‹ Terracine; essai d'histoire localeChapitre 29 sur 60 · L. Vipstanius Zeiio · texte numérisé non relu

L. Vipstanius Zeiio

VOCCONIUS.

P. Vocconius Adauctus.

Ainsi , presque plus de vieux noms anxurnates. Les Orcilii et les Gaecilii, les Plavii et les Fundii, les Vibii et les Truttedii, les Favonii, les Gseparii, les Cselii , les Atinii et les Sestii, les Arruntii et les Tuccii, les Aufldii et les Magulnii, les Maianii, les Memmii , les Paconii , les Vergilii et les autres semblent avoir disparu. En revanche, sur la base de la statue figurent des noms qui se datent d'eux-mêmes : quatre C. C. et deux TL Ti. Julii ,

sept Ti. TL Claudii, un T. Flavius et un Arrius. Ajoutons-y les Cocceii connus d^autre part. Voilà des familles qui datent de l'Empire. Toutes les autres, bien cei'tainement, ne sont pas aussi peu anciennes. Il n'est guère probable, bien entendu, que beaucoup descendent des colons de 329 ; mais quelques-uns peuvent être du pays. D'autres ont dû venir, à différentes dates, des cités voisines , des contrées avec qui Terracine est le plus en rapport. Parmi les gentilicia de la liste, certains sont rares, comme Carri^ nas, qui a la physionomie étrusque. L'histoire donne un G. Carrinas. C'est un chef italien qui figure dans Parméc samnite , étrusque et campanienne du jeune Marius. Son fils devient consul on 43 et triomphe on 29 ; puis on n'entend plus parler d'eux. Manneins est peu commun aussi, mais c'est à Rome qu'on le rencontre (1). Scatenius^ ^cilius^ Butronim ne sont pas des plus répandus.

Tout indique donc un renouvellement. C'est qu'on effet de grands travaux s'exécutent à Terracine; une grande activité, pendant plus d'un siècle, règne dans la ville et dans ses environs. Des voies nouvelles sont ouvertes aux communications, au commerce. Tout se transforme, tout renaît. Les empereurs s'intéressent à la contrée, à la cité. Des familles du pays s'honorent par des fondations bienfaisantes ou des travaux d'utilité. Les deux premiers siècles de l'Empire sont l'époque la plus florissante de la Terracine romaine (2).

Auguste, à en croire certains textes, aurait desséché les marais Pontins. C'était un des projets de César ; mais s'il est une chose certaine, c'est qu'on ne l'exécuta pas. Le texte qui le dit n'est que d'Acron (3), commentateur du cinquième siècle; Spedalieri (4) a démontré son erreur. Le nom de Cavo di Auguste est demeuré à un grand travail exécuté dans les terres Pontines. C'est un canal qui joignait les lacs de' Monaci, de Caprolace, de Paola, passait au pied du mont de Circé et venait déboucher dans la mer à la Torre Vittoria. Ce n'est pas le lieu d'étudiei» si ce canal, qui longeait en dedans le cordon littoral de la dune Pontine, avait pour but le dessèchement ou seulement la navigation. Cette étude en-

Ci) Mommsen, 2. fl. iV., 6769.

(2) D'après l'espace habité , la masse des constructions et la grandeur des édifices publics, j'estimerais que Terracine a pu renfermer alors plus de 15,000 âmes, mais difficilement 20,000.

(3) Àd Uor,, ad Pis., 65-66.

(4) Ap. Nicolaï, Bonificamenti délie Terre Pontiru, p. 85.

traînerait à celle iesClostra Romanay d*où il part, du Rio Martino^ et enfin de toute Thistoire des marais Pontins et des tentatives faites pour les dessécher : c'est la matière d'un autre livre. Je remarquerai seulement que le nom , même s'il est ancien , peut désigner un empereur quelconque ; et qu'il est surprenant qu'aucun texte ne parle d'un aussi grand travail. Auguste, s'il avait desséché les marais Pontins, ou seulement essayé de le faire , n'aurait pas manqué de le dire ; or le texte d'Ancyre est muet. Tout au contraire, nous voyons après lui les marais Pontins plus que jamais : Virgile et Lucain les mentionnent ; Silius Italiens parle de leur pestifera uligo ; Juvénal les nomme comme un repaire de brigands ; et toute la suite de l'histoire prouve qu'ils n'ont pas cessé d'exister (1).

