‹ Terracine; essai d'histoire localeChapitre 21 sur 60 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

TilRRIGINA.

Terracine lieu de villégiattire. Le voyage de Lucilius et celui d*Horace. La Via Setina et rancieone rout^ volsque. La Via Appia et le Canal. Les marais Pontins. Ad Médias, tombeau de GeRania. Voies et chemins du territoire Terracinais» pagi, vici, lieux habités. Station de Féronie : ses thermes , ses sources , son bois sacré , son temple , sa statue. La VaUe. monuments, villas, nécropole, sepukretvm des Casaletti. Les Thermes, le divtrUcuhm, tombeaux des familles terracinaises. S. Francesco, ses terrasses, ses temples. Le Ritiro. La villa des Sulpicii, où naîtra Tempereur Galba. L* Appia à travers la ville. Temples de Minerve , de Jupiter, de Maia, d'Apollon. Autres temples et édifices. L'Anxnr de cette époque va être de fond en comble transformée.

Dans les derniers siècles de la république romaine, l'ancienne colonia Anxurnas, maintenant appelée Terracine, était, comme la plupart des villes maritimes du Latium, surtout un lieu de villégiature. Mais elle n'eut jamais la vogue des plages fameuses de Baia, de Pouzzoles. Le mauvais air, la commodité de TAppia, gui invitait à la dépasser pour courir au golfe de Naples, en faisaient plutôt un lieu de passage.

Cependant son séjour était apprécié par plus d'un. La côte Poutine était couverte, depuis Antium jusqu'à Circeii, de villas et d'habitations magnifiques. Les ruines de celles de Gicéron à Astura sont connues. Au pied du monte Circello , le long du lac de Paola, les restes dits Palazzo Vecchio , auxquels la tradition attache le nom de liUCuUus, sont ceux d'une installation grandiose , autour de laquelle se groupa une population : port , stade, théâtre, tout s'y reconnaît ; des murs de parc , des conserves d'eau, les aqueducs, les quais, les bâtiments. de tout genre s'y distinguent ; on en a exhumé une foule de statues, et les briques de la construction sont datées de l'époque républicaine (1). Le

(1) Fea, Opute,; Descemet, ln$er, doLf p. vn; Mil. Ec, fr, de B. , t. II, p. 467, note.

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Girceo en possédait d'autres : c'est là que Lépide fut relégué. Toute la côte, d'Ostie jusque-là, est, sans interruption, riche de ruines. Mais entre Circeii et Terracine il n'y en a aucune, d'aucun temps. Là en effet est le déversoir du bassin : les eaux s'arrêtent contre le cordon de dunes > et exhalent des miasmes mortels. Ces douze milles de plage sont déserts. A Terracine , la vie recommence. On a vu quels liens unissaient de grandes familles romaines à cette humble ville. Les iEmilii, les Sulpicii, les Geganii y avaient des possessions. Les Vibii , les Favonii , et peut-être d'autres, en sortaient pour arriver aux honneurs. De grandes familles du pays possédaient des habitations luxueuses. Mais les vestiges en sont bien faibles. Et comment les identifier avec ce que les textes désignent? Par exemple, Pratilli parle de villas situées entre le Girceo et Terracine. Mais il n'en reste aucune trace, et les inscriptions qu'il cite viennent de Ligorio. Là même où des ruines subsistent , elles ne portent pas toutes leurs dates, et il est difficile de distinguer ce qui est des premiers temps de l'Empire ou des derniers de la République. Il serait encore plus impossible d'indiquer les propriétaires, les inscriptions le permettant sont rares. Celle des Julii Frontini, dont on aurait retrouvé le nom sur un conduit de plomb de leur domaine, aux Monumenti dans la Valle^ est fausse (1). Il vaut mieux ne pas serrer trop cette chronologie fugitive, et se contenter d'une division générale. A cinquante, ou même cent ans près, le tableau n'en sera pas moins dans la même période de l'histoire locale. Ce qui importe, c'est de savoir ce que Terracine pouvait être au moment où les grands travaux des Césars et des Antonins la firent renaître transformée.

Le meilleur renseignement serait la relation d'un Pausanias l'ayant visitée vers cette époque. Mais nous n'avons que quelques versdansla satire V d'Horace (2). Horace, toujours courant sur les traces de Lucilius afin de le remplacer dans sa vogue , n'a écrit son voyage à Brindes que pour faire oublier le voyag^e en Calabre de son devancier. Il a, pour nous, beaucoup trop réussi. Quelques vers à peine subsistent de la pièce de Lucilius (3) , toutefois ils sont précieux. L'itinéraire général est le même; c'est toujours la Via Appia. Aussi, pour visiter Terracine vers le temps de la mort de César, ou , si l'on veut , de l'ère chrétienne, n'y a-t-il rien

(I) Pratilli, Ma Appia, p. 127.

h) Hor., SaU, I, 5.

(3) Lucil., éd. L. Mûller, III, 10-14.

