IV
M. l'abbé Verreau tient à distinguer, même dans l'état pratique des choses, les intérêts du contribuable des intérêts du père de famille, I] tient à nous nier tous autres droits que ceux qui sont exercés par l'Eglise : le reste appartiendrait à l'Etat ! Et il croit arriver à son but en faisant ressortir cette distinction et en y revenant fortement.
Le droit des contribuables, u-t-il dit dans su lettre publiée le à: ai, se trouve accidentellement réuni duns la méme personne que le droit paternel.
Et c'est lui qui a souligné acci lentellement, afin d’att irer l'attention et afin de montrer qQu'il appuyait bea ucoupsur ce mot.
C'est un uceitentellement assez étrange pour surprendre bien des lecteurs.
Ils ont trop d'intelligence pour cela, vous les calomniez.
Ainsi ce serait par uccédent que le père de famille est contribuable, ou Pur accèdent que le contribuable est père de famille.
Evidemment j’ai tort.
Du moment que vous donnerez à votre jeune fils une propriété sujette aux contributions, il sera nécessairement père de famille.
Q) L'Etendart, 5 juillet.
Ces choses-là n'arrivent Pas dans le cours ordinaire des choses ! Ce n'est pus là l'ordre naturel ! é
Elles arrivent accidentellement conséquemment par exception ! uet-il voulu faire entendre,
J'ai donné au mot accidentellement la signification qu'il doit avoir,
Ces MM. de l'Ætendard n'en paraissent rien soupçonner, ils ont si peu de temps. Ilest vrai qu'il leur en faudrait beaucoup pour apprendre ce qu'ils ignorent, depuis les principes de la ponctuation, —je ne parle pas de l'orthographe, — depuis les simples principes de la logique —jusqu'aux principes les plus élémentaires qui règlent les rapports de l'Eglise, de la socicté domestique et de l'Etat.
Voilà, certes, une exception pussablement fréquente. L'exception doit avoir depuis longtemps conquis la position de règle générale.
Pour prouver que c'est l'exception — car notre contradicteur entend prouver cela—M. l'abbé Verreau entre en frais de statistique :
Au dernier recensement, 1881, dit-il, il y avait dans Montréal, 28,341 familles, et il n'y a en ce moment que 7,872 contribuables, d'après un rapport officiel publié dans le Ster par M. l'échevin Donovan. Comme le nombre des familles a dû augmenter dans l'espace de deux ans, en suivant la proportion des années précédentes, on peut affirmer, avez assez d'exuctitude, que ce nombre est à celui des propriétaires dans le rapport de 4 à 1: en d'autres termes, il y a quatre fois plus de pères de famille que de propriétaires.
Ainsi vous voyez que, sous la main de notre contradicteur, les chitlres font bien la besogne et que l'exception est établie !
Seulement, c'est dans les chiffres même que se trouve le vice,
Ces chiffres sont t'ompeurs et ne sont pas du tout exacts dans le sen: que leur donne M. l'abbé Verreau.
Que sert-il d'employer de pareilles armes ?
M. l'abbé ne sait-l pas que le mot “ famille ” employé dans les colonnes du recensement n'a pas la signification exclusive qu'il lui donne pour le bénéfice de son argumentation ? Ne sait-il pas que “ familles ” dans le recensement signifient “ feux ” ou 4 endroits d'habitation ” plutôt que toute autre chose ? Ainsi une personne vivant seule dans une maison constitue une famille selon les exigences de la loi du recensement. Ainsi deux où trois femmes célibataires qui ont loué un appartement et qui y vivent forment une famille dans le sens du recensement, muis non dans le sens
donné à ce mot en matière d'éducation. Ainsi, M. le principal de l'Ecole
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Normale Jacques-Curtier, suiiplueusement logé sur lu rue Sherbrouke, a dû être compté pour “ une famille ” par l'officier faisant le dénombrement. Et il entre lui-même Pour une unité dans le chiffre de 28,38] familles, qu'il nous cite et qu'il trouve si péremptoire,
Cette signification du mot famille ne m'était pas inconnue, et c’est pour cela que je maintiens le chiffre de 28,381. T1 est le plus exact et,en même temps,il favorise plus la thèse de l’Etendard que tout autre,
Sans doute, comme l’expliquent les Nsiructions aux officiers du recensement, le chef de famille n'est pas toujours père de famille, c'est-à-dire personne mariée, Mais d’un autre côté, plusieurs pères de famille se trouvent rangés dans un même ménage, où sous un même chef de famille : il y a compensation,
Voilà pourquoi les statisticiens comptent que la proportion des personnes par ménage est égale À la proportion des membres de chaque famille, composée du père, de la mère et des enfants. En 1571, cette proportior. était de 5. 6 pour toute la province de Québec; dans les villes, elle doit naturellement être moindre : on adimet qu'elle est aujourd’hui de 5 tout au plus,
D'un autre côté, en divisant li population totale de Montréal en 1881 par le nombre de familles—telles que prises au recensement, — savoir 140,747 par 28,381, on trouve 4. 9591, soit 5. (e dernier nombre représente une famille composée du père et de la mère, comme je viens de le dire, et de trois enfants.