Ce que l'on fit dans les premiers temps de l'Empire , ce fut des travaux à l'Appia. Ce furent eux qui donnèrent l'élan à la renaissance de Terracine. C'est dans la ville qu'eut lieu le plus grand , dont le Pesco Montano garde la trace.

A la Porta di Napoli , par laquelle on sort de Terracine pour suivre la route de Naples , entre la mer et la montagne il n'y a que la place de la route. Encore a-t-il fallu la lui faire. J'ai déjà dit et rappelé qu'à l'époque ancienne d'Anxur nul passage n'existait sur la côte, et que le pied du Pesco Montano plongeait directement dans les eaux. Or il est constant qu'à l'époque impériale, l'Appia prit cette direction : la route moderne qui la remplace passe par le chemin qui lui fut ouvert. Sur une hauteur de 125 pieds et sur une largeur de 135, le Pesco Montano a été tranché ; un immense morceau de rocher d'au moins 13,500 mètres cubes a été enlevé. Bien plus , à gauche du passage ainsi ouvert , la montagne a encore été taillée pour créer une espèce de place , et un petit sanctuaire fut creusé dans son flanc : cette seconde partie du travail a dû nécessiter l'enlèvement d'un cube de pierre double du premier. La route , le long d'une corniche taillée à quelques mètres au-dessus de la mer , suivit cette direction nouvelle.

Pour atteindre jusqu'aux Lautulse, il fallut, pendant près de deux milles , tailler le pied de la montagne et renouveler sur ses rochers la tranchée du Pesco Montano. A la Torre Gregoriana , à TAcqua Santa, se voient des travaux de ce genre. Dans les endroits où la montagne descendait en pente assez douce au-dessus

(l) SU. Ital., VIII, 379; Juv., III, 307.

104 TBRRAGINE.

d'une petite plage ^ la route ^ portée sur un soubassement en fort belle maçonnerie, munie d'un parapet réticulé et pavée en une belle lave grise, se borda rapidement de tombeaux. Gomme la route moderne est plus haute et plus adossée contrer le mont, on voit tous les détails de Tancienne. De beaux égoûts la traversaient en dessous, emportant les eaux de la montagne. Sur les dernières pentes de celle-ci, dès que Tespace devient un peu plus largo, des habitations se retrouvent; on voit des ruines jusqu'aux Lautuls. La route entre dans ce défilé au pied de la Piazza dei Paladini, juste au-dessous, en bas de la pente. Elle continue ensuite, parallèle à l'émissaire du Canneto, qui sort du lac de Fondi, environné, bien entendu , de ruines. Au Canneto , par exemple , existait un magasin de poteries : on y a trouvé récemment plusieurs centaines d'amphores neuves , classées par catégories dans le sable même de la dune ; un bâtiment existait tout auprès et aussi quelques sépultures. Mais la plus importante de ces ruines est au Casino Sanguigni : ce sont les restes d'une grande maison avec de fort belles citernes. D'autres encore concourent à montrer que les excellentes terres situées entre la vieille route et la neuve, au pied des monts, étaient, sous l'Empire, habitées et mises sérieusement en valeur. Un temple, à gauche de l'Appia, a laissé son plan sur le terrain ; des constructions assez nombreuses flanquent à droite la route d'en haut.

C'est aux environs de la Torre del Pesce que les deux routes se réunissent. A 75 mètres du point précis de jonction, oa avait construit un siège circulaire, dont la moitié est encore presque intacte , et qui Tétait tout il y a trente ans. Tout entier en belles pierres de taille , il présentait , à droite et à gauche de la route , deux parties en arc de cercle de 20 mètres de corde environ. Un gradin et au-dessus un banc étaient ménagés dans chacune ; la hauteur du mur atteignait 4 mètres. C'était un ouvrage fort beau. Ainsi ceux qui, venant de Fondi, voulaient passer par la route supérieure, avaient là un lieu de repos avant d'attaquer la longue rampe ; celle-ci finie , ils en trouvaient un autre à la Piazza dei Paladini. Ceux qui suivaient la route d'en bas passaient au Canneto di Campagna , et , côtoyant le golfe d'Amyclae , faisaient le tour du S. Angelo. Dans les parties rocheuses où la route avait dû se tailler un passage , sa corniche était creusée dans le roc de manière qu'un parapet naturel la défendit des coups de mer. Une maçonnerie très massive suppléait aux irrégularités , aux interruptions de ce rempart.