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de mieux à faire que de prendre pour guides les deux poètes.

Tous deux viennent de Rome parl'Appia, tous deux passent par Terracine, mais ils n'entrent pas par le même chemin sur le territoire terracinais. Lucilius, au Tripontium, aujourd'hui Tre- Ponti , prend , à gauche , une route encore visible , la Via Setina^ qui le conduit sous Setia , dont il gravit la montagne par une pente bonne pour les chèvres, cdyiXmoç. Il dut ensuite redescendre, passer par Privernum, puis suivre jusqu'au Fanum Feronix l'ancienne route du temps des Volsques, au pied des monts Lepini, si abrupts, « autant d'Etnas, autant d'Athos. d Horace, au contraire, fait quatre milles de plus sur VAppia, et arrive au Forum d'Appius. Là il s'embarque sur un canal qui suivait la route. Il monte dans un sandalo traîné par une mule, et, le lendemain matin, débarque auprès de la Punta di Leano, non loin du temple de Féronie. C'est là que se joignent les deux routes, celle des anciens Volsques et la Via Appia.

Horace et Lucilius, sur leur route, ont rencontré les marais Pontins : l'un les a traversés> l'autre les a tournés, mais tous les deux ont eu à s'en plaindre. La Via Setina , entre l'Appia et les montagnes , n'a qu'une altitude de 7 à 1 1 mètres ; et elle est à 20 milles de la mer. Lorsqu'elle passait sur les arches du pont antique de S. Lidano, elle était tout entière à 11 ou 12 mètres de hauteur. Mais, au delà du pont , le terrain atteint ce niveau et il est marécageux. Aussi la route inondait-elle et Lucilius la trouva bien humide , « labosum atque lutosum. » Horace , essayant de dormir malgré le coassement des grenouilles, partit sous les piqûres des moustiques, et arriva quand il plut aux dieux, à la mule et au muletier, ayant perdu toute sa nuit pour une navigation de vingt-cinq kilomètres. lies marais s'étendaient donc là dans les derniers temps de la République. On peut suivre dans ses grandes étapes le progrès de leur formation. Les documents des premiers siècles ne les mentionnent pas; mais certaines parties de l'ancien fond de mer étaient marécageuses, et Appius les rencontra en construisant sa grande route (1). Depuis lors, leur progrès fut constant. En 160 av. J.-C, M. Cornélius Cethegus, consul avec L. Anicius Gallus, reçut pour provincia la mission de les dessécher, et il en rendit une-partie à la culture (2). Un siècle après, ils sont plus redoutables ; ils inondent la via Appia (3) , ils sont

(1) Prony, Marait PorUintt p. xxiu.

(2) Liv. , Epit. XLYI .

(3) LuCm Phars,^ III, 85.

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un fléau pour Tltalie ; c'est le noir marécage, « atra pulii^ , » qui assiège Terracine (1). César, parmi ses grands projets, avait mis leur dessèchement (2). Antoine, après sa mort, proposa de les assigner aux pauvres, quoique les travaux. ne fussent pas même entrepris, voulant se faire bien venir en escomptant leurs résultats futurs (3). En 36, date du voyage d'Horace, rien n'était fait et tout allait fort mal.

C'était peut-être à la station Ad Médias (Mesa), au milieu même des Marais, que Ton entrait sur le territoire de Terracine. Un magnifique tombeau, à gauche de la route, a été pris pendant longtemps pour celui de TuUie, fille de Cicéron. Si Horace n'avait pas dormi, il y aurait vu le monument d'une aventure digne de sa verve. Une grande dame, une Gegania, d'une famille riche en consuls, et dont le nom presque royal ouvre la liste des Vestales (4), acheta dans une vente un candélabre, et eut un esclave par-dessus le marché. Le chandelier valait 50,000 sesterces; l'esclave, foulon de son métier, était bossu et dégoûtant à voir. Gegania, le soir à dîner, le fit entrer nu dans la salle pour en amuser sesjconvives comme de quelque animal bizarre. Mais il parut fort à son avantage, car sa maîtresse ne l'eut pas plus tôt vu qu'elle lui ouvrit ses bras et son lit. L'heureux Clésippe, affranchi par elle, hérita ensuite de ses immenses biens. Il lui fit un tombeau magnifique et voua au candélabre les honneurs divins (5). Sans doute, il partagea la tombe de celle dont il avait partagé la couche, car son épitaphe existe encore à Mesa. C'est presque un monument à elle seule par ses dimensions , la beauté de sa pierre et la recherche de ses sculptures. On y voit que, devenu riche, Clésippe obtint tous les honneurs qu'un affranchi pouvait avoir à l'époque, et peut-être même un peu plus. Il fut magister CapitO" linorum^ magister Lupercalium et viateur d'un tribun du peuple (6).

A Mesa se conservent encore d'autres inscriptions funéraires , quelques-unes d'âge républicain. Au reste, la route était bordée de nombreux monuments de ce genre qu'on a détruits en la reconstruisant. Les ruines de ses stations se voyaient autrefois, et, de temps en temps, le hasard en met au jour quelque vestige.

