SOEUR M. BASIL
R. — Cela ne passerait pas pour une demiande de dispense.
Q. — Je la prends pour ce qu'ellè établit. Je ne suis pas assez grand clerc pour dire quel en fut l'effet, mais j'y voiis une demiande pour "une dispense de mes voeux." (Pièce déposée sous 1© No. 8.)
Q. — Avez-vous reçu une réponse à cette lettre, ma Soeur? R.— C'est au moment où rarchevêqae vint me voii*.
Q. — Avez-vous reçu une réponse à cette lettre? R. — Non, l'archevêque vint me parler. ~ .
Q. — Mais vous n'avez pas reçu de réponse écrite? R. — Non, aucune.
Q. — Pas de réponse d'aucune sorte? R. — En 1914? Non, je n'ai pas reçu de réponse écrite.
Q.— L'archevêque vint vous voir, dites-vous? R. — Oui, à la Maison de la Providence.
Q. — A la Maison de la Providence, à Kingston. Et consontit-îl à votre requête? R. — Je n'appellera;is pas cela une requête.
Q, — ^Ce n'est pas ce que je vous ai demandé. Quoi que ce soit, vous l'a-t-il accordé? R. — Non, il m'a conseillée d'aller à Smith's Falls.
Q. — Et vous y êtes allée en janvier 1914? R. — Ayant été assurée que j'y serais reconnue membre de la Communauté.
Q. — Aviez-vous raison de croire qu'en y allant vous ne le seriez pas? R. — Je n'y sera:is pas allée si j'avais pensé le contraire .
Q. — Aviez-vous quelque raison de croire, avant d'aller à Smith's Falls, que la Soeur Mary Béatrice ou la Soeur Mary Austin vous auraient traitée autrement qu'une Soeur de la Communauté? R.— Non.
Q. — Alors pourquoi demander cette garantie? R. — Je ne lé croyais pas de la part de la Soeur Mary Béatrice ou de la Soeur Mary Austin, mais je savais qu'elles étaient dirigées par la Soeur Mary Francis Regîs' qui les obligerait à ag'ir de parti-pris envers moi.
Q.-^Et vous vous figurez que les règlements permeittent à la Supérieure générale de faire des disitinctions dans une Maison locale, et de commander aux autres de prendre parti? R. — Il n'y a pas de règlements de ce genre.
Q. — ^Vousi figurez-vous que le® règlements permettent à la Supérieure générale d'ordonner aux Supéi^îeures locales de prendre parti contre leis religieuses? R. — Les règlemenits' ne disent pas qu'elle le fera. Ils ne lui disent pas de le faJire.
Q. — Alors, sans doute, voici, ma Soeur, une lettre sans^ date sur laquelle je vous serais obligé de jeter les yeux et de dlTe isii vous la ooimniaissez. Peut-être en pouvez-vous fixer la date? R. — Elle fut écrite le 4 nuars.
Q. — De quelle année? R. — 1915.
Q. — Sur quoi établissez-vous cétte date? R. — Sur le fait qu'à ceitte date j'ai reçu une lettre de l' archevêque.
Q. — Si j'ai bien compris, vous avez^dit que vious n'aviez pas reçu de lettre de l'arclievêque? R. — Je n'en ai pas reçu en répcase à celie dont vous avez parlé.
Q. — De quelle lettre parlez-vous, que vous avez reçue de l'arclievêque? L'avez-vous? R. — Non.
Q. — Avez-vous la lettre de l'archevêque à laquelle oelle-ci est une réponise? R. — Je ne vous comprends pas.
Q. — Vousi dites que cette lettré^ci esit une réponse. Vous en fixez la dite au 4 mars, parce que c'est la réponse à une lettre que vous avez reçue ce jour-là de l'archevêque? R. — Oui.
Q. — Où est cette lettre de l'archevêque? R. — ^C'est la date qu'il m'a donnée sur la formule de dispense.
Q. — Où est-elle? R. — Je ne l'ai pas.
Q, — Qu'en avez-vous fait? R. — J'ai renvoyé à l'arohevêque la formule de dispense.
Q — Miais où est sa lettre? R. — Ce n'était qu'une note m'informant qu'il m'envoyait la formule.
Q. — ^Où est-elle? R.^Je l'ai gardée quelques temps, puis je l'ai détruite. Il n'y avait rien, quelques lignes seulement.
Q. — Bien. Vous parlez d'une formule que vous avez renvoyée? R. — Je T'ai renvoyée à rarchevêque. Il l'a, j© suppose.
Q. — Vous la lui avez renvoyée? Quand? R. — Je l'aï renvoyée à Kingston. -
Q. — Comment? R. — Par la poste. Q^Avec une lettre? R. — ^Avec cette lettre.
Q.— Vous dites que c'est la lettre que vous avez écrite? R. — Que j'ai envoyée.
Q. — Voici ce qué vous dites: "Smith's Falls. Au très Révérend M. J. Spratt. Monseigneur, je ne vous ai pas adressé la demande de me dispenser de mes voeux." Vous dites: "Je ne l'ai pas adressée." "Je vous demande de m'accorder une faveur, celle de me déplacer. J'espérais que votre Grandeur me gratifierait d'une réponse. Je retourne la formule oî4ncluse." Maintenant, quelle est cette formule? R. — C'était la formule de dispense de deux voeux.
Q. — Vous dites d'abord: "Je ne vous ai pas adressée une demande de dtepenise." Je vois ce que vous voulez dire. "Je Vous demande de m'accorder une faveur, celle de me déplacer, j'espérais que votre Grandeur me gratifienait d'une réponse." Voyons si je comprends bien. Dans cette lettre-oi vous ne jugez pas que votre lettre du 15 janvier soit une demande de dispense? R.—Non, ce ne serait i^as une demande formelle.
Q. — Cette lettre Contredit-elle ce point de vue? R. — Oe n'est pas une formule.
Q. — Je n'ai pas dit que c'en était une. Veuillez donc écouter ma quesition.
Cette lettre est-elle une explication pour établdr que vous ne jugez pas que ce soit une demande de dispense? Est-ce là le sens de cette lettre? R. — Ouî.
Q. — "Je vous d^ands de m'accorder une faveur, celle de me déplacer. Je retourne la formule cinincluse. Je vous informerai en temps voulu de la tenir prête quand je me préparer^ai à quitter la Communauté. Monseigneur, votre attitude envers moi change rapidement. Je ne pars pas pour l'instant, vous pouvez donc attendre encore un peu et apprendre beaucoup de choses que vous ignorez à l'heure actuelle. Je suis avec respect, Soeur M. Basil."
(Lettre déposée sous le No. 9).
R. — Voulez- vous mé permettre d'expliquer? ^ Q. — Ne s'explique-t-elle pasi d'elle-même? R. — Non.
Q. — Ces lettres, que vous avez adressées à l'arohevêque, ont elles été envoyées par le canal ordinaire de la poste? R. — Celles^à passent sous le titre de lettres privilégiées. Oui, elles sont venues par la poste.
M. Tilley. — Elles viendraient avec la qualité d'une certaine classe de lettresi.
Q. — Sonit-elles passées par la poste, oui ou non? R. — Oui, elles y sont passées.
Q—Mainteinant, je trouve deux lautres lettres écrites à rarchevêque vers la même époque, et que vous pourrez peut-être reconnaître oomtae vôtres, ma Soeur. Elles semblent être écrites le même jour. Non, l'une est du 21, je croyais qu'elles étaient datées du 2. Celle-ci, je crois, est du 2 mars 1914. La reconnais sez-vous ? R. — Oui.
Q. — C'est une de vos lettres datée du 2 mars, et qui, dites-vous, fut écrite avant celle qu'on vient de déposer comme pièce No. 9? R.~Je pense queioiil, Je pourrais vous le dire d'après ce qu'elle contient.
Q. — Je vais vous la lire. R. — Je pourrai alors vous le dire.
Q. — "Au Très^Révérend M. J. Spratt, arcihevêque de Kingston. Smith's Palis, 2 mars 1914.
"MonseigTieur, Voulez-vous m'accorder maintenant ce que je vouS' ai déjà demandé? Ce m'est une grande peine de causer des ennuis à quelqu'un qui s'est montré si bon pour moii. Ne croyez pas, Monseigneur, que j'aie oublié toutes vos bontés envers moi. Je donnerais dès maintenant ma vie avec joie sans l'espoir d'autre récompense que l'idée d'iavoir pu contriibuer, si peu que ce soit, à votre bonheur. Qu'il serait plus facile de mourir que de vivre! Je ne pensais pas. Monseigneur, que cela valût le peine de m'envoyer Ici. De grâce, ne me demandez pas d'aller dans toute autre Maison. Aucune miission dans Ontario ne me plairait mieux qu'ici. La Supérieure est toonne pour moi, et toutes les religieuses le sont également, mais je ne m'intéresse à rien. Mialgré le peu de travail que je fiais, je n'y peux appliquer mon esprit. C'est inutile d'essayer. Je ne puis avotir de satisfaction, je suis trop malheureuse, j'ai le coeur brisé. Mais à quoi bon me plaindre, je suis la seule à blâmer. On m'a prévenue que ma seule ennemie dans la Commuiiauté, c'était la Soeur Mary Francis Régis. Je n'ai pas tenu compte de l'avertiissement; je ne pouvais m'imaginer que j'avais une ennemie, et pourtant ce n'était que trop vrai. Elle m'a punie, et, qui pis est, Dieu m'a punie. J'ai eu évidemment tort. Moniseig'neur, ne me demandez pas de retourner à Kingston; je n.'ai aucun désir de voir cette vHie, bien que les vingt cinq heureuses années de ma vie se rattaclient à ce couvent. Il est vrai que j'ai porté ma croix. Qui ne porte pas la sienne? Mais elle m'était légère, et en moins de vingt quatre heures je -ne la sentais plus, car j'avais affaire à des Supérieures dont le coeur était humain. Permettez-moi de rester ici tant que vous n'aurez pas le document. — "
Q. — A quel document faites-vous aliusloni? R. — ^A la dispense que l'anolievêque devait recevoir de Rome.
Q.— "Monseigneur, comme je sais que Votre tem'ps est des 'plus occupés, je n'attends pas de vous une réponse à cette lettre. Retardez-là jusqu'à ce que vous m'adressiez la lettre définitive "
Q. — Cette lettre définitive est celle qui accorde la dislpenise de Rome? R. — ^Celle qui devait venir de Rome.
Q. — "Encore une fois je remercie Votre Grandeur de sa longue patience envers moi, et j'espère qu'un jour viendra que je ne rennuiieraî plus. Vous demandant votre bénédiction et vos prières, je reste votre très-reconniaissante, Soeur M. Basil." (Déposée sons le No. 10.)
Q. — Maintenant, ma Soeur, vous avez entendu cette leciture. Pouvez-vous me dire isi cette lettre fut écrite avant ou après celle qui n'eist pas datée? R. — Elle fut écrite avant. Vous ne voulez pas que j'explique?
Q. — Il me semble que les lettres^ s'expliquent d'elles-mêmea? R. — Oui, antérieurement à celle-là.
Q. — Et l'archevêque vous a écrit entre cette date et le 21 mars? R. — Le 21 mars.
Q. — Entre le 2 et le 21 mars, l'archevêque vonsi a écrit. Si je le dis, ma Soeur, c'est que j'ai ici une lettre de vous' que vous pourriez peut-être autlhen^ tiquer pour moi? R. — Je reconnais que je voudrais en parler.
Q. — Tout ce que je veux, c'est que vous l'authentiquiez comme venant de vous? R. — ^Oui, elle est de moi.
Q. — Elle «st encore ^aitée du 21 mars, et écrite à l'arebevêque de Kingston, et vous y ddtes': "Bien^aimé archevêque, j'ai été malade, autrement j'aurais
répondu à votre lettre d'il y a deux jours^ " Ce serait une lettre que voua
auriez évidemment reçue vers le 19^ mars. L'avez-vous? R. — Non, je ne l'ai pas. Q. — Où est-elle? R. — Je l'ai détruite, je crois. D'ailleiirs il n'y avait-pas grand chose dedans.
Q. — Peu importe ce qu'il y avait, vous l*avez détruite? R. — Oui, et j'en suis bien fâchée.
Q. — S'il n'y lavaît pas grand'chose, je suppoise qu'elle ne ferait que grossir le dossier.
Sa Seigneurie (le juge). — Pourquoi êtes-vousi fâchée? R. — Parce que je voudrais l'avoir.
M. Tilley. — Nous n'en avons pas de copie, à moins que l'arGhevêque, n'en ait une.
M. McCartny. — ^^Non, non® n^en avons pas.
Q. — "J'ai été malade, autrement j'auraisi répondu à votre lettre d'il y a deux jours. Monseigneur, c'est le désir de la Communauté. ..." R. — Ce devrait être "si c'est le désir."
Q. — ^11 y a "if is" dans l'original. R,-— "Si c'est" (if it îs.)
Q. — " Si e'est le désir de la Communauté que je parte, je partirai certainement. Ne demandez pas de faveur pour moi. Décidez selon leur désir. Ainsi s'accomplira le souillait le plus cher de la Mère F. Régis.. J'ai confié à votre Grandeur la caïuse de mes embarrasi ici. Cette cause, on devrait la faire connaître aux membres du Conseil, puisque je suis venue ici avec votre sanction, et assurée do votre protection. C'est pourquoi je m'adresse à vous, non que je m'attende à être défendue quand j'ai tort, mais vous avez la réputation d'être juste, de vouloir faire la volonté de Dieu, et je pense que vous' ne permettriez pas qu'ont me fit une injustice, et j'ai le sentiment qu'on m'en a fait une. Dès 1^ première semaine que j'ai passée ici, le P. Raume a dit que j'y étais, contre le désiir de la Suipérieure générale, et qu'il verrait à ce que j'en parte. Il a tenu parole, et maintes fois répété sa menace. Et Votre Grandeur garantirait-elle que la Mère F. Reigis ne fut pas irritée de ma venue ici avec votre permission? Elle le fut, comme vous le dira la Supérieure locale qui a dit, d'ailleurs, à d'autres qu'on lui avait interdit de me reconnaître...."
Q. — A quelle Supérieure locale faites- vous allusion? R. — A la Soeur Mary Béatrice.
Q. — Elle y est encore, n'est-ce pas ? R. — Elle est à Smîth's Falls.
Q. — "Ge n'est pas la première fois que i'archevêque a demandé qu'une
religieuse fut envoyée dams un autre convent, mais c'est la première fols dans l'hiistoire de la Communanté qu'on ait obligé la Supérieure locale de ce couvent à faire fi d'une reliigieu&e qu'elle avait sous ses ordres. Les religieuses ne pouvaient pas ne pas le remarquer. Le bruit s'en est répandu dans les autres convents, ce qui a donné plus de force à l'idée qu'on avait déjà que la Suipérieure générale actuelle prendrait sa revanche, coûte que coûte. Cela n'a en rien affecté la paix de mon esprit, car j'aimais mon travail, je me sentais capaible de le faire, et si vous saviez ce que j'éprouve aujourd'hui, vous comprendriez mon inquiétude de le garder; je ne me sensi pas capable de faire davantage. J'ai été avilie en présence de laïques, et même de protestants qui vous diront avoir cru qu'on s'adressait à un cMen quand on me parlait dans: les passages et les corridors. Et cela dnre depnis si longtemips, sans changements pour le mieux, que je ne pense pas que Votre Grandeur devrait m'en vouloir de chercher quelque remède à cette situation. Archevêque bien-aimé, c'est, j'imagine, la dernière fois que je vous écris. Je ne m'adresserai plusf à personne pour obtenir justice, car c'est maintenant ma conviction qu'aux puissants seuls est réservée la justice. Dans cette lettre, la dernière que je vous adresse. Monseigneur, je prends Dieu à témoin que je n'ai jemais cherché à vous, tromper, et que c'est ia vérité que je vous ai dite, bien que vous n'ayez point ajouté foi à mes paroles'. Je n'aurai» pas approché Notre Seigneur lui-même avec plus de confiance, plus de vénération et de respect, et mon désappointement est extrême; mais je n'en parlerai pas, je saurai me taire. Pour ila dernière folS' je vous remercie de votre sympathie et de toutes vos bonnes paroles. Puissiez-fious jouir longtemps d'une
bonne santé et d'un bonheur sans nuages, et aussi trouver dets amis fidèles. Et quand le jour viendra où les plus grandis de la terre oomt besoin d'un ami véritable, je isoubaite qu'un tout-puissant juge ôe présente à vous, non seulement avec justice, mais aussi avec la plus misérioordieuse laffection. Pour moi j'ai cherché un ami dans mes heure® de détreisse, j'ai cherolié un ami; je n'en aurai pas Ibesioin d'autre." (Déposée au dossier sous' le No. 11).
