RESUME DÈS DEBATS PAR LE JUGE
La harangue du juge Britton aux jurés dura une demi-heure. C'était pour lui un plaisir de constater qu'ici la justice, telle qu'il se l'imaginait et la connaissait, était rendue avec impartialité. Il était poussé à faire cette remarque à la suite de certaines démonstrations qui, au cours des débats, avaient eu lieu dans l'enceinte du tribunal, démonstrations tentées sans doute pour exercer quelque influence sur l'issue du procès. Sa Seigneurie était redevable aux avocats des deux parties de leur concours éclairé dans rélaboratioin des questions à poser au jury. Ce n'était pas un verdict à rendre uniquement en faveur de la demanderesse ou des défendeurs, mais les réponses aux questions posées guideraient le tribunal dans la reddition de son jugement. Le fait que les avocats s'étaient mis d'accord sur les questions soulageait sa Seigneurie d'un lourd fardeau, bien qu'elle en eut elle-même préparé une série.
Il semblerait, poursuivit Sa Seigneurie, que la soeur Basil, au cours des dernières années de ses longs services dans la Congrégation, était devenue quelque peu irritable, parfois même perdait patience; c'était la plus charitable interprétation qu'on pût donner de son caractère. Il semblait aussi que la Mère Régis n'avait pas accueilli le rapport de la soeur Basil avec grand enthousiasme. Etait solidaire quiconque avait aidé ou encouragé les auteurs du prétendu enlèvement. Pour être coupable de voies de fait, 11 fallait de toute nécessité être sur les lieux. Le juge était d'opinion que, suivant la loi, les défendeurs n'étaient pas responsables dans cette cause de ce qui s'était passé dans rétablissement de Belleville.
La demanderesse était une femme intelligente et aurait pu rendre de grands services dans sa vocation. Il appartenait aux jurés de décider si l'on se proposait de la faire disparaître absolument, ou seulement de l'éloigner dans son propre intérêt. Le Dr. Phelan savait-il ce qu'on avait en v^e au sujet de la soeur Basil? S'il ne fit rien pour s'entendre avec les défendeurs afin d'envoyer la soeur Basil à Montréal, il n'encourrait pas, dans ce cas, de responsabilité.
Sa Seigneurie expliqua ce qu'il faut entendre par complot. C'est faire une chose interdite par la loi, ou accomplir un acte illégal par des moyens illégitimes. Quel acte illégal avait été commis? Etait-ce de conduire la demanderesse à Montréal, ou de la pousser à bout en lui refusant du travail dans la maison?
Dans cette cause les voies de fait paraissaient être le principal préjudice. "Mais, demanda le juge, comment pouvez-vous fixer des dommages s'il n'y a pas eu jusqu'à présent de perte de membres? On n'a parlé ni d'os brisés, ni de peau tailladée." Pourtant la demanderesse a droit à une réparation. Sa Seigneurie expliqua que le jury pouvait accorder ce qu'on appelait en termes de loi des "dommages réparateurs," mais, pour ce faire, il fallait revoir toutes les circonstances et décider s'il fallait sanctionner de tels dommages.