Ad Médias marquait le milieu du cours du canal qui longeait la

(1) Virg., JSn., VIII, 801.

(2) Suét., C«*., 44. Plut., C«*., 58. D. C, XLIV, 5.

(3) Cic, Phil., III. D. C, XLV, 7.

(4) Plut., /Vwm., 10.

(5)Plin., fl. iV.. XXXIV, 3, II.

route. Commençant au forum d'Appius, ce canal allait jusqu'en face de la Punta di Leano , correspondant, pour la plus grande partie, à la Linea Pia d'aujourd'hui. Au Ponte Maggiore, TUfens traversait la route et en^menait toutes les eaux à la mer. A la Punta di Leano, les eaux de Féronie et de la valle di Terracina venaient se jeter dans le canal, qui les portait au Ponte Maggiore, coulant ainsi en deux sens différents. Il y a toute apparence que ce canal avait été fait pour défendre la route elle-même contre Tenvahissement des eaux. Mais sa date n'est pas connue. J'inclinerais à croire que c'est lui qui, créé par le consul Cethegus, en un temps où les marais , s'étendant , menaçaient gravement la chaussée, abaissa assez leur niveau pour que Tite-Live ait pu dire : a agerque ex Us factus, » L'exécution de la Linea Pia, à la fin du siècle dernier, eut à elle seule un résultat semblable , et elle n'est que ce même canal recreusé.

Construite sur un sol tourbeux , entrecoupé de marécages , la Via Appia s'affaissait sans cesse, comme celle qui l'a remplacée de nos jour. De plus, le bassin Pontin tendait chaque jour davantage à devenir un affreux marais. Aussi la route était-elle souvent en mauvais état, impraticable : on se servait donc du canal. Cependant sa construction permettait de la réparer facilement. Au temps où elle avait été faite, ce n'était pas encore l'usage de paver les voies en campagne avec ces dalles de calcaire ou de lave qu'on employait pour les rues des villes. On ne se servait que de glarea (1), c'est-à-dire de caillou concassé fort analogue à notre ?wacadam. Le Pesco Montano, qui fournit encore celui de la chaussée moderne, fut sans doute mis à contribution, le S. Angelo étant sur la route. Le système toutefois n'était pas le nôtre. On introduisait dans le cailloutage un mortier qui le solidifiait après que le tout avait été damé. La route devenait ainsi dure comme si elle eût été d'une seule pièce; c'était un procédé analogue à certains de nos bétons modernes (2). En cas d'usure ou de dégradation, il suffisait de quelques coups, de pic pour faire sauter la partie à refaire : on rechargeait ensuite avec de nouvelle breccia, que l'on empâtait , en damant , dans le ciment à prise plus ou moins lente.

(1) Liv., XLI, 27.

(2) Certaines voies romaines d'Algérie ont permis d'étudier ce système. Nos troupes, marchant sur Gonstantine dans l'expédition de 1837, suivirent, entre Bône et Guelma, une route ainsi constituée, qui tenait encore parfaitement. Rev. Afr„ 1870, p. 277.

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L'Appia traversait le système des chemins de la plaine Pontine. Construite après eux et pour d'autres besoins, elle n'en avait pas tenu compte. C'étaient eux qui s'étaient, par la suite, rattachés à elle le mieux qu'on avait pu. De Mesa, une route, dont j'ai parlé, allait trouver celle des Volsques au point qu'on appelle Camilla. Des tombeaux marquant le carrefour, ainsi que des restes de constructions diverses. Le vallon qui vient s'étaler là, les contrées dites Sibilla etVelosca, présentent des ruines assez grosses. Il y avait là un centre habité privernate; le vallon est fertile, les montagnes couvertes de beaux oliviers ; on y trouve tous les débris d'une installation importante. Delà, en remontant la route volsque, on allait trouver Privernum, derrière le Monte Saiano, alors couvert d'oliviers et de vignes, ou bien, dans la montagne à l'est, on gravissait jusqu'à Sonnino, sans doute pagus de Terracine (1). En suivant la route vers le sud, on. s'en allait au contraire à Anxur. C'est le chemin de Lucilius.