Ainsi , à l'époque impériale , on put, sans grimper à Anxur,

sans gravir le S. Angelo, aller à Fundi par TAppia, et ne pas rencontrer de fortes rampes. La voie nouvelle, partie du carrefour des Thermes, qui devint alors une belle place pavée en dalles comme celles de la route, contourna la colline d'Anxur, passant au pied. On Ty retrouve sous Téglise d'en bas, sous le palais Lepri, sous le bâtiment Pellegrini. Elle gagnait ainsi le Pesco Montano. La tranchée de ce rocher bizarre est une belle œuvre, bien exécutée. Outre la grandeur du travail , on admire sa perfection. Les Romains n'ayant pas de mines , tout a été enlevé au pic. La roche est dure, et tous les coups s'y voient comme s'ils dataient d*hier. Mais la paroi est lisse et unie , toute proportion gardée , comme une pierre de taille parée à la boucharde.

Ce travail du Pesco Montano a fait l'admiration de tous les siècles. Peruzzi, Sangallo Tout dessiné. Accurse (1) et Mongez(2) ont étudié, au point de vue des mesures romaines, les cotes, d'ailleurs peu exactes, qui sont gravées sur la paroi. Pour nous, il est surtout précieux en ce qu'il date tout l'ouvrage. Les chiffres des cotes, gravés dans de grands cartouches de dix en dix pieds, sont en caractères magnifiques, du premier siècle de l'Empire sûrement. Contemporaines du travail dont elles^ conservent les mesures, ces cotes ne permettent pas d'admettre, comme l'ont voulu certains auteurs , que la voie nouvelle date de la censure de Caton l'Ancien et de h. Valerius Flaccus,îl84 avant J.-C. « Valerius Flaccus , dit Tite-Live (3) , fit un mole ad Neptunias aquas pour ouvrir un passage au public , et une route per For^ mianum montem. » On a voulu voir dans le premier travail la route même qui nous occupe, et dans le second le passage par où l'Appia, au sortir de Fondi, gravit le Monte S. Andréa. C'est ailleurs que je discuterai l'identification de ces ouvrages. Il suffit ici de noter que l'Appia a dû, de tout temps, passer par le S. Andréa , parce qu'il n'y a pas d'autre place , et que, la tranchée du Pesco Montano étant de deux siècles postérieure, il faut chercher ailleurs les Neptuniss aqux de Tite-Live. L'erreur est venue de ce qu'une source, située en effet dans ces parages, s'appelait NeptU" nius forts. Elle n'est pas plus les Aqum Neptunix que le Monte S. Andréa, situé entre- Fondi et Itri, n'a jamais été le mont de Formies. Suivant toute apparence, la route de Flaccus était une

(1) Voy. C. 1. L., X, p. 398.

(2) Acad, des inscr, et beUes-lettres f 1813, Analyse d'un mémoire de Mongez par Ginguené, p. 336.

(3) Llv., XXXIX, 41,44.

106 TBRRACINE.

route littorale, et ce sont peut-être ses restes que Ton trouve dans le Salto di Fondi (1).

Le nouveau tracé de TAppia, si favorable à Terracine, est l'œuvre des premiers empereurs. Quand on visite, à Sperlonga (12 milles à TEst le long de la plage), les Speluncœ dont une des grottes et le parc entier se reconnaissent, on songe naturellement à Tibère, à qui ses voyages de villégiature devaient faire maudire la vieille route et le passage du S. Angelo. Terracine a de lui des souvenirs (2). Avec la voie nouvelle disparut Tun des inconvénients de TAppia; c'était encore bien assez des marais Pontins, qu'on franchissait le plus souvent par le canal, non par la chaussée (3).

