MANQUE DE MEMOIRE DU DR. PHELAN
La déposition du Dr. Phelan est à peine perceptible. Le docteur s'en excuse et en rejette le blâme sur un gros rhume dont il souffre à la gorge, n déclare remplir, depuis 27 ans, les fonctions de médecin de la Maison de la Providence, sans rétribution aucune. Il s'est trouvé, de 1888 à 1895, plusieurs fois avec la soeur Basil, quand elle était malade et refusait de mianger. Il n'y avait rien de défectueux dans son organisme ou dans sa constitution.
A la demande de M. McCarthy quant à l'état mental de la demanderesse, à cette époque, le témoin croyait qu'elle avait les idées vagues, qu'elle était quelque peu déséquilibrée.
Q. — En 1916, quand avez-vous eu l'occasion de discuter son cas? R. — La Mère supérieure m'a parfois parlé des difficultés qu'elle avait avec elle. Celle-ci refusait de manger. La Supérieure ne savait que faire.
Q. — L' avez-vous conseillée? R. — Non.
Q. — Quel fut le premier indice de l'intention qu'on avait de la conduire à Montréal? R. — La Supérieure m'en parla à la Maison de la Providence où je faisais une visite. Elle me dit que les religieuses avaient décidé en Conseil de l'envoyer à l'hôpital des Soeurs à Montréal. Le 13 septembre on reparla de l'affaire, et j'appris qu'on devait l'emmener le lendemain. La Mère Régis me demanda de lui procurer un homme pour prêter assistance et suggéra le nom du constable Naylon qui était catholique. Je lui dis que j'essaierais de l'avoir. J'allai donc trouver le chef de police Bailie, et je lui dis: "La Mère générale voudrait que M. Naylon prête assistance à des religieuses qui emmènent une soeur à Montréal." "Est-elle folle, cette religieuse?" me demanda le chef. "Plus embarrassante que folle," répondis-je. Ce même jour, je téléphonai à Naylon qui vint me voir. Je lui dis de se remdre ce soir-là à l'orphelinat. Plus tard dans la nuit, le policeman m'informa qu'il n'allait pas à Montréal par suite de quelques difficultés survenues au dernier moment. "Je n'y puis rien," dis-je. Le lendemain je le rencontrai, et il me raconta l'intervention du P. Mea.
Le témoin admit avoir discuté le sujet avec la Mère supérieure.
CONTRE-INTERROGATOIRE PAR M. TILLEY
Dans l'interrogatoire contradictoire que conduisait M. Tilley,,le Dr. Phelan nia avoir rencontré dans la rue un ami commun de lui-même et de la soeur Basil. Il avait toujours été en excellents termes avec elle. Dans le cours de sa déposition le Dr. Phelan eut de singuliers manques de mémoire, bien qu'elle fut d'habitude, dit-il, très-fidèle. La réponse "Je ne sais pas" à nombre de questions finit par lui attirer la demande par M. Tilley s'il ne perdait pas cette faculté.
Q. — A-t-on sollicité de vous un certificat à propos de ce cas? R. — Non, on m'a demandé une lettre personnelle.
Le témoin ne put dire si la requête lui en fut faite en 1916 ou non, sur quoi l'avocat de la défense lui adressa cette remarque: "Dites-le moi en confidence. Sûrement vous pouvez vous rappeler quelque chose," ce qui fit bien rire l'auditoire.
Le Dr. Phelan avoua ne pas connaître le nom de l'asile où l'on devait envoyer la soeur Basil. Il paraissait d'ailleurs avoir de grandes difficultés à se rappeler quoi que ce soit de la cause.
Q. — Etes-vous expert dans les maladies mentales?
Q. — L'asile de la Longue Pointe est un des plus grand du Canada, n'est-ce pas? R. — Je ne sais pas.
Q. — Et cependant vous êtes expert, n'est-ce pas? (Rires.)
Q. — En écrivant la lettre quant à la condition de la soeur Basil, vous êtes vous basé en quelque chose sur une conversation que vous eûtes avec elle en 1895? R/— C'est possible.
Q.— Quand avez-vous écrit cette lettre? R. — Dans la soirée du 14 septembre.
Q. — Quand l'avez- vous remise à la Mère générale? R. — Vers six heures et demie, à la Maison de la Providence. Elle voulait la donner au P. Mea.
