L'ENLEVEMENT
Le 14 septembre 1916, vers dix heures du soir, je fus réveillé par des cris. Je crus que c'était un orphelin qui pleurait. Je me levai, allai dans le "corridor, et me tins au pied de l'escalier. En haut, des bruits de pas se faisaient entendre. Pensant que tout était normal, je me recouchai et m'endormis. Une heure plus tard, j'entendis descendre plusieurs personnes, et une veix qui poussait des cris: "P. Mea, P. Mea, je veux voir le P. Mea." "J'endossai ma robe de chambre et sortis en courant. Quelqu'un, en automobile, criait: "On me conduit dans un asile." Elle était assise et tête nue. Je dégringolai les marches, sautai sur le marchepied, et essayai de la faire sortir de la voiture, mais je m'aperçus qu'un homme la retenait. Je lui demandai qui il était. "M. Naylon, dit-il." "Avez-vous le droit d'agir ainsi," lui dis-je. "Oui, répliqua-t-il, j'en ai l'autorité." "Je proteste, ajoutai-je, montrez-m'en la preuve."
L'agent de police sauta hors de l'auto, et me dit qu'il agissait d'après les instructions de l'archevêque et la conduisait à Montréal. "Laissez-là, dit-il, aller à Montréal et discuter là-bas," mais je refusai. Le policier rentra avec moi, et je téléphonai à l'archevêque, mais il était couché. Je revins donc à l'auto, et Naylon donna l'ordre de partir. "Je ne peux pas, dis-je, partir dans ces vêtements de nuit, et je tiens à vous accompagner à la gare." Ils décidèrent d'attendre que je fusse habillé. Puis le constable accepta de s'arrêter à la Maison de la Providence, et de discuter la chose avec la Mère supérieure. Le chauffeur ne voulait pas y aller, mais à la fin nous arrivâmes à la Maison Mère. La soeur Magdalene descendit de l'auto, et revint plus tard avec l'ordre de la Mère supérieure de partir pour Montréal. Je fis donc appel aux deux hommes, leur disant: "Vous êtes deux catholiques, vous avez des femmes et des filles, ne faites pas cela." J'entrai voir la Soeur supérieure, mais me tins près de la porte pour que la voiture ne partit pas sans moi. La Mère supérieure était fâchée de mon intervention, mais je lui déclarai que je ne faisais que protéger une catholique que la Mère savait n'être pas folle. Je revins à l'auto, et nous continuâmes à discuter le cas sous la pluie. "Vous êtes deux contre un, leur dis-je, mais je vais aller avec vous à Montréal. Je ferai appel à la foule, et dès le matin l'affaire sera portée devant les tribunaux."
L'agent de police alors téléphona à l'archevêque qui répondit "n'avoir pas d'ordre à donner." A soin retour, je lui dis: "Pourquoi, Naylon, ne vous mettezvous pas aussi à couvert?" Je revins trouver la Mère supérieure, et lui renouvelai ma menace d'aller à Montréal, sur quoi elle ordonna à Mary Basil d'entrer dans la maison et d'y passer la nuit, mais Soeur Basil avait peur de rester et nous retournâmes à Ste. Marie-du-Lac.