LE PSAUME DE LA VIE
Ne dites pas, mornes poètes, Que tout est songe et vanité; Endormeurs d'âmes que vous êtes.
Sachez voir la réalité.
L'espoir de toute âme sincère Du tombeau traverse la nuit.
Poussière^ retourne en poussière.
N'a pas été dit à l'esprit.
Ni le bonheur ni la tristesse Ne sont le but ni le chemin; Nous avons à monter sans cesse D'un aujourd'hui sur un demain.
L'œuvre est lente et le Temps se hâte. Le cœur est brave, mais il faut Comme un tambour de deuil, qu'il batte Une marche vers un tombeau.
Au joug du destin sois rebelle.
Ne cesse pas de guerroyer; Chaque jour, bataille nouvelle; Sois dans la mêlée un guerrier.
Laisse au passé la tombe triste, Ne caresse aucun avenir.
Agis, le présent seul existe; Songe que Dieu te voit agir.
La voix des grands hommes nous crie Comment notre œuvre nous survit;
Rendre sublime notre vie
De la loi du Temps l'affranchit.
Empreints dans le sable des âges.
Nos pas seront le conducteur D'un frère égaré sur les plages Où vient échouer le malheur.
Ainsi debout, quoi qu'il arrive.
Debout, vous tous au cœur vaillant; Il faut que l'œuvre se poursuive, Sachons attendre en travaillant.
lh: jour de pluie.
Cestui! jour froid et sombre, un jour plein de tristesse.
Il pleut; le vent n'a point de cesse.
Au mur la vigne en frissonnant se tient. Mais laisse s'envoler, quand la rafale vient,
Ses feuilles en nuée épaisse.
Lugubre et froide aussi ma vie est maintenant;
Il pleut, le vent n'a point de cesse : Je lui résiste, au passé me tenant, Mais ils tombent épais, mes espoirs de jeunesse;
C'est un jour rempli de tristesse.
Calme-toi, pauvre cœur, il se peut qu'au regard Le soleil longtemps disparaisse;
Mais il brille au-dessus de ce dôme blafard; Accepte donc docilement ta part.
Ta part de jours pleins de tristesse.