Q. — Pourquoi vous fallait-il apaiser la P. Mea? R. — Je ne sais pas.
Le Dr. Phelan se rappela avoir écrit une lettre, perdue depuis, qu'il envoya à la Mère Régis. Dans cette lettre il déclarait que la soeur Çasil avait l'esprit dérangé quelque peu, était erratique, mais pas folle, qu'elle montrait à peu près les mêmes symptômes qu'en 1895. Le Dr. Phelan admit avoir rencontré le Dr. Gibson à THôtel-Dieu où ils s'étaient entretenus au sujet du certificat. Il ajouta que le Dr. Gibson avait eu deux "prisses de bec" avec la soeur Basil.
Q. — Pourquoi n'êtes vous allé voir la soeur Basil. Pourquoi n'avez-vous pas eu un entretien avec elle pour vous assurer de sa folie? R. — Je n'ai pas de raison.
Q. — Pourtant vous saviez qu'on devait l'emmener cette nuit-là? R. — ^Oui.
Q. — Vous saviez qu'elle était saine d'esprit? R. — Je ne peux pas répondre.
Q. — Autant que vous le pouviez savoir, elle était saine d'esprit? R. — Je ne peux pas répondre.
Q. — La saviez-vous folle? R. — Je ne l'ai jamais examinée. Je n'y ai jamais réfléchi.
Q. — Avez-vous jamais dit au Dr. Gibson qu'il était inutile d'examiner une personne pour délivrer un certificat, qu'il suffisait de la voir, voilà tout? R.— Non.
Q. — Vous êtes-vous inquiété des moyens pris pour emmener la malade? R.— Non.
Q. — Avez-vous demandé à la soeur Régis de détruire votre lettre? R. — Non. Q. — Quand avez-vous vu cette lettre en dernier lieu? R. — Je ne l'ai jamais vue.
Q. — Votre mémoire est bien meilleure maintenant qu'au commencement de l'interrogatoire. Vous avez dit que vous ne saviez pas quand et combien de fois vous aviez vu Naylon ces jours-là. Avez-vous entendu la déposition de Naylon? R. — Je ne saurais dire.
Q. — Vous l'avez entendue? R. — Oui, en partie.
Q. — De sorte que votre déposition corrobore à présent celle de M. Naylon.
INTERROGATOIRE DE SOEUR MARY MAGDALENE PAR M. McCARTHY.
Q.— Avez-vous jamais demeuré dans un établissement avec la soeur Basil? R. — Très peu de temps, dans l'hôpital de Brockville.
Q. — Où encore? R. — Par deux fois, à la Maison Mère. La première fois c'était il y a environ dix huit ans. Nous y avons été ensemble deux ans à peu près.
Q. — Avez-vous eu quelque difficulté avec elle? R. — Non. Parfois elle murmurait contre la Supérieure.
Q. — Etiez-vous en bons termes à Brockville? R. — Oui.
Q. — Y eut-il quelque désagrément? R.— La soeur Mary Fidelis se plaignit qu'elle ne pouvait pas s'entendre avec la soeur Basil.
Q. — C'est au mois d'août que vous êtes allée à Sainte-Marie? R. — Oui.
Q. — Qu'y faisait-elle? R. — Elle s'occupait du P. Mêa et de son appartement.
Q. — Ce travail lui prenait-il tout son temps? R. — C'est à croire. Elle ne pouvait venir à temps aux exercices ou au coucher.
Q. — Prenait-elle ses repas avec les autres religieuses? R. — Quelquefois.
Q. — Vous reçut-elle bien à votre arrivée? R. — Elle m'accueillit très cor- "dlalement.
Q. — Comment avez-vous trouvé les enfants? R. — ^^Trois jours après mon arrivée, j'ai inspecté les classes. Tous les grands garçons y étaient, à l'exception de quelques uns qui allaient à l'école à Portsmouth. Ils étaient en bonne condition, propres, rangés, et très simples.
Q. — Combien chacun avait-il de vêtements? R. — Deux, trois et quatre.
Q. — Et tous propres? R. — Oui.
Q- — Que savez-vous des- aménagements et des passages souterrains? R. — Je ne les ai jamais vus. Ce doit être le passage conduisant à la salle de récréation. L'état des enfants était excellent, et il y avait toujours une religieuse avec eux.
