L'ÉCHELLE DE SAINT AUGUSTIN
Saint Augustin, tu l'as bien dit :
Nos péchés nous font une échelle; Chaque faute nous ennoblit.
Si nous mettons le pied sur elle.
Pas de si chétive action.
Et si souvent recommencée, De si fugitive pensée, Où ne se cache un échelon.
Oui! faire à dessein apparaître Des autres les défauts secrets; Oublier que le vin est traître.
Ne pas éviter tout excès;
A la vanité satisfaite Sacrifier la vérité;
Contre des rêves qu'on regrette Durcir un cœur désappointé;
Même une chose déshonnête Qu'on se laisse aller à penser; Tout ce qui fait que Ton s'arrête Où le bien serait d'avancer;
Il faut que tout cela s'écrase Sous les pieds longtemps entravés; Ces débris foulés sont la base De tous les destins élevés.
Des ailes nous sont refusées.
Mais nos pieds nous en tiennent lieu;
Les cimes seront maîtrisées.
Si chaque pas s'élève un peu.
De loin, la pyramide altière Monte d'un seul jet vers les cieux; De près, ses vastes flancs de pierre Sont des degrés majestueux.
Là-bas, un mont inaccessible Semble défier tout effort, Mais un sentier devient visible Du haut d'un premier contre-fort.
Pas un grand homme dont l'histoire Ne soit des pas vers un sommet.
Tous ont veillé dans la nuit noire.
Tandis qu'autour d'eux l'on dormait.
Debout sur la place où, d'avance, Nous craignions de porter les yeux, Nous saurons voir, sans défaillance.
Des sommets plus hauts, plus nombreux.
Et le passé n'est pas un rêve Qui s'envole inutile et creux.
Si toute ruine nous soulève Sur ses décombres vers le mieux.
KATlGUb:.
O petits pieds d'enfants dont la future empreinte Sur un si long chemin d'espérance et de crainte
Vous verra souvent vous meurtrir; Moi plus près du séjour où le repos commence, La fatigue me prend pour toute la distance
Que vous avez à parcourir.
Petites mains d'enfant qui, faibles ou puissantes. Doivent dans l'avenir agir obéissantes.
Ou bien, maîtresses, ordonner; Moi si longtemps penché sur la plume et la page, La fatigue me prend en songeant à l'ouvrage
Que votre sort est de donner.
O petits cœurs d'enfants que la jeunesse enfièvre, Impatients enfants, de la coupe à la lèvre Ignorant la distance encor;
Mon cœur a renfermé la passion brûlante. Mais le feu d'où sortait la flamme étincelante Maintenant sous la cendre dort.
Blanches âmes d'enfants, essence cristalline, Purs rayons de soleil, de leur source divine
Gardant l'éclatante splendeur; Que mon soleil couchant semble rouge, au contraire. Et combien du passé la brumeuse atmosphère
Mêle à mon âme sa vapeur.