J'aurais pu baser mes calculs sur d’autres chiffres.
Je n'aurais eu qu’à ajouter la somme moyenne des hommes et des femmes mariés et la somme des veufs et des veuves, savoir 25,240 et 7,543 (1). Le total 30,783 au-
(1) Recensement de 1881, v. 1, p. 53, n. 90,
En 1881, on comptait à Montréal 23,250 hommes et 23,231 femmes mariés ; 1,753 veufs et 5,790 veuves. En 1871, il y avait 17,454 hommes ct 17,426 femmes mariés ; 1,154 veufs et HI17 veuves, total 22711. D'après cette progression, on devrait compter, au mois d'avril dernier, 32,951 pères de famille.
ait représenté le nombre de ceux qui peuvent .éclamer les droits de pères de famille, quoique probablement plusieurs n'aient pas d'enfants.
Mais je n'ai aucun intérêt à prendre les chiffres les plus élevés. Ceux qui indiquent le nombre des familles complètes—parents et enfants—me paraissent mieux convenir à la question que j'évudie et en même temps diminuer les chances d'erreur, Il s’agit, en effet, de connaître combien de personnes peuvent avoir un intérét réel et actuel dans la question des écoles, à cause de leurs enfants, plutôt que le nombre de celles qui ont un intérit probuble, parce qu'elles ont contracté mariage,
Que l’EÆtendurd s'en tienne aux derniers chiffres, s'il l'aime mieux ; mais il faut qu'il choisisse les uns ou les autres.
De plus, M. l'abbé Verreun doit savoir que le recensement a donné la
Population de droit et non la population le fuit, et que, par conséquent, de
familles entières passées aux Etats-Unis avec l'intention de revenir ont été comptées comme se trouvant au pays.
du coin, —qui se sera chargé, par patriotisme, de faire enregistrer, en leur absence, ces familles entières, —vous apprendriez peut-être qu'elles sont déjà de retour, Elles viendront certainement réclamer l'exercice de leurs droit: quand vous aurez fait triompher votre thèse.
Ainsi il faut absolument ne rien changer.
Et comme les officiers censeurs recevaient un percentage par tant de familles, ils ne manquaient pas de les multiplier dès lors qu'ils croyaient avoir pour cela une raison plausible,
Voilà qui diminue la valeur de votre chiffre de 28,381, n'est-ce pus ?
Voyons l'autre chifl:e maintenant : 7,872 contribuables où propriétaires. de Celui-ci est de beaucoup le plus faux et le plus trompeur des deux. Dan: ce chiffre sont comptées, chacune comme un seul propriétiire ou contribuable : les banques, les corporations commerciales, les sociétés indnstrielles, les compagnies d'assurance, de navigation, ete. ete. si nombreuses à Montréal.
Je prends acte de cet aveu,
Si vous alliez, Monsieur le Directeur. consulter l’épicier
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Je vous l'avais dit, Monsieur le Directeur, elles sont nombreuses ces sociétés : elles payent beaucoup pour les écoles, et elles n'ont pas d'enfants.