Q- — S'était-elle plainte d'abord à vous en ce qui concernent les conditions? R- — Huit jours plus tard, le P. Mea adressa une plainte sur la façon dont la Mère supérieure traitait la soeur Mary Basil. Il écrivit en tête "Observations."
Q. — Quelle réponse y fites-vous? R. — Je lui dis: "Mon père, ne me parlez de rien, ne parlons pas du passé. Je n'en connais rien, et ne tiens pas à le connaître."
Q. — Q^oi encore? R. — Je reçus de la part de religieuses, deux de la section des garçons, des plaintes continuelles que la demanderesse et le P. Mea
ne cessaient de s'immiscer dans les affaires des garçons. Le P. Mea me dit de lui porter toutes les plaintes et qu'il s'en chargerait. Sur ma remarque que c'est de lui qu'on se plaignait, il se fâcha et je ne pense pas qu'il soit jamais depuis retourné dans la section des garçons.
Q. — Lui avez-vous parlé des plaintes des religieuses? R. — Oui, mais il ne les a jamais réglées. Elle se conduisit de plus en plus mal dans la suite.
Q. — Combien de temps cela dura-t-il? R. — Jusqu'à son départ.
Q. — ^Vous a-t-elle porté quelque plainte? R. — Une fois, que la Mère Francis Régis ne la traitait pas comme il fallait, et qu'on ne lui donnait pas d'emploi.
Q. — Le P. Mea se plaignit-il? R. — Oui, de radministration de la Mère générale.
Q. — ^Se plaignit^il de ce qui se passait à l'orphelinat? R. — Pas à moi.
Q. — Le P. Mea a-t-il jamais débattu la question de la soeur Basil? R. — Oui. Il a dit que si Jamais il avait une bonne paroisse, il la prendrait avec lui. Il la savait bizarre, mais il pouvait en venir à bout. Je lui déclarai qu'elle avait été parfaite tant qu'elle n'avait pas subi son influence. Je n'ai jamais su qu'elle allait à Belleville jusqu'au jour de son départ. "Quoi! dis-je, où allez-vous?" "Nous allons en voyage," répondit-elle. "J'en suis heureuse," répliquai-je. •'Et moi aussi," conclut-elle.
Q. — Avez-vous entendu parler d'un rapport qu'elle écrivait? R. — Non.
Q. — Avez-vous jamais vu des documents entre les mains du P. Mea? R. — Oui, le 14 et le 15, je l'ai rencontré dans le vestibule, et il est entré. "Ceci est notre rapport pour Rome." "Ma foi, lui dis-je, vous feriez mieux d'en faire un holocauste."
Q. — Avez-vous su quelque chose à propos du voyage à Montréal? R. — Le jour qu'on deva^it l'éloigner, je me rendis chez la Mère générale et l'informai que les religieuses n'y pouvaient plus tenir. Elle m'annonça qu'on allait la conduire à Montréal ce même soir, et qu'il me faudrait les accompagner.
Q. — ^Cette soeur vous a-t-elle jamais menacée? R. — J'essayais d'obtenir le déplacement du P. Mea. Elle me rencontra dans l'escalier, me montra le poing, et me menaça de quelque chose si je tentais de le faire partir. La Mère Vincent devait venir aussi. Je réclamai de la Mère qu'un homme fit partie du groupe. Il était tard quand M. Naylon arriva. "Pourquoi n'êtes-vous pas venu plus tôt," lui dis-je, et il répondit: "C'est l'heure qu'on m'a indiquée." Nous montâmes, et la religieuse frappa à la porte. Nous sommes entrés ensemble.
Q. — Qu'avait-elle en fait de vêtements? R. — Elle portait tous les vêtements de dessous, un jupon noir qui laissait voir du blanc par le bas. J'essayai de lui mettre ses bas et ses souliers, mais, d'un coup de pied, elle m'envoya contre le mur. Je lui procurai un épais manteau, et je lui dis: "Ma Soeur, calmez-vous, et vous verrez le P. Mea." Mais elle s'obstinait à ne pas rester tranquille.
Q. — Confirmeriez vous la déposition de M. Naylon? R. — Oui.
PAR M. TILLEY.
