‹ Teresa; drameChapitre 4 sur 113 · ACTE I , SCÈ>E I · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈ>E I

d'une de ces irruptions que j'avais tant désiré voir. — A peine pris-je le temps de m'habiller et de jeter un manteau sur mes épaules, car chaque marche de l'escalier tremblait et craquait sous mes pas. — Je me précipitai dans la rue. — C'était une chose effrayante à voir que cette population tout entière fuyant sur une terre mouvante, entre deux rangées de maisons qui oscillaient comme des arbres que le vent courbe. — Deux femmes marchaient devant moi, sans soutien, sans protecteur : je saisis leurs bras. — Un passage conduisait au bord de la mer : je le pris, les entraînant toutes deux. — Un pécheur détachait sa barque pour fuir à l'autre bord; je le forçai de nous y donner place ; car, quoique la mer fût agitée comme par une tempête, il y avait moins de danger encore sur elle qu'au milieu des rues où les édifices croulaient. — Je donnai de l'or au batelier, je fis entrer ies deux femmes sous une espèce de tente dressée à la poupe, et qui pouvait les garantir de la pluie de cendres qui tombait. — Le pécheur déploya sa voile au vent, et la barque partit, rasant les vagues comme un oiseau de mer attardé.

LAIRE

Mais c'est tout un roman, monsieur Arthur?

Laissez-le donc dire.

ARTHUR

Du moment où les deux femmes que le hasard avait mises sous ma protection furent en sûreté, le

] 6 TEKESA .

<lésir de voir le spectacle qui se développait devant mes yeux devint mon unique pensée : je m'appuyai contre le mât de notre petite embarcation, et je regardai. Oh ! Amélie, il ne faut pas même essayer de peindre... Figurez-vous une colonne de feu qui s'élance à deux cents pieds de hauteur et retombe en gerbes ; des ruisseaux de lave ardente qui bondissent en cascades ; une mer de flammes qui descend à la rencontre de l'autre, la chasse devant elle, recule à son tour, repousse et est repoussée... deux éléments qui luttent comme deux hommes... une nature à l'agonie qui semble demander grâce; des ombres échevelées courant çà et là sur le rivage, dans une atmosphère rougeàtre, comme les damnés du Dante, et vous n'aurez qu'une pâle idée d'une nuit à Naples, au milieu du golfe d'Ischia, pendant une irruption du Vésuve. — Pour moi, j'étais debout, immobile, les bras croisés, le regard fixe, la poitrine haletante, quand, dans un mouvement de la barque, je sentis un bras qui se retenait au mien, et j'entendis une voix qui disait derrière moi : « N'est-ce pas que c'est sublime? » Je me retournai, et, pardon... Amélie... c'est ici que je vous demande la permission de dire toute la vérité... cette femme, vue ainsi à la lueur de l'incendie, avec ses yeux noirs, ses cheveux épars, son teint de Napolitaine, que le reflet du volcan éclairait d'une lueur fantastique, cette femme, elle était superbe! — Vous devinez que c'est elle que j'aimai. — La manière dont je l'avais connue, le romanesque de notre ren-

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