Nerva commença, Trajan finit sa restauration dans ce parcours (4). Le travail eut pour point de départ l'entrée même dans le bassin Pontin (5). Depuis longtemps, de proche en proche, la voie avait été pavée. Seul le trajet des marins Pontins n'avait que l'antique glarea, les ingénieurs ayant sans doute eu peur de rendre la chaussée trop pesante. Mais on n'eut plus la même crainte, et à partir de Treponti la glarea fit place au silex, c'est-àdire à la lave noire prise aux cratères des monts Albains (6). Au Forum d'Appius commençait ce qu'on appelait le Decennovium, les dix-neuf milles flanqués par le canal. Tout fut refait dans cette section. La route, dominant le marais sur un soubassement massif, laissant passer les fleuves par des ponts de proportions majestueuses, comme le Tripontium, le Ponte Maggiore et le beau pont sur le NymphîBus, reçut un fort dallage en lave et des trottoirs en calcaire blanc. On la voit telle pendant trois milles, de Féronie au carrefour des Thermes. Dans la Palude , elle a fait place à la route nouvelle de Pie VL Mais presque tous ses milliaires existent et mentionnent les deux empereurs (7). Les travaux d'art, les pontjs, portent leurs signatures (8); on voit que Trajan fit tout à ses frais (9). Enfin un dernier souvenir est le

(l) Diego et Pasqualc Monctti, Viaggio neW Ausonia f:uUe tracce delta via Flacca, Gaëte, 1859.

(î) Suet., Tih., 39; Tac, Ann., IV, 59.

(3) Strab., V, 3. § 6.

tombeau d'un affranchi de Nerva , qui s'était établi à Terracine sans doute à l'occasion des travaux, et y fit faire, de son vivant, un sépulcre pour lui et les siens (1).

La grande voie ainsi rétablie rendit la vie à Terracine. Alors, comme Porphyrion le raconte (2), la ville descendit de son rocher et s'étendit dans les Arène. Un grand quartier se développa dans cette partie plane et commode. Aujourd'hui peu de constructions s'aperçoivent au-dessus du sol ; pour élever le Borgo délia Marina on a à peu près fait table rase; mais dès qu'on creuse, on trouve leurs débris. Le canal dit de Navigation , qui suit la route faite par Pie VI , a coupé les maisons et les rues de ce quartier antique. Les débris s'en voient le long des berges , lavés par Teau , et dégagés aussi bien que par une fouille. Presque tout est de l'âge des Antonins. Le plan général se reconnaît en prolongeant les alignements qu'on distingue. Le quartier, traversé par l'Appia et par une grande rue partant d'elle, en présentait d'autres parallèles à la plage. Une place sans doute avoisinait celle-ci, bien en arrière de la présente, et un mur en marquait la limite, passant au milieu de la place d'aujourd'hui.

Des monuments ou privés ou publics s'élevaient dans cette ville nouvelle; c'était le quartier à la mode, celui des belles et luxueuses maisons. Au pied même du S. Angelo, entre le Pesco Montano et la Gava délia Catena , se voient des ruines considérables. De grandes bâtisses à plusieurs étages, d'énormes piscines limaires, une vaste cour entourée d'édifices, des jardins, des bâtiments en terrasse s'y reconnaissent au jardin Giansanti. Un aqueduc^ descend de la montagne avec la pente d'une cascade, portant les eaux on ne sait d'où ; cette puissance de chute devait servir à un jet d'eau monumental. Ce coin de terre si tourmenté, en plein midi au pied des rochers blancs, en face de la mer bleue, est une retraite d'une rare beauté. Les alignements du reste du quartier dépassaient le canal actuel et s'allongeaient dans les Arène ^ pleines d'habitations détachées et de constructions de tout genre. Des bains assez considérables, dont le tepidarium est intact, s'élevaient dans cette région et y couvrent un long espace. Ils recevaient l'eau par une belle conduite, que le canal coupe aujourd'hui. Des temples , un théâtre , un lupanar existaient dans le voisinage ; et le quartier se prolongeait encore jusqu'aux environs des Thermes anciennes. La population s'était portée Ih ; une ville

(1) C. I. I., X, 6356; Mél. Ec. fr., 1. 1, p. 41.

(2) Ad Hor. Sat., I, 5, v. 25,

108 TERRAGINE.

nouvelle s'y créa dans les deux premiers siècles de TEmpire. Les Césars lui ayaient donné une route , les Ântonins lui rendirent un port.

