‹ Ternove. Nouv. éd. précédée d'un avantpropos de T. de VisanChapitre 2 sur 28 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Nous sommes en 1847. Arthur de Gobineau a trente et un ans. Le 10 septembre 1846 il a épousé mademoiselle Clémence Monnerot. Arthur a trouvé en la personne de son beau-frère, Jules Monnerot, un charmant compagnon. Avec ce confident en perpétuelle bonne humeur, il entretiendra une correspondance familière où tous les événements du foyer, tous les incidents d'une existence mouvementée, tous les rêves artistiques sans cesse renouvelés se refléteront.

Là, dans cette petite ville de Redon, à Tabri du manoir breton entouré de beaux arbres, en compagnie de sa sœur Caroline, qui terminera ses jours sous le nom de Mère Bénédicte, à l'abbaye Sainte- Cécile de Solesmes, et de son vieux père, le commandant Louis de Gobineau qui, le soir, raconte sa vie tourmentée et commente les graves événements politiques de sa longuo carrière de royaliste fervent, —

II ÀVANT-PROrOS

le futur auteur de V Essai sur réqalitê des races ^^^ humaines travaille joyeusement douze heures par jour.

Tout préparait Arthur de Gobineau à un bel épanouissement de l'esprit : son enfance studieuse loin des collèges moroses, les leçons d'un précepteur d'une instruction parfaite; son amour des langues vivantes; ses voyages en Suisse ; son séjour au pays de Bade dans un vieux château aux salles immenses, aux tours mv: térieuses, bourrées d'archives, édilié au milieu d'un étang, avec un pont de bois pour accès, château féerique, très capable d'avoir marqué cette imagination d'enfant déjà hantée par un moyen âge de légendes; son entrée comme externe au collège de Brienne dans le canton de Berne, ob. il commence à s'initier aux livres arabes et sanscrits, où germe sa vocation d'orientaliste; puis et surtout ses longues et merveilleuses conversations avec son père fixé alors dans la ville de Lorient.

L'on ne saurait trop insister sur cette dernière emprise, et l'on devine combien prohtables durent être, pour l'adolescent, l'enseignement oral de ce père très versé dans la science historique, heureux de retrouver en son fils ce don héréditaire, de ce père ayant vécu les Cent Jours, ofUcier d'ordonnance du comte d'Artois et emprisonné à Vincennes pour avoir ouvertement refusé de servir sons l'Empire.

Nous possédons une précieuse source de renseignements sur la jeunesse de Gobineau. C'est une manière de biographie écrite de la main de sa sœur Caroline. Parlar.t de la charmante et studieuse intimité du

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