Q. — Et Ces lettres représentent bien l'état d'esiprit dans, lequel vous étiez à Smith'is Faills en 1914 jusqu'en mars 1915 ? R. — Il y avait d'autres lettres écrites dans l'intervalle de celle-ci qui ne sont pas produites.
Q. — ^Veuillez répondre à ma quetion, je- vous prie. R. — Oui.
Q. — ^On va les produire. Ces lettres, que j'ai lues aujourd'hui, indiquentelles l'état d'esprit dans lequel vous étiez à l'époque où vous les avez écrites? R.— Oui.
Q. — Donc, la lettre que je viens de lire devait être, selon votts, la dernière; mais je vois que vous vous êtes repentie et avez encore écrit à l'archevêque vers la fin de votre séjour à Smith'is Falls. Je trouve deux lettres, l'une datée du 9 et l'autre du 24 mars 1915, ou plutôt février, que je vous iserais obligé d'authentiquer pour moi? R. — ^Oui, le 9 du deuxième mois de 1915.
Q. — Sans doute i\ n'y eut pas' d'envoi de lettres entre mars 1914, la lettre que je viens dé lire, et le 9 février 1915 ? R.— Il y en eut quelques unes, mais je remarque qu'il ne les a pas produites.
Q. — De quelles lettres parlez^ous? R. — Elles étaient plus' incisives. Elles intimaient à l'archevêque. .
Q. — Peu importe si vous n'en avez pas de copie? R.— Non.
Q.— 'Vous ne vous serviez pas alors de machine à écrire? R.— Elles disaient à l'archevêque la façon dont on me tra;itait à Smith's Palis.
Q. — Je vois' qu'il les a numérotées. Celle-'Ci est la quatrième qu'il a reçue. R. — Il en a eu d'autres dans Mntervalle.
Q.— 'C'est vous qui le dites? R. — Je vous prouverai plus tard que je les ai écrites.
Q. — Pourquoi dites^vous qu'il les a reçues ? R. — 'Parce que je les lai écrites.
Q. — Est-ce là votre iseule raison? Il les a reçues i^arce que vous les avez écrites. R. — ^11 se peut que i^lus tard j'en donne les raisons.
Q. — Gardiez-vous des copies à cette époque, ou mon? R. — Non, pas alors. Je ne prévoyais aucun ennui.
Q. — Quand avez-vous commencé à igarder des ooples? R. — ^Vousi avez la première dans ce dossier.
Q.— Avez-vous une coi^ie de celle-ci? R. — Non, je n'ai la copié d'aucune de oelles4à.
Q. — ^De 1914 ou 1915? Donc le 9 février 1915 vous avez écrit: "Au Très- Révérend M. J. Spratt, D.D., archevêque de Kingston. Biennaimé ardievêque, Les lettres que je reçois de vous m'émeuvent et me consolent, mais il me semble qu'il ne peut y avoir de consolation pour moi. .. ." Il est évident main^ tenant que l'archevêque vous avait écrit des lettres que vous décriviez dans ces termes? R. — Oui, il était plein de délimteflfle.
Q. — ^Avez-vous ces lettres? R. — Non. Q. — Les avez-vous détruites? R. — Oui.
Q. — A l'époque de leur réception ou depuis? R. — Je les lisais et le» détruisais.
Q. — . . .11 me semble qu'il ne peut y avoir de conisolation pour moi. Je n'ai, ni jour ni nuit, l'esprit en paix. Je ne m'intéresse à rien. Le peu de travail que j'ai dans la Sacristie ne m'absoribe en aucune façon. Il m'est impossible de rester. Peut-être trouverai- je au deliors, quelque oliose qui me sauvera de moimême. A quoi bon essayer davantage. Monseigneur,' comme je ne tiens pas à ce qu'on sache que je m'en vais, me pourrais-je pas, avec votre approbation, recevoir la dispense par l'entremise d'une autre personne, parce que, vous le savez, la Mère F. Regis' en serait trop heureiise, mais, en ce qui me regiarde, elle peut l'être tout son content. Monseigneur, si je ne peux avoir la dispense de quelqu'autre maniéré, je vous l'enverrai bientôt " R.— C'est-à-dire, je vous
•OPU'BUIOP '©I î'BJJaAUO
Q. — ^Voyez si je lis comme il faut: " Monseignem", si je ne peux aTOlr la
dispense " R. — J'ai dû omettre le mot "demande." "Je vous enverrai la
demande."
Q. — Veuillez voir si je lis ce qui est écrit? R.— nMais j'ai omis un mot. Q. — Est-ce que je lis ce qu'il y a? R. — Oui.
" . . . . Monseigneur, si je ne peux avoir la diispense de quelqu'autre manière, je vous l'enverrai, bientôt?" R. — "Je vous enverrai la demande." Q. — Est-ce votre lettre que je lis? R. — Oui, c'est elle.
Q. — . . . Je vous l'enverrai Mentît. Je ne ferai rien sans que Votre Grandeur ne le sache ; vous avez été si bon pour mol, et nul autre, j'en suis sûr, ne le sera jamais davantage. Espérant, archevêque biennaimé, que vous êtes en bonne santé, je demeure votre reconnais'sante, Soeur M. Basil.'* (Lettre déposée sous le No. 12).
Q. — En voici une autre du 24 février. La reconnaissez-vous ? R. — Oui.
Q. — "Smith's Falls. Au Très-Révérend M. J. Spratt, D.D., archevêque de Kingston. Bien-aimé archevêque, je me sens mieux, grâce à l'intérêt plus que paternel que vous m© portez. Que vous soyez si patient , pour moi, vous, un archevêque, restera le fait le plus incompréhensible de ma vie. Monseigneur, je suis découragée, je suis desespérée, et je ne siouîiaite pasi à mon plus grand ennemi de vivre une iheure ma triste expérience, et le seul moyen d'en finir promptement, c'est de m'en aller. Ne me 1© reprocliez pas. C'est avec la plus grande répugnance, et parce qu© j'y suis forcée, que j'écris cette lettre, non pas que je n'ai© pas' coinfiianc© ©n Votre Grandeur, mais' il faut si ipeu de chose pour manquer de charité et nuire à un autre. Je cède aux instances de mon
directeur qui me prie de présenter les faits à votre Grandeur " Qui est
votre directeur? R. — Celui dont je parte ici était le P. Hogan, de Perth.
Q. — Comment se fait-il qu'il fût votre directeur? R. — C'était un confesseur venu en mission spéciale.
Q.— D'où? R.— De l'institrftion de Smith's Palis. » Q. — Et c'est la personne dont vous parlez comme votre directeur? R. — C'est lui qui m'a conseiillée à c© sujet.
Q. — "....De présenter les faits à Votre Grandeur. Il m© serait plus aisé de quitter la Maison que de le faire. Monseigneur, durant mon séjour ici, je vous ai caché la cause de mon mécontentement, non par manque de confiance, maïs par crainte d© manquer de) charité, et 'aussi iparce que je sais que vousmême aviez des ennemis en grand nombre. Monseigneur, lîl me faut vous dire que le P. Raume a été la cause de mes contrariétés. N'en voyant pas la fin, et désespérant de jamais la voir, j'ai pensé qu'il était linutile de résister davantage. Archevêque (bienHaimé, j'ai cru, me rappelant ce que vous avez été pour moi, et que, dans tous mes embarras', tant physîquesi que moraux, il y avait quelqu'un de qui je pouvais m'approcher, j'ai cru devoir persévérer et patienter, mais il faut que quelqu'un cède. Il s© rendra comipte un jour de sa conduite. A la suite d'une visite à Votre Grandeur l'automne dernier, il vint me voir, reconnut son injustice envers mol et m'en demanda pardon. Je le lui accordai volontiers, mais je lui dis que je ne pourrai jamais comiprendr© que vous vous plaigniez de moi qui ai été si bonne pour vous. Voici sa répons©: "Je reconnais qu© vous êtes l'être le meilleur qui soit loî-^bas. Ma mère n'aurait pas fait plus pour moi, mais vous n'avez pa^s bien agi envers mds amis; vous vous êtes plainte à la Mère Francis Régis de religieuses qui sont mes amies...." Ce passage se rapporte-t-il aux plaintes que vous: avez faites sur les' religieuses à la Mère Francis Régis? R. — Le P. Raume
Q. — Veuillez répondre à ma question. Ce passage se rapporterai à certaines plaintes faites à la Mère Francis' Régis, et concernant les religieuses' de Smith's Falls? R. — Oui, c'est l'accusation.
M. Tilley. — ^C'est l'accusation portée contre vous par le P. Raume? R.— - Certainement.
Q. — Oh! vous citez le P. Raume, n'est^o© pas? R. — Oui.
Q. — C© sont les paroles prononcéeîs par le P. Raume? R. — Qu'il m'a dites,
oui.
Q.— Il vous a dit: "J© r©connais qu© vous êtes Fêtre le meilleur qui soit icl-l>as." Ma mère n'aurait pas fait plus pour mol. Mais vous n'avez pas bien
agi envers mes amies; vous vous êtes pilainte à la Mère Francis Régis de religieuses qui isont mes amies, et les choses ont été de mal en pis. . . Maintenant, où finit la citation? R.— C'en est la fin.
Q, — C'est lui qui a dit: "Mais les cihoses ont été de mal en pis"? R. — Oui.
Q.-' — " ItTonseigneur.v un jour viendra où vous apprendrez bien des
choses, mais il sera trop tard alors.. Il vous est sans doute souvent venu à la pensée que je n'ai pas essayé de suivre vos conseils, mais, bien-aimé archevêque, vous ne saurez jamiais iciibas mes lutteS' et mes combats pour les suivre, convaincue que j'étais que c'était Dieu qui me parlait. Tenez, si ©n ce moment on me disait qu'à telle place Notre Seigneur lui-même va me parler, et qu'à telle autre place ce sera Votre Grandeur, je orois que j'irais plutôt vers vous, car vous m'accueilleriez, jei suis sûre, avec la même bonté, vous me donneriez les mêmes conseils, et je me figure, is'il en était ainsi, que vous me comprendriez mieux. J'ai une idée à soumettre: Ne pourrait-on me permettre de faire pendant quelque temps un travail de nuit. Le jour on ne me verra pas et la nuit passera vite. Le temps passe viite, quand on n'est ipas seule avec ses propres pensées ; je le sais par expérienoe. Cette proposition, j-e la fais à Votre Grrandeur sans grand enthousiasme. Peut-être, comme vous dites, plus tôt je m'en irai, mieux ce sera. J'ai essayé de plaire à tout le monde, et je n'ai pas même réussi à ,.en contenter un! Espérant que votre santé est excellente, je suis votre reconnaissante et respectueuse. Soeur Mary Basiill." (Lettre déposée sous le No. 13).
Q. — ^Vous avez écrit cette lettre le 24 février 1915? R. — Oui.
Q. — Et c'est la dernière que vous avez écrite à isa Grandeur pendant votre séjour à Smith's Falls? R. — Non j'en ai écrit d'autres.
Q.— Quand avez-vous quitté Smith's Palis? R. — Le 31 mars 1915.
Q. — Et vous dites que vous avez écr*it d'autres lettres? R. — Oui.
M. Tiliey. — M. McCarthy, cette lettre non datée, elle la recoamait oomme venant après la dernière que vous avez lue, le No. 9.
M. McCarthy. — ^Alors ces lettres sont tout en désordre.
M. Tiliey. — J'en ai peur. Elle a reconnu celle-là comme du 4 mars 1915.
Q. — Je vous ai bien mal compris. Soeur Basil, je vous ai donné le No. 10. R. — Vous ne les avez ipas données dans l'ordre votiiu.
Q. — «En vous présentant le No. 10 datée du 2 mars 1914, je vous ai demandé si la lettre isans date la suivait, et vous m'avez répondu que oui.
M. Tiliey. — ^Oui, mais un an plus tard, comprenez-vous?
Q. — Et naturellement, la lettre sans date n'a pas été écrite avant 1915, n'est-ce pas? R. — Non, pas' avant le printenips de 1915. Voulez- vous me la montrer?
Q. — Et vous lui donnez une date d'après ime lettre que vous dites avoir reçue de l'archevêque vers cette époquê? R. — Oui, monsieur. Cet^je lettre (indiquant la pièce No. 9) a dû être écrite le ou vers le 4 mars, 1915.
Q. — Maintenant, en êtes-vous absolument certaine, ma Soeur? R. — Oui.
Q. — ^Voyons donc ces autres lettre et tâchons de les mettre en ordre. Ecoutez-moi un instant. Le 15 janvier 1914, vous avez éciiit à sa Grandeur lui demandant reispectueusement d'être disipensée de vos voeux? R. — ^Oui.
Q. — Donnant comme raison que vous étiez malheureuse. Et puis, le 2 mars, vous avez écrit de nouveau à sa Grandeur? R. — ^Serait-ce en 1915?
Q. — Je parle de 1914. Vous lui avez écrit: "Voulez-^ous me donner ce que je vous ai^éjà demandé? Cela me peine de donner tant d'embarras à quelqu'un qui a été si prodigue de ses dons," et le reste. Ensuite Vient cette lettre sans diate. Je peux me tromper, mais il me semble, ma Soeur, et peut-être pouvezvous me mettre sur la voie, que ces lettres se suivent. Apparemment l'archevêque vous écrivit une lettre vers le mois de mars 1914, et alors cette lettre sans date que je ne peux authentiquer que ipar ces deux que j'ai en main? R. — ^Voulez^vous me les montrer?
Q. — Les voici. (Il les lui passe.) Permettez-moi, ma Sœur, d'attirer maintenant votre attention sur le €ait, — ^Voyez-vous le deuxième paragraphe où vous dites: "Je demande à changer, je vous demande de m'accorder un changement." R.— Oui.
Q. — N'était-ce pas le cliangement que vous demandiez à Smith's Palis? R. — De réisiidence? Non, je ne l'ai pas demandé à Smith's Falls.
Q. — Ne l'avez-vous pas demandé à l'époque de l'entrevue? Vous avez d'aJbord demandé une dispense, et ensuite, si je comprends bien, vous vous êtes rétractée et avez, sur la suggesition de Sa Grandeur, demandé un cbangement? R.— Oui.
— Ce cliangement n'eut41 pas lieu en 1914? en mars 1914? R. — En mars
Q. — Oui, de Kingston à Smith's Falils? R.— Je suis aJllée à Smîth's Falls en janvier.
— Alors de quel changement parlez-vous? R. — Je l'ai demandé Ici à l'archevêque.
— Je voudrais, si c'était possible, trouver l'année de cette pièce No. 9? R. — ^C'est au moment où j'ai prié l'iarchevêque de demander à la Supérieure générale de me doimer quelque travail loin du P. Raume, J'ai suggéré Arnprior. Je l'ai suggéré, et voilà tout le changement.
Q. — ** Je vous prie de me faire la faveur de demander un ohangement
pour moi . . . . " R. — Oui.
Q. — " Je m'attendiaJi® à une réponse de Votre Grandeur '*? R. — Oui.
Q. — Maintenant de quel changement parlez-vous loi? R. — Je parle d'aller à Amprior, dans la cuisine.
Q. — ^Cela se rapporte, dites-vous, au changement de Smith's FaJlls pour aller travailler dans les cuisines, à Arniprior? R. — ^C'est cela.
Q. — Alors vous donneriez à cette lettre la date du 4 mars 1915? Est-ce exact? R. — ^Oui, je crois l'avoir écrite le 4 mars.
Q.— Et ce serait la dernière lettre écrite de Smith's Falls par vous à l'archevêque? R. — Non, ce ne le serait pas. J'en ai encore écrit deux autres, mais elles ne sont pas ici. Je peux, si vous le voulez vous dire ce qu'elles contenaieint.
Q. — Je ne crois pas que vous le puissiez à moins de les produire. De quelle date étaient-elles? R. — L'une étaJit dti 17 mars.
Q. — Jour mémorable! R. — J'y disais^ à l'archevêque. . . .
Q. — ^Vous ne pouvez dire ce que vous écriviez alors sanis en iproduire de copie. Quelle était la date de Tautre? R.— Plus tard.
Q, — Et, après avoir quitté la Communauté de Smith's Falls, où étes-vous allée? Fût-ce dans les cuisines d'Arnprior? R. — Non, la Supérieure générale me fit revenir à Kingston.
Q. — A quel endroit? R. — A l'orphelinat de Ste. Marie-du-Lac.
Q. — Ce sei^ait donc en mars. 1915? R. — Le dernier jour de mars 1915.
Q. — Et vous y êtes restée jusqu'à l'époque des incidents que vous avez racontés à mon ami, M. Tdlley? R. — Oui.
Q. — Le P. Mea s'était^l déjà montré à vous? R.— Quand je suis arrivée à Ste. Marie-du-Lac, il en était chapelain.
Q. — Etait-ce bien sa qualité ? A vrai, dire, y avait41 une position officielle ? R, — Il était chapelain et confesseur de l'établissement.