Mais les actionnaires, les membres de ces sociétés, de ces corporations, de ces compagnies, de ces banques, ne sont-ils pas les véritables proprié. tuires des vastes immeubles possédés pur ces corps publics ? Et ne sont-ils pas, règle générale, des pères de fumille
[l est évident que ces actionnaires sont pères de famille : il est encore plus évident que chacun d'eux se trouve proprictaire de tous les biens, —meubles, immeubles —que
possède la socitté dont il a l'avantage d'être membre,
Propriétaire et père de famille, cet heureux citoyen pourra, à la promenade du dimanche, montrer à ses enfants la Banque de Montréal et leur dire, en se gorgeant : “* Voyez cette belle maison ; j'en suis le propriétaire ; vous en êtes proprictaires ; nous en sommes tous proprictaires. Aux mauvais jours, nous la vendrons... quand votre instruction sera finie, J'en ai besoin jusque-]à, ”
Pends-toi, sergent Guilbollard, Tu Hangeais des truffes par coïncidence, parce que ton cousin était l'ami du frotteur du capitaine, qui, lui, ne s'en faisait pas défaut, Pends-toi, tu es dépassé,
Une seule banque au capital de douze millions divisé en paris de deux cents piastres (la banque de Montréal) peut avoir soixante mille actionnaires. Nos banques canadicnnes-françuises avec un capital de près de quatre millions divisé en parts plus minimes, peuvent avoir un nombre équivalent de membres. Nos Compagnies de navigation, nos compagnies de chemin de fer, nos Compagnies manufacturières, nos sociétés de COustruction, etc. etc. peuvent avoi:, et ont de fait, chacune d'elles, un nombre considérable d'actionnaires.
Voilà qui augmente considérablement votre chiffre de 7,872, Et voilà qui détruit complètement la furce apparente de votre raisonnement.
Cela augmente-t-il considérablement le revenu de la commission scolaire ?
Les données étant fausses, la déduction est nulle.
L'un de vos chiffres étant diminué et l'autre augmenté, le rapproche-
ment fait disparaitre le surprenant écart que vous signaliez et sur lequel Vous aviez assis l'échaffaudage de votre argumentation.
Et la rétribution mensuelle n'est-elle pas aussi une rétribution aidant au soutien des écoles. Qui la paie celle-là ?
Ainsi donc « l'exception ” ne se trouve pas prouvée, et la distinction à laquelle vous vous accrochez doit être reléguée parmi les excellentes choses qui existent en théorie,mais qui n’ont pas d'effet duns la vie pr
atique.
Votre mot accidentellement doit
donc disparaitre. Nous vous proposons de le remplacer par le mot pratiquement : et votre phrase
se lirait comme suit : ,
“ Le droit des contribuables se trouve
pratiquement réuni dans la mème “ personne que le droit paternel, ” Vous diriez là une grande vérité.
Mais vous le diriez malgré vous !
Il est impossible de résister. Voilà une suite de démonstrations qui confondent :
Contribuables !
Propriétaires !
Accidentellement !
Et le Pirée à part aussi À l'honneur de votre présence ? Il doit être de vos amis.
Vous méritez largement le châtiment
compromettre ainsi l'honneur de vo ceux qui vous lisent à l'étranger.
de l’autre, pour tre pays aux yeux de
Nous avons dit dans notre article du 17 avril :
L'éducation de l'enfant fuit partie des droits e société domestique ; la société n'a rien autre chose à faire qu'à protéger l’exereice de ces droits, C’est pourquoi il faut que la décentralisation soit, sous ce rapport, la plus complète possible ; il faut que chaque groupe de familles ayant des besoins particuliers, des vues particulières, que chaque paroisse, puisque la paroisse est l'organisation qui se rapproche le plus de la famille, puissent exercer sans entrave leur influence et leur contrôle.
t des obligations de la
(1) ÆEtendurd du 9 juillet.
le 25 parti M:
raiso des c autre No catio l'Etu sair étre | Ja nou:
En sériet Ca n'app:
Je Coi à nier l'éluc Je devr Not afin de J'ai ce qui c'est-à 10 ( tienne gêne} fait pa In même, rents, ( aussi 8
ne
ez ct sur lequel tribution aidant
la distinction à i les excellentes la vie pratique.
Vous proposons e lirait comme
dans la mème
de démons-
autre, pour ix yeux de
ations de la ju'à protéger lisation soit, e groupe de que chaque » le plus de contrôle.
M. l'abbé Verreau cite une partie de ce Paragraphe dans sa lettre publiée le 25 avril (1), et il paraît admettre l'opinion qui est énoncée dans cette partie.
Mais dans sa citation, il a retranché la première phrase, bâse de notre raisonnement, qui dit que “ l'éducation de l'enfant fait partie des droits et des obligations de la société domestique et que la société civile n’a rien autre chose à faire qu'à protéger l'exercice de ces droits. ”
Nous en devons conclure que notre contradicteur n'admet pas que l'éducation de l'enfant fasse partie des droits de la société domestique et que l'Etat soit obligé de protéger ces droits.