Q. — ^11 y avait beaucoup de bavardages, n'est-ce pas? R. — Oui.
Q. — Vous n'y preniez jamais part? R. — Très rarement. Je les désapprouvais.
Q. — ^Oh! voyons, voyons! En êtes-vous sûre? R. — Oui.
Q. — Elle avait certainement le droit de se plaindre à la suite, de cette ten^ tative d'envoi précipité à Montréal. Je me suis laissé dire que vous étiez une bonne écouteuse, et que même vous fournissiez des renseignements. Qui s'était chargé des arrangements matériels pour le voyage à Montréal? R. — Je ne sais pas.
Q. — Quoi! Ignoriez-vous par quel train vous deviez partir? R. — Oui, Q. — Qui s'occupait de ce soin? R. — La Mère Vincent.
Q. — Si la Supérieure vous disait de placer une personne dans un asile d'aliénés, le feriez-vous? R. — Certainement.
Q. — Même sachat qu'elle est sâlne d'esprit? R. — Cela ne ferait aucune différence.
Q.— Vous obéiriez dans tous les cas? R. — Absolument.
Q. — A-t-elle été réellement malfaisante à votre égard? R. — Je ne me souviens que d'une menace.
Q. — De quelle façon fut-elle jetée sur le lit? R. — En travers.
Q. — M. Naylon ne la tenait-il que par les mains? R. — Oui.
Q. — Oh! est-ce possible? Et sa jupe tombait bien droit? Et comment la maintint-il couchée pendant qu'on lui mettait ses bas et ses souliers? R. — Il ne lui tenait que les mains.
Q. — Avez-vous jamais entendu parler d'une drogue qu'on devait adnninistrer à la soeur Basil? R.— Jamais.
Q. — Avez-vous contribué à sa confection ou à sa préparation? R. — Non.
Q. — En avez-vous jamais entendu parler? R. — Non.
INTERROGATOIRE DE LA SOEUR MARY VINCENT >AR M. McCARTHY.
Soeur Vincent est membre de l'Ordre depuis 32 ans, et a été l'assistante de Mary Magdalene. En 1913, elle fut élue au Conseil et réélue en 1916. Elle a passé les neuf premières années à la Maison de la Providence et n'eut alors aucune difficulté avec la soeur Mary Basil, pas plus qu'à Brockville où elles furent ensemble. Avant le départ de la Soeur pour Daysland, elle avait entendu parler de plaintes, mais n'en avait pas fait de cas.
Q. — La demanderesse, à son retour de Daysland, se présenta-t-elle devant vous? R. — Oui. Elle se plaignit d'avoir été renvoyée à la Maison.
Q. — Sur qui mit-elle le blâme? R. — Sur la Mère générale.
Q. — Avez-vous eu affaire avec elle, pendant le séjour à Sainte-Marie? R, — Je l'ai vue et suis allée avec elle à Sainte-Marie. Je n'aî jamais plus eu rien à faire avec elle.
Q. — Le 14 septembre, de qui avez-vous reçu les instructions? R. — De la Mère générale. Elle réunit le Conseil le 16 juillet pour discuter le cas.
Q. — Entre ces deux dates, y eut-il d'autres discussions? R. — Je ne me souviens d'aucune. Le jour précédant le voyage, notre mère me pria d'accompagner la soeur à Montréal. Le soir du départ, elle me donna l'argent pour les dépenses, et me dit qu'un homme aussi viendrait avec nous. On ne fit pas d'arrangements préalables.
Q. — Qu'avez-vous fait le 14? R. — J'ai quitté la Maison Mère à sept heures avec la soeur Mary Alice. J'avais une lettre que la Mère générale m'avait remise pour le P. Mea.
Q. — A qui l'avez-vous donnée? R. — A Soeur Mary Scholastica.
Q. — ^^Quand? R. — Aussitôt mon arrivée, et je la priai de la déposer dans la chambre de l'aumônier. Je suis montée dans la chambre de la soeur Mary Basil, où je suis restée à attendre jusque vers 10 heures, heure à laquelle elle entra.
Q. — La conversation telle que rapportée par M. Naylon, est-elle exacte? R.— Oui.
Q. — Vous n'avez pas quitté l'auto? R.— Non. Je suis allée à l'orphelinat où j'ai passé la nuit. J'en suis revenue le lendemain.
Q. — Le Conseil a-t-il de nouveau discuté le cas? R. — Je ne me le rappelle pas.
CONTRE INTERROGATOIRE PAR M. TILLEY
Q. — Avez-vous, touchant l'obéissance, les mêmes vues que la soeur Mary Magdalene? R. — Je ne voudrais rien faire qui fût mal.
