existe aujourd’hui à Montréal, entre le nombre des
pères de famille et le nombre de ceux qui sont obligés par la loi de Payer la taxe des écoles.
qu’il est non $ encore nécessaire, d'établir cette Je, et très important de voir si elle
je le répète, vient du at ne peut vous en refuser acte de tyrannie. Le second, accordé par la Loi. I] peut
» Sans que la Religion, la aucunement blessée.
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Or, au dernier recensement, 1881, il y avait dans Montréal, 28,881 familles, et l’on ne compte en ce moment que 7,872 contribuables, d'après un rapport officiel publié dans le Star par M. l’échevin Donovan. Comme le nombre des familles a dû augmenter dans l’espace de deux ans, en suivant la proportion des années précédentes, on peut affirmer, avec assez d’exactitude, que ce nombré est à celui des propriétaires dans le rapport de 4 à 1. En d’autres termes, il y a quatre fois plus de pères de famille que de propriétaires.
De plus, les corporations, les sociétés, les banques comptent parmi les propriétaires les plus riches, et payent, par conséquent, des sommes considérables pour les écoles j cependant, elles n’exercent. aucun droit paternel (1).
Donc, il faut distinguer, même dans la pratique, entre les droits du père et ceux du contribuable,
Donc, c’est commettre une erreur que de réclamer le droit de contrôler à la fois, et au même titre, les taxes des écoles et le genre d'éducation donnée à vos enfants.
Donc, on ne peut admettre une proposition dont la conséquence serait que les pères de familles seuls ont le droit de disposer de l’argent des contribuables.
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Quand il s’agit de revenus publics—taxes où impôts— quels sont ceux qui ont le plus d'intérêt à les voir employer avec sagesse et économie ?
Quels sont ceux qui ont un droit plus grand pour en réclamer l'administration ? Ceux qui les fournissent ou ceux qui ne font qu’en profiter ?
Avec les conditions, qui se présentent dans toutes les
(1) Pendant plusieurs années, le Séminaire de Montréal a été le premier sur la liste des contribuables, à raison du montant élevé qu'il payait. Venaient ensuite, à des distances assez rapprochées, l'évêché et les autres communautés.
grandes villes, livrer aux pères de famille l'administration des taxes scolaires, ne serait-ce pas abandonner à une Majorité trop considérable, trop intéressée et souvent peu compétente, la propriété du prochain ?
D'un autre côté, il y aurait des inconvénients propriétaires, toujours peu nombreux, seuls maîtres de l'organisation financière et pédagogique des écoles primaires. Leur intérêt matériel pourrait se trouver en conflit avec l'intérêt intellectuel et moral de la communauté.
Dans notre histoire de l'instruction publique, il y a des exemples de ces conflits, qui n'ont profité qu’à l'ignorance et au désordre.
Aujourd’hui, les proprittaires les les plus intéressés et les plu
à laisser les
plus riches et, partant, s influents, acceptent ce qui a été fait pour donner à la ville d’excellentes écoles ,
les nombreux appels de ceux qui se sont constitués leurs représentants ont à peine soulevé quelques plaintes isolées (1).
Mais en sera-t-il toujours ainsi ?
Dans les villes où le commerce et l’industrie loppent, la propriété se concentr mains, les sociétés tendent à remplacer les individus, et les princes du commerce s’en vont dépenser leurs revenus à l'étranger. Les familles riches sont ordinairement peu nombreuses, et elles recherchent une instruction plus brillante ou plus complète dans les collèges, les couvents et les autres institutions de première classe, Toutes ces causes diminuent le nombre des personnes qui auraient intérêt au développerient des écoles primaires,
se dévee peu à peu en quelques
(1) Ce fait n'aura pas échappé, sans doute, à la Commission Royale. I1 est étonnant de voir, d'un côté,
quels appels passionnés on a faits au peuple, et dans les assemblées publiques
, et dans les journaux, contre les commissaires et contre M, le Principal de l'Académie du Plateau, et de l'autre, l'indifférence très marquée de
la masse de la Population, surtout des contribuables. C’est an point que l'enquête
a pris un caractère particulier, et qu'on s'est rabattu sur les 2” incipes,
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Du moment qu’on soit en refusant de pa
nominale, ce fardeau retombera sur les pères de f qui les charges publiques sont plus dur peu ou point de revenus, s payer plus cher, loyer et grès du commerce et les e mentent la fortune des propriétaires.
Je le répète, il se produirait, dans convénients.
La plus grande sagesse, comme la siste à protéger les intéréts des uns et moraux du peuple, qui est le grand nombre ; intérêts pécuniaires des riches, qui forment une J'etite minorité.