Voici une règle nouvelle en dialectique : ce que l’adversaire passe sous silence d'un article ow d’une proposition doit être regardé comme nié pa: à.
Jadis, on ne procédait pas ainsi ; mais l’Etendard veut nous faire voir qu’il a changé tout cela.
En effet, reconnaître les droits de la société domestique, c'est mettre sérieusement en danger les prétentions de l'Etat !
Car, d'après M. l'abbé Verreau, l'Etat a droit de réclamer tout ce qui n'appartient pas à l'Eglise ! C'est le sens évident de ses correspondances.
Je n'ai rien dit qui comporte ce sens.
Comment arrive-t-il à cette fin ? Par quel tour de raisonnement arrive-t-il à nier à la société domestique, aux parents, l'exercice effectif de Tour broir dans l'éducation commune à Montréal,
Je prie le lecteur de bien remarquer l’accusation,—je devrais dire la calomnie—que je souligne.
Nous avons besoin de citer les propres paroles de notre contradicteur, afin de bien montrer que nous ne dénaturons en rien su pensée. I] dit :
J'ai distingué, je l'avais fait dans mon témoignage, les droits du père en ce qui concerne («) l'enseignement religieux et moral : (b) l'enseignement civil, c'est-à-dire le choix des maitres, des programmes et des méthodes.
10 (a) J'ai admis que le père a le devoir de donner une éducation chrétienne à son enfant et qu'il a un droit absolu et inviolable à ce qu'on ne le gêne pas dans l'accomplissement de ce devoir. Mais j'affirme que ce droit fait partie des droits de l'Eglise.
Il ne peut être sauvegardé ou violé sans que ceux-ci le soient par là même, et, vice versa, si les droits de l Eglise sont sauvegurdés, celui des parents, en ce qui concerne l'éducation religieuse et morale des enfants, est aussi sauvegardé.
(1) Page 68.
Or, Vous avez admis que les droits de l'Eglise ne dans cette matière, qui est la plus importante, les droits du père ne le sont pas non plus.
(b) Reste le droit du père dans l'enseignement civil (1).
sont pas violés. Donc, qui est la seule importante,
(ci M. l'abbé Verreau cite une opinion du Dr de
Angelis, dont nous dirons un mot plus loin.)
L'opinion du Dr de Augelis est sans doute un peu génante pour l’Etendard : il l’a supprimée, ce qui est plus facile que d’y répondre. Je tiens cependant à la reproduire ici: plus loin. je cite“ai d’autres autorités.
Je disais dans ma septième lettre, p. 85 :
b) ‘‘ Reste l'enseignement civil.
“Si lEtendard prétendait qu'en cette matière, le droit du père est tellement absolu que toute intervention de l'Etat est un crime, je pourrais lui répondre par la bouche du Dr de Angelis : ‘ Pour les sciences (autres que celles de ‘ la Religion) l'Eglise veille à ce qu’il ne s’y glisse rien ‘“ de contraire, soit à la Religion, soit aux mœurs, LE ‘* RESTE REGARDE L’Erar, quelquefois même des particu- ‘{ liers, sous la dépendance plus ou moins grande de L'Etat, “suivant la coutume et la pratique raisonnable des lieux.”
Puis, je concluais :
‘ Donc, d’après ce canoniste distingué, l'Etat peut régler l’enseignement dans les écoles, pourvu qu’il respecte les droits de l'Eglise. Donc l'enseignement civil n’est pas un droit inviolable et divin ”.
L’Etendard cite cette conclusion, et il s'écrie :
Voilà donc le secret ! Notre contradicteur veut réduire les droits du père de famille au droit de donner à ses enfants une éducation morale et religieuse.
Si je reconnais aux Parents ce droit, qui a bien une certaine importance, vous l’avouerez, il n'est donc pas vrai
(1) J'ai emprunté cette expression à l'abb de l'enseiynement moral et religieux : c'est ce que Taparelli appelle instruelion spéciale. L'instruction Civile, pour cet écrivain distingué, Correspondrait à l'économie politique des publicistes modernes : elle ferait connaître les éntérêts, droits et rapports des membres de la société.
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Le
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J’; pout écol.
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3 S( ubi nih subsequ