Avant d'entrer sur la terre anxurnate, Lucilius dut passer aux

Marutti, mi-chemin entre Privernum et Anxur. Là était une

station sans doute, car il y a des ruines auprès. Non loin s'ouvre

^^ Vallon d'un mille qui va jusqu'à la Fontana del Frasso, —

soui*ce splendide et abondante où commence le territoire de Tcr-

racinç. Là débouchait une autre route venant de la rive droite

^y^ cstual, et dont les débris s'aperçoivent près de la Sega sur l'Ap-

pia.. Bien qu'elle traversât un des coins les plus marécageux de

*^ Pla.ine, elle était bordée de constructions et de monuments fu-

^^XTa.ixes. La route aussi, dans cette région , est riche en vestiges

® ,^ïi ruines; on y en trouve de tous les temps (1). C'était le che-

^'^^ le plus fréquenté des environs de Terracine : l'Appia ne con-

^-^-^ait qu'à Rome, lui menait aux villes d'alentour. L'Appia était

, ^^^^nt gâtée; lui, placé au pied des montagnes, élevé au-dessus

^ï^arécage, demeurait toujours praticable. On trouve en de

^^^ÏDreux endroits des restes d'un soubassement en grandes pier-

^ ^ui supportait la chaussée quand le terrain le voulait, et ceux

^^- chaussée elle-même, dallée en belle pierre blanche. Aucon-

'^ l'Appia, sur un sol tourbeux , était faite le plus légère pos-

• Aucune des assises solides que Bergier décrit dans son

de voie (2) n'avait pu y être établie. Un simple fascinage,

-Xitenu par des abatis latéraux et des palafittes de distance en

\^ yoyez Chaupy, Jfats. d'Hor., t. III, p. 396; C. /. L., X, 6324 , etc. i Bergier, Grands Chemins^ liv. II.

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distance, supportait le corps deTouvrage, qui n'était guère qu'un cailloutis. Là-dessus posait la glarea entre deux files de grosses pierres. Encore Tensemble s'affaissait-il toujours , et il fallait le recharger et le munir de nouvelle bordure (1). La route n'en était pas moins belle, à tout le moins pour le coup d'œil. De riches tombeaux la bordaient, dont le nombre augmentait sans cesse. Près de Ponte Maggiore s'éleva celui d'un tribun militaire, que Ton construisit au delà du canal, présentant l'angle à celui-ci et à la route , afin que la double inscription qui décorait deux de ses faces fût visible de tous les passants , allant à Rome ou à Terracine, par terre ou par le coche d'eau (2).

En continuant vers Terracine, on approchait de l'autre route. Déjà on pouvait l'apercevoir passant à la Flora, où se trouvait un pagus , puis courant le long du Leano qui avance sa pointe rocheuse comme s'il voulait barrer le passage. La Fiora était un des points les plus intéressants du parcours. Entre le Monte Nero et le Leano un vallon .étroit vient finir à la route , et là sont des restes nombreux. Au bord de la chaussée, un soubassement carré qui a sans doute été celui d'un temple, des ruines d'aqueducs et de constructions des bas temps, en un mot toutes les traces d'un hameau ou d'une grande villa;rustique. Le vallon semble fermé par le fond; mais un étroit passage donne accès, derrière le Monte Nero, à une plaine large et féconde, genre de vallées qu'offrent les Lepini jusqu'à des hauteurs assez grandes. Celle-ci est une des meilleures : j'y ai reconnu des traces de constructions d'une antiquité reculée. Du temple et de la station sur la route il n'y a pas plus de deux milles au point où l'Appia la rencontre.

L'Appia moderne, depuis l'entrée dans les marais Pontins près de Cisterna , suit exactement celle d'Appius ; elle lui est superposée. Mais , quatre milles avant Terracine, elle s'en sépare complètement , près du Ponte délie Macerie. En effet, Pie VI exigea qu'elle courût droit vers la mer. Elle passe donc dans des terrains mouvants, où elle s'étale et s'enfonce sans cesse, exigeant beaucoup d'entretien. La route de Claudius, au contraire, prenait à gauche et se dirigeait vers la Punta di Leano. Là débarqua, comme il le dit, Horace, et, passant la Pedicata sur le Ponte Alto, dont la voûte en grosses pierres à bossages est intacte , il fut dé-

(i) Voy. dans Prony, Marais Pontins, p. xxni, la fouille faite en 1813 par Scaccia, qui découvrit toute cette structure. (2) C. 1. L, X, 6325.

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jeûner à Féronie. Là se rejoignent nos deux routes ; l'itinéraire des deux poètes se confond.