Il semblait, en effet, naturel que Terracine, remise on communication rapide et facile avec Rome , redevînt , comme au temps jadis, un des ports de la capitale. Le rétablissement de son bassin était une conséquence naturelle du remaniement de sa route ; et pourtant ce fut le dernier des grands travaux que Ton exécuta. Un mot de Gapitolin Tattribue à Antonin (1), la tradition locale à Trajan. Il est très certain que Trajan a fait des travaux à la Marina : un joli fragment de bas-relief, trouvé dans cette partie de la ville , le représente y présidant (2). Mais ces travaux , dont ce que Ton voit paraît la construction d'une tour, peuvent être autres que ceux du port. C'est bien toutefois aux Antonins qu'appartient l'honneur de l'ouvrage. Le bassin, curé et recreusé, redevint praticable et sûr ; les sables qui en furent retirés forment la colline du Montone. Sur le mole ancien retaillé, réparé , s'élevèrent des constructions nouvelles. Les deux têtes sur lapasse furent refaites : l'une portait un temple, l'autre un phare. Terracine se retrouva dotée du plus grand élément de sa prospérité.

Elle avait , au siècle précédent , couru un danger assez grave. En 69 , Lorsque Vitellius , réduit bientôt à combattre dans Rome Sabinus et Domitien , ne possédait plus au dehors que les routes de Narnia à Terracine, cette dernière ville fut occupée par Claudius Apollinaris et Claudius Julianus (3). Le premier, préfet de la flotte de Misène, en amenait les rameurs révoltés; le second avait des gladiateurs que Vitellius lui avait donnés , en même temps qu'une cohorte urbaine , pour comprimer cette même révolte. En apprenant leur défection, Vitellius envoie contre eux son frère, qui vient camper auprès de Féronie, avec six cohortes et cinq cents cavaliers. La place était tellement forte qu'elle eût pu mépriser ses efforts, bien qu'il menaçât de la détruire, si elle eût été défendue ; mais Julianus et Apollinaris ne songeaient qu'à se divertir et laissaient leurs hommes faire de même. On ne se gardait point et les murs n'avaient même pas de sentinelles. Bientôt l'esclave d'un Verginius Capito , qui se trouvait enfermé dans la

(1) But. Aug., J. Gapit., Ant. P., 8.

(2) MéU Ec. fr,, t. I, pi. XII. Ce bas-relief a été aussi décrit par M. Hûbner, en 1856 (/. C. A. BulL, p. 136-138), mais à la hâte et avec peu d'exactitude. Voy. le ch. suiv.

(3) Tac, H., m, 57, .58.

place , s'échappe et ofFi-e à Vitellius de la lui mettre entre les mains ; à la nuit noire , guidées par lui , quelquesJîcohortes gravissent le diverticulum de la vieille route, tournent la citadelle et donnent Tassant sans que personne attendît leur attaque. En* un instant la confusion , le désarroi , la panique sont au comble. Quelques gladiateurs se font tuer; tout le reste, préfet, rameurs, soldats, se précipite d'Anxur vers la plage sur laquelle étaient tirés les vaisseaux. Six liburnes s'échappent, emportant Apollonaris. D'autres, à peine mises à la mer, sombrent surchargées de fuyards. Le reste est pris. L. Vitellius et, dit-on, aussi Triaria sa femme, qui vint à l'assaut l'épée au côté, font un carnage de cette multitude et des habitants pêle-mêle. Julianus, pris, est mis à mort , et les cohortes vitelliennes s'établissent solidement dans la place (1). Mais il fallut bientôt se rendre quand on sut que l'empereur était mort et Vespasien victorieux. Terracine, qui avait souffert un siège et une prise d'assaut pour sa cause, n'en reçut d'autre récompense que le supplice du pauvre diable qui l'avait hvrée à l'ennemi (2).

Heureusement tous les empereurs ne furent pas indiflFérents pour elle. Galba, sans doute, qui y était né, aurait, malgré son avarice, fait quelque chose pour sa patrie. Domitien semble s'y être plu. Tout porte à croire qu'il y eut une villa; Martial, son poète, semble le dire (3). C'était peut-être celle des Sulpicii Galbae. Mais c'est surtout à Auguste, Tibère, Trajan, Antonin^ que Terracine montra sa reconnaissance. Auguste, avec la déesse Rome , eut de son vivant un temple au Forum ; Tibère et Livie , tout auprès , eurent aussi un monument qui fut entretenu , restauré dans la suite; Trajan, outre l'élégant édifice d'où provient le bas-relief que j'ai dit, avait sa statue au forum. C'est lui qui fut surtout le grand bienfaiteur de la ville. 11 restaura l'Appia^ fit peut-être le projet du port , et enfin dota le pays d'une institution alimentaire.