Q. — Et maintenant, savez-vous que ce fut mal? R. — Oui, si l'on ne considère pas la question sous toutes les faces.
Q. — Vous êtes-vous informée du genre de l'hôpital? R. — Non.
Q- — Que deviez-vous faire de 10 heures à minuit et demi? R. — Je ne sais pas.
Q. — Qui a téléphoné au chauffeur ce soir-là? R. — Je ne sais pas, Q. — Quels étaient les plans? R. — D'aller à la gare.
Q- — A quelle heure vous proposiez-vous de quitter la maison pour aller à Ja gare? R. — A temps pour prendre le train de minuit.
Q. — Quelqu'un ne fut-il pas chargé de lui faire une injection sous-cutanée? R. — Je n'en ai jamais rien su.
Q. — Rien n'avait été combiné pour qu'elle se tînt tranquille? R. — Non, je ne prévoyais aucune difficulté.
Q.— Etait-il très honnête de retirer la parole donnée de lui permettre de voir le P. Mea? R. — Je n'y ai jamais pensé.
Q. — Vous saviez que c'était peu scrupuleux? R. — Je suivais mes instructions.
Q. — N'était-ce pas indigne? R. — Je n'ai jamais fait de promesse. Q. — Avez vous lu la lettre de la Supérieure au P. Mea? R. — Non, c'est-elle qui me l'a lue.
Q. — Quand? R.-^Le jour précédent, le 13. Q. — A quelle heure? R. — Je ne saurais dire.
Q. — Avez-vous remarqué qu'elle disait avoir reçu deux certificats? R. — Je n'ai pas compris qu'il y avait des papiers.
Q. — Ne saviez-vous pas que le Dr. Gibson avait refusé un certificat? R. — Je l'ai su ensuite. Je n'ai rien connu des lettres.
Q. — N'aviez-vous pas le droit de parler? R. — Nous sommes libres d'exprimer nos opinions.
Q. — Certes, oui, d'exprimer vos opinions, et puis de faire ce qu'on vous dit. Vous saviez qu'elle n'était pas folle? R.— Je savais qu'elle n'était pas folle, de manière ou d'autre.
Q. — Pourquoi n'avez-vous pas remis la lettre au P. Mea? R. — Je croyais que la demanderesse était dans la chambre et qu'il se couchait.
Q. — ^Si vous la lui aviez remise, il l'aurait eue? R. — La Mère générale m'a blâmée de ne pas la lui avoir remise moi-même.
Q. — Etait-ce son intention que le P. Mea connût d'avance le départ de la soeur Basil? R. — Oui, ce l'était.
Q.— Vous plaisantez? R. — Non, je parle sérieusement.
Q. — La demanderesse portait-elle une jupe noire ou blanche? R. — Elle portait, je crois, une jupe foncée.
Q. — La Supérieure dirigerait-elle votre déposition? R. — Elle ne le pourrait sûrement pas.
Q. — Vous l'avez appris d'autres que de la soeur Basil? R. — ^Oui.
Q. — Subissez-vous l'influence de quelqu'un? R. — De personne.
Q. — N'y a-t-il pas eu de nombreuses plaintes quant à radministration de "Lui" et "d'Elle?" R. — Je le suppose.
Q. — N'avez-vous pas dit à la soeur Basil que la Supérieure lui avait ordonné de partir à Daysland et d'en revenir, sans prendre l'avis du Conseil? R, — Pas du tout.
INTERROGATOIRE PAR M. McCARTHY DE LA SOEUR MARY DE L'ANNONCIATION.
La soeur Mary de L'Annonciation est membre de l'Ordre depuis 22 ans, et a été, de 1913 à 1916, Supérieure locale à l'orphelinat. Antérieurement, elle était à la Maison Mère où elle a pris soin pendant 10 ans des hommes dans le quartier des pauvres. Elle n'avait eu rien à faire avec la demanderesse avant d'être venue à Sainte-Marie où la soeur Basil arriva en 1915.
Un matin il y eut du désaccord dans la cuisine. J'en sortis. Elle courut après moi en disant: "Voici longtemps que j'attendais cette occasion," et elle arracha ma coiffe. Plus tard, elle ajouta: "Je n'en ai pas fini avec vous."
