‹ Teresa; drameChapitre 5 sur 113 · ACTE i, scè:se I · texte numérisé non relu

ACTE i, scè:se I

contre, la facilité que le service que j'avais rendu à elle et à sa mère me donnait de les revoir, tout cela établit entre nous un lien que son père, au retour d'un voyage, rompit d'un mot... Elle était riche, j'ai peu de fortune. — Un jour, en arrivant à l'heure accoutumée, j'appris qu'elle était partie : une lettre d'elle m'annonça qu'elle obéissait à son père, et m'ordonna de retourner en France, sans savoir ce qu'elle était devenue. — Je lui obéis, je revins. — Vous étiez en pension, Amélie : votre père me parla de vous comme d'un ange de candeur et de beauté. Il me connaissait depuis longtemps, me savait honnête homme, partait pour l'Italie, voulait vous laisser un soutien ; et , malgré la différence d'opinion de nos familles, puisqu'il était colonel de l'empire, et que le sang breton de mon père avait coulé dans la Vendée, il m'offrit le ti're de votre époux...

AjIÉLIE.

Que vous refusâtes sans balancer... Merci, monsieur.

ARTHUR

Je ne vous connaissais pas , Amélie... et puis...

AM2LIE

Je devine maintenant : c'est, désespérant de ce mariage, qu'il me donna Laure, la fille de son ami tué près de lui sur le champ de bataille, pour compagne ou plutôt pour sœur... n'est-ce pas, Laure?... qu'il installa Dulau chez lui comme tuteur, et qu'il vous permit, à vous, monsieur, de nous rendre visite chaque jour... Est-ce bien cela? ai-je tout dit?

ARTHUR

Non, Amélie, car vous oubliez d'ajouter que, du jour où je vous vis, je désirai vous revoir... Je vous regardai d'abord comme une sœur : votre caractère, qui se développa sans contrainte sous mes yeux, me lit bientôt envier le sort de celui qui serait un jour votre mari... puis j'en fus jaloux d'avance... enfin je pensai que ce pouvait être moi. — Je m'habituai à cette pensée ; le souvenir d'un autre amour s'effaça peu à peu, et finit par ne plus se présenter à mon esprit que comme un songe... Je me souviens d'elle encore sans doute , mais seulement comme d'un épisode frappant et inséparable de cette nuit où j'ai vu Naples tremblante, la mer soulevée, et le Vésuve en flammes.

AMÉLIE

Oh ! en effet, cela devait être bien beau ! — Nous, irons aussi à Naples, mon ami : nous regarderons ensemble, à notre tour, du milieu du golfe d'Ischia, une irruption du Vésuve; et vous verrez, monsieur, que, quoiqu'on ait les yeux bleus et le teint d'une Française, on peut être jolie aussi à la lueur fantastique d'un volcan.

LAURE

Voilà Dulau.

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