‹ Teresa; drameChapitre 1 sur 113 · AMÉLIE, ARTHUR, LAURE · texte numérisé non relu

AMÉLIE, ARTHUR, LAURE

AMÉLIE

Et vers quelle époque étiez-vous à Venise?

ARTHUR

A la fin de 1829.

LAURE

Et la reine de l'Adriatique mérite-telle la répu- ' tation que lui ont faite les poètes?

ARTIll H.

C'est la seule ville du monde qui ait arrêté Byron trois ans.

AMÉLIE

En a-t-elle conservé le souvenir?

ARTHUR

Amélie, les cités dont les monuments s'écroulent oublient vite les hommes. —Oui, quelques Vénitiens se souviennent encore peut-être d'avoir vu passer par leurs rues un étranger hautain , au front pâle, qu'on appelait Byron; et ils se souviennent de lui. non parce qu'il est l'auteur du Corsaire et de Child-Harold, non qu'il soit pour eux comme pour nous une espèce d'ange rebelle et déchu, sur le front duquel Dieu a écrit du doigt : génie et malheur; mais parce que, dans une ville où leur race est presque inconnue, il conduisait avec lui quelques superbes chevaux qui l'emportaient au galop sur les dalles humides de la place Saint-Marc, où un piéton peut se soutenir à peine ; mais parce qu'on le voyait, auLido, franchir avec eux les lombes du cimetière juif, que n'ose pas, sans y être forcé, traverser le soir un chrétien.

AMÉLIE

Oh! voilà qui me désenchante de Venise.

Cela devrait tout au plus , Amélie . vous désenchanter de ses habitants. — Rarement, je l'ai remarqué du moins, les peuples sont en harmonie avec les \illes qu'ils habitent. — 11 faut voir Venise.

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