Le témoin déposa que les enfants de l'orphelinat étaient traités avec bonté et bien soignés. Une fois la soeur Mary Basil l'avait, traitée de folle.
Q. — N'êtes-vous pas la religieuse sur qui elle écrivit à la Supérieure que "Vous devriez-être emplumée (tarred and feathered)." Que faisiez-vous donc? R. — Rien. J'ignore ce qu'elle voulait dire.
Q. — Les enfants étaient-ils plongés dans l'eau froide? R. — Je n'en ai jamais entendu parler. Je n'ai jamais su qu'on l'ait fait.
Q. — Vous le jurez? R. — ^Oui. *
Q. — Y eut-il jamais des enfants qu'on laissa au lit sans vêtements? R. — Pas que je sache.
Q. — Est-ce qu'une pensionnaire, madame Brown, a jamais menacé d'appeler la police, si l'on ne traitait pas les enfants d'une autre façon? R. — Pas que je sache.
Q. — En êtes-vous sûre? R.— Oui.
INTERROGATOIRE DE LA SOEUR MARY JUSTINA PAR M. McGARTHY.
Interrogée par M. McOarthy, la soeur Mary Justina déclare être membre de l'Ordre depuis 28 ans, et se trouvait à Ste. Marie-du-Lac depuis le mois de mai 1917. Auparavant, elle avait été un an et demi à Belleville. Elle y était lors de l'arrivée de la soeur Basil, mais pas lors de son départ. Elle connaissait la demanderesse depuis 28 ans, pendant lesquels elles avaient été de très Intimes amies; de fait la soeur Basil était sa meilleure aniie. Tout avait bien marché avec la soeur Basil, jusqu'à l'arrivée du P. Mea, au mois de novembre. On lui demanda d'aller loger chez le curé, et pas au couvent. Elle en fut fâchée et abattue pendant quatre ou cinq jours, et n'assista pas aux exercices. Elle prenait ses repas irrégulièrement, et n'adressait la parole qu'au témoin. En mars, elle eut une altercation avec la Mère Gabriel. J'étais seule dans le cuisine, quand la demanderesse entra, et, se plaçant droit devant moi, me dit: "Soeur Mary Justina, quand le téléphone sonnera, prévenez-moi et ne dites pas que je suis absente." Je lui répliquai de répondre au téléphone elle-même. "Je n'en ferai rien, dit-elle, c'est votre ouvrage." "Soeur Basil, repartis-je, c'est assez d'ordres de vous, je n'en recevrai plus dorénavant," et je me baissai pour prendre quelques plats. Elle me dominait de sa hauteur. Je la frappai avec deux doigts. Voilà tout.
Q. — A-t-elle saigné du nez? R. — ^Oui. J'en ai été si surprise que je ne savais plus ce qui s'était passé. Elle entra dans le réfectoire et laissa couler le sang par terre. Cinq minutes après, j'y entrai à mon tour, et me mis à genoux, en disant: "Ma Soeur, je suis peinée du fond du coeur, mais pourquoi m'avoir tant tourmentée?" "Je ne vous ai pas tracassée," reprit-elle. Je montai avec elle pour voir ce que je pouvais faire, mais elle refusa mon aide. Le téléphone sonna, elle y répondit, puis elle entra dans la cuisine: "Regardez mex yeux, dit-elle, et souvenez-vous." Nous restâmes ensemble ensuite, et je n'ai jamais essayé depuis de lui faire du mal, et nous redevînmes quand même bonnes amies.
Q. — Y eut-il des ordres donnés de ne pas lui parler? R. — Pas de mon temps. Q.— Plus tard? R.— Oui.
Q. — Sur l'ordre qu'on lui donna de monter dans sa chambre, y alla-t-elle? R. — Je ne sais pas.
Q. — Que savez-vous du P. Mulhall? R. — Il fit une enquête.
Q. — Avez-vous été punie? R.— Oui. Il m'a fallu baiser les pieds de sept religieuses et faire des excuses à la Mère générale.
CONTRE-INTERROGATOIRE PAR M. TILLEY
Q. — Avez-vous reconnu votre faute en présence de la soeur Basil? R.— Non. Q. — Vous frappez quelqu'un et vous vous en excusez auprès d'une autre? R. — C'est la règle.
Q.— Quand vous a-t-on punie? R. — Au mois d'avril 1917, après le départ du P. Mulhall.