Evidemment, c’est ce que la loi actuelle avait on vue. Est-elle parfaite ?
Je ne l'ai point affirmé.
La loi que l’£tendard propose est-elle me Je ne le crois pas.
Ceux qui hésitent à demander un c dans un éens ou dans un autre, et qui veulent, au contraire, qu’on étudie la question avec maturité, ne me paraissent ni les adversaires de la justice, la religion.
illeure ?
hangement radical
ni les ennemis de
IIT
Voici des chiffres sur lesque teurs de l’£tendard.
Le nombre des proprictaires, ç sujets aux cotisations est aujourd’hui de 7,872, En 1881, il devait être moins élevé. À cette Époque, la valeur tot des propriétés taxables pour les écoles s'élevait à $64,985,200, dont 4826 ques, $31,341,600 pour les tager entre les uns et les Je ne crois pas m*
Is j'attire l'attention des lecatholiques et protestants.
ale (listes 1, 2 et 3) 101,400 pour les catholiprotestants, et 86,542,200 à parautres, d’après la loi (liste 3e).
arter beaucoup de la vérité en disant
sera libre de repousser le fardeau, yer, soit en ne payant qu’une taxe amilie, à es, parce qu'ils ont ur ceux qui sont obligés de tout denrées, à mesure que les prombellissements de la ville aug-
ce cas, de graves in-
simple équité, condes autres, intérêts
que, parmi les propriétaires, les non-catholiques doivent compter pour un tiers, quoiqu’ils ne soient que le quart de la population totale. Dans ce cas, je puis affirmer que la taxe des écoles catholiques, — en 1881. elle était de 804,202, liste 1,—est payée par 5,248 personnes, —parmi lesquelles il faut compter les corporations et les sociétés, — tandis que 22,000 familles au moins peuvent en bénéficier.
k Dans ma lettre du 20 avril, jai exprimé l'opinion que l’organisation des écoles d’après la division territoriale de la paroisse serait peu avantageuse à plusieurs paroisses. Cela est évident « priori, il me semble. Il y à des quartiers où ‘; propriété a moins de valeur, et, par une constquence naturelle, ces quartiers renferment une population moins riche et en même temps plus dense, c’est-à-dire comptant plus d’enfants.
Mais le fait devient plus évident encore par l'étude des statistiques de chaque quartier.
La division de Montréal par quartiers et celle par paroisses ne correspondent pas exactement, il est vrai: par suite, il est impossible d'établir des statistiques d’une rigueur absolue. Cependant, les comparaisons peuvent se faire dans des limites suffisamment rapprochées pour que les conséquences frappent tous les esprits.
Je prends les chiffres du recensement de 1881.
LES CINQ QUARTIERS, ouest, centre, est, St-Laurent et St- Louis, comprennent assez exactement la paroisse Notre-
Dame :
Population catholique, 26,514 Montant des taxes scolaires, $28,228 (1).
Rapport par tête : plus de... é $1,06
(1) Cette somme est formée, 1o du montant de la liste No 1, 20 des à de la liste No 3, en supposant que les catholiques forment les 3 de la population totale de la ville.
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QUARTIER STE-MARIE, qui renferme la paroisse de Si- Vincent et une partie de celles du Sacré-Cœur, de Ste- Brigide, etc.
Population catholique... A 10 Montant des taxes scolaires, LU 85,148 ‘ +: 140 Rapport par tête : un peu moins de. $0.25 ;
Comme le quartier Ste-Marie, commencant aux limites est de la ville, s'arrête à la rue Visitation, et que les deux paroisses de Ste-Brigide et du Sacré-Cœur s'étendent plus loin vers l’ouest jusqu’à la rue Ambherst, on peut objecter . avec raison que les taxes scolaires donneront une somme u plus élevée que $5,147. C’est vrai; mais la population di augmentant aussi, le rapport de $0.25 par tête ne peut varier beaucoup. Toutefois, j'irai jusqu'à supposer que les trois paroisses, conservant la population donnée plus haut, payent environ $10,000 pour les écoles, ce ne sera toujours que $0.50 par tête, et encore ce rapport est très exagéré.
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D'un autre côté, avec l’organisation scolaire actuelle, les trois paroisses de Ste-Brigide, du Sacré-Cœur, de St- Vincent, ont reçu ensemble, en 1881, au-delà de $20,000, peut-être 825,000, c'est-à-dire 4 ou 5 fois plus que les paroissiens ne peuvent fournir. |
Il suffira de donner les statistiques des autres quartiers, sans aucun commentaire.