‹ Tennyson - Longfellow; essais de traduction poétiqueChapitre 4 sur 6 · RESIGNATION · texte numérisé non relu

RESIGNATION

Il n'est pas de troupeau, quelle garde qu'on fasse, Dont un agneau ne manque un soir;

Il n'est pas de foyer qui n'éclaire une place Où quelqu'un ne vient plus s'asseoir.

Partout la voix humaine est de pleurs étranglée.

Partout des morts et des vivants.

Et Rachel veut pleurer sans être consolée.

Car elle pleure ses enfants.

Oh, soyons patients! Ces épreuves sévères

Ne sauraient venir que du ciel; Les bénédictions, célestes messagères,

Ont souvent un aspect cruel.

Les vapeurs de la terre élèvent leurs ténèbres

Entre nos yeux et la clarté.

Et font que nous prenons pour des lampes funèbres

Des rayons d'immortalité.

Parce que notre vue est bornée et mortelle. Mourir nous est un mot de deuil.

La vie est le chemin de la vie éternelle; Mourir, c'est en franchir le seuiL

Notre enfant est vivante! elle est, notre chérie,

Dans une école où désormais Aux leçons du Sauveur notre cœur la confie

Bien mieux qu'à nos soins imparfaits.

La foule des enfants par des anges suivie

Y goûte de tranquilles jeux, Et c'est là qu^à l'abri des péchés de la vie

La chère enfant joue avec eux.

Chaque jour nous disons, pensant à sa journée : Qu'est-ce qu'elle fait aujourd'hui ?

Nous ne la quittons pas et, d'année en année. Nous trouvons l'enfant embelli.

Ainsi notre pensée est un lien fidèle Qui va de nous à notre enfant,

Et sans même parler, en nous souvenant d'elle, Nous savons qu'elle nous entend.

Ainsi nous poursuivons notre pèlerinage

En l'accompagnant d'ici-bas; Et lorsque, parvenus au terme du voyage.

Nous la reverrons dans nos bras^

Son âme épanouie aura sa pure image

Sur son visage lumineux, Et la céleste enfant alors aura pour âge

L'âge éternel des bienheureux.

Et bien que trop souvent, la lutte courageuse

Se termine par des sanglots, — Car le cœur est semblable à la mer orageuse

Qui ne connaît pas le repos, —

Nous serons patients ! S'il n'est pas de contrainte

Capable d'arrêter nos pleurs.

Nous rendrons par degrés notre douleur plus sainte,

Plus rares les sanglots vainqueurs.

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