Q- — L'histoire eut lieu en mars. Vous étiez vive? R. — Je l'étais cette fois-là.
Q. — Avez-vous entendu la déposition de la soeur Basil à ce sujet? R. — Oui, la première partie était tout-à-fait vraie.
Q.— Tout d'abord la soeur Basil et la soeur Gabriel n'étaient-elles pas bonnes amies? R. — Oui, jusqu'au voyage de la soeur Gabriel à Kingston, il n'y eut pour ainsi dire pas de froissement.
Q. — Mais après il y eut un notable changement? R. — Certainement.
Q.— Qui dura? R.— Tant que j'étais là.
Q- — Durant tout ce temps-là on lui parlait rarement? R. — C'est vrai. Je lui parlais toujours et lui passais certaines choses.
Q. — A table, on ne lui parlait pas du tout? R. — Non,
Q. — Avez-vous connaissance d'une note par laquelle la Mère Gabriel devait tenir la Supérieure informée des agissements de la soeur Basil? R, — Oui, je me la rappelle.
Q. — Cette religieuse était mise de côté? R. — Oui,
Q, — Vous saviez qu'elle s'était plainte de l'état de choses de l'orphelinat? R, — Oui, c'est elle qui me l'a dit. En février, la Mère Gabriel, après son voyage à Kingston où elle vit la Mère Régis, revint à Belleville, réunit les religieuses, et leur dit d'observer les règlements et d'obéir. C'était le premier ou le deuxième dimanche de février.
Q. — Y parla-t-elle de n'avoir aucune communication avec la Soeur Basil? R. — Après l'affaire de la poste.
Q. — Quand vous alliez en promenade, devait-elle marcher seule? R. — Je marchais avec elle, et j'en était contente.
INTERROGATOIRE DE LA SOEUR MARY ZETA, PAR M. McCARTHY.
Le témoin est membre de l'Ordre depuis 19 ou 20 ans, et a été à Belleville. Elle-même n'eut pas d'ennuis avec la demanderesse. Elle n'a pas entendu parler de difficultés entre la demanderesse et la Supérieure.
Elles paraissaient être en excellents termes.
Q. — Jusqu'au mois de février 1917, y eut-il quelque ordre donné de ne pas s'associer avec elle? R. — Non.
Q. — Elle était traitée comme les autres? R. — Autant que je sache.
Q. — Avez-vous vu ou entendu quelque chose à propos du courrier à Noël? R. — J'ai entendu parler très fort, c'est tout.
Q. — A-t-on donné quelque ordre à la suite de cet événement? R. — Oui, que, vu la désobéissance faite de propos délibéré, il nous était interdit d'avoir des relations ultérieures avec elle.
Q. — Etiez-vous son amie? R. — Pas tant que la soeur Justina.
Q. — A quoi s'O'Ccupait-elle? R. — Elle travaillait ça et là.
Q. — A't-elle jamais donné des '^noms aux religieuses? R. — Je l'ai entendue appeler la Supérieure^ locale "Canaille."
M. Tilley n'a pas de questions à poser.
INTERROGATOIRE DE LA SOEUR MARY CLAIR, PAR M. McCARTHY.
La soeur Mary Clair est membre de l'Ordre depuis 25 ans et a enseigné à l'école de Belleville, Elle avait connu la soeur Ba^il et n'avait eu aucun désagrément avec elle. Elle l'avait traitée comme les autres religieuses jusqu'à la publication de l'ordre.
Q, — L'avez-vous entendue parler avec manque de respect? R. — Je l'ai entendue se servir du mot "canaille" en parlant de la Supérieure, et du mot "misérable," en parlant das soeurs ou de la Supérieure.
Q. — En quoi est-ce si important? R, — C'est un mépris d'autorité.
PAR M. TILLEY.
Q, — A-t-elle appelé la Supérieure "canaille" en sa présence? R, — Non, elle parlait d'elle.
Q. — Qui était la "misérable"? R, — Je ne me rappelle pas. Q, — Etait-ce la seule fois que vous entendiez les religieuses dire ces mms? R.— Oui.
Q. — Ne vous êtes-vous pas enfuie une fois? R. — Non.
Q. — ^^N'êtes-vous pas allée sans «permission chez votre soeur à la Noel dernière? R. — J'avais la permission de la soeur Gabriel.
Ce fut la dernière déposition, et alors commencèrent le^ débats entre le juge et les avocats.