La base de sa statue au forum, — * datée d'avant l'année 103, puisqu'il n'y est pas encore Dadcus, —porte sur ses deux faces latérales deux bas-reliefs d'un extrême intérêt. Sur l'un, un personnage en toge, qui pourrait être le quxstor alimentûriui repré-

(1) Tac, Ann., III, 76,77.

(2) Tac, Ann,^ IV, 3. — Longtemps auparavant , la même ville avait vu un spectacle touchant. C'est là qu'Agrippine l'ancienne , rapportant les cendres de Germanicus, rencontra Drusus venant au-devant d'elle et les premiers person* nages de l'Empire. Tac, Ann*^ III, 2.

(3) Mart. Ep., 1,5, V. 6;

110 TERRAGINE.

sentant le prince fondateur, est debout tenant un sceptre, et prend par la main un jeune homme. Sur l'autre, le même personnage tend la main à une jeune fille. Ces bas-reliefs ont leur place marquée dans la série trop courte des monuments figurés des alimenta. Il faudra les mettre à côté de celui où Faustine la jeune, entourée des puellx Faustinianx, verse du grain dans le pli de leurs robes (1). .

Hadrien fut aussi honoré sur le territoire de Terracine, ou du moins par des Terracinais. Sur l'ancienne route des Volsques, non loin des ruines dites Thermes de Mécène, au pied des montagnes de Setia, existait un sanctuaire de Jupiter Anxur. Deux femmes, Geminia Myrtis, et sa fille Anicia Prisca, y firent ajouter une belle salle, dont la dédicace fut faite en Thonneur d'un voyage d'Hadrien et pour son heureux retour. Dans cet édifice les fidèles , « cuUores Jovis Axorani , » devaient à perpétuité célébrer Vepulum en mémoire du mari de Myrtis, M. Anicius Priscus(2). Déjà , au forum d'Appius, les deux mêmes femmes avaient élevé un templeàla déesse Bellone pour le salut de Trajan, àleurs frais(3).

Les libéralités de gens riches étaient fréquentes dans ces temps-là. Les grandes familles de Terracine ont fait pour elle autant que les empereurs.

Trajan , dans l'œuvre de bienfaisance que les bas-reliefs de sa statue reproduisent, avait été précédé par. une femme dont il ne fit peut-être que reprendre, assurer, compléter le bienfait. Caelia Macrina, d'une famille déjà ancienne et grande à Terracine, ayant perdu son fils Macer, voulut en consacrer la mémoire par une fondation charitable (4). En conséquence , dans son testa-

(1) Zoega, Baisiril.t I, p. 154 et suiv»; fienzen , Tàb» alim, Bab. , L C, A,^ A. 1844 , p. 20.

(4) /. C. il., Bull. 1839, p. 153; C /. L, X, 6328 : CAELIA * C • F *

MAcRINa EX testXMENTO US Ccc FIERI IVSSIT • IN • CVIVS • ORNATVM | ET * TV/eLAM HS// RELIQùID • EA* DEM • IN MEMORIAm MACRI • FILI • SVI • TARRICI- NENSIBVS I ft& • I3ci ReliQyiD * VT • EX • REDITV • El VS ' PECVNIAE DARENTVR * CENfVM • PVERIS • ALIMEN- TORM NOMINE • SING | MENSIBus • siNG • PVERIS • CO- LONIS • ^ • V • PVELLIS COLONIS SiNG • IN • MENS * SING • * IIII • PVERIS VSQ ' AD • ANNOS • XVI • PVEL- LIS I usq • ad ANNOS • XIIII • ITA • VT • SEMPER • C •

ment, elle légua un million de sesterces placés à 4 ^/s pour cent. Le revenu devait être employé à donner les alimenta à cent garçons et cent filles du pays, à raison, pour les premiers, de cinq deniers par mois, et pour les secondes, de quatre. Les garçons devaient être pensionnés jusqu*à seize ans, les filles jusqu'à quatorze, et remplacés au fur et à mesure, le nombre demeurant toujours au complet. L'inscription mentionnant le bienfait était gravée dans un monument élevé par la bienfaitrice ; il avait coûté 300,000 sesterces, et elle légua pour son entretien une somme considérable. Il est possible que cette construction, située au cœur du quartier neuf, derrière le Semicircolo moderne, fût un orphelinat recevant sinon tous les enfants, au moins une partie. Caelia, pour assurer la durée de son œuvre, ne légua pas, comme Pline le Jeune à Côme, une terre grevée de cette servitude. Elle versa à la caisse communale, confiant ainsi à la cité et la gestion de son legs et la direction de son œuvre. Et c'est ainsi que la mémoire de son deuil et de sa charité a été respectée par le temps.

