‹ Tempérament et caractèreChapitre 29 sur 84 · L’AVENIR DES RACES SUPÉRIEURES IMPORTANCE DU CARACTÈRE · texte numérisé non relu

L’AVENIR DES RACES SUPÉRIEURES IMPORTANCE DU CARACTÈRE

Nous avons vu le passé et le présent des races, ainsi que les lois de leur évolution; reste à savoir si on peut en tirer quelques prévisions sur leur avenir. Le problème des races ne prend-il pas, à une époque de transition comme la nôtre, une forme des plus complexes et des plus graves?

Trois hypothèses sont possibles. Ou le mélange final des populations blanche, jaune et noire; ou leur coexistence parallèle en trois groupes à peu près fermés, analogues aux castes; ou enfin la prédominance de l’une d’elles et la disparition des deux autres. Il y a, sur l’avenir de notre race européenne, des prophètes optimistes et des pessimistes. Ecoutez les premiers : ils vous diront que les blancs, parmi lesquels la race européenne forme déjà un tiers de la population du globe, tendent à se propager par toute la terre, aux dépens des hommes de couleur. La race océanienne disparaît

à vue d’œil devant la race européenne. Les Indiens d’Amérique vont chaque jour déclinant, même là où le gouvernement anglais et celui des États-Unis les protègent. Dans les îles Sandwich, au temps du grand voyageur Cook, c’est-à-dire vers la fin du siècle dernier, la population était d’environ 300,000 hommes; aujourd’hui elle arrive à peine à 40,000. Dès la naissance, le cerveau du blanc se trouve en avant sur celui des autres races : sensibilité plus vive et plus délicate, intelligence toute prête pour la science et pour l'industrie, volonté énergique, capable de se maîtriser, à la fois très individuelle et douée d’instincts largement sociaux. Dans de telles conditions, l’avantage ne peut manquer de rester à la race blanche. Celle-ci accapare bientôt toutes les ressources de la contrée; les races inférieures se trouvent de plus en plus privées de leurs anciens moyens d’existence. En outre, elles sont décimées par les maladies, par les vices qu’elles reçoivent de la civilisation et qui, souvent, sont leurs seuls emprunts de quelque importance. — Sans doute, répondent les pessimistes, les races inférieures disparaissent devant les blancs ; mais cette loi ne se vérifie que sous les climats tempérés, où les blancs ont tous leurs avantages dans la lutte pour l’existence. Sous le rapport physique, ils se trouvent alors adaptés au milieu extérieur; sous le rapport moral, ils ont les supériorités dues

au caractère et à la civilisation. Mais en est-il de meme dans les régions tropicales? Ici, le tempérament se modifie et, avec lui, le caractère. Deux effets surtout sont sensibles : le sang s’appauvrit, les nerfs s’usent. D’où une intelligence moins vive, une volonté moins capable d’effort. De plus, 1 acclimatation est souvent impossible. Un voyageur américain voyait récemment à l’œuvre les émigrés allemands qui se sont établis au Brésil. Après une expérience de deux ans, dit-il, vous trouvez le colon allemand assis à l’ombre d’un figuier planté par son prédécesseur portugais. Pour faire son ouvrage, il a loué un nègre. Revenez quelques années après ; d’ordinaire, il ne restera que le nègre : le colon allemand sera mort de la fièvre ou reparti. Le long de l’Amazone, selon un autre voyageur, les familles de race blanche pure commencent généralement à disparaître vers la troisième génération : elles deviennent alors victimes de la scrofule, et le mal est sans remède. Au Guatémala, il ne reste que peu de sang espagnol; au Mexique, en comparaison du chiffre de la population, les Européens ne sont qu’une poignée. Les limites des races, qu’on croyait indéfiniment mobiles, semblent donc immuables et se confondent avec les limites mêmes des zones terrestres.

Aussi les territoires ouverts dans l’avenir à l’émigration européenne sont-ils, selon M. Pearson,très

restreints. Que reste — t— il d’habitable à la race blanche? Un peu de place dans l’Amérique du Nord, dans l’Argentine, dans l’Asie centrale, dans quelques îles de l'Océanie, sur les bords de la Méditerranée et au nord du Cap. Il est probable que les Sino- Japonais envahiront la Malaisie; ils entrent déjà pour moitié dans la population de la plupart des grandes villes. Probablement aussi ils nous préviendront dans l’Asie centrale. En Chine seulement, ils sont déjà 400 millions; un peu après le milieu du prochain siècle ils seront 800 millions. Comment arrêter ce flot montant des races colorées, qui menace d’engloutir les « îlots blancs » ? Le mouvement qui existe en Asie existe aussi en Afrique. Une population nègre double en quarante ans. Pourrons-nous résister à ce qu’on a justement nommé « la puissance imbécile du nombre » ? En 1842, l’Angleterre s’empare du Natal, où on ne comptait que cinq nègres par mille carré : attirés par le climat, les Européens accourent; mais les noirs d’accourir aussi — sans compter les Chinois et les Hindous — grâce à la sécurité que leur offrait le gouvernement des blancs. Aujourd’hui, pour un blanc, il y a treize hommes de couleur. Avant cinquante ans, les Européens auront été absorbés dans la masse.

Ainsi la loi de la population, qui tend à amener une natalité stationnaire chez les nations les plus

civilisées, vient compliquer la loi de l’acclimatation et agir clans le même sens. Ajoutez-y maintenant le jeu des lois économiques. Sur les marchés industriels, nous sommes, selon M. Pearson, vaincus d’avance. Les Hindous, au nombre de 300 millions, sont en train de redevenir une société industrielle, qui, au lieu d’être un foyer d’importation, deviendra uniquement foyer d’exportation. Dans une récente étude sur l’Inde contemporaine1, M. Em. Barbé nous montre les fabricants anglais, fatigués des grèves si fréquentes en Angleterre, retransportant l’industrie des cotonnades dans son berceau primitif, l’Inde. Ils trouvent là-bas des bailleurs de fonds, des ouvriers, des contremaîtres, des comptables, voire d’excellents ingénieurs-mécaniciens, le tout pourdes salaires qui sembleraient dérisoires à l’Européen. Aujourd’hui, un fils de capitaine anglais en est réduit à considérer « comme une bonne aubaine de débuter comme conducteur de locomotive à 30 roupies — 60 francs par mois ». Bientôt, on se passera de lui tout à fait : les natifs font le service et le font bien, pour 8 à 10 roupies par mois. Dans cette lutte imprévue de la colonie et de la métropole, un premier résultat est déjà acquis : décadence irrémédiable du conquérant dans sa conquête elle-même. Les créoles, capitans à la pre-

(i) Revue scientifique clu 29 juillet 1893.

miôre génération, sont devenus plantons d’administration à la seconde, mendiants à la troisième.

Les 400 millions de Chinois sont également en passe de devenir grands producteurs; ils profitent, eux aussi, des leçons que nous avons bien voulu leur donner. Apparaissent-ils quelque part, l’ouvrier blanc ne peut lutter contre eux. A Victoria, en Australie — où M. Pearson était ministre de l’Instruction publique — les Chinois ont récemment entrepris la fabrication des ameublements; en cinq ans, ils ont tué la main-d’œuvre blanche et sont restés seuls maîtres du terrain. La Chine et le Japon sont à la veille d’une révolution économique. Demain ou après-demain, ils auront le combustible à bon marché en le tirant de leurs mines de charbon ; ils auront les transports à bon marché, par chemins de fer et bateaux à vapeur ; enfin ils auront fondé des « écoles techniques » où la science occidentale deviendra la possession de l’Orient.

Aux prévisions de M. G. Le Bon, de M. Pearson, les journaux anglais de l’Inde ont répondu que les ouvriers orientaux finiraient par avoir nos besoins et, par conséquent, deviendraient aussi exigeants pour les prix que les ouvriers occidentaux. L’auteur des Civilisations de l'Inde réplique à son tour que le caractère psychologique de la race hindoue est trop stable pour pouvoir être modifié assez vite. Il y a longtemps que les Chinois sont établis, en

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Amérique et en Australie, clans les centres les plus civilisés; malgré le luxe qui les entoure, la tasse de thé et la poignée de riz continuent de suffire à leurs besoins journaliers. Quand un ouvrier hindou a gagné les cinq ou six sous nécessaires à sa subsistance, l’appât des sommes les plus élevées est sur lui sans action. M. Le Bon remarque, en outre, que l’immense chemin de fer transsibérien, qui avance à pas de géant, réunira bientôt la Chine à l’Europe : les transports de Shangaï, qui demandent quarantecinq jours actuellement, s’effectueront en dix-huit par la voie russe. Chine, Japon et Inde, en attendant les nègres, nous enlèveront alors tous nos débouchés en dehors de l’Europe et essaieront de nous inonder nous-mêmes de leurs marchandises. Que deviendra l’industrie européenne, quand elle n’aura plus devant elle, comme jadis, les larges horizons, les longs espoirs et les vastes pensées? Que deviendra, du môme coup, le caractère de la race blanche en Europe? L’affaissement de qui n’a plus rien à attendre ni à espérer, l’indifférence aux inventions et aux progrès, remplaceront, dit M. Pearson, la superbe confiance de races qui, en ce moment, ne cessent de soupirer après des mondes nouveaux à conquérir. » Dès qu’une race s’abandonne, faute de stimulants à son activité indéfinie, la voilà qui cesse d’être créatrice, non seulement dans l’industrie, mais, par contre-coup,

dans la science même, dans la littérature, dans les arts. Nous serons refoulés, bloqués, assiégés dans notre vieux continent; et nous y étoufferons.

Aurons-nous la consolation d’avoir passé aux autres races, avec la suprématie sur le globe, la grande tâche de réaliser une civilisation de plus en plus élevée? Le Chinois ou le Japonais, par exemple, deviendra-t-il notre égal? Fera-t-il avancer la haute science, la morale, l’art? On peut sans doute l’espérer, mais nous avons vu que c’est une espérance aléatoire; jusqu’ici, la population jaune a dormi d’un long sommeil sur ses premières inventions. Quant aux noirs, nous avons vu aussi qu’ils sont encore loin des jaunes eux-mêmes. Comment donc ces trois tronçons de l’humanité, comme ceux d’un serpent, arriveront-ils à se rejoindre?

La guerre récente entre la Chine et le Japon a montré que les Chinois, au point de vue militaire, étaient beaucoup moins à craindre qu’on ne pensait; mais, s’ils imitent les Japonais, comme ils ne tarderont pas à le faire, ils deviendront à leur tour redoutables. Quant aux Japonais eux-mêmes, ils profitent de leurs emprunts à nos sciences et à notre civilisation, mais sont-ils pour cela modifiés dans leur fond? La chose est douteuse.

— Ce qu’on dit aujourd’hui des races de couleur, a-t-on objecté, les enfants de l’Hellade et du Péloponèse auraient pu le dire des Germains et des

peuples errant sans lois, sans gouvernement, sans tradition, sans histoire, clans les profondeurs de la Scyt.hieet de la Germanie. Qu’est-ce cju’ont produit, pendant les dix siècles du moyen âge, et les Germains et les Slaves? Qu’ont produit les Anglo- Saxons? Eurent-ils des inventeurs, des poètes, des savants, des philosophes, une flotte puissante, des colonies? Dans l’histoire de la Grèce, supprimez deux siècles; en quoi les Grecs l’auraient-ils emporté sur les autres nations? Ou plus simplement, supprimez une seule ville, Athènes, et voyez quel vide! — Rien de plus vrai, et personne n’a le droit de fermer entièrement l’avenir aux races de couleur. Mais il faut reconnaître que les peuples appelés barbares par les Grecs et les Romains étaient en réalité leurs plus proches parents et, pour ainsi dire, leurs cousins germains. Les noirs sont aussi nos cousins, mais tellement éloignés aujourd’hui, que les différences de constitution physique et mentale sont devenues énormes. Tout autre est une race jeune, comme l’étaient les anciens Germains, tout autre une race vieillie et figée dans son antique civilisation, comme est la Chine. Les Germains, c’était l’avenir; la Chine, le passé. Les Germains étaient peu nombreux et faciles à absorber dans le grand monde latin , avec lequel ils ne pouvaient mettre en balance leur bas degré de civilisation; les Chinois, au contraire, ont une civilisation complète

3üi LE CARACTÈRE DES RACES HUMAINES

en son genre, au-dessus de laquelle, moralement, ils ne conçoivent rien. Transformer cinq cents millions d’hommes qui se trouvent parfaits comme ils sont, c’est une tâche difficile. Il est hasardeux de s’attendre à ce que les Chinois ou même les Japonais révèlent désormais une originalité puissante, une élévation intellectuelle et morale, un sens de l’idéal qu’ils n’eürent jamais dans le cours de leur interminable histoire. Ce sera déjà un beau résultat pour eux que de s’élever, comme fait le Japon, à ce niveau uniforme et trivial de connaissances et d’applications scientifiques qui, pour les peuples héritiers du renom européen, serait une stagnation. Plusieurs races humaines, a dit ingénieusement M. Zaborowski, sont aujourd’hui dans la situation de ces vieillards qui ont assez d’esprit pour voir combien tout change et s’améliore autour d’eux, mais qui ont dépassé l’âge où l’on peut soi-même acquérir et changer. Les Sino-Japonais prendront notre industrie et nos armes de guerre, peut-être nos codes ; mais ils pourront bien rester foncièrement Chinois ou Japonais.

La disparition ou la diminution des éléments supérieurs de l’humanité est donc à craindre. Supposez que, dans l’Inde ancienne, on n’eût pas établi le régime des castes, si sage pour l’époque; où serait aujourd’hui la poignée de blancs qui avait soumis les noirs établis sur le sol — ces noirs que

les légendes hindoues symbolisent sous le nom de singes et contre lesquels les Aryas soutinrent leurs luttes gigantesques? On aurait bientôt vu se diluer les quelques gouttes de sang blanc dans l’océan noir ; la substance cérébrale des Aryas, si précieuse pour l’avenir du globe, aurait perdu toute sa valeur en devenant une quantité négligeable au sein d’une masse inerte et routinière. La future situation de la race européenne par rapport aux Africains et aux Asiatiques peut devenir plus ou moins analogue. Il y a eu des temps, avant nous, où la civilisation fut menacée, malgré sa confiance arrogante en sa propre force. L’empire d’Occident fut conquis et brisé; l’empire d’Orient fut réduit en servitude; les Tartares occupèrent pour des siècles les trois quarts de la Russie; les Turcs envahirent la moitié de la Hongrie et assiégèrent Vienne au xvne siècle. Aujourd’hui, plus de la moitié de la terre n’a qu’une civilisation nulle ou incomplète ; n’est-ce pas un danger pour l’autre moitié, alors môme que ce danger ne prendrait pas la forme d’une conquête militaire? Supposez seulement nos classes industrielles réduites à ce niveau de corvée journalière, accomplie sans plainte, qui est le secret du succès chinois ; supposez nos classes aisées admettant le millionnaire chinois ou japonais à partager leur vie et à épouser leurs filles ; nos écrivains s’efforçant de plaire à la masse des lecteurs chinois ou japo-

LE caractère des races humaines

nais ; est-ce que « ces petits changements n’impliqueront pas déjà par eux-mêmes une graduelle détérioration de la vie nationale » ? M. Pearson croit que le rôle historique de l’Angleterre est de préparer la belle mort de la race blanche, son « euthanasie », en organisant, créant et transportant sur le monde entier, comme elle le fait, paix, lois et ordre; par là, elle fournira aux autres races tous les éléments de notre absorption finale dans l’universelle médiocrité.

Telles sont les prévisions pessimistes, et à coup sûr il y a là un sujet de grande inquiétude. Examinons pourtant s’il faut aller jusqu’à la désespérance. L’avenir de la race blanche, par rapport aux races de couleur, est avant tout une question d’acclimatation. Il s’agit, en effet, de savoir si les blancs pourront vivre et se propager dans les pays chauds, ou si les races de couleur pourront seules y prospérer et y faire souche. Or, il y a déjà eu une invasion blanche partie, selon les uns, des massifs du Bolor et de l’Hindoukoh, ou, selon l’opinion iaplus probable, du nord-ouest de l’Europe, et qui, en tout cas, a pu arriver d’un côté jusqu’à l’extrémité de la presqu’île du Gange et à Ceylan ; de l'autre, jusqu’en Islande et au Groenland. Les localités chaudes et sèches sont parfaitement accessibles à la civilisation. C’est dans une région chaude et sèche, l’Égypte, que se développa la plus antique civilisa-

lion dont l’histoire ait gardé le souvenir ; c’est dans des régions chaudes et sèches que prirent naissance les civilisations babylonienne, assyrienne et phénicienne. Spencer a remarqué que, de la région sans pluie qui s’étend à travers le nord de l’Afrique, Arabie, Perse, Thibet et Mongolie, sont parties toutes les races conquérantes de l’ancien monde ; si le type tartare, et peut-être l’égyptien, était inférieur, les types aryen et sémite étaient supérieurs.

Il est des régions funestes aux hommes de toutes les races, comme le vaste estuaire du Gabon. Sans aller aussi loin, on connaît les Maremmes et les marais de la Corse. En France, les étangs de la Dombe et l’embouchure de la Charente, aujourd’hui assainis en partie, n’étaient guère moins dangereux. A latitudes égales, les régions chaudes de l’hémisphère austral sont généralement bien plus accessibles aux races européennes que les régions de l’hémisphère boréal. Boudin a montré que la mortalité moyenne des armées de France et d’Angleterre est environ onze fois plus forte dans notre hémisphère que dans l’hémisphère opposé, et il en a trouvé la cause dans le plus ou moins de fréquence ou de gravité des fièvres paludéennes. Au nord de l’Équateur, ces fièvres remontent en Europe jusqu’au 59e degré de latitude. Au sud, elles ne dépassent qu’assez rarement le tropique et s’arrêtent souvent en deçà. Taïti, qui n’est qu’à 18 degrés de l’équateur géogra-

Llï CARACTÈRE DES RAGES HUMAINES

phicjue et presque sous l’équateur thermal, en est exempte. Il est possible d’assainir peu à peu les pays fiévreux et, par là, d’y rendre l’acclimatation moins difficile. D’autre part, les progrès de la médecine microbienne réservent certainement des surprises, des découvertes inattendues. Il suffirait d’une connaissance exacte des germes qui produisent les maladies des pays chauds, ainsi que d’une vaccination appropriée, pour permettre aux Européens d’habiter des pays jusque-là inhabitables pour eux. En outre, s’ils arrivent à une extension lente et progressive de leur race, s’ils font « la tache d’huile », ils pourront acquérir des immunités analogues à celles que la race nègre a acquises. La manière tout opposée dont les noirs et les blancs supportent, les uns les fièvres miasmatiques, les autres la phtisie, en est la preuve. Vaccinés contre les fièvres, les noirs ne le sont pas contre la phtisie, qui fait chez eux de bien plus grands ravages qu’ailleurs. Il est donc probable que la race européenne, avec les progrès incessants de la médecine et de l’hygiène, pourra s’acclimater bien loin en dehors de sa zone habituelle.

On a aussi montré dans la religion musulmane un des moyens de conquérir à la civilisation le continent noir. La polygamie musulmane permet d’hybrider les populations indigènes avec très peu d’immigrants; or la loi du « retour au type » — une des grandes

lois de l’hérédité, qui fait que la race croisée avec les hybrides les plus voisins les absorbe rapidement — peut donner le moyen de ramener au type blanc les hybrides acclimatés des premiers colons. Quoi qu’il en soit, il est probable que la science trouvera des ressources pour étendre au loin la race blanche. Si on n’aboutit qu’à acclimater une race plus ou moins mêlée, il en résultera simplement ce fait que les régions trop chaudes demeureront l’apanage d’une humanité plus médiocre, mais cependant civilisée et progressive, tandis que les régions tempérées auront en partage l’aristocratie directrice de l’humanité entière. Au Cap, il y a cinquante ans à peine, les Basoutos étaient plongés dans la plus complète sauvagerie ; maintenant, ils ont des milliers de charrues, leur pays est admirablement cultivé et arrosé; leur instruction moyenne est supérieure à celle de mainte population européenne; et, dans les examens, nombre de Basoutos réussissent beaucoup mieux que les élèves de la race blanche. Faut-il s’en plaindre? De même dans les États esclavagistes de l’Union. Avant la guerre de Sécession, la loi punissait d’une amende élevée et de cinquante coups de fouet l’enseignement de la lecture aux nègres. Aujourd’hui ces mêmes nègres ont établi vingtquatre mille écoles, qui comptent un million et demi d’élèves, près du cinquième de la population. Ces Africains méprisés ont fait, en vingt-cino ans, ce que

liien des nations européennes sont encore loin d’avoir réalisé, l^1 an t— il donc rétablir les coups de fouet, pour la plus grande gloire de la race supérieure?

Au point de vue économique, il sera possible de se défendre. Les Chinois s’étaient entourés d’une muraille; nous y avons fait une brèche par la force, dans cette guerre imprévoyante et égoïste des Anglais et des Français à la Chine : maintenant, on voit les blancs élever à leur tour une muraille contre l’invasion jaune. Les États-Unis ont commencé. Les « ouvriers à cinq sous par jour » ont soulevé la protestation jalouse des ouvriers à cinq francs, et la question d’intérêt a primé le reste. Le territoire de l’Union est désormais interdit à tout émigrant de Chine. De même pour le territoire de l’Australie. Ce protectionnisme d’un genre nouveau risque d’aller en s’étendant : ce sera le protectionnisme des races au lieu d’être celui des peuples1 . 11 donnera le temps,

(l)Le protectionnisme contre les races de couleur aura toutefois pour limites le besoin même que l’Occident finira par avoir de l’Orient. La population de l’Europe prenant une extension croissante, les Etats européens ne pourront plus produire la nourriture nécessaire à une population dont les besoins mêmes iront croissant toujours. Déjà, sauf la Russie, les Etats de l’Europe ne se .suffisent pas : l’Angleterre ne pourrait vivre que cent quatre-vingt-sept jours par an avec sa production; l’Italie deux cent quatre-vingt-neuf jours, etc. Pour éviter de mourir de faim, M. Le Bon nous prédit que les barrières douanières seront abaissées et il demande ce que deviendra la vieille Europe avec ses 130 milliards de dettes et ses impôts écrasants? La lutte économique entre l’Orient et l’Occident aura lieu, dit-il, « entre couches moyennes à peu près égales par leur niveau mental, très inégales par leurs besoins ». Et il en conclut que le succès final sera forcément du côté où les besoins seront les plus faibles.

d’une part, à la race blanche de se multiplier ellemême, d’autre part, à la race jaune de s’élever peu à peu à un degré plus voisin de la race blanche. On sait avec quelle étonnante rapidité le Japon déjà se modernise, au moins dans de certaines limites ; il y apporte même une sorte de fièvre.

Dans presque tous les États du Nord, la loi défend le mariage entre blancs et noirs. Dans le Massachusetts, autrefois si ardent contre l’esclavage, on ne permet aux noirs que les situations considérées comme avilissantes. Dans certaines localités, des heures spéciales pour le bain sont assignées aux nègres. A Brooklyn, dans les solennités où se réunissent les vétérans de la guerre de Sécession, les nègres, qui jadis ont combattu avec le Nord contre l’esclavage, n’ont pas le droit de prendre place à côté des blancs, leurs anciens compagnons d’armes. Mourir ensemble, cela passait encore; mais, pour vivre côte à côte, il faut avoir « montré patte blanche. »A Pittsburg, dans une des principales écoles, le premier rang appartenait à une j eune fille, que rien dans son extérieur ne distinguait des blanches de pur sang; elle fut dénoncée comme étant de « sangmêlé », et sans preuve, sans information, sans délai, dut être rendue à sa famille. A Ellenville, petite localité de l’État de New-York assez fréquentée et théâtre d’une vive spéculation sur les terrains, les noirs habitent un bout du village et les blancs

l’autre bout. Entre eux, s’étendent des terrains encore inoccupés. Or, la spéculation ne dépasse pas une certaine ligne, persuadée que le village ne s’étendra jamais dans la direction des noirs. Voilà donc, dans ces mêmes Etats qui ont failli briser l’Union plutôt que de tolérer l’esclavage, voilà la situation que l’on fait aux esclaves trente ans après que Lincoln est mort pour la cause de l’affranchissement et de l’égalité civile des noirs.

Il se passe aux États-Unis des scènes dont les Américains ne se vantent pas. Les nègres ont tant de goût pour les femmes blanches qu’il leur arrive assez souvent de satisfaire leur passion par la violence; souvent alors, en vertu de la loi de Lynch, la populace les enduit de poix, les allume comme des cierges et force les noirs de la contrée à venir voir flamber leur camarade.

C’est le mouvement ascendant de la population noire et jaune qui est le principal danger. Pourtant, les Anglo-Saxons et les Russes peuvent lutter sous ce rapport avec la Chine même. On a calculé qu’au siècle prochain il y aurait par toute la terre un milliard d’Anglo-Saxons. La Russie, en 1879, avait 96 millions d’âmes; elle en a aujourd’hui Llo millions ; augmentation en huit ans : 1 9 millions d’âmes . C’est presque la population de l’Europe ; l’augmentation représente plus du tiers de la population allemande. En vingt-quatre ans, la Russie s’accroîtra

d’un chiffre de population supérieur à celui de tout l’empire germanique. Les autres pays d’Europe pratiquent déjà le malthusianisme et, à mesure qu’ils auront une population plus dense avec une aisance croissante, ils le pratiqueront de plus en plus. Môme en Allemagne, on en voit les symptômes. Il n’y en a aucun en Russie, où d’ailleurs les territoires non remplis abondent. Tandis qu’il naît un soldat en France, a-t-on dit, il naît un régiment en Allemagne, un corps d’armée en Russie. Ce dernier pays semble appelé à être, en Asie, notre barrière contre les invasions possibles de la race jaune. C’est en Asie que sont ses vrais intérêts et que seront aussi ceux de l’Europe de demain, sinon d’aujourd’hui. La Russie le comprendra peut-être, au lieu de vouloir jouer un rôle d’apparat sur le vieux théâtre de l’Europe. La Russie renferme cent millions d’hommes sans culture, et par conséquent, dit M. G. LeRon, sans besoins, encadrés par une petite élite d’esprits cultivés ; elle est le seul peuple européen qu’on puisse soulever aujourd’hui au nom d’un idéal religieux; elle est le seul qui ait une force d’expansion énorme. Les Allemands sont bloqués chez eux, comme nous le sommes nous-mêmes. Les Russes voient devant eux l’Asie.

Ce qui arrivera forcément un jour, c’est l’alliance de toutes les puissances européennes contre les menaces des jaunes et des noirs: elles seront unies

par la nécessité en face de l’ennemi commun. Supposez une guerre décisive qui réduisît l’Angleterre au second rang; il est probable, comme le remarque M. Pearson, que l’IIindoustan se formerait en empire séparé. Supposez que la Russie fût mutilée et démembrée, ce serait pour la Chine ou le Japon l’occasion de s’unir en une puissance de premier ordre. Au contraire, que les nations d’Europe, qui ont des intérêts en Asie, s’unissent pour y maintenir la prééminence européenne, ce sera un pas vers le maintien de la paix en Europe même. Cette fédération pour un dessein unique, mais d’importance majeure, réagira sur l’Occident : les puissances alliées dans l’est seront portées à des compromis sur les petites dissensions de l'ouest.

III.— L’ avenir immédiat est sans doute enveloppé de ténèbres, mais il faut reporter ses regards vers le lointain. A ce point de vue, nous pouvons reprendre courage, car la question des races vient, si nous ne nous trompons, aboutir à un dilemme. Ou les races de couleur se rapprocheront assez de la race blanche, sous le rapport du tempérament et du caractère, pour que le mélange par croisements progressifs donne un type moyen élevé et perfectible ; ou, au contraire, l’abîme ira se creusant entre les races colorées et la race blanche, comme le pensent ceux qui croient à une inégalité

progressive. Mais, dans cette dernière hypothèse, la race blanche deviendra de plus en plus supérieure aux autres. S’il en est ainsi, jaunes et noirs auront beau nous menacer, la race blanche trouvera dans sa science môme et dans sa puissance d’invention des ressources capables de balancer la force du nombre acquise par les races inférieures. Elle restera l’élite durable de l’humanité, invincible et respectée. Dès aujourd’hui, le perfectionnement de l’intelligence étant devenu incomparablement plus utile à l’homme que n’importe quelle modification organique, l’influence de la sélection se porte de plus en plus vers ce côté. Or, dans toutes les prophéties pessimistes, on ne tient pas assez compte de l’élite intellectuelle, qui pourra trouver des moyens toujours nouveaux pour assurer et maintenir sa supériorité h

En appelant l’attention, comme nous venons de le faire, sur les destinées de notre race, ce ne sont pas

(I)A une condition toutefois, c’est que nos démocraties ne se découronnent pas peu à peu de cette élite en nivelant tout : en abaissant, par exemple, le niveau de l’enseignement sous le prétexte d’une égalité mal comprise, en ouvrant les carrières libérales à ceux qui n’ont reçu qu’une instruction inférieure ; en admettant dans leurs Universités une foule de plus en plus envahissante et de moins en moins choisie. Si ce mouvement, mal à propos appelé démocratique et qui, en réalité, est la perte de la démocratie, s’accentuait en Angleterre et en Allemagne comme en France, si, de plus, triomphait une forme de socialisme utilitaire, inspirée par l’égoïsme des classes, c’est alors que nous deviendrions vraiment les équivalents intellectuels des Chinois par cela même, nous ne pourrions plus lutter avec des races plus nombreuses et ayant des besoins moindres.

des idées de découragement que nous avons voulu répandre; tout au contraire, nous avons voulu faire comprendre que de notre effort môme et de notre courage dépend l’avenir. Pendant la première moitié de ce siècle, on s’est bercé d’une sorte de fatalisme optimiste, sous le nom de progrès. Il semblait qu’il n’y eût rien à faire, qu’à espérer et attendre. L’âge d’or était devant nous, l’humanité y arriverait par la « force des choses », comme l’astre que son mouvement oblige d’atteindre le parhélie. La liberté produirait l’égalité, l’égalité produirait la fraternité : ce serait un embrassement universel. Dans la dernière moitié de ce siècle, il a fallu renoncer à cet op timisme béat, à cette sorte de quiétisme humanitaire. Rien ne se fera sans nous; et le progrès général n’aura lieu que si nous l'assurons par notre progrès personnel, par notre force de caractère et d’intelligence. La liberté, à elle seule, n’engendre pas l’égalité; l’égalité des droits civils et politiques, à elle seule, n’engendre pas la fraternité. Nous voyons s’exalter sous nos yeux les luttes des classes, les luttes des peuples, les luttes des races. L’instruction même, qui devait être le remède à tous les maux, n’empêche pas la criminalité d’aller croissant, ainsi que les suicides et la folie; elle change la forme des vices, elle ne les supprime pas lorsqu’elle n’est point en môme temps une véritable éducation du carac-

tère. La science, qu’on avait presque divinisée, ne se montre, séparée de la morale, que trop humaine — quand elle n’est pas inhumaine. Ce n'est donc point seulement de notre intelligence et de notre science, c’est encore et surtout de notre volonté et de notre moralité que dépend notre sort futur. La volonté est l’élément essentiel du caractère, chez les races comme chez les individus; sans elle, l’intelligence même aurait bientôt arrêté son essor. L’empire est donc à la race qui aura eu, avec l’intelligence la plus haute, la volonté la plus énergique et la mieux réglée. Si le mouvement de démoralisation ne s’arrête pas en France, en Angleterre, en Allemagne, nous passerons à un rang inférieur. Si nous savons nous relever et nous unir, si l’Amérique, de son côté, comprend sa mission véritable, la race européenne conservera l’hégémonie. Ce qui est certain, c’est qu’il ne faut pas se flatter d’atteindre un millénium en laissant couler le temps, ni sous l’impulsion de quelque force aveugle, fûtelle personnifiée sous le nom de Progrès. A nous de prévoir et de préparer l’avenir : il sera ce que nous l’aurons fait nous-mêmes.

CONCLUSION

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