C'est un fort beau site que celui du sanctuaire. Du soubassement qui portait le temple, la vue s'étend sur la plaine Poutine, calme, indéfinie, déserte, et sur la Valle pleine de vignes et de magnifiques oliviers. Tout est paisible et silencieux , malgré les trois moulins au pied de la montagne et la grande route qui est toixt auprès. Mais jadis beaucoup d'animation devait régner dans cette entrée de la Valle, Le débarcadère du canal tout auprès , les auberges qui se trouvaient là (puisque Horace et Héliodore y mangèrent), le mouvement qui devait résulter de la jonction de deiix grandes routes , tout y apportait le bruit et la vie. Le point dô jonction est exactement à 4,400 mètres do la porte d'Anxur. Tant auprès sont des ruines qui semblent avoir appartenu à des thermes : un aqueduc, qu'on suit encore le long du pied du ieano , y amenait l'eau del Fico , source sur la route de Privernum. Cantournant ensuite la montagne , il prenait une partie des eaux ae Péronie et les emmenait, le long de l'Appia, jusqu'au pied du ^cher d'Anxur. Il existe encore presque entier, et plusieurs de ses regard, intacts, subsistent le long de la courbe. Il est de construction excellente. L'eau de Féronie ne coule point par une source uuiq^Q. ÇQ sont plusieurs veines qui s'échappent sur une longeur ^ pi*ès de 500 mètres. Jointes aux eaux de l'âqueduc, qui est ^^evé en plusieurs endroits, elles font tourner les Tre Mole, Trois ®iiti»e elles sont surtout abondantes. Elles devaient être jadis ^Ptées par quelque système que recouvre la route et qui fonc- ^xixi^ encore en partie, car elles naissent presque toutes au-dessus p, "^^X^araissent au-dessous avec un débit bien plus fort. L'eau de ,, ^^inie proprement dite semble avoir été celle des deux plus à . ^^^t, dont l'une sort d'une fente de rocher qu'un caroubier dé- ^^^^ ^ aux regards. Passant sous la route , l'eau ressortait par le ^,^ ^-tfc^ssement de celle-ci , et formait un bassin limpide avant de ^x '^^^Xiler au canal. Le soubassement avait 5 mètres de haut; il p^-^ ^^ construit avec soin et en blocs fort beaux de calcaire; une y^^ "^^^ porte carrée, dans le bas, livrait passage à l'eau de la source. ^j^ ^-^ti auprès s'élevait un monument, sans doute consacré à la ^^ ^^e, dont le soclb, taillé dans le rocher, a 9 mètres sur chacun ^j^ ^^^s côtés. Divers tombeaux bordaient la route. Le bois sacré g>^^^^> à la déesse couvrait la pente abrupte du mont. Le temple ;^^Sait là, juste à la pointe du promontoire : son soubassement e encore et les débris des constructions voisines. Au pied , les ruines des thermes , en a trouvé une tête de femme , co-

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lossale, en marbre blanc, qui est peut-être de Féronie (1). On ne peut dire jusqu'où s'étendaient les possessions du sanctuaire. Une construction dont on retrouve de beaux soubassements à près d'un kilomètre de là, au pied de la montagne, avec Tamorce d'un chemin qui prend la direction du temple, marquait peut-être la fin de son parc.

Il restait aux , voyageurs trois milles à franchir jusqu'à Terracine; mais ils les faisaient au milieu de jardins, de vignes, de villas, d'oliveti, sur une belle route que bordaient de nombreux monuments funéraires (2). L'aqueduc, qui était à sa gauche auprès du Monte Leano , passait dessous et la suivait à droite. A S. Benedetto , les rampes étaient finies : la route, jusque-là supportée par un soubassement. à gros blocs, était de plain pied avec la Valle. A droite, dans les terrains bas qui s'étendent entre elle et la petite butte coupée par la voie de Pie VI, existait une nécropole, cimetière des gens du commun. A gauche, des maisons de campagne parsemaient le fond de la Valle, où se concentrait en grande partie la vie rurale des Terracinais. Les restes s'en reconnaissent encore, ainsi que les chemins bordés de tombeaux qui traversaient en tous sens ces trois milles. Les trois pagi de S. Silviano, du Monticchio, de Salissano, avec leurs temples, dominaient cette partie basse, humide et peu saine, mais fertile. A Salissano était le plus grand. Là on a trouvé le théâtre et beaucoup d'autres constructions. De belles routes, venues de l'Appia , conduisaient à ces divers groupes et se continuaient au delà jusqu'aux gorges de la montagne. Elles étaient bordées, ainsi que l'Appia, par les tombeaux des familles riches; quelques-uns, aux Monumenti, à Casa Martini, à S. Caterina, sont de proportions majestueuses et de travail assez luxueux. Les jEmiliij aux Monumenti; les Favonii, les Octavii, à S. Silviano; les Tuccii, à Salissano ; les Dômiliij les Refrii, les Mardis les Sar^ ronii et une foule d'autres sur l'Appia, s'étaient fait de riches sépultures. Derrière le Monticchio, tout au fond de la Valle, sur une colline rocheuse, au bout d'une des routes, s'étendait un sepulcretum (3) formé de grands et beaux monuments. Le lieu

(1) Voy. ch. VII.

(2) Un grand nombre des indications que l'on possède de Féronie aux murs de Terracine sont dues à une fouille faite en 1878 pour la pose d'une conduite d'eau, fouille qui resta ouverte des années. On peut en voir le compte rendu par M. l'insp. Capponi, dans les Atti dei Lincei, série III, vol. III , 1879, p. 90 et 91.

(3) Décrit Mél. Ec. fr, de B., 1. 1, p. 52, 53.

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s*appelle les Gasaletti, et sa citerne sert encore. Là étaient les monuments des Yibii^ des Orcilii^ des Septimii^ des Cxcilii et autres familles anxurnates. Ce fond de vallée retiré était moins habité que la partie antérieure ; il est à deux milles et plus de TAppia. De celle-ci, Tœil était attiré à droite, par les grandes constructions dont le Muraccio deUe Prébende est le reste. Horace d*ailleurs, que devait fatiguer le soleil du milieu du jour, ne voyait sans doute que la ville, qui, de ce côté, se présente à merveille sur ses rochers rouges et blancs.

A quelques centaines de mètres de la porte, la route s'infléchit vers la droite et ne tarde pas à monter. Là existaient des constructions , qui furent refaites et remaniées sous l'Empire. C'étaient les Thermes de Terracine. Elles allaient jusqu'au pied des murs ; on a retrouvé les vasques garnies de marbre, les tuyaux de plomb et des restes de tout le menu mobilier. De là une route se détachait et partait vers les Arène. De l'Arco di S. Caterina , près d'un petit temple à douze colones, un diveriiculum allait, passant à la Madonna délia Délibéra, gravir la montagne par une corniche où les paysans passent encore, et rejoignait VAppiaern Casino Mangoni, évitant ainsi le passage d'Anxur à ceux qui n'y avaient point affaire. Mais Horace , qui était venu afin d'y attendre Mécène, grimpa la rampe, « subiit, » et entra dans la vieille forteresse.

Il devait alors y avoir peu de chose dans les Arène ^ au bord de la mer. Le port était presque hors d'usage, et les constructions qu'on trouve là furent faites suivant un plan d'ensemble à l'époque des Antonins. Enfin, il est très évident que l'espace où s'étendit ce quartier était hors du pomœrium anxurnate , car on y retrouve des tombeaux. Au pied du S. Angelo, dans les rochers à pic qu'il présente , derrière le jardin Giansanti, au-dessus de la Maddalena, un certain nombre de sépultures avaient été creusées dans le roc, celle des Lucretii par exemple. Du reste, ce genre de monuments est assez commun à Terracine. A Salissano , les Finestrelle en sont un assez bel exemple : deux niches munies d'une porte et creusées dans le roc vif protégeaient une urne, un buste ou une statuette (1). Dans Volivetode S. Francesco, un petit sanctuaire à Sylvain (2) était fait de la même manière. Enfin, le Pesco Montano et les rochers qui l'avoisinent ont des chambres et des sarcophages taillés de la même façon.

(1) Mél Ee. fr. de B., 1. 1. p. 253, 254.

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L'emplacement de S. Francesco , qu'il fût ou non dans l'enceinte primitive, et toute la pente qui est au-dessous, étaient couverts de constructions grandioses. Tout l'hôpital est bâti dessus. Elles ont été retouchées, remaniées ; mais l'ensemble ne peut être attribué qu'à l'époque de la République ou au premier siècle de l'Empire. Bien plus , une partie au moins date du deuxième siècle av. J.-C. et peut être même plus ancienne. C'est sur le grand soubassement qui porte le jardin de l'hôpital que s'élevait le temple où Galba, cos. en 144 avant notre ère, avait mis son nom dans la mosaïque qui faisait le plancher de la cella (1). Ou il était le fondateur du temple, ou celui-ci était antérieur. La disposition de la cella et d'une partie de l'édifice se voyaient naguère assez bien. Ce temple n'était sans doute pas le seul dans ce grand ensemble de bâtisses. Plus bas, sur la pente même et dans une très belle position, est un soubassement magnifique. Il a 7 mètres de haut, 25 de face, et ses blocs ont parfois jusqu'à lm,95 de longueur. Ils sont taillés avec le plus grand soin , à bossages , d'un fini, d'une régularité merveilleuses, joints sans mortier et admirablement. Bien peu de travaux de ce genre arrivent à tant de perfection. Il ne reste malheureusement de l'édifice que des débris sans caractère, des salles à demi souterraines, qui semblent être des dépendances, et tout autour plusieurs citernes. Toute la pente, jusqu'en bas, est couverte de constructions et de terrasses, comme s'il y eût eu là des jardins remplis de bâtiments divers. Sur la crête, c'est la même chose entre S. Francesco et le château. Le sol actuel est supporté par les débris des bâtiments, un sentier passe sur des mosaïques et les oliviers sont plantés dans le plancher du premier étage. Au moulin à huile s'élevait certainement un petit temple : on a retrouvé des fragments du socle et de la corniche, en marbre.

C'est au milieu de ces constructions que l'Appia, sortant de Terracine, montait suivant le tracé actuel de la Strada del Ritiro. A droite, derrière S. Francesco, elle côtoie d'immenses citernes, dites les Grotte di Cesare. Puis elle passe entre des tombeaux dont quelques-uns sont remarquables. Il y en a un peu de tous les âges , mais surtout de l'époque ancienne et des temps tout à fait bas, c'est-à-dire des deux périodes pendant lesquelles l'Appia, dans ce parcours , emprunta le tracé de la route volsque. Là se sont trouvées les épitaphes des Antonii , des Maianii , des Furii et des Nautii, des Pomponii, des Vergilii et de diverses vieilles fa-

(1) J. C. i., Bull, 1842, p. 99; cf. p. 176.

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milles. D'autres, les Egnatii par exemple, avaient leurs tombeaux le long d'un chemin à gauche , qui , venu du diverticulum d'en bas, longeait par dehors les murs de la ville. L'un des monuments qui le bordent a une chambre funéraire et une jolie chapelle à abside , revêtues de réticulé si fin qu'on n'en trouve pas souvent de semblable. Au milieu de ces tombeaux de tous genres, columbariaj façades à pilastres, caveaux voûtés, œuvres de divers temps, la vieille route arrive au carrefour du' Casino Mangoni, où elle reçoit le diventculum ^ lui-même flanqué de sépultures. De là, elle gagne, comme on l'a vu, la Piazza de' Paladini. Mais du carrefour se détache une voie qui continue tout droit vers la montagne et arrive, au bout de 500 mètres, où l'on a fait le nouveau cimetière, à l'ancien couvent du Ritiro. Là des ruines importantes , dont il ne reste que les citernes, mais qui ont fourni des inscriptions , portaient encore, il y a deux siècles, le nom de Palais des Paladins. Une tradition y met la villa des Galbx ; une autre la place à S. Francesco.

On sait par un texte de Suétone (1) que Galba naquit, l'an 3 avant J.-C, dans la villa de sa famille, « villa colli superposita^ prope Tarracinam j sinistrorsum Fundos petentibus. »' A certains égards , le Ritiro convient bien à cette description , car il est près de Terracine , tandis que S. Francesco est à Anxur, sinon peutêtre dans l'enceinte , à tout le moins adossé contre , en dehors. Aussi Holstenius (2) se prononce pour le Palazzo de' Paladini. Mais S. Francesco a pour soi l'inscription du pavé de son temple, la beauté et l'âge de ses ruines, le nom de Grotte di Cesare que portent encore ses citernes et l'aspect général de l'ensemble, qui n'a pu être qu'une demeure de grands. A moins d'une découverte imprévue, la question ne se tranchera pas : le texte peut être interprété en faveur des deux hypothèses. En effet , du temps de Suétone , l'Appia , refaite comme on le verra bientôt , passait au pied de la montagne d' Anxur, puis au pied du S. Angelo, et allait, le long de la mer, trouver la plaine de Fundi. En la suivant, on avait à gauche la hauteur abrupte de S. Francesco , avec ses jardins en terrasses et ses beaux bâtiments que dominaient les temples. Mais, au temps où naquit Galba, les travaux de ce tracé nouveau n'étaient pas même commencés : l'Appia, passant par Anxur, suivait celui de l'ancienne route. Elle passait presque au milieu du quartier de S. Francesco, ayant sur son flanc droit

(1) Suét., Galb., 4.

(2) NoU ad Cliuv., lu anU, 1. III, 7, 14.

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jardinSy palais, terrasses, les deux temples et les Grotte di Gesare. Mais, par contre, lorsque , arrivée au Gasino Mangoni, elle commençait à descendre doucement vers la Piazza de' Paladini , elle avait à gauche , à 400 mètres , sur une éminence d'où, la vue est belle et où Tair est toujours frais et pur, les constructions du Ritiro et le parc qui les entourait. On n'a aucun moyen de savoir si Suétone parle pour son temps ou d'après un texte d'un autre âge; on ne peut donc rien décider. D'autant qu'on ne saurait plus juger si l'importance des ruines du Ritiro pouvait soutenir la comparaison avec celles de S. Francesco : en construisant, au siècle dernier^ le couvent, on a fait presque tout disparaître.

Ge qu'était Anxur même, à l'époque, il est difficile de le dire. De grands travaux faits peu de temps après l'ont complètement transformée. Autant il sera aisé de fixer , et même avec quelque détail , sa topographie sous l'Empire , autant il est impossible de retrouver celle de l'âge antérieur. Quand des monuments sont anépigraphes, ils ne se datent pas par leur style à cinquante , ou même cent ans près, dans ce pays et dans ces siècles. Et c'est dans un espace de temps qui ne dépasse pas cent années que tout a été remanié. Il semble même que le remaniement n'eut pas pour unique motif la munificence des empereurs et la bienfaisance des particuliers ; il fut peut-être la conséquence , au moins en partie, d'un malheur. Une inscription , dont les caractères ne peuvent être beaucoup plus récents que les commencements de l'Empire, mentionnait un incendie (1). Un fragment s'en trouve aujourd'hui dans une porte de la cathédrale : elle devait donc être dans les environs. Peut-être au temps des guerres civiles, ou plus tard par quelque accident, le feu aura déblayé la place pour la création d'une nouvelle Anxur.'

L'ancienne avait différents temples,et de plusieurs on voit les ruines. Tite-Liveet JuliusObsequens nomment celui de Minerve; celui de Jupiter va de soi, et l'on admet généralement que la Porta Maj a du moyen âge, aujourd'hui Majo ou Maggio, devait son nom au voisinage d'un temple de laDea Maia. Contatori (2) ajoute Janus, dont il met le temple au palais De Vecchis, parce qu'on trouva là un Hermès qu'il prit pour un Janus Bifrons. De même il place au Castello un sanctuaire de la Fortune, parce qu'au pied se voyait une grande roue exécutée en pièces de terre cuite. Evidem-

(2) BUU Terr., Ub. II, 13.

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ment tout cela ne vaut rien ; mais on peut trouver davantage.

Au Château était probablement le temple de Jupiter Anxur. J'ai parlé du soubassement massif, des traces d'une porte, d'une rampe, conduisant, dans cette partie élevée, soit à une arx^ soit à un lieu saint. Dans les habitudes antiques, c'est la place de la divinité poliade. Elle doit être dans le lieu le plus fort , le plus haut, dominant tous les autres, gardant le foyer de la cité hors de toute atteinte ennemie. La roue serait un indice de plus. Des monuments semblent, en effet, montrer que ce symbole, intimement mêlé au culte de Jupiter dans les Gaules , y était associé aussi par d'autres peuples de l'antiquité (1).

Melchiorri (2) attribuait à Minerve le temple signé par Galba. Mais il n'en donnait aucune preuve, sinon que toutes les citadelles étaient consacrées à Pallas , et que là était celle d'Anxur , — deux assertions inexactes. Il est possible que le temple en question fût un des deux situés dans ces parages. Les textes disent qu'il fut foudroyé ; il devait être sur une hauteur, Celui où était la mosaïque est au point le plus élevé ; le soubassement qui portait l'autre est d'une beauté sans rivale.

Maia, si elle avait un temple, l'avait à droite de la Porta Maggio, pour qui arrivait à Anxur. Là, au pied du rempart, contre lui, sont des constructions nombreuses. Les thermes venaient y finir. Au-dessus se voient des terrasses à gros blocs, les imes belles, les autres fort médiocres; l'une a jusqu'à 15 mètres de haut. Le rempart étant à 30 mètres au moins au-dessus de la route moderne, il avait fallu, le long des rochers, en établir plusieurs étages. Des pièces voûtées existent sur plusieurs : ce sont les dessous des édifices. Il y a un reste de mur assez beau avec des niches pour statues. Dans tout cela , on peut mettre aisément un sanctuaire consacré à Maia, associée sans doute à Mercure.

Plusieurs temples sont autour du Forum. Deux paraissent bien antérieurs à sa reconstruction au premier siècle : l'un, à droite de l'entrée, en venant de la Marina, l'autre, au coin du vicolo délia Catena. Le premier devait être un assez beau morceau. Une colonne corinthienne est en place et elle est loin d'être mauvaise. Il reste à placer un dieu : Apollon ; là pourrait avoir été son temple. Le culte d'Apollon à Terracine est mentionné dans les actes

(1) H. de Yillefosse, Rev, arch*, 1881, t. I, p. 4, et Appendice au tirage à part, p. 16 ; Gerhard, Arch, Zeit,, 1843, Vase de Ganosa. (^) 1. C. i., BuU., 1842, p. 100.

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de saint Gésaire, patron de la ville (1). Il y est dit que chaque année un jeune homme, beau et bien né, se dévouait au dieu. Il était nourri et engraissé comme une victime, au milieu de toutes les voluptés, jusqu'au jour de la fête d*Apollon. Ce jour-là, on le revêtait d'armes magnifiques ; il prenait un cheval et se précipitait, lui et sa monture, du haut du Pesco Montano, — qui, soit dit en passant, est inaccessible. Tout le peuple assistait au sacrifice, puis on brûlait solennellement la victime , et on portait ses cendres au forum, dans le temple, où elles étaient précieusement conservées. Evidemment tout cela est absurde; il en faut néanmoins retenir Texistence suffisamment probable du culte d'Apollon à Anxur.

Du reste, les temples sont nombreux ; mais, à Terracine comme partout, en Tabsence de textes précis, on ne saurait déterminer leur titre. Que sont ceux de S. Silviano, du Monticchio, de VArco di S. Gaterina, du moulin à huile de S. Francesco? Un autre au pied du roc d'Anxur, dont on a trouvé chapiteaux et colonnes derrière les greniers Sogliera, — sans compter ceux qu'on a déjà vus, dont l'attribution n'est pas sûre, sans compter ceux qui n'existent plus , ou qu'on hésite à reconnaître? Le plus ancien de ceux qui subsistent est probablement le petit temple du Yicolo délia Gatena. Il a dû être retouché ; mais ce qu'on voit de son style est d'une date assez reculée, et semble montrer une main grecque et un remarquable talent. On pourrait choisir entre lui et le temple corinthien de l'entrée pour y placer l'Apollon d'Anxur. Mais ce ne sont là qu'hypothèses.

Il faut savoir se contenter et ne pas chercher l'impossible. N'est-ce pas beaucoup , presque sans textes , avec de si pauvres débris, de s'être rendu à peu près compte de ce qu'était l'ancienne Terracine?

(I) Voy. ch. VIII.

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