La générosité des gen,s riches se montrait de bien des manières, mais surtout par des bâtiments. Deux Terracinais, père et fils, T. T. Memmii Rufi, dotèrent la ville d'un amphithéâtre (1) : les ruines s'en voient dans les Arène; ses dimensions sont modestes : l'arène avait cent cinquante mètres. Une autre, Pompeia -frebuUa, fit un legs de 100,000 sesterces pour reconstruire un monument élevé à Tibère et Livie par M. Junius Proculus, probablement un de ses ancêtres (2). Mais le plus grand et le plus beau travail, celui qui contribua le plus à transformer la vieille Anxur, datait de l'époque d'Auguste. A. ^milius , homme fort riche et certainement d'une grande position , puisque Setia l'avait pris pour patron et lui éleva une statue (3), avait doté Terracine d'un forum.

On a vu quel était , de sa nature , le sol inégal et montueux d* Anxur. Quelques travaux avaient dû être faits pour obtenir des esplanades, particulièrement devant le temple où devait être l'ancien forum, ^milius transforma tout. Une place artificielle fut créée sur des voûtes formant quatre travées, et dallée en beaux grands rectangles de calcaire blanc du pays. Décorée de porti-

PVERI C • PVELLAE * PER • SVGCESSIONES ' ACGN

PIANT.

112 TBBBAGDIB.

ques f ayant vue sur la plaine et la mer , elle communiquait par des montées avec le quartier supérieur et le temple de Jupiter Ânxur. Des monuments, groupes et statues, Tornërent, et là s'éleva un temple dédié à Rome et à Auguste. L'ancienne Âppia, devenue seulement la grande rue de la ville d'en haut , suivit le flanc du nouveau forum , et en sortit sous un arc de triomphe montant, au pied du monument de Livie, vers la porte de S. Francesco. En face était une basilique, et entre deux une entrée nouvelle ménagée dans l'enceinte d'Ânxur. Les vieux murs , rasés à la hauteur d'un parapet de promenade , furent ouverts ; on rapporta des terres , et l'on créa une rampe que remplace celle de ï'Ânnunziata aujourd'hui. Cette rampe se terminait, à l'entrée appelée au moyen âge (et peut-être dès lors) Porta Albina^ par six degrés , chacun de plusieurs marches , qui donnaient accès au forum. Ainsi Anxur, complètement transformée, dotée d'une place, de temples, de portiques, d'édifices de tout genre nouveaux, cessa de regarder vers la Valle, et se tourna vers les Arène où se bâtis^sait un quartier, vers ht route neuve qui lui ramenait la vie, vers la plage où allait renaître son port.

Tous ces grands travaux, certainement, ne sont pas l'œuvre d'iBmilius. 11 leur donna leur place et leur cadre , remaniant la vieille Anxur, et créant le forum qu'ils entourent. Celui-ci est sûrement son œuvre, car il l'a signé dans le dallage en lettres de 0«,14 (1). Le temple de Rome et d'Auguste fut fait par lui et à ses frais (2). Quant au reste , on ne saurait dire si quelque chose encore date de lui. Probablement des travaux de cette taille; faits par la ville ou par des citoyens, auront demandé de longues années. Ils se firent tous l'un après l'autre, dans le siècle et demi qui vit en même temps les grands travaux dans les Arène.

Terracine, ainsi rajeunie, pouvait paraître un assez beau séjour* Les poètes la vantent. Martial fait l'éloge de ses eaux , de ses bains (3). Outre la mer et sa plage , qui est belle> elle avait des eaux minérales. Tout le long de la tranchée , du Pesco Montano au Canneto , sourdent , soit sur la grève étroite , soit dans les rochers , soit en mer , des sources d'eau plus ou moins chargée de principes minéraux bienfaisants. L'Acqua Sulfurea> dont les Terracinais font un usage continuel ; l'Acqua Ferrata , près de la Torre Gregoriana, une foule d'autres petites veines s'échappent

(3) V, 1. V. 6; X, 51, v. 8; VI, 42, v. 6,

LBS CÉSARS ET LBS ANTONINS. 113

du S. Ângelo. Certaines ruines , le long de la route , ont pu être des établissements faits pour remploi de ces sources. L'une d'elles était arsenicale. Vitruve (1) semble même affirmer qu'elle le fut à un degré bien rare : elle aurait empoisonné les gens , et les anciens l'auraient bouchée. Quoi qu'il en soit , elle avait reparu; mais sa mauvaise réputation effraya tant le Municipe qu'on la combla en 1839. Elle s'est détournée maintenant, frayé un nouveau chemin dans les roches et transportée on ne sait où. On fit là sans doute une sottise. Dans ce pays de cachexie palustre et d'anémie universelle,.c'était la santé qui coulait à la porte même de la ville. Le point précis est à cinquante pas en dehors de la Porta di Napoli , à droite de la route , dans les pierres. C'était le Neptunius fons des anciens. •

L'eau douce est rare au pied des Lepini ; les sources sont toutes plus ou moins saumâtres. De grands travaux, à Terracine, avaient été faits pour en avoir. J'ai parlé de l'aqueduc de Féronie, de celui des Bains , de celui du jardin Giansanti ; d'autres conduits ont été trouvés partout où des fouilles se sont faites dans le quartier de la Marina. Les conserves d'eau sont nombreuses : il y en a à peu près partout. De grandes et belles sont à S. Francesco, à la Maddalena , mais surtout à l'ancien cimetière. Sa chapelle est construite sur trois vastes réservoirs à plafond voûté, longs de 48 mètres , hauts de 7 et larges de 5 , qui , remplis seulement à moitié, eussent contenu deux millions de litres. De positions aussi élevées , il était aisé de distribuer l'eau dans toutes les parties de la ville. Pourtant , ni l'eau de Féronie , ni celle du Fico , ni de celle des réservoirs, ni celle de la Fontana Vecchia, ni celle de l'aqueduc de la Fiora ne suffisaient encore , parait-il. On entreprit , pour s'en procurer d'autre, un travail immense et coûteux.

Les sources de S. Lorenzo , situées au fond des Lepini dans la haute vallée de l'Amaseno , furent celles que l'on choisit. Un aqueduc de 35 milles de long, suivant tous les replis des montagnes, partit du point où elles jaillissent , prit la vallée de l'Amasenus, passa tout le long de la route ancienne, en vue de Priver num, puis des marais Pontins, sur le flanc abrupt des montagnes, contourna le Monte Leano au-dessus du temple de Féronie, fit le tour entier de la Valle et vint aboutir à Anxur au pied du Château , par derrière. Le travail en est assez beau , quoique simple. Un specibs maçonné serpente le long du flanc des montagnes, présentant de distance en distance des vannes, des regards fort bien faits

(1) Vitr., VIII.S,

114 TBRRilGINE.

en un mot tout ce qu'on s'attend à trouver en semblable occurrence. Au [passage de? vallées ou des gorges , des ponts d'une ou plusieurs arcades, tantôt très hauts, tantôt fort bas, s'élèvent, construits en bonnes briques sur des culées en pierres de taille. Le tracé se suit à peu près partout. Les beaux morceaux sont le dernier pont, au pied môme des murs de la ville, une série d'arches à Salissano, dont l'une porte un phallus à la clé de voûte, le pont de la Fiora , d'une seule arche , dit Ponte del Diavolo, et presque tous ceux du parcours au delà des Marutti. On a Ifeu malheureusement de douter que les eaux de S. Lorenzo aient jamais pris ce chemin et gagné Terracine. Le specus^ en effet, paraît n'avoir jamais été terminé. Auprès de Terracine , par exemple , on le suit jusqu'à S. Domenico, où il est creusé dans la roche ; mais là, derrière le couvent, il s'arrête, le roc est intact. De même, au pont de Camilla, au bout de 3 mètres de chemin , ébauché dans la roche , il est interrompu brusquement. Enfin , quand on l'examina', lors des études de la conduite nouvelle, on crut reconnaître que des erreurs dans le nivellement avaient rendu le travail inutