‹ Teresa; drameChapitre 2 sur 113 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

chère Amélie, du haut de l'obélisque de Saint-Marc, Venise plongeant ses pieds dans l'eau comme la Vénus marine, sillonnée le soir en tout sens par ses mille gondoles noires , avec un l'anal au front, se croisant comme des étoiles qui filent ; il faut voir Venise du Lido , lorsque le matin , entourée d'un brouillard, chaque brise qui arrive de l'Adriatique déchire et emporte avec elle un coin de son voile, et laisse apercevoir tour à tour un palais, un pont, une église : on dirait, passez-moi la comparaison, Amélie, on dirait une coquette qui, par calcul, ne veut que petite petit découvrir sa beauté.

LAXJRE.

Monsieur Arthur, voilà une description qui me semble plus d'un poëte que d'un voyageur.

AMÉLIE

Une fois mariés, Arthur, nous irons à Venise ensemble. Vous mêle promettez, n'est-ce pas?

ARTHUR

Oui, mon Amélie; et je trouverai alors Venise encore plus belle, car vous m'accompagnerez cette fois sur l'obélisque de Saint-Marc, vous serez près de moi au Lido ; et si je n'oublie pas Venise pour vous, Venise me paraîtra bien belle , Amélie , car je la verrai avec le regard d'un homme heureux.

AMÉLIE

Et vous allâtes ensuite?...

A Naples,

AMÉLIE

A Naples, où est en ce moment mon père!

Oh ! parlez-moi de Naples, Arthur.

ARTHUR

Votre père va revenir, Amélie, et je ne veux pas le priver du plus grand plaisir d'un voyageur, celui de raconter.

LAURE

Ou plutôt, dites, monsieur le poëte, que les souvenirs que vous avez rapportés de Naples ne sont pas de ceux que vous vouiez confier à Amélie.

ARTHUR

Et pourquoi pas, Laure?

amélie, à Arthur.

Que veut-elle dire?

ARTHUR

Écoutez, Amélie, et je vais vous faire ma confession tout entière. Votre père va revenir, et son retour sera suivi de notre mariage. Cette union, je l'espère du moins, doit être pour nos deux existences un avenir de bonheur : il faut donc, pour qu'aucun reproche ne vienne le troubler, que vous me connaissiez comme je vous connais. Votre cœur est calme , Amélie ; aucune passion ne l'a jamais tourmenté; mais à vous seule peut-être en ce monde Dieu accorda d'être pure et belle comme un ange. Vous m'aimez plus comme un frère peutêtre que comme un mari... Oh! ce n'est point un reproche, car, avant moi, vous n'aviez aimé personne, même comme un frère Je suis moins

Page 1