Q.— Nommé par qui? R. — Par rarchevêque.
Q. — Qu'en savez-vous? R. — ^Sans cela, il n'aurait pu être confesseur.
Q. — Pas de raisonnements. Dites-moi simplement si vous le savez et pour» quoi? R. — Je vous dis pourquoi je sais qu'il l'étaiit.
Q. — Vous argumentez. Je veux dire, savez-vous s'il avait été nommé, et ce qu'U faisait là? R. — Par la position qu'il occupait, je sais qu'il avait dû être nommé.
Q. — C'est la seule raison que vous en puissiez donner? R.— 'Oui.
Q. — L'aviez-vous rencontré auparavant? R. — ^Oh! ouï.
Q. — Et aviez-vous eu avec lui des entrevues en ce qui concernaît votre position? R. — Pas récemment, non.
Q. — Je veux dire, avant l'époque de votre arrivée à Ste. Marie-du-Lac, av^iezvous eu des entrevues avec le P. Mea au sujet de votre situation ou de votre condition? R. — Non.
Q. — Aucune? R. — Non.
Q. — Mais en arriivant à Ste. Marie-du-Lac, vous y avez troiivé installé le P. Mea, remplissant une certaine fonction, et y occupant un appartement au rez-de-chaussée? R. — ^Oui.
Q. — Par la suite, je cpois, à cet appartement il a ajouté deux chambres à l'étage isupérieur? R. — Je ne le savais pas. Je ne pensais pas qu'il eût deux chambres' en liaut.
Q. — Et quels étaient vos devoirs à Ste. Marie^du-Lac? R.— Je n'en avais aucun.
Q. — ^Qui is'oocupaJit du P. Mea? R. — Je crois que, à mon arrivée, c'était la Soeur Mary Lewils qui s'occupait de lui.
Q. — Je demande, après votre arrivée? R. — La Soeur Mary Lewis continua à s'occuper du P. Mea.
Q. — Combien de temps ? R. — Sept ou huit mois. Seipt mois en tout cas.
Q. — Et que faisiez-vous tout ce temps-là? R, — Moi, je ne faisais tien.
Q. — ^Qu'en tendez-vous par là? R. — Je veux dire que j'étais traitée à Ste.- Marie-du-Lac comme si j'y avais été en peusion. On me permettait d'assister aux exercices de la Communauté, et ensuite je restais' dans ma chambre toute la journée. Je n'avaJis aucun rang dans la Communauté.
Q. — Que voulez-vous dire par "rang." Est-ce travail? R.— Je veux dire qu'on me dédaignait.
Q. — Dédaignait? R. — ^Oui, on ne semblait paS' s'apercevoir que l'aurais dû travailler.
Q. — Et le travail alors était celui d'un orphelinat, n'est-ce pa^? R. — Oui. Q. — S'occuper des enfants? R. — OuJi.
Q. — Qui était, à votre arrivée, la Supérieure locale? R. — La Soeur Mary de l'Annonciation.
Q. — Et combien de Soeurs y avait-'ill? R. — Je me sais pas combien elles étaient à mon arrivée, miais j'en sais leur nombre avant mon départ.
Q.— Quinze ou seize? R. — Avant mon départ, elles' étaient dix^sept ou dix^uit, quelquefois vingt.
Q. — Une moyenne de dix-sept, n'est-ce pas? R. — Oui.
Q. — Y avaiit-il des noviceis? R. — Quand j'y suis allée? Oh oui! il y en avait quelques-unes.
Q. — ^Et vous pensez que, peu après votre arrivée, elles furent renvoyées à la Maison Mère? R. — Elles y furent rappelées en mai 1916, après la visite de l'archevêque.
Q. — Quand avez-vous commencé à prendre soin des appartements du P. Mea? R. — On m'a dit de m'en occuper.
Q. — ^Ce n'est pas ce que je vous demande. Tout ce que je veux savoir, c'est à quelle époque en avez-vou^ pris soin? R. — ^^Cela pourrait signifier que j'ai pris sur moi de m'en oocuper.
Q. — ^Nous con^renons que vous observiez encore les voeux d'obéissance. Quand donc avez-vous commencé à vous oiocuper des alppartements du P. Mea? R. — Vers le 1er novembre 1916.
Q. — Est-ce l'915 ou 1916? R. — 1916. Non, je me trompe, c'est en 1915.
Q.— Vous êtes donc venue là en 1915, et avez prix cliarge des appartements du P. Mea au mois de novembre 1915? R. — Oui.
Q. — Et cette charge impliquait de prendre soin de son appartement? Pouvez-vous m© dire au juste ce qu'était le travail? R. — Il n'y avait pas grand'chose à faire.
Q. — Mais encore? R. — Prendre soin des chambres, les nettoyer, et lui apporter ses repas.
Q. — Et quand vous êtes-vous procuré la machine à écrire? R. — Je me la suis proicurée au mois d'août. Je ne saurais en donner la datef •exacte.
Q. — De quelle année? R. — De 1916. Je pense que ç'a dû être vers le 1er août.
Q. — Oh non! Pas en août 1916? R.— Parlez-vous de la machine à écrire? Q. — Oui, R. — Je l'ai eue en 1916 à la fin de juillet ou au commencement d'août, vers le 1er août 1916.
Q — 1916? R.-^Ouî, vers le 1er août.
Q. — Pias arant? Et ainsi vous ne saviez pas écrire à la machine avant cette époque? R. — Je m'étais servie d'une, mais pas d'une manière suivie.
Q. — Quand? R. — A la Maison de la Providence, il y a quelques années.
Q. — Et vous dites que votre ibnt, en, vous procurant ce dactylographe, était de préparer un rapport que vous vous proposiez d'envoyer à Rome? R. — ^Certaiînement.
Q. — Parce que, dites-vous, les rapports ladressés à Ilome doivent être écrits à la machinre? R. — ^Oui, ils doivent être imprimés.
Q.— Mais il suffit qu'ils isoient écrits à la machine, n'est-'Ce pas? R. — ^Oui, c'est suffisant.
Q. — Maintenant, au temps où vous étiez à Ste. Marie-du-Lac et jusqu'aux trois mois qui précédèrent les élections, avez-vous eu quelques difficultés avec les religieuses? R. — Je fus insultée par quelques-unes, par deux en particulier.
Q. — Et comment vous êtes-vous' vengée de leurs insultes? R. — Je ne penise pas leur avoir fait quoi que ce soit.
Q. — Etait-ce la fois où vous avez arraclié la coiiffe et le voile d'une religieuse? R. — 'C'est une affaire différente.
Q. — Et bien! parlez-nous d'abord de celle-là? R. — Voici. J''avaiis demandé à la Soeur qui était dans la cuisine
Q. — Qui était-ce? R. — La Soeur Mary Winifred. Je lui avais demandé
Q. — Que faisiez^vous à la cuisine? R. — Je venais chercher le déjeuner du P. Mea.
Q. — ^Bien, continuez? R. — J'étais allée dans l'o'fifioe vers une boîte qvte la Soeur Mary Winifred y avait mise pour moi, et dans laquelle je gardais pour le P. Mea du pain, du pain rassis. Elle l'y mettait ellenmême, et m'avait dit de l'y laisser, et d'en venir prendre chaque fois que je voudrais.
Q.^ — Passez les détails?
M. Tilley. — S^il nous faut avoir l'histoire, ayons-la toute entière.
La Demanderesse. — En venant ohercher le pain ce matin-là, je vis qu'une autre Soeur avait à la main le pain, ou un morceau du paini que je gardais dans cette boîte. Nous ne pensions pas, Soeur Winifred ou moi, qu'ancune des religieuses connût quelque chose de cette Oboîte Je revims' dans la cuisine, sans rien dire à la Soeur qui tenait le pain ou un morceau du pain. Je revins donc dans la cuisine, et demandai à la Soeur Mary Winifred s'il n'y avait pas dans la maison d'autre pain bis que celui que j'avais. La Soeur Mary Winifred était occupée au poêle. Elle se retourna pour m'écouter et je pus voir qu'elle fixait les yeux par-de&sus mon épaule. Elle me fit répéter ma question. "Qu'est-ce que c'est," dit-elle. Je répétai ma question: "N'y a-t-iil pas d'autre pain -que celui qui est dans oette boîte"? Et je pouvais voir ses yeux toujours fixés en arrière de moi, et la Sujpériieure avait les mains levées signalant à la Soeur de ne pas me répondre, laquelle ne me répondit pas.
Q. — Et alors? R. — Je me, retournai lestement, et je surpris la Supérieure les mains l^ées.
Q. — Quelle Supérieure? R. — Soeur Mary de l'Annonoiation.
Q. — Vous l'avez surprise les mains levées? R. — ^Signalant à la Soéiir de ne pas me parler.
Q. — C'est votre façon d'interpréter le mouvement? R. — Oui, de ne pas me parler.
Q. — Elle remuait les mains, voilà ce qu'elle faisait? R. — C'est ainsi que je l'ai compris. ; {
Q. — De ne pas vous parler? R. — ^Oui, et la Soeur se retourna vers le poêle sans me répondre, et, sous l'impulsion du moment, je saisis la coiffe et la tirai.
Q. — Avec ce résultat qu'elle fut enlevée? R. — Elle ne fut pas enlevée, dérangée seulement.
Q. — Une partie resta sur la tête, croyez-vous? R. — Elle ne fut que dérangée.
Q. — Des religieuses durent venir à son secours, n'est-ce pas? R. — Je ne sais pas si elles vinrent à son secours, car ce fut l'iafifaire d'une seconde. Q. — Et cependant elles sont venues? R. — C'était parfaitement inutile. Q. — Peut-être ont-elles pensé autrement? R. — Peut-être.
Q. — A ce moment avez-vouisi fait des menaces? R. — ^A ipropos de quoi. ' Q. — A propos de ce que vous feriez à cette religieuse? R. — Je ne pense pas.
Q. — Ou à la Mère Francis Régis, si jamais vous pouviez l'attraper? R. — Non, je n'ai rien dit.
Q. — Le lendemiain n'avez-vous pas répété ces menaces contre la Mère Francis Régis ou contre la Soeur dont, la veille, vouS' aviez déchiré la coiffe? R. — Pas du tout. Si vous m© rapportiez ce que j'ai dit, ,peut-être me rappellerais-je.
(L'audience est ajournée.)
Q. — Soeur Basil, au moment où l'audience était levée, vous m'avez fiait observer que si je vous rappelais quelques-unes des remarques faites par vous au sujet de la Soeur ou de la Supérieure générale vous seriez sans doute en meisure de vous en s-ouvenir. Vous' souvenez-vous d'avoir dit à Smith's Falls^ quand vous y étiez de janvier 1914 à mars 1915, et en présence de la Soeur Mary Béatrice: "Je veux que le diaMe m'emporte si je ne fais pas mettre en prison Mary Francis Régis ?" R. — Non, je n'ai jamais dit cela,
Q. — ^Ou quelque chose de semblable? R. — Non, ipias à Mary Béatrice. Mais
je crois avoir dit à une autre religieuse qui avait passé des remarques
C'était après que cet incident fût arrivé.
Q. — Non, c'est avant? R. — Oh! non, pas avant oeliii-là.
Q. — Vous souvenez-vous d'avoir cogné du poing sur lesi murs de votre Chambre, ou du dortoir, à Smith's Falls, au grand ennui des autres religieuses? R. — Non, je ne m'en souviens pas.
Q. — ^Vous ne vous rappelez ipas, dites-vous? R. — ^Non, pas du tout.
Q. — Qui occupait la chambre voisine de la vôtre? R. — Soeur Mary Syril et Soeur Mary Dominick étaient mes voisines'.
Q. — Qui était de l'autre côté? R.— C'était le puits de l'ascenseur.
Q. — ^Mais vous vous rappelez avoir refusé de manger, quand vous étiez à. Smith's Falls, de janvier 1914 à mars 1915? R. — Non, je me souviens d'avoiT été enrhumée en mars 1914.
Q. — Vous vous rappelez ce fait? R:^Oui.
Q. — ^Si je comprends bien, à Smith's Falls, vous accusiez sans cesse les gens de prendre votre courrier? R. — ^Non.
Q. — ^Vous ne l'avez jamais fait? R. — Je me rappelle avoir fait une remarque à la Supérieure locale de Smith's Falls, parce qu'une religieuse de la Communauté m'avaJit annoncé des nouvelles contenues dans une lettre qui ne m'était pas encore parvenue.
Q. — Et vous avez conclu que la lettre avait été enlevée du courrier? R. — Non, la Supérieure avait le droit d'ouvrir les lettres.
Q. — Et c'est la conclusion que vous avez tirée de ceitte remarque? R. — Non, je n'en ai pu tiré cette conclusion. La Supérieure ouvrait la lettre, et la laissait , ouverte à la portée de isa main, ce qui, je suppose, donnait aux religieuses. ...
Q. — ^Peu importe ce que vous supposez. Je ne vous demandais que la conclusion que vous en tiriez. Maintenant, en ce qui concerne vos remarques à la suite de votre gesite contre la Soeur Mary Winifred:, — ^c'est, je crois, la Soeur dont vous avez enlevé la coiffe? R. — Non, Soeur Miary Annonciation.
Q. — Avez-vous fait quelque remarques à ce sujet? R. — Je ne pense pas qu'on ait vraiment parlé de l'incident après l'aventure.
Q. — Alors vous dites n'avoir fait aucune remarque du genre dont j'ai parlé? R. — Non.
Q. — Jamais à personne? R. — Je ne crois pas qu'on ait, par la suite, parlé de l'incident.
Q. — Je vous demande si vous avez faJit cette remarque à quelqu'une des
religieuses? R. — Non.
Q. — En particulier à la Soeur Mary Winifred? R. — Non,
Q. — Avez-vous fait des remarques pendant votre séjour à Ste. Marie-du-Lac,
et avant le 14 septembre, avez-vous fait des réflexions désobligeantes sur la
Supérieure générale, Mary Francis Régis ? R. — J'ai pu, je suppose, parler de la
manière dont elle me traitait.
Q. — Ce n'est pas ce que je vous demande. Avez-vous fait plus' ou moins ouvertement des remarques sur elle aux religieuses ? R. — Je ne vous comprends pas.
Q. — Je ne sais guère alors comment m'exprimer. Avez-vous fait des réflexions plus ou moins désobLigeantes sur la Supérieure générale, au sujet de la façon dont elle vous traitait, ou ce que vous pensiez d'elle, pendant votre séjour à Ste. Marie-du-Lac après votre départ de Smitili's' Falls? R. — ^Ouî.
Q. — Avant le 14 septemibre 1916? R. — J'sai pu dire qu'on devrait faire des changements dans l'administration. J'ai pu dire aussi qu'elle n'avait pas les qualités requises pour être Supérieure générale.
Q. — Et vous en avez parlé ouvertement, n'est-ce pas? R. — J'ai pu en parler à quelques-unes des religieuses.
Q. — Auxquelles? R. — La Soeur Wiinifred serait surtout celle à qui j'ai pu dire ces choses4à.
Q. — Pourquoi plutôt à elle? R. — Baroe j'iavalis plus à faire avec elle qu'avec les autres.
Q. — Comment se fait-il que vous aviez plus à faire avec elle? R. — Elle était dans la cuisine, et j'avais à y aller pour les repasi du P. Mea, et ainsi nous étions plus souvent ensemble.
Q. — Arrivons maintenant au 18 avril 1916, au jour où vous avez adressé ce rapport à la Révérende Mère Francis Régis. Ce rapport était-il manuscrit? R. — Je l'avais écrit moi-^même. Voudriez-vous le voir?
Q. — En avez-vous l'origiual? R. — Je l'ai. (Déposé.)
Q. — En est-ce l'origina)l ou la copie? R. — 'C'est la copie de ce que j'ai envoyé à la Mère.
Q. — C'est une copie, écrite ipar vous, de ce que avez envoyé? R. — Ce n'est pas ce que j'ai envoyé. Ce n'en est qu'une copie, écrite par moi.
Q.-^Et renveloppe? R. — Cette enveloppe y fut mise par la soeur de Soeur Mary Gabriel, Soeur Saint Thomas, à Kingston. La Soeur Mary Gabriel me demanda de lui laiisser envoyer ce rapport à sa soeur,- Saint Thomas, au couvent. Je l'ai alors donné à la Soeur Mary Gabriel qui l'a envoyé à sa soeur.
Q. — Ce n'est que ce qu'elle vous a dit? R; — ^C'est l'enveloppe qui contenait la lettre quand cette dernière est revenue.
Q. — Cette enveloppe eist adressée à la "Révérende Soeur Ga'briei, Supérieure, couvent de St. Miohel, Belleviile"? R.-^Oui.
Q. — 281, rue St. Jean, et à elle envoyée par la poste le 28 décembre 1916. Dois-je en conclure que cette lettre était à l'intérieur de cette enveloppe? R.— Oui.
Q. — Et envoyée par la poste à la Révérende Soeur Gabiiiel? R. — Oui.
Q. — Et vous dites qu'elle lui a été envoyée à la requête de quelqu'un? R. — J'en avais une copie à Belleviile.
Q. — On la lui a renvoyée? Pourquoi l'a-'t-on renvoyée à la Soeur Gatoriel? R. — Parce que c'est Soeur Mary Gabriel qui l'avait envoyée à sa soeur.
Q. — Pourquoi l'avez-vous adressée à Soeur Mary Gabriel? R. — Pourquoi? Vous ne me comprenez pas.
Q. — N'est-ce pas votre écriture? R. — Nou', c'eist celle de Soeur St. Thomas, du moins je le suppose.
Q. — Où était-elle? R. — Au couvent de la Congrégation, ici, à Kingston.
Q. — Et vous lui avez donné cette lettre? R. — Non, pas moi. Soeur Mary Gabriel m'a demandé de lui prêter ce rapport pour qu'elle, Soeur Gabriel, puisse l'envoyer à la Soeur Saint Thomas, sa soeur, pour qu'elle le lût.
Q. — Et la Soeur Saint Thomas l'a renvoyé sous cette enveloppe à Mary Gabriel? R. — Oui. Q. — C'est ce que vous croyez? R. — Sans doute.
Q. — Vous avez joliment fait circuler ce rapport parmi la Communauté?, R. — Oh! non.
Q. — il a été montré aux personnes que vous avez citées? R. — ^Oui, une des religieuses du Lac l'a lu. (Copie déposée sous le No. 14.)
Q. — Bien. Quand vous avez écrit le 18 avril cette lettre que l'on appelle un rapport, qui était alors la Supérieure locale de Ste. Marie-du-Lac? R. — Soeur Mary de l'Annonciation.
Q. — Quelqu'un lui éta'it41 adjoint? Y avait- il quelqu'un en position de la représenter? R. — Je ne pense pas. Eli© n'avait pas d'assisitante.
Q. — Quelle était la fonction de Mary Teresis? R. — Elle enseignait à l'éoole de Pontsm outil. Je ne crois pas qu'elle occupât une position dans la Communauté.
Q. — Etait^ellile alors à Ste. Marie-du-Lac? R. — Oui. Q. — Maiis enseignait à Portsmoaitli ? R. — C'est exact.
Q. — ^M'aintenant, vous faites allusion au traitement de l'homme que vous appelez aumônier? Que était-ce? R. — Le P. Moa.
Q. — ^C'est lui que vous appelez aumônier dans votre lettre du 18 avril? R.— Oui.
Q. — ^Et dans la même lettre vous parlez d'une religieuse? Vous diites qu'une de ces religieuses, une novice, qui venait, quelques semiaiines auparavant, de prononcer ses voeux temiporaires, annonça en public qu'elle aillait allèr à la Maison Mère se plaindre de la bonté de l'aumônier envers les enfants. Qui était cette religieuse? R. — Soeur. .. .Attendez que je me rappelle son nom.
Q. — Peut-être vous reviendra-'t-il en voius rappelant l'endroit où fut publiquement donné ce renseignement. A quelle occasion en a-t-elle fait part? R. — Elle en a parlé partout dans la maison.
Q. — Où? R. — ^Ste. Marie-du-Lac.
Q. — Vous dites qu'elle a donné publiquement ce renseignement? R. — Elle l'a dit, entre autre, dans le réfectoire.
Q. — 'Et qui est-elle? Quél est le nom de la personne qui a donné ce rapport en public? R. — C'est drôle que je ne puisse pas me rappeler son nom. Je le voudrais bien pourtant.
Q. — Revoyons les noms, et tâchons de retrouver celui de la personne qui a tenu ce propos? R. — ^Oh! je le connais bien.
Q. — Mais mol pas, et c'est ce qui m'ennuie? R. — ^Blle est à présent à Moose Jaw.
Q. — Et bien! nommez-là. Comment savez-vous qu'elle est là-'bas, si vous ne connaissez ipas son nom? R. — ^Elle y est, je le sais.
Q. — Alors vous pouvez me dire qui elle est? R. — ^Certainement je le peux. Jè ne connaissais pas très bien son nom, parce que je ne l'avais jam'ais rencontrée avant mon arrivée à Ste. Marie-dutLac.
Q. — Vous avez dit que vous saviez qui elle étaiît? R. — Je la <5onnais bien, mais je ne peux ipas me rappeler son nom.
Q. — Quand est-elle allée à Moose Jaw? Je voudrais., s'iîl se peut, me rendre compte. Je voudriais trouver quelqu'un qui ait entendu ces propres termes en public? R. — Je crois qu'élle est partie pour Moose Jaw en mai 1916.
Q. — Et quand a-t-elle tenu ce propos ? R.— Avant cette date.
Q. — Naturellement, je ne ipense pas qu'elle l'ait dit- à Moose Jaw. Vous dites que quelqu'un dont vous vous rapï>elez pas le nom a fait publiquement une annonce? R. — ^Je voudrais bien me rappeler ce nom.
Q. — Dites^oi ce que fut ce ipropos tenu en ipuiblic, où, et isous quelle forme fut-il énoncé?
Sa Seigneurie (le juge). — Il viaudrait mieux, me semible-t-il, poursuivre sans s'occuper de ce renseignement.
Q. — Pouvez-vous me le di^e, ma Soeur? R. — Si je me rappelais le nom.
Q. — Ce que je voudrais savoir, c'est à quelle occasion et en quels termes elle a fait publiquement cette annonce? R. — |]lle a dit
Q. — Où, d'abord? R. — ^A Ste. Marie-du-Lacl^
Q. — Ste. Marie? C'est vaste! R. — Au réfectoire.
Q. — Quand? R. — Dans l'iaprès-midi, vers trois iheures. Ce fut une des fois.
Q. — Et qui était là? R. — La Soeur Sc^iolasitic était là.
Q. — Est-elle encore là? R. — Ellé le devrait. Il me semble qu'elle y est.
Q. — Et qui encore? R. — J'y étais. Soeur Mary Winifred l'a entendu, je ne me souviens pas des autres.
Q. — Et vous ne pouvez pas davantage vous rappeler le nom de* la i>ersonne qui a faJit cette annonce? R. — est étrange. Q. — ^Bn effet? R. — Et c'est un nom très commun. Elle venait tout d'abord de Tweed et était Française.
Q. — Et revenant à votre lettre, avez-vous jamais attiré l'attention de la Supérieure générale sur le: prétendu traitement des enfants? R. — J'iai parlé à ce sujet à la Supérieure locale du Lac.
Q. — 'Mais jamais à la Supérieure générale? R. — Pas aiitérieurement à cette lettre, parce que je ne lui avais jamais parlé.
Q. — Si je comprends bien et probablement à vôtre époque, cette Maison de la Providence est visitée de semaine en semaine, de mois en mois, d'année en année par de cbaritables diames de Kingston qui examinent l'établissement, et aussi par des inspecteurs du 'gouvernement et d'autres personnes qui portent un grand intérêt à ces enfants? -Est-ce vrai? R. — Ma foi! je peux vous affirmer que pas plus de
Q. — Veuillez répondre à ma l^uestion? R. — ^Oui.
Q. — ^C'est exact? R. — ^Oui, un fonctionnaire du gouvernement est supposé visiter, et un l'a fait.
Q. — Et quoi, alors, au sujet des dames de Kingston qui s'intéressent à cet établissement et l'ont visité de temips en temps? Je me suis laissé dire qu'on nomme toutes les semaines ou toutes les quinzaines deux dames qui viennent le visiter? R. — Elles l'ont fait avant mon arrivée au Lac,
Q. — Sont-elles venues pendant que vous y étiez? R. — Non, pas pendant mon séjour.
Q. — Mais de quelle période partlez-vous ? R.^ — Je parle de la période s'étendant de mars 1915 au 23 octobre 1916. ^ ^ -
Q. — Vous dites donc que dans cet intervalle aucune de ces charitables personnes n'a jamais visité cet établisisement? R.— Elles ont pu entrer dans le parloir.
Q. — Je ne parle pas de rinspection du parloir. Ce que je veux savoir, c'est si vous êtes prête à jurer qu'aucune de ces dames de Kingston, que l'on nomme inspectrices hebdomadaires, n'a visité cette institution durant cette période dans le but d'y voir les petits enfants qui y étaienjt? R.— Je i^e le pense pas.
Q. — Voulez-vous dire qu'elles ne l'ont ipas fait? R. — Je ne les ai pas' vues.
Q. — ^C'est tout ce que vous pouvez avancer ? R. — Je ne les ai pas vues.
Q. — N'ont-elles pas inspecté l'appartement du P. Mea? R.— Non, ni beaucoup d'autres endroits qu'il eut été très nécessaire de visiter.
Q. — Ainsi vous ne les avez pas vues, Soeur Basil. Alors que, savez-vous de ce qu'elles ont fait ou n'ont pas fait? R. — Une sérieuse inspection serait, me semble-t-il, très nécessaire.
Q. — Ce n'est pas ce que je vous ai demandé? je dis, puisque vous ne les avez pas vues, comment savez-vous qu'elles allèrent ici ou qu'elles n'allèrent pas là? R. — Je ne les ai pas vues.
Q. — Alors, comment savez-vous qu'elles allèrent dans un endroit et n'allèrent pas dans un autre? R. — C'est que je connais des endroits' qu'on ne ferait pas voir à un visiteur, quel qu'il soit.
Q. — Nommez ces endroits? R. — Il y avait le dortoir des bébés, et aussi le sous-sol où les enfants trop jeunes pour aller à l'école ipassaienit leurs journées.
Q. — Ce sont les endroits que, dites-vous, on ne faisait pas visiter? R. — ^Où les visiteurs n'allaient pas.
Q. — Vous en êtes absolument convaincife? R. — Je suis sûre qu'aucun visiteur n'a pénétré dans ces endroits. Il a pu se faire qu'à une époque. . . .
Q. — Un moment, je vous prie. Je ne veux point de "il a pu"; Je veux une réponse nette et positive. Etes-vous en état de jurer que les visiteurs n'ont jamais pénétré, — quand vous parlez des endroits dans le sous-sol, vous voulez dire la salle de récréation des petits garçons? R. — Je ne dis pas qu'il n'ont jamais été visités, car le fonctionnaire du gouvernement, quand il y est allé. ». .
Q. — Je ne parle pas du fonotionnaire, c'est des dames que je parle à présent? R. — Je ne pense pas que les dames y soient jamais allées.
Q. — Il ne s'agit pas de "penser." Vous avez dit qu'elles n'y étaient jamais allées. Eh bien! est-ce vrai ou non? R. — Les dames ne sont jamais passées par les passages et les corridors auxquels je fais allusion.
Q. — Quels sont ces passages et corridors dont vous parlez? R. — Les pas"sages obscurs dans le sous-sol.
Q. — Venanit d'où?^ R. — 'Du réfectoire des garçons. En arrière il y a un escalier. On le deiscend et on arrive dans un corridor qui contourne la macliinerie de l'ascenseur.
Q. — ^Et qui conduit où? R. — ^Dans une cliambre qui servait autrefois de classe, et a été dernièrement convertie em salle de récréation pour les garçons.
Q. — 'Ce corridor dont vous parlez sert de passage entre le réfectoire des garçons et leur salle de récréation? R. — Oui.
Q. — Ce passage est celui auquel vous faites allusion? R. — ^C'est le paasiage où les petits enfants passaient leur temps.
Q —C'est le pasiSiage? Répondez juste à ma question, je vous prie? R. — Oui, c'est celui-là.
Q. — ^C'est ce passage que vous dites n'avoir jamais été inspecté, le passage conduisant du réfectoire des garçonS' à la chambre qui devint par la suite une salle de récréation? R. — Je veux dire. . . .
Q. — Vous voulez dire que ce passage n'a jamais été inspecté par personne? R. — Je n'ai pas dit par personne.
Q. — Par les oharitables dames qui allaient là^bas? R. — Par les dames, oui. Elles ne l'ont pas visité, que je sache.
Q. — ^Indiquez d'autres endroits encore qu'on n'a pas insipectés. R. — 'On peut être allé dans la chambre des' enfants.
Q. — S'il vous plait, d'autres endroiits qu'on n'a pas insipectés?
M. Tilley. — Elle suit ces endroits par ordre.
La Demanderesse. — ^Le dortoir des petits garçons qu'il eut fallu visiter à une certaine heure, vers le moment où, dans l'après-midi, on les faisait coucher. Je maintiens qu'on n'a jamais permis aux visiteurs d'y entrer.
Q. — Quels garçons? R. — Le dortoir des bébés.
Q. — ^Où était-ce? R. — Au deuxième étage.
Q.— Au dessus de l'appartement du P. Mea? R. — 'Oui.
Q. — ^Ah! c'était les chambres qu'avaient occupées le P. Mea, et d'où on l'avait délogé pour y mettre les bébés? R. — ^Oh! non.
Q. — Quelle chambre voulez-vous dire, alors ? R. — J'entends une chambre au deuxième étage qui servait de dortoir aux bébés.
Q. — ^Vous voulez parler de deux petits g-arçons? R. — Oh! il y en avait davantage. Q. — ^Comibien? R. — Sept ou huit.
Q.Je parle de ces chambres" occupées un certain tempS' ipar le P. Mea, sans préjudice de son appartement en bas, et qu'on lui reprit, à son grand déplaisir. On voulait ces chambres pour y mettre des jeunes garçons plus grands qu'on reçoit d'habitude à rétablissement de la Maison de la Providence? R. — ^Vous voulez dire le parloir "au soleil."
Q. — Vous avez entendu ce que j'ai dit? R. — Il n'y a pas de ofhamtore
Q. — ^Vous ne la reconnaissez pas? R. — ^Ce n'est pas la chambre dont je parle.
Q. — ^^Mais reconnaissez-yous la chambre dont je parle, moi? R. — Dans ce dont vous parlez maintenant, je reconnais le parloir "au soleil," où on avait mis deux bébés.
Q. — C'était les chambres jadis occupées par le P. Mea? R. — Il y faisait froid; elle ne convenait pas) à des enfants.
Q. — Ce n'est pas ce que je vous si demandé. Etait-ce les deux chambres qu'occupait le P. Mea? R. — Je ne sais pas s'il les occupait. Il s'y asseyait quelquefois. ,
Q. — N'est-ce pas une façon d'occuper des chambres? R. — Sî.
Q. — ^Voici maintenant un autre fait au sujet duquel je voudrais vous questionner. Vous m'avez dit qui était la Supérieure de la Maison. Et vous faites allusion à un garçon, à rorphelinat depuis son enfance, et qu'on aurait jeté à la porte sans souper et sans abri par une des plus froides nuits de février de l'année dernière. Etiez^ous là à cette époque? R. — Oui, j'y étais. C'était on février 1916.
Q. — Et pouvez-vous me dire le nom de ce garçon? R. — ^11 s'appelait Julius Hessler. Q. — Quel âge avait-il? R. — Il pouvait avoir quatorze ans.
Q. — ^Connaissez-vous les ciroons tances relatives à cet tocident? R. — Je le crois. Voudriez-vous les connaître?
Q. — Qui vous en a instruite? R. — Le garçon lui-même.
Q. — Et quand vous en a-t-il parlé? R. — Il m'en a parlé au moment où c'est arrivé.
Q. — Et c'est le garçon auquel vous faites^ allusion? R. — Parfaitement.
Q. — Vous dites qu'on l'a jeté dehors sans souper ©t sans abri? R. — Je n'ai pas dit qu'on l'a jeté. Je dis qu'on l'aurait jeté sans l'intervention de l'arctievêque.
Q. — Oh! je vois, on l'aurait jeté? R. — Oui, l'archevêque a intercédé en sa faveur.
Q. — ^Comment le savez- vous? R. — Le garçon m'a dit que M. Naylon alla trouver l'archevêque.
Q. — Qui? R. — M. Michael Naylon. .
Q. — Il travaillait alors pour ce monsieur? R. — ^Oui.
Q. — PoTirriez-vous me donner les noms de toutes les dames qui rendaient visite à l'établissement, des' dames: de Kingston qui y venaient quand vous y étiez? R. — Non, je ne le pourrais pas.
Q. — ^Vous parlez aussi de vagabonds qui s© trouvaient sur les lieux? R.Ouî.
Q. — Quels viagabonds ? R. — Des hommes qu'on recevait de temps ©n temps.
Q. — Des vagabonds ? R. — ^Ils n'avaient nulle part où aller, et on les gardait en passant, dans le sous-sol dont j'ai parlé.
Q. — Et des faibles d'esprit? R. — ^^Ceux-là étaient parmi les enfants.
Q. — ^Mais quels faiibles d'esî)rit? Vous avez dit des vagabonds et d©a adultes faibles d'esprit? R. — ^Non, j'ai dit que ces derniers étaient parmi les enfants.
Q. — Comprenez ma question. Dites-vous qu'on (gardait dans cet orphelinat des vagabonds et des adultes faibles d'esprit? R. — J© dis «qu'on gardait ces hommes parfois pendant des nuits, souvent ipendant des semaines. Me comprenez-vous maintenant?
Q. — Dites-vous qu'on gardait longtemps ces vagabonds? R. — ^J© le dis.
Q. — Dites-moi quand? Eh bien! en 1915^. pendant mon séjour, il y en avait quelquesi-uns.
Q. — ^En 1915? R. — Oui, en 1915. Quand j'y suis arrivée, il y en avait deux, deux Anglais. Quelque temps après mon arrivée à Ste. Marie-du-Lac, 11 y en avait deux qui s'adonnaient à la boisson, et une fois on dut appeler la police pour les faire partir.
Q. — Qu'est-ce qu'ils faisaient là? R. — Ma foi! ils travailaient quelquefois, quand ils étaient sobres, autour de la maison.
Q.— En 1915. N'est-ce pas? R.— Oui.
Q. — Avant ou après septembre? R. — ^1915.
Q. — Oui? R. — Je ne saurais le dire au just©.
Q. — Quelle situation étaient-ils supposés occuper? R. — Ils travaillaient dans le jardin et nettoyaient autour de la maison.
Q. — On les payait, n'est-ce pas? R. — Non, on ne les payait pas, on les nourrissait.
Q. — ^Ils travaillaient pour leur pension? R. — ^Oui,
Q. — Et ces individus, sont^ls les vagabonds ou les faibles d'esprit? R. — ^Ce sont les vagabonds.
Q. — Vous les appelez des vagabonds. Voyons maJintenant les adultes faibles d'esprit? R. — Il y en avait quelques-uns, des enfants, à l'orphelinat.
Q. — Je parle des adultes faibles d'esprit? R. — Il y avait de tels enfants à l'orphelinat.
Q. — Mais vous avez dit adultes? R. — C'était des adultes.
Q. — Vous ne voyez pas la relation; vous dites qu'on laissait des petits garçons seuls avec des vagabonds et des adultes imbéciles? R. — ^Oul.
Q. — Vous m'avez dit qui étaient les vagabonds, et je comprends mainteniant. A présent je voudrais savoir qui étaient les adultes imbéciles? R. — C'était des enfants qu'on amenait à rorphelinat.
Q — Des enfants? Alors ils n'étaient pas adultes? R. — Leur intelligence n'était pas développée.
Q — Mais ce n'était pas des enfants, c'était des adultes? R. — Je parle d'enfants trop jeunes pour aller à l'école.
Q.— Qu'entendez-vous par là? R. — J'entends les enfants au-dessous de six ans qu'on laissait vaguer dans ces couloirs souterrains et obscurs avec des adultes faibles d'esprit et des ivrognes.
Q. — Et ces adultes dont vous parlez étaient des enfants dont la mentalité, dites-vous, était défectueuse? R. — Oui, miais plus âgés.
Q. — Et combien étaient-ils? R.- — Ils étalent trois pour le moins.
Q.- — Savez-vous comment ils s'appelaient? R. — Je ne sais pas si je pourrais me les rappeler tous.
Q. — Vous en rappelez-vous quelques-uns? R. — Oui.
Q. — ^Et bien! citez-m'en un? R. — Bédard était l'un d'eux.
Q. — Quelle était sa maladie? R. — Ses facultés mentales n'éi;aient pas développées, et sa compagnie n'était pas ce qu'il fallait à ces enfants.
Q. — ^Savez-vous s'il est encore là? R. — Je ne pourrais vous le dire.
Q. — D'autres encore dont vous vous souvenez? R. — ^Oui, il y en avait deux autres, mais je ne peux me rappeler leurs noms.
Q. — ^Bien! Continuons maintenant la lecture de cette lettre. Vous dites plus loin: "Voici une magnifique propriété: on la met sous les soins d'une religieuse qui n'est pas plus intelligente qu'un enfant de trois ans." Quelle est cette religieuse? R. — Je parle de la Soeur Mary Annonciation qui en était la Supérieure.
Q. — Arrivons maintenant au système de chauffage. Btiez-vous là quand on se servait du chauffage à vapeur? R. — Non, je n'y étais pas.
Q. — Alors ce n'est que par ouï-dire que vous pouvez parler de son efficacité? R. — Par ouï-dire, pas autrement.
Q. — A quel contremaître protestant faites-vous allusion? R. — A M. Jamieson, de Kingston.» Il venait d'ici, mais il était contremaître au service de Frank McPherson.
Q. — Et c'est l'ihomme qui vous a renseignée? R. — Oui.
Q. — Pourriez-vous, s'il vous plait, me le décrire d'une ifaçon un peu plus détaillée? R. — M. Jamieson? Je jje sais pas trop. C'est la première fois que je le voyais. Il était de petite taille, avait les traits minces, portait, je crois, une moustache, ©t n'était pas très gros.
Q. — Vous dites qu'il avait les traits minces? R. — ^Oui.
Q. — Et de quel âge environ? R. — Ma foi! entre quarante et cinquante ans, je suppose. Je ne suis pas très bon juge en la matière.
Q. — Et vous ne l'avez vu qu'une fois, dites-vous? R. — Je l'ai vu plus d'une fois, mais cette fois-là, nou& nous sommes parlé.
Q. — Vous ne vous êtes parlé qu'une seule fois? R. — Je veux dire assez longtemps. Je lui ai parlé plusieurs fois, mais cette fois-là, j'ai eu avec lui une longue conversation.
Q. — Au sujet du système de chauffage, et c'est cette conversation dont vous avez donné les détails dans cette lettre? R. — Parfaitement.
Q. — ^Oes lettres que vous avez écrites vous ont-elles pris beaucoup de temps? R. — De quelles lettres parlez-vous?
Q. — De celles du 18 avril et du 8 mai 1916? R. — La première m'a peut-être pris une heure ou une heure et demie. Elle est longue et cela prend du temps d'écrire à la main.
Q. — ^^Où avez-vous écrit ces lettres? R. — Dans ma chambre, à Ste. Marie* du-Lac.
Q. — Avez-vous écrit l'une ou l'autre dans la chambre du P. Mea? R. — Non, monsieur.
Q. — Où était la machine à écrire? R. — Dans le burèau du P. Mea.
Q.— Qu'entendez-vous par "son bureau"? R. — La cliamibre où il avait rhabitude de s'asseoir et de lire.
Q.— ^Lui avez-vous soumis ces lettres? R. — De quelles lettres parlez-vous?
Q. — Des lettres du 18 avril 1916 et du 8 mai 1916? R. — je les lui ai montrées au moment de les envoyer.
Q. — Au moment de les envoyer? R. — Oui.
Q. — Y a-t-il fait quelques corrections? R, — Non.
Q. — Quelques changements? R. — Non.
Q. — Vous les avez envoyées telles quelles, mais vous les lui avez montrées auparavant? R. — Je les avais sur un brouillon, d'où je les ai copiées, et, au moment de les envoyer, je les ai montrées au P. Mea.
Q. — Et quand fut faite la copie ici déposée? R. — Laquelle voulez-vous dire?
Q. — La pièce maintenant isous les yeux du tribunal? R. — C'était une copie que j'avais écrite alors pour l'envoyer à rarchevêque. Mais comme il vint à Ste. Mafie-du-Lac et -annonça sa visite pastorale, je l'avais gardée. Comprenezvous ?
Q. — En avez-vous le brouillon? R. — ^Ma foi! je l'ignore. Si vous le voulez je le chercherai.
Q. — ^Alors, dites-vous, l'archevêque fit sa visite pastorale? R. — Oui. Q. — A la fin d'avril, n'est-ce pas? R. — ^11 la termina, je crois, le .30 avril 1916, le dimanche.
Q. — Et vous lui aviez auparavant envoyé ce,tte lettre du 18 avril? R. — Non, je ne la lui ai pas envoyée.
Q. — A la Mère Supérieure, veux-je dire? R. — Oui.
Q.— Vous la lui avez envoyée, à lui, antérieurement à la visite? R. — C'est à elle que je l'avais envoyée antérieurement à la visite.
Q. — Et alors l'archevêque vint et vous eûtes avec lui deux entrevues? R. — Je ne pense pas qu'on devrait dire deux entrevues, vu que l'une n'était que la continuation de l'autre.
Q. — Nous dirons donc en deux fois? R,^ — Parfaitement.
Q. — Et quelle fut la durée de l'entrevue la première fois? R.— Oh! elle fut courte, car l'heure n'était pas écoulée.
Q. — ^Vous rappelez-vous qui est .venu *après vous? R. — Je ne saurais le
dire.
Q. — Et cettîe première entrevue eut lieu, je croîs, un samedi? R. — Oui, un samedi soir.
Q. — Est-il venu quelqu'un après vous cette fois4à, ou l'archevêque est-il parti tout de suite après^ l'entrevue? R. — Il m'a laissé entendre qu'il retournait chez lui, mais je n'en -sais rien.
Q. — A la fin de votre entretien? R.^ — ^Oui.
Q. — Et ai-je tort de dire que cet entretien dura plus d'une heure? R. — Ce me semble. Je ne me figure pas qu'il ait duré si longtemps. ' Q. — Que vous figurez-vous? R. — Qu'il ne dura que quelques minute®.
Q. — Que voulez-vous dire? Qu'entendez-vous par quelques minutes? R. — Je veux dire que toutes' les Soeurs qui étaient entrées avant moi dans la chambre de l'archevêque m'ont dit en en sortant qu'il ne pouvait P'as attendre longtemps.
Q. — Cela n'a rien à faire ici, ce que d'autres vous ont dit. Pouvez-vous nous donner une idée du temps passé entre votre entrée dans la chambre et votre sortie? R. — Non.
Q. — S avez-vous quand se termina l'entrevue? R. — Je sais qu'il pouvait être environ cinq ou six heures. Je ne peux pas vous dire s'il voulait être au Palais à cinq heures ou à six.
Q. — Peu importe ce qu'il voulait. Dites-nous au juste quand se termina l'entretien? R. — Cela m'est "impossible.
Q. — Et le lendemain vou» fûtes la première à avoir un entretien avec lui? R. — En revenant, il dit, je crois, à la Soeur tourière. ...
Q. — Peu importe ce que vous croyez qu'il ait dit à quelqu'un? R. — On envoya la tourière me chercher.
Q. — J'ai demandé, avez-vous été la première? R. — Oui.
Q. — Et qui est venu après vous? R. — Je ne sais pas, mais d'habitude
Q. — "D'habitude "m'est égal. R. — Dimanche après midi.
Q. — Vous êtes la première le dimanche, et, cette fois-là comibien de temps ôtes-vous restée? R. — J'y suis restée une heure.
Q. — Et vous avez repassé tout au long ces points avec Sa Grandeur ? R. — Je suis entrée dans tous les détails.
Q. — Et l'avez-vous trouvé aussi bienveillant que par le passé? R. — Non.
Q. — Mais à la première visite, le isamedi? R. — Il m'écouta tranqullletnient • le premier jour. Nous ne sommes pas entrés dans les détails. Le lendemain il rejeta le blâme sur les novices qui travaillaient Ik.
Q. — Peu importe ce qu'il fit ou sur qui il rejeta le blâme. Je dis que vous lui avez tout raconté? R. — Oui, nous avons revu chaque paragraphe de cette lettre et les avons complètement examinés.
Q. — Et sans doute je ne me trompe pas en prétendant que vous n'avez rien laissé de côté? R. — Si, j'ai omis certains faits parce que l'archevêque n'a pas voulu m'écouter.
Q. — Je veux dire que, pendant votre récit, vous n'avez rien omis ? R. — Je n'en avais pas l'intention^.-
Q. — Et, n'est-ce pas, vous avez tout dit? R. — Il y a des faits dont je n'ai pas parlé.
Q. — Est-ce parce que vous n'eu avez pas eu le tçmps? R. — L'archevêque sémbla mécontent, et je n'ai pas pu continuer. -
Q. — Avez-vous cette fois-là informé sa Grandeur que vous vous proposiez d'en appeler à Rome? R. — Oui.
Q. — Et en avez-vous appelé à Rome? R. — Certainement.
Q. — Et votre affaire est encore en suspens à Rome? R. — Non, si javais eu des protections.
Q. — Vous dites qu'elle n'y est pas? Veuillez répondre à ma question. Y est-elle ou n'y est elle pas? R. — En ce qui me concerne c'en est fini avec Rome. J'aimerais l'expliquer au jury, si vous le permettez.
Q. — Certainement si vous le croyez nécessaire? R. — J'ai demandé à l'archevêque et au délégué apostoliçlue de me protéger dans mon couvent pendant qu'on s'occupait de mon affaire.
Q. — Ne pourriez-vous pas abréger et dire au jury aussi brièvement que possible, et sans entrer dans les détails préliminaires, pourquoi votre affaire est terminée avec Rome? R. — Pour la simple raison qu'on m'a jetée à la rue sans abri et sans un sou, et que le fait de m'adresser aux tribunaux civils, ce qui était mon seul recours, a clos mon affaire avec Rome, en ce qui me concerne personnellement.
Q. — Du fait, dites-vous, qu'on vous força de quitter la Maison de Belleville et de recourir aux tribunaux civils, vous concluez qu'eu ce qui vous concerne, c'en est fini de votre affaire avec Rome? R. — Oui
Q. — A-t-elle été retirée? R. — Je ne l'ai pas retirée, mais je ne pouvais pas rester dans la rue sans rien pour vivre.
Q. — ^Occupons-nous s'il vous plait, d'une seule Chose à la fois. A4-elle été retir^ée? • R. — Pour moi je ne l'ai pas retirée, mais le fait que je me suis adressée aux tribunaux civils en est l'annullation pour Rome.
Q. — Pourquoi? R.— Parce que j'ai demandé la protection des tribunaux civils.
Q. — 'Mais pourquoi votre cas serait-il annulé à Rome? Si je comprends bien, vous faites encore partie de l'Ordre? R. — Je crois que dans un sens vous»o auriez raison.
Q. — ^Vous en portez encore aujourd'hui le costume? R. — C'est vrai.
Q.— Et vous êtes encore membre de l'Ordre, et vous vous considérez comme telle? R. — Je le suppose.
Q. — Et d'une façon régulière? R. — ^Vous pourriez me regarder comme telle.
Q. — C'est ainsi que vous vous regardez. Je ne connais rien de tout cela, et craindrais de répondre, mais vous, c'est ^insi que vous vous considérez? R. — Etre membre de l'Ordre? Je ne pense pas l'être.
Q. — ^Vous ne vous regardez pas comme un membre de l'Ordre? R. — Non.
Q. — En êtes-vous comjplètement sortie? R. — C'est ce que je crois.
Q. — Et aussi de la Communauté? R. — C'est mon opinion.
Q. — Et c'est pourquoi Vous croyez que votre appel à Rome est retiré ou abandonné? R. — Je ne pense pas vous comprendre. Que voulez-vous dire?
Q. — Je Yais répéter vos paroles. Vous m'avez dit que vous ne vous regardiez pa^ comme faisant partie de la Communauté ou comme memibre de l'Ordre, et je vous demande si c'est la cause qui vous faJit croire que votre cas à Rome est retiré ou abandonné. R.— ^Non. .
Q. — Alors, pourquoi, s'il vous plait? Tout ce que je veux, c'est d'éclaircir la chose, et vous pouvez, j'en suis sûr, le faire en quelques minutes.
, Sa Seigneurie (le juge). — Il s'agit de savoir si vous l'avez retiré ou non, et pour quelle raison croyez-vous votre affaJire à Rome terminée, si vous appartenez encore à l'Ordre? R. — Les procédures qui s'ensuivirent m'ont portée à croire qu'il était inutile d'attendre une réponse de Rome. Je n'avais aucun moyen de subsistances pendant l'étude de mon affaire qui prendrait un an, deux ans peut-être, avant d'être réglée à Rome. En 'attendant je n'avais pas d'abri ni de quoi vivre. Je vivais de la charité.
M. McCarthy. — Permettez-moi de vous interrompre. Je ne vois pas ce qu'a à faire votre manière de vivre avec ce quOi nous voulons savoir, si votre aî)pel est encore devant la cour de Rome. R. — Je n© sais pas.
Q. — En tout cas, vous ne l'avez pas formellement retiré? R. — Je n'ai fait aucune démarche, ni pour ni contre,
Q. — Savez-vous si votre appel est parvenu à Rome? R. — Je sa>is qu'il y est parvenu parce que le P. Mulhall a commencé une enquête* à Belleville.
Q. — Et cette enquête du P. Mulhall vous porte à croire qu'elle résultait de votre appel à Rome? R. — C'est ainsi que je le comprends.
Q. — Votre appel était-il par écrit? R. — Il était écrit à la machine.
Q. — Et fut-il envoyé par la poste? R. — Certainement.
Q. — Mis par vous à la poste? R. — ^Non, pas par moi. ^
Q. — Par qui? R. — C'est le P. Mea qui l'a mis pour moi.
Q. — Fut-il recommandé? R. — Sans doute, il fut recommandé.
Q.— En avez-vous le reçu? R. — Non, je ne l'ai pas.
Q.- — Et le P. Mea? R. — Je ne crois pas que nous l'ayons gardé. J'en ai conservé d'autres.
Q. — Où a-'t-il été mis à la poste? R. — A Kingston.
Q. — A quelle date? R. — ^On a mis à la poste la première lettre le 13 septembre, le jour avant
Q. — C'est ce que le P. Mea vous a dit, n'est-çe pas? R. — Je sais que c'est la vérité.
Q. — Vous le savez parce qu'il vous l'a dit? R. — C'est ce jour4à qu'il l'a mis© à la poste.
Q. — Il vous a dit qu'il l'a mise? R. — J'ai vu le reçu du ibureau de poste.
■Q- — Le reçu de recommandation? R. — Le bulletin du bureau montrant qu'on l'avait mise à la poste ce jour-là.
Q. — A qui était-elle adressée? R.— Au cardinal Palconio, Préfet de la Congrégation des Ordres Religieux, à . Rome, Italie. C'était la première.
Q. — Et vous dites en avoir vu un reçu? R, — De sa mise à la poste? Oui.
Q. — C'est-à-dire le bulletin du bureau de poste, un reçu de lettre recommandée? R. — Oui, elle est partie avec les lettres recommandées.
Sa Seigneurie (le juge). — ^C'était le 13 septembre 1916? R. — Oui, Votre Seigneurie, 1916, le jour avant l'enlèvement.
M. McCarthy. — Et maintenant, vous ©tes donc restée jusqu'en octobre à Ste. Marie-du-Lac, et vous nous avez rapporté les incidents qui- eurent lieu le 13 septembre? R. — Parfaitem©nt.
Q. — Vous saviez, du reste, que la Supérôeure avait dans l'idée de vous placer dans un Sanatorium? R. — Je ne savais rien de sûr à ce sujet. Je croyais que, dans le but de me nuire et de me calomnier, elle disait que j'étais folle.
Q. — Ce n'est pas ce que je demande. Je dis que vous saviez que la Supérieure générale avait en 1915 l'idée de vous faire placer dans un Sanatorium? R. — Je ne le savais pas.
Q. — Il y avait eu des rumeurs à ce sujet? R. — J'en avais entendu parler. Voulez-vous me permettre de dire au jury et à la cour. .. .
Q. — Répondez, je vous prie, à ma question. Vous aurez ensuite tout le temps de parler. Vous connaissiez ce fait en 1915? R. — J'ai entendu quelques rumeurs en 1915 qu'on a démenties plus tard.
Q. — Qui vous en a parlé? R. — L'archevêque en a parlé au P. Mea et l'a chargé de me dire que je me ^^rouverais (quelque jour) dans un asile. Voilà comment, je l'ai su, et quand j'en ai fait part à l'archevêque, il a nié avoir jamais dit une chose semblable au P. Mea.
Q. — Quand vous l'avez demandé à rarchevêque? Que lui avez-vous demandé k l'archevêque? S'il avait dit que vous vous trouveriez dans un asile? R. — ^Oui, et il le nia en présence de témoins.
Q. — Il a nié l'avoir dit R. — Il l'a nié absolument. Ce fut la seule indication à mots couverts que j'aie reçue.
Q. — Vous avez écrit à l'archevêque à ce sujet? R. — Je lui ai écrit après que le P. Mea m'eût fait la commumcation, mais l'archevêque l'a démenti.
Q.— Par écrit? R. — Non, pas par écrit, mais verbalement. „
Q. — Où? R.— Chez Madame Daly, rue Earl, dans une conversation que nous eûmes ensemble en présence de cette dame.
Q. — Et quelle fut cette conversation? et comment fut donné le démenti à cette occasion? R. — Je lui ai dit que le P. Mea m'avait transmis son niessage.
Q. — Quand était-ce? R. — C'était en octobre 1915, entre le 12 et le 20 octobre. Il a nié, devant un témoin, avoir jamais parlé de me mettre dans un asile, ou même de m'avoir traitée de folle. C'était après que j'eusse écrit la lettre.
Q. — Parfaitement. Etait-ce en réponse à une lettre dans laquelle vous lui demandiez de venir vous voir? R. — C'était en réponse à une lettre, mais je ne crois pas lui avoir demandé de venir me voir.
Q. — Lui avez-vous écrit en septembre de cette année-là? R. — Au mois de septembre, oui.
Q. — Lui demandant de venir vous voir à Ste. Marie-du-Lac ? R. — Ma foi, je ne pense pas lui avoir demandé exactement de venir me voir. Je n'ai pas gardé de copie de la note, mais il me semible que je demandais l'explication de la manière extraordinaire dont on me traitait.
Q. — Et cette conversation, dites-vous, eut lieu en présence de madame Daly? R.— Oui.
Q. — Maintenant donc, à la suggestion de qui êtes-vous allée à Belleville? R. — L'archevêque en envoya l'avis par le P. Mea.
Q. — A cette époque, le P. Mea avait-il eu une entrevue avec l'archevêque • à votre sujet? R. — Je voulais m'en aller et poursuivre au civil.
Q. — Ne pourriezrvous pas répondre à ma question, puis donner toutes les explications. Le P. Mea a-t41 eu, à votre demande, une entrevue avec l'archevêque? R. — Je ne crois pasi que ce fut une demande de ma part. Le P. Mea informa l'archevêque de mes intentions.
Q. — Voulez-vous répondre uniquement à la question? Avez-vous, ou n'avezvous pas, prié le P. Mea d'avoir en votre nom une entrevue avec l'archevêque dans le but de vous faire aller à Belleville? R. — Il se ipeut. Je n'en -ai pas souvenir.
Q. — Pourquoi avez-vous choisi Belleville? R.— Je préférais Belleville, mais je ne l'ai pas choisi, au sens exact du mot.
Q. — L'avez-vous suggéré? R. — Je ne le pense pas, j'aimais Belleville parce que la Mère Gabriel y était.
Q. — C'était une des raisons qui vous portait à aller à Belleville? R. — Oui, parce que je craignais^ de me fier à quelque autre.
Q. — Vous avez donc suggéré et choisi Belleville comme étant la plaee où TOUS voudriez aller? R. — Je ne pense pas avoir dit que je voulais aller quelque part.
Q. — Vous avez .dit que vous aviez peur d'aller dans d'autres établissements ? R. — J'avais peur de rester dans la Congrégation. Je voulais m'en aller ef inteirter une action civile à la Communauté pour l'affaire du 14 septembre.
Q. — ^Vous vouliez donc partir? R. — Certainement.
Q. — Et, au lieu de partir, vous êtes allée à Belleville, n'est-ce pas? Mais revenons à ma question. C'est Belleville qui avait toutes vos préférences et que vous aviez choisi? R. — Je voulais n'aller nulle part, car je pressentais qu'on me traiterait de la même façon dans toutes les Maisons de la Congrégation.
Q. — Comment Vous a-t-on conseillé d'aller à Bellevîlle? R. — C'est le P. Mea qui m'a conseillé d'y aller. Il croyait que les tribunaux ecclésiastiques me rendraient justice.
Q. — A cette époque le P. Mea agissait-il en conseiller auprès de vous? R. — Oui.
Q. — Quand l'aviez-vous choisi comme conseiller? R. — Je lui ai demandé d'agir comme tel auprès de moi le lendemain de l'enlèvement.
Q. — C'est le lendemain de l'enlèvement que vous lui avez demandé de vous servir de Conseil, et avez transmis son nom à Rome, dans votre pétition? Je ne veux que savoir si vous avez informé Rome que vous aviez choisi le P. Mea comme votre conseil? R. — Pas dans le premier document.
Q. — Répondez à ma question, s'il vous plait. Avez-vous, à un moment quelconque, informé Rome de votre choix du P. Mea comme Conseil? R. — -Je l'ai fait plus tard.
Q. — Mais le 15 septembre, vous l'avez choisi comme tel? R. — Oui, après l'enlèvement, oui. C'était mon droit de faire choix d'un Oonse:il.
Q. — Et alors, n'est-ce pas, vous êtes allée le 24 octobre à Belleville? R. — Oui.
Q. — Et vous dites que le calme et la tranquillité y régnèrent jusqu'en février? R. — ^Oui. -
Q. — Vous rappelez-vous la fois où le P. Mea vint faire une visite à Belleville, le 7 ou le 10 novembre de cetté année-là? R. — A propte de quoi?
Q. — Je vous demande si vous vous rappelez? R. — Oui, je me souviens qu'il y vint.
Q. — Et alors, n'est-ce pas, vous êtes allée le 24 octobre à Belleville? R. — Oui.
Q. — Si je suis bien renseigné, le couvent de Belleville est petit? R. — Oui.
Q. — Et le P. Mea y vint et demeura trois ou quatre jours et autant de nuits? R. — A rinvitation de la Supérfeure de l'établissement.
Q.— Veuillez ne répondre qu'à ma question. Oui ou non? R.— Oui.
Q. — A l'invitation de qui? R. — De la Supérieure, Mary Gabriel.
Q. — il y demeura trois ou quatre jours, n'est-ce pas? R. — Environs trois jours, je crois.
Q. — Puis, me semble^-Jil, on le pria de s'en aller? R. — ^Oh! non. Q. — Dites-vous non ou que vous l'ignorez? R. — Qu'on le pria de s'en aller? Non.
Q. — Dites-vous, non? R. — Qu'on le pria de s'en aller? Q. — C'est ce que j'ai dit? R. — ^^Oh! non.
Q- — Vous niez absolument? R. — Autant que je puisse savoir. Q. — Alors savez-vous ou ne savez-vous pas? R. — Si c'était le cas, je le saurais.
Q. — Le fait suivant rafraîchira peut-être votre mémoire. Le curé présenta des objections, sur quoi la Supérieure locale pria le P. Mea de quitter la maison? R. — Je ne connaissais rien de tout cela. C'est au P. Mea lui-même de répondre à cela.
Q. — ^On m'a dit que son départ vous avait fait beaucoup de peiue? R. — Je ne pense pas en avoir eu plus que d'habitude. ^
Q. — Je n'ai pas dit cela. C'est très possible. Ce que je vous si demandé, et ce qu'on m'a dit, c'est-que vous aviez été très affectée de son départ? R. — Je ne le crois pas. Je me rappelle avoir dit à cette occasion au P. Mea que ce serait folie de ma part d'essayer.
Q- — Peu importe ce que vous lui avez dit. Je vous demande si vous avez été très affectée de son départ? R. — Pas que je sache.
Q. — Pas que vous sachiez? R. — Non.
Q- — On me dit qui vous avez fondu en larmes, que vous n'avez cessé de pleurer et que vous n'avez pas quitté votre chambre de huit jours? R.— C'est un mensonge. Q. — C'est un mensonge? R.— Oui.
Q. — Rien de semblable n'est arrivée? R. — Non. Q. — Absolument rien? R.— Non.
Q. — ^Vous n'avez pas du tout été affectée? R. — ^A ce moment?
Q- — Au moment dont nous parlons. A l'heure présente, il n'y en a pas d'autre? R. — Je suppose que je me tourmentais de ma condition dans la Communauté.
Q. — Je ne vous parle pas de votre condition? R. — Au sujet du départ de Belleville du P. Mea? Oh! non.
Q. — Ainsi vous n'avez pas été si affectée alors que dans» d'autres occasions? R. — De son départ?
Q. — Oui. R, — Cela ne m'a rien fait. Je savais qu'il n'était pas venu pour rester.
Q. — Et des difficultés, dit-'on, s'élevèrent peu après là-bas entre vous et les autres religieuses? R. — Je ne pense pas.
Q. — On dit aussi qu'il y régnait un état continuel d'inquiétude et de contrariétés tant que vous y êtes restée? R. — Je ne crois pas. Presque toutes les religieuses on été de temps en temps malades et je les ai soignées.
Q. — Et maintenant, vous rappelez-vous un autre incident qui survint vers Noël et vous mit encore, pour parler familièrement, dans le pétrin avec les autres religieuses? Vous rappelez-vous l'incident de la pendule? R. — Non, je n'ai rien dit. Il n'y a rien eu avec les Soeurs. Je me rappelle que la veille de Noël, nous parlions de quelque chose, Soeur Mary Justina et moi, et la Soeur Mary Zita en fut offensée, mais on n'avait pas l'intention d'offenser qui que ce soit.
Q. — Et ce fut cette remarque involontaire faite par vous la veille de Noël qui scandalisa? R. — J'ai appris que la Soeur Mary Zita en fut choquée. -
Q. — Venons-en maintenant à l'incident des lettres. Je comprends que, lorsqu'il eut lieu, à l'arrivée des lettres, les soeurs étaient à déjeuner? R. — Quand? Que voulez-vous dire?
Q. — C'est de Belleville dont nous parlons. R. — C'était apr^ déjeuner. J'avais fini et quitté le réfectoire.
Q. — Je comprends que vous avez quitté la salle à manger et êtes allée directement à la porte d'entrée? R. — Non, j'avais la vadrouille (mop) à la main.
Q. — J'ignore si vous aviez la vadrouille à la main ou non. Vous pouvez même l'avoir eue à la main pendant le déjeuner, cela m'est égal. Avez-vous quitté le réfectoire et êtes-vous allée directement à la porte? R. — Non, pas du tout.
Q. — Au bout de combien de temps? R. — Cinq minutes peut-être.
Q. — Ou une minute? R. — Cinq minutes au moins. Je suis montée dans ma chambre et j'en suis descendue.
Q. — Et c'est bien vrai que vous avez pris les lettres au facteur? R. — Il me les a données.
Q. — Et vous les avez prises? R. — Oui, et je les ai jetées dans la boîte à l'entrée.
Q. — Vous les y avez jetées en présence de la Supérieure locale? R. — Non, elles y étaient à son arrivée,
Q. — Etes-vous sûre qu'elle ne vous ait pas vue les jeter dans la boîte? R. — Non, je ne le pense pas,
Q. — Et vous i^ous avez dit qu'à cette occasion elle vous -prit par le bras et vous ordonna d'aller dans votre chambre, ce que vous avez refusé de faire? R. — Jusqu'à ce que j'aie eu une explication. J'y suis allée tout de même.
Q. — Et c'est l'attitude que vous avez toujours eue, n'est-ce pas? Chaque fois qu'on vous ordonnait de faire quelque chose, vous vouliez une explication et ne faisiez rien avant de l'avoir eue? R. — Non. Mais pour un traitement extraordinaire tel que celui-ci, il me fallait certainement une explication.
Q. — Mais je veux dire que ç'a été votre attitude quant à d'autres faits que vous jugiez extraordinaires? R. — Non, mais cet ordre, je l'ai trouvé étonnant au possible.
Q. — C'est entendu. Mais je dis que, à propos d'autres sujets que, dans votre opinion, vous jugiez étonnants, ç'a été votre attitude auprès des Supérieures locales et de la Supérieure générale? R. — Non.
Q. — Vous n'avez jamais auparavant discuté leur autorité? R. — Non, mais si je recevais un ordre aussi surprenant que celui-là, je demanderais certainement une explication.
Q. — C'est la troisième fois que vous le dites. Je voudrais maintenant m'occuper d'autre chose. N'avez-vous jamais auparavant, et de quelque façon que ce soit, discuté l'autorité de l'une quelconque des Supérieures locales ou de la Supérieure générale? R. — Elles ne m'ont jamais dit de faire une chose semblable.
Q. — Je n'ai pas dit cela. Veuillez répondre à ma question. Avez-vous jamais discuté leur autorité au sujet d'ordres ou d'injonctions qu'elles vous auraient jadis donnés? R. — Je n'ai souvenir d'aucun.
Q. — Jureriez-vous que cela n'est jamais arrivé? R. — ^Certainement non. Vingt neuf ans, vous savez, c'est long.
Q. — Eh bien! Soeur Basil, mettons dans les trois dernières années. Disons depuis janvier 1914. Que dites-vous là-dessus? R. — De quel incident parlezvous ?
Q. — Je vous ai demandé si, en dehors de l'ordre à vous' donné à Belleville, et dont nous nous occupons à présent, vous avez jamais discuté un ordre ou des instructions que vous donnait une Supérieure locale ou la Supérieure générale à propos de devoirs qu'on vous demandait de remplir, et se rapportant à l'établissement? R. — Je ne crois pas que les Supérieures locales m'aient jamais donné des ordres.
Q. — Alors, si elles ne l'ont pas fait, vous ne pouviez guère les discuter? R. — A Smith's Falls, jamais la Supérieure locale ne m'a donné d'ordres.
Q. — Et à Ste. Marie-du-Lac? R. — Je me rappelle qu'à Ste. Marie^du-Lac j'ai demandé plusieurs fois à travailler. Enfin la Supérieure locale me dit que la Supérieure générale m'avait chargée de faire la couture du hlanc pour les ^ religieuses. Or, du reste, la couture du blanc pour les religieuses n'existant pas, il n'y avait donc rien à faire. "Quelle couture avez-vous à faire?" demandai-je à la Supérieure locale. "Il y a des bandes," dit-elle. "Où sont-elles?" repris-je. "Nous allons faire venir l'étoffe," répondit-elle. "Quand vous la recevrez, répliquai-je, procurez-vous une machine." Mais je n'en al jamais rien vu.
Q. — Quand était-ce? R. — Quelque temps en 1915, en été.
Q. — Et c'est le seul ordre que vous vous rappelez avoir reçu et que vous ayez discuté en quelque façon? R. — Je n'ai pas que je sache reçu d'ordre de la Supérieure.
Q. — C'est le seul que vous vous rappelez depuis janvier 1914 avoir en quelque sorte discuté? R. — C'est le seul.
Q. — Vous avez 'parlé à mon savant ami d'un incident où il y eut apparemment un échange de coups. Vous étiez alors à Belleville. Avec qui donc? R. — Ce fut avec la Soeur Mary Justina, ma meilleure amie de Belleville.
Q. — Vous rappelez-vous avoir raconté, à la Soeur Mary Justina l'affaire de l'enlèvement? R. — Oui.
Q. — Lui avez-vous dit exactement ce qui s'est passé à cette occasion? R. — Oui, comme je l'ai fait ici devant le tribunal et le jury.
Q. — Lui avez-vous exactement rapporté ce qui s'est passé, oui, on non? R. — Parfaitement.
Q. — Lui avez-vous dit ce que, ce soir là, vous aviez sur vous quand l'agent de police est entré dans votre chambre? R. — Certainement.
Q. — Lui avez-vous dit la vérité? R. — Sans doute, comme je l'ai dite au jury.
Q. — C'est qu'il y a quelque différence; mais vous dites que vous lui avez raconté ce qui s'est passé alors? R. — Oui, j'ai dit à la Soeur Mary Justina ce que j'avais sur moi.
Q. — Cette fois4à lui avez-vous dit que vous veniez d'ôter votre costume, et que, une serviette et une éponge à la main, vous vous prépariez à aller au lavabo avant de vous coucher? R. — ^Non, je n'ai jamais' dit cela à qui que ce soit.
Q. — Peu importe qui que ce soit. L'avez-vous dit à Soeur Justina? R. — J'ai pu lui dire que je me proposais d'aller ensuite aTi lavabo.
Q. — Vous avez entendu ma question? R. — Je ne l'ai jamais dit à la soeur Mary Justina.
Q. — Revenons maintenant à cette petite difficulté entre vous et la soeur Mary Justina: où rincident eut-il lieu? R. — A Belleville, dans la cuisine.
Q. — Et quelle en fut la cause? R. — Je suis allée à la cuisine pour demander à Soeur Justina. .. .nous étions seules à la maison. La soeur G-abriel avait, la semaine précédente, gardé les lettres à mou Conseil à qui j'avais écrit trois lettres qu'il n'avait pas reçues, ce que j'avais découvert par une lettre que j'avais reçue de lui le lundi.
Q. — ^Cela a-t-il quelque chose à faire avec la circonstance? R. — Mais oui, je suis en train de l'expliquer. Ce matin4à j'étaiS' allée trouver la soeur Mary Gabriel et lui avais demandé mes lettres destinées à mon Conseil, puisqu'elle ne jugeait pas à propos de les lui envoyer.
Q. — Vous les aviez demandées à la soeur Mary Justina? R. — Non, à la soeur Mary Gabriel.
Q. — ^Mais c'est de Soeur Mary Justina que je m'enquiers? R. — J'y arrive. Elle me dit: "Je n'ai point de lettres à vous, je les ai mises à la poste." "Ce ne peut donc être que tout récemment," répliquai-je. "Mais voyons si c'est exact ou non." Or, Mary Gabriel savait bien que le seul moyen de le savoir, c'était de téléphoner au P. Mea. J'allai vers huit heures et demie au téléphone, mais le central m'informa que cela prendrait quelque temps.
.Q. — Peu inporte ce que le Central a dit. Ses paroles ne font pas foi, vous le savez? R. — J'allai donc trouver la soeur Mary Justina, et je lui dis: "Si l'on me demande au téléphone, voudrez-vous me prévenir? Je serai à la chapelle." "Je ne veux avoir, répondit-elle, rien à faire avec vous ou avec le "phone." "Mais, répliquai-je, si je vous le demande, ma Soeur, c'est simplement parce que je vous ai entendue y répondre hier." Il n'y avait personne d'autre dans la , maison. Elle ne me laissa pas finir; elle leva la main et me frappa à la figure.
Q. — ^Elle ne vous laissa pas achever? R. — Je dis: "Si ye vous le demande." C'est je crois tout ce que j'ai pu dire. "Si je vous le demande, c'est que je vous ai entendue y répondre hier."
Q. — ^Est-ce tout ce qui arriva à cette occasion? R. — C'est tout.
Q.— Absolument tout? R.— Cette fois-là?
Q. — Je parle de cette fois là. Vous le jurez? R. — C'était entre huit et neuf heures.
Q. — Vous jurez que c'est tout ce qui se passa? R. — A ce sujet, oui.
Q. — Et alors, que dites-vous qui vous arriva? R. — Elle me frappa de son poing à la figure de deux coups rapides et successifs.
Q. — Et vous n'avez rien fait? R. — Non, j'étais trop surprise.
Q. — Cette fois elle avait pris les devants sur vous. Et quelles blessures dites-vous avoir reçues? R. — J'ai eu la figure couverte de noirs, le support de mon dentier fut brisé, et deux dents en furent détachées. (Elle les montre).
Q. — Et vous êtes allée chez le dentiste? R. — Non.
Q. — Et vous avez vu le docteur? R. — On ne m'aurait pas permis d'en voir un.
Q. — Mais l'avez-vous vu? R. — Non.
Q. — A quelle époque avant votre départ l'affaire àrriva-t-elle ? R. — ^En mars, je crois, en avril peut-être. J'en ai les dates. Il me semble que ce fut vers la fin de mars. Il y a dans le dossier quelques lettres qui pourraient l'établir.
Q. — On me dit qu'en maintes occasions' vous vous êtes' montrée très désagréable envers les religieuses des différentes Maisons par où vous avez passé, Brockville, Smith's Falls, Kingston et Belleville, que vous alliez même jusqu'à leur montrer le poing et les menacer? R. — Je ne me j'appelle pas l'avoir jamais fait.
Q. — Voulez-vous dire que vous ne l'avez jamais fait? R. — ^Certainement. Je n'ai jamais, que je sache, montré le poing à l'une quelconque des religieuses.
Q. — Et vous n'avez jamais proféré de menaces contre elles, ou à l'égard de la Supérieure générale? R. — Que voulez-vous dire?
Q.. — ^Rien que ce que je dis. R. — Profère des menaces? Je ne sais pas que je pouvais menacer la Supérieure générale en quoi que ce soit.
Q. — De poursuites devant les tribunaux, ou de quelque chose de ce genre? R. — Oh! certainement, j'ai dit que j'intenterais un^ procès.
Q. — Ou d'essayer de lui faire du tort en ce qui regarde les tribunaux ecclésiastiques? R. — Non, je n'ai pas eu rintention de lui faire du tort.
Q. — Ce n'est pas ce que je vous ai demandé. En avez-V'Ous fait la menace? Oh! non, je n'avais pas rintention de lui faire du tort.
Q. — Je n'ai pas dit que vous en aviez l'intention. Avez-vous jamais prononcé devant quelqu'un des paroles qui pourraient passer pour des menaces au sujet des démarches que vous vouliez faire auprès des tribunaux ecclésiastiqués? R. — J'ai dit que j'avais mis ma cause entre les mains des tribunaux ecclésiastiques, et que les autoritées ecclésiastiques la puniraient certainement, si cette affaire était jugée en toute équité.
SECOND INTERROGATOIRE PAR MR. TILLEY
Q. — A quel moment, Soeur Basil, eurent lieu de telles conversations annonçant l'envoi de votre plainte à. Rome, et une punition certaine pour la Supérieure, si on s'occupait là^bas de votre cause? R. — Après l'enlèvement.
Q. — Pas avant, n'est-ce pas? R. — Oh! non, pas avant.
Q. — Mon ami vous a questionnée sur l'incident Soeur Justina. Etiez-vous là quand la Soeur Gabriel revint à la Maison? En était-elle absente à ce moment? R. — Elle était absente au moment de Tincident.
Q. — Et à son retour étiez-vous là? R. — J'étais en haut, dans ma chambre, au-dessus du réfectoire.
Q. — Savez-vous si Soeur Gabriel et Soeur Justina se sont trouvées ensemble? R. — J'ai connu l'arrivée de la Soeur Gabriel, car je l'ai entendue rire.
Q. — De quoi, savez-vons? R. — Je ne saurais dire, j'étais en haut.
Q. — ^Vous en ignorez la cause, mais vous les avez entendues rire? R. — J'ai entendu Mary Gabriel rire à gorge déployée.
Q. — Savez-vous si la Soeur Justina était alors avec elle? R. — Il n'y avait pas d'autre religieuse à ce moment dans la maison.
Q.— Vous avez dit avoir la figure couverte de noirs. Ces noirs sonit-ils restés longtemps? R. — Oh! oui.
B. — Combien de temps à peu près? R. — Le P. Mulliall revint à Belleville le 16 avril
Q. — ^En 1917, je présume? R. — Oui, en 1917. Et j'avais encore des marques autour des yeux, surtout autour de l'oeil gauche.
Q. — Et à quelle époque croyez-vous que c'est arrivé? R. — Vers la fin de mars. Je ne suis pas sûre de la date pour l'instant, mais je vous la retrouverai.
Q. — C'est la date que vous jugez la plus probable? R.— Oui.
Q. — Y eut-il effusion de sang? R. — J'ai beaucoup, saigné. Le sang me jaillit du nez et se répandit dans la cuisine. Il fut, je suppose, essuyé par la soeur Mary Justina. Il y en avait des traces jusqu'à ma chambre.
Q. — Avez-vous jamais appris qu'on ait réprimandé Soeur Justina au sujet de cet incident? R. — Non.
Q. — Mon ami a remonté jusqu'à l'année 1895 et vous a demandé compté dô tous les faits survenus depuis 1895 jusqu'à présent, en omettant toutefois l'affaire du 14 septembre. Je voudrais maintenant vous poser une question. A la page 42 du livre de vos Statuts, je lis ce qui suit: "Dams le cas d'une religieuse manifestement incorrigible, on procédera de la manière suivante: D'abord la Supérieure générale ordonnera qu'on dise des prières dans toutes les Maisons de l'Ordre afin d'obtenir un changement dans la conduite de cette
religieuse, sans toutefois dévoiler ridentité de la coupable et aussi
d'autres clauses qu'il n'est pas nécessaires de mentionner ici, tout cela vous est bien connu? R. — Oui.
Q. — Dans votre cas, a-t^on procédé de cette façon? R. — Non, absolument
non.
Q.— Vous a-t^on jamais, au cours d'une si longue période, fait un procès ou quelque chose d'équivalent? A. — Non, jamais.
Q. — Ou a-t-on examiné vos plaintes? R. — Jamais.
M. Mctîarthy. — ^Cette question n'est-elle pas plutôt insinuante?
Sa Seigneurie (le juge). — A proprement parler, c'est de fait une question dominante.
Q. — Remontant à 1902, on vous demanda d'aller pour la retraite, à la Maison Mère de Kingston, et c'est, avez-vous dit, la soeur Scholastic qui vous y envoya?
R. — J'y fus, je crois envoyée de Brockville. Non, on m'envoya, me semble-il, de Kingston à Brockville en 1902, et c'est en 1903 que je revins pour la retraite, et je suis restée à la Maison. On m'a dit de soigner la soeur Mary Rosalie qui se mourait de consomption.
Q. — Mais on vous a demandé si c'était sur votre demande que vous vous déplaciez d'un endroit à un aijtre? R. — ^Non, je ne le demandais pas.
Q. — Déplace-t-(on les religieuses d'un endroit à un autre? R. — Oh! c'est toùt-à-fait ordinaire. La Supérieure générale peut nous déplacer comme elle veut.
Q. — Ainsi vous avez donné lesi dépliàcements qui vous ont été imposés de temps en temps, mais les autres religieuses n'en étaient pas exemptes? R. — Oh! non. Mais on ne m'a jamais donné la raison de mes déplacements, sauf en 1903, à mon arrivé de Brockville. La Soeur Mary Rosalia qui se mourait de consomption, pria la soeur Scholastic de me demander de la soigner. Ce fut la seule explication ou la seule raison qu'o'n me donna pour m'avo'ir déplacée. D'habitude on n'en donne pas.
Q. — Vous dites qu'on n'en donne pas d'habitude? R. — Oui.
Q. — On vous a demandé d'aller dans l'ouest, à Daysland? R. — Oui.
Q. — Où vous êtes allée, dites-vous, en 1913? R. — C'est exact.
Q. — Fut-ce avant ou après l'élection de la Mère Régis comme Supérieure générale? R. — Ce fut une couple de semaines après la première élection de la Mère Régis.
Q. — C'est donc quinze jours après son élection qu'on vous envoya par ordre à Daysland? R. — Oui.
Q. — Où est-ce? R. — ^C'est dans la Province d'Alberta, dans l'Ouest canadien.
Q. — Il me semble que vous avez dit avoir présenté quelques objections au sujet de votre départ? R. — En effet je les ai fait connaître.
Sa Seigneurie (le juge). — A quoi bon cela? Elle y est allée dans la suite.
M. Tilley. — Sans doute, mais mon savant ami semble avoir tenu à ce îalt.
La Demanderesse. — J'en ai déclaré les raisons dans ma lettre à Rome qu'on n'a pas lue ici.
Q. — La lettre est à Rome, nous ne pouvons donc pas la lire? R. — ^C'était au sujet d'un incident qui se passa à Daysland.
Q. — C'est parfait, mais nous n'en parlerons pas. Plus tard, dites-vous, la Mère Régis arriva à Daysland? R. — ^Oui.
Q. — Et quelles furent vos relations avec elle à son arrivée là-bas? R.— Quand elle arriva, je fis sa rencontre dans le vestibule. "Bonjour," lui dis-je, et c'est, je crois, la seule fois que je. lui aie parlé jusqu'au moment où elle me dit de retourner à Kingston.
Q. — Elle vous ordonna de retourner à Kingston? R. — Oui.
Q. — Et ce fut votre seule conversation avec elle? R. — Le seule, oui.
Q. — Une religieuse revint avec vous? R. — Oui, Soeur Mary Patrick.
Q. — Mon savant ami vous a demandé dans quelles circonstances vous aviez quitté Daysland. Vous a,-t-on fait part de quelque plainte? R. — Non. Quand, après mon retour, je vis l'archevêque, je lui ai demandé ce qu'avait la Supérieure générale contre moi, et il me dit qu'elle n'avait rien. "Qu-ai-donc fait, Monseigneur? demandai-je; en quoi ai-je eu tort?" "Non, répondit-il, personne n'a rien à vous reprocher." Et, dans plusieurs occasions, l'archevêque répéta que la Supérieure générale n'avait rien contre moi.
Q. — Depuis votre retour de Daysland, quelle- a été l'attitude de la Mère générale à votre égard? R. — De faire fi de moi dans la Communauté.
Q. — On vous a interrogée sur des faits arrivés en 1914 et 1915, on a produit quelques lettres, et mon ami a parlé de celle du 15 janvier 1914 comme étant une demande de dispense, mais vous avez dit que ce n'en était pas une? R. — Non, cé n'en était pas une.
Q. — Permettez-moi de lire cette lettre: "Je vous demande respectueusement de me dispenser de mes voeux. Je suis trop malheureuse ici." Pourquoi ditesvous que ce n'est pas une demande de dispense? R. — Tout simplement parce que l'archevêque ne peut me dispenser de mes voeux sans d'abord en référer k Rome. Si Rome donne son consentement, l'archevêque, alors, peut me dispenser des voeux de pauvreté et d'obéissance, mais Rome seule peut me dis-
penser du voeu de chasteté. Tout ce que je voulais de rarchevêque, c'est qu'il me dise: "Adressez-moi votre requête et je l'enverrai à Rome." Dans cette demande de dispense, il me fallait déclarer pourquoi j'étais malheureuse et les raisons de ma demande. On aurait envoyé cette déclaration, signée de moi, à la Congrégation des Affaires Religieuses qui aurait probablement fait une enquête puisque je décrivais, dans ma demande la façon dont me traitait la Communauté. Mais, évidemment, l'archevêque ne voulait pas.
Q. — Peu importe ce qu'il voulait. Vous dites que pour faire une demande en règle pour être dispensée de vos voeux, il vous faudrait en donner les raisons et les envoyer à Rome? R. — Oui.
Q. — Et qu'il en résulterait une enquête? R. — Certainement.
Q. — Et c'est ce que vous cherchiez? R. — Sans doute.
M. McCarthy.— En 1914.
Q. — Mon ami vous a parlé du dactylographe. Il vous a demandé où vous aviez écrit ces lettres d'avril et de mai, l'une à la Mère supérieure et l'autre à l'archevêque. Vous vous rappelez ces lettres? R. — Oui.
Q. — Et vous avez dit les avoir écrites vous-même? R. — Oui, dans ma chambre.
Q. — Il vous a demandé ensuite où était ce dactylographe, et vous avez répondu qu'il était dans le bureau du P. Mea? R. — Oui, quand nous ravon:s eu.
Q. — Y était-il au moment où vous écriviez ces lettres en avril et en mai? R.— Oh! non.
Q. — Il n'y était pas jusqu'à l'époque dont vous nous avez parlé plus tard? R. — Non, je l'ai emprunté plus tard.
Q. — Avez-vous pu penser au nom de cette novice à laquelle vous avez fait allusion. Je suppose que l'Ordre doit avoir le nom des religieuses qui sont actuellement à Moose Jaw? R. — Oui.
Q. — Et que vous pourriez le reconnaître en jetant les yeux sur la liste? R. — Certainement.
Q, — Pour l'instant il ne vous revient pas à la mémoire? R. — Non.
Q. — Un mot ou deux maintenant au sujet de la pièce No. 14. Vous produisez une copie de votre lettre en date du 18 avril et adressée à la Mère Régis. Est-elle écrite de votre main? R. — Parfaitement.
Q.— Pourquoi avez-vous fait cette copie? R. — Pour l'envoyer à l'archevêque.
Q. — Et pourquoi ne la lui avez-vous pas envoyée? R. — Parce qu'avant que je l'aie misé à la poste, l'archevêque est venu à Ste. Marie-du-Lac et a annoncé sa visite pastorale.
Q. — Et vous saviez que vous le verriez lors de cette visite? R. — Oui.
Q, — Ainsi donc vous ne l'avez pas mise à la poste? R. — Non.
Q. — Qu'en avez-vous fait par la suite? R.-^Je l'ai gardée.
Q. — Jusqu'à quand? R. — Jusqu'à mon départ pour Belleville.
Q.— C'était en 1917? R.— Non, en 1916.
Q. — A quelle époque? R. — Peu de temps après mon arrivée là-bas. Q. — En novembre? R. — Oui, c'est-cela, en novembre.
Q. — Qu' arriva- t-il ensuite? Que fîtes- vous de la letttre? R. — La soeur Gabriel me demanda de la lui laisser lire.
Q. — La soeur Gabriel était la Supérieure? R-. — Oui.
Q. — Elle vous demanda de la lui laisser lire? R. — ^Oui, et je la lui ai donnée à lire. Puis elle me pria de la lui confier pour qu'elle l'envoyât à sa soeur, Soeur St. Thomas, à Kingston. Cette dernière pourrait ainsi se rendre compte de tout le bien que ces plaintes....
M. McCarthy. — Je m'oppose à ces détails.
Q. — Elle voulait que vous la lui donniez pour l'envoyer à sa soeur? R.— Oui.
Q. — Et cette enveloppe est celle qui a servi à sa réexpédition? R. — Oui, quand elle fut renvoyée à Belleville.
Q. — Par la soeur de Soeur Mary Gabriel? R. — Oui.
M. Tilley.— Le timbre de la poste indique la date du 28 décembre 1916.
Q. — Mon savant confrère vous a ensuite interrogée au sujet de la lettre écrite par vous à l'archevêque.
M. Tilley. — Voulez-vous me montrer la lettre à l'archevêque du 8 septembre 1915, et aussi celle du 8 juillet?
M. McCartliy. — N'aurait-on pas dû parler de cela dans rinterrogatoire principal.
Sa Seigneurie (le juge). — ^On ne devrait pas, ce me semble, recommencer l'interrogatoire.
M. Tilley. — Je ne le recommence pas. Mon ami a touché à des faits survenus en 1914.
Sa Seigneurie (le juge). — Selon moi, vous demandez des lettres qu'on n'a pas fournies dans le contre-interrogatoire.
M. Tilley. — Je demande des lettres qu'on n'a pas fournies, bien qu'on y ait fait allusion. Je tiens à les produire.
Sa Seigneurie (le juge). — Mais, pour les produire, il faut savoir à quels faits elles font allusion.
M. Tilley. — Sans aucun doute il m'est permis de revenir, dans cet interrogatoire, sur tout fait quelconque dont mon ami a parlé. En conduisant son interrogatoire mon ami a remonté jusqu'en 1914 et 1915. C'est par l'année 1916 que j'ai commencé.
Sa Seigneurie (le juge). — ^Mais, bien entendu, sur des faits dont a parlé la partie adverse et qui demandent d'être expliqués.
M. Tilley.— Je tiens à les expliquer en me servant des lettres, et je prie mon savant confrère de fournir la lettre du 8 juillet 1916.
M. McCarthy. — Je n'ai pas parlé de cette lettre. La seule à laquelle j'ai fait allusion date du 6 septemibre.
M. Tilley. — Je ne m'en tiens pas seulement à ce doht vous avez parlé. Vous avec remonté à des incidents survenus en 1914.
Sa Seigneurie (le juge). — L'interrogatoire actuel ne devrait, ce me semble, servir qu'à expliquer des faits exposés dans le contre4nterrogatoire. Vous ne devriez pas apporter des faits nouveaux sans la permission du tribunal.
M. Tilley. — Ce sont des incidents survenus durant l'année 1915, et dont je n'ai pas dit un mot dans mon premier interrogatoire, mais sur lesquels mon savant ami s'est appesanti dans son contre-interrcJgatoire, et je veux montrer la nature de l'incident.
Sa Seigneurie (le juge). — Est-ce que l'affaire ne s'en tient pas là, s'il a fait allusion à une lettre datée du 8 septembre?
M. McCarthy. — C'est bien la lettre dont j'ai parlé, et elle est entre les mains de mon savant confrère. Je n'ai mentionné aucune autre lettre, parce que je n'en al pas vu d'autres.
Sa Seigneurie (le juge). — Est-ce que le fait de se référer à une lettre qui n'a été md produite ni déposée et que la partie adverse dit n'avoir pas en main, quand vous la lui demandez, ne met pas fin à l'incident?
M. Tilley. — Mais la partie adverse la possède, cette lettre. Elle fait partie de l'audition de l'archevêque Spratt, et elle est marquée pièce, B.
Sa Seigneurie (le juge). — Vous n'ignorez pas que de marquer un document dans une audition, il ne 'S'ensuit pas qu'il soit déposé comme pièce à conviction.
M. Tilley. — ^Votre Seigneurie a dit: "S'il ne l'avait pas en main"; mais je maintiens qu'il l'a, et je voudrais qu'on la produise.
M. McCarthy. — Je ne l'ai janais vue. S'il en a connaissance, il aurait dû la produire dans son premier interrogatoire. Je n'y ai fait allusion en aucune façon.
M. Tilley. — J'aurais pu, dans cette affaire, remonter à 1895 ou plus loin encore: je l'ai jugé inutile. Mais c'est m"on savant confrère qui a poussé son interrogatoire jusqu'à ces dates lointaines, bien antérieures à 1916. Pour ma part, je n'ai dans mon interrogatoire principal, posé aucune question à ce sujet. C'est mon savant ami qui l'a fait, et il m'appartient de reprendre un incident soulevé dans le contre-interrogatoire, afin de l'éclaircir et de le montrer bous son vrai jour.
Sa Seigneurie (le juge). — Quelles sont vos intentions?
M. Tilley. — Je désire la lettre que mon ami a en sa possession. . Elle porté son attestation, et a été produire lors de l'audition de son client, et marquée, au cours de cette audition, pièce E. Je lui demande maintenant de me la passer pour que je puisse m'en servir. On nous en a fourni une copie.
M. McCarthy. — Je n'ai pas la moindre objection de la niettre entre les mains de mon savant confrère. Le point est le suivant: Devrait-iï en avoir parlé dans son premier interrogatoire, ou peut-il reprendre ce cas à présent, avec la perspective probable de la reprise du contre-intefrogatoire? Je n'ai fait aucune question à ce sujet. Je m'en suis tenu à la lettre du 8 septembre.
M. Tilley. — Je ne recommence rien du tout. Je me borne à questionner sur un fait que mon savant confrère a soulevé.
M. McCarthy. — Ce n'est pas moi qui l'ai soulevé. "
M. Tilley. — Si, c'est vous, et vous avez posé des questions à propos de l'incident. Suis-je pour avoir la lettre?
M.- McCarthy. — Je ne vois pas du tout à quoi vonsi en voulez venir.
M. Tilley. — C'est la lettre qui commence ainsi: "Veuillez ne pas vous servir des honorables membres du Conseil pour dérober "
M. McCarthy. — Je ne vous ai pas demandé cela. De ce que j'ai demandé à mon savant confrère ce que j'ai demandé, ce serait, me «emble-t41, un manque complet de foi de l'autoriser à lire la lettre qui, du reste, e.st à mon avis, hors de place ici.
M. Tilley. — Mon ami en vint à l'année 1915, et demanda quels furent, cette année-là. les propos tenus entre l'archevêque et la soeur Basil, il s'enquit de leurs entrevues et de leur correspondance, et s'informa si elle avait écrit à l'archevêque, à quoi elle répoindit affirmativement. L'archevêque. Votre Seigneurie s'en souvient, nia certains faits en présence de madame Daly, comme, par exemple, qu'on devait la placer dans un asile^ etc. Il a soulevé la question au sujet des événements de 1915, et je désire déposer la correspondance qui fut envoyée à l'archevêque en 1915. Cela ne me prendra qu'une minute si l'on me donne les documents.
Sa Seigneurie (le juge). ---Je crois qu'on doit vous permettre de la donner, mais, naturellement, l'interrogatoire n'en est que plus long.
M. McCarthy. — La voici. (Le lettre est fournie.)
Q. — Jetez les yeux sur cette date. Soeur Basil, et dites-nous si cette lettre fut écrite en 1915. La date est-elle correcte? R. — Oui, le 8 du septième mois de 1915.
Sa Seigneurie (le juge). — Faites-moi connaître ce dont il s'agit.
M. Tilley. — C'est une lettre en date du 8 juillet, cela ressemble à 1919, mais le témoin déclare qu'on devrait lire 1915. Elle commence ainsi:
"Veuillez ne pas vous servir des honorables membres du Conseil pour dissimuler le traitement atroce et la persécution dont je suis la victime de la part de M. Francis Régis. Je nie entièrement l'accusation et je suis, prête à me présenter devant vous à n'importe quel moment. A Smith's Falls où j'étais sous votre protection absolue, vous aviez donné votre parole et garanti pleinement que M. Francis Régis me traiterait avec bonté; et pourtant un homme revêtu du caractère sacré de la prêtrise s'est fait l'instrument de, mes persécuteurs. Vous vous êtes joint à ceux qui me poussaient au désespoir, parce qu'ils étaient les plus forts. Malgré beaucoup de preuves contradictoires, je n'avais pas 'encore perdu confiance en mon archevêque, et sans hésiter, et sur les conseils d'un directeur éclairé, je vous dévoilais pour la première fois une partie de mes souffrances, et puisque vous vous étiez donné comme mon protecteur, je vous demandais respectueusement d'obtenir pour moi du conseil un changement de position. Vous m'avez répondu que le Conseil s'opposait formellement à ma requête. Cette nouvelle de la part de mon Supérieur ecclésiastique ne changea pas l'opinion que j'avais du Conseil. Je le regardais encore comme un corps honorable, désireux d'agir selon la justice. C'était mon opinion et je la garderai jusqu'à preuve du contraire. Aujourd'hui, je puis vous prouver que ma requête ne fut jamais soumise à l'approbation du prétendu Conseil, pas plus que l'exposé du traitement scandaleux que je subissais. Je n'ai aucun doute que le Cooîseil, selon vous, se compose de rarchevêque Spratt et de M. Francis Régis, et l'opinion de cette dernière est évidemment la seule qui suffise à votre Grandeur. Sa conduite, que vous défendez aujourd'hui, vous justifiera-t-elle aux yeux de Dieu, au jour du jugement? Que le Juge, juste et grand, en décide. Je ne prierai pas, car je ne prie plus, mais j'espère de tout mon coeur que ce Juge, tout Juge qu'il soit, se montrera plus charitable envers vous que l'archevêque
TENTATIVE D'ENLéjVEMENT DE SOEUR MARY BASIL.
ne l'a été envers moi. Ne rejetez donc pas le blâme ou les responsabilités sur le Conseil ou la Communauté, attribuez-les à qui ils reviennent, uniquement à l'archevêque Spratt et à M. Francis Régis. Je pourrais, Monseigneur, citer bien d'autres exemples de duperie à mon égard, mais ç'a n'en vaut pas la peine.
J'ai l'honneur d'être votre sujette archi-trompée et persécutée. Soeur M. Basil." (Pièce déposée sous le No. 15).
La lettre suivante est datée du 8 septembre 1915. Elle est encore à l'adresse de l'archevêque Spratt: "Le 2 et je vous ai adressé une lettre vous priant d'être assez bon de venir, dès qu'il vous sera possible, à Ste. Marie-du- Lac. Je vous ai fait cet appel, et vous avez pu vous en rendre compte facilement, car vous me savez prisonnière ici et incapable d'aller vers vous. Monseigneur, refusez-vous de m'entendre, et me faudra-t-il communiquer cette lettre à ma famille qui, je vous l'ai dit, attend de mes nouvelles? Veuillez-m'en informer." (Pièce déposée sous le No. 16).
Enfin une autre lettre, de la même au même, datée du 13 octobre 1915:
"Je vous informe, par la présente, que je suis traitée en prisonnière à Ste. Marie-du-Lac, en absolue violation de nos Statuts, chapitre 10, page 40, dont on a foulé aux pieds chaque section, de la première à la dernière, ce qui rend ma vie insupportable. Malgré moi, Dieu le sait, et après des appels répétés à votre justice et restés sans réponse, je suis forcée de chercher un refuge chez des amis catholiques de la ville. Et maintenant, au nom de Dieu, je vous demande, à vous, Monseigneur, de m'accorder un juste procès, suivant les Canons de la Sainte Eglise, ou ma réintégration dans lesi droits et privilèges de ma Communauté dont je suis, vous le savez, privée depuis deux ans. Mon adresse actuelle est 122, rue Earl, Kingston.
Votre respectueuse." Sa Seigneurie (le juge). — Mais, on a déjà lu et discuté cette lettre. Ce n'est pas, me semble-t-il, la première fois que j'en entends ici la lecture, au cours de ce procès.
M. Tilley. — Non, votre Seigneurie, je ne me rappelle pas en avoir entendu la lecture auparavant.
Le Témoin. — On a lu une lettre semblable, mais pas celle-là. (Pièce déposée sous le No. 17.)
Q. — Cette lettre fut écrite rue Earl. L'a-t-on lue ici avant aujourd'hui? R. — Non, on ne l'a pas lue. Il y en a quelques extraits dans la lettre à l'archevêque du 22 mai.
Q. — On l'a mentionnée peut-être? R.— Oui, on en a cité des passages. Q. — Cette lettre fut écrite rue Earl? R. — Ouï.
Q. — Et qui, dites-vous, demeurait rue Earl? R. — Le capitaine Daly.
Q. — Est-ce là que vous avez eu cette conversation avec l'archevêque, au sujet de laquelle mon savant ami vous a interrogée, et dans laquelle le prélat nia avoir dit au P. Mea qu'il songeait à vous mettre dans un asile, ou qu© vous vous trouveriez bientôt dans un asile? R. — Oui, ce fut dans cette maison.
Q. — Et ce fut cette fois-là? R. — Oui, c'est alors qu'il nia.
Q. — Et êtes-vous retournée de là à la Communauté? R. — Oui, il m'a dit d'y retourner, que j'y reprendrais mon rang.
Q. — C'est l'archevêque qui vous l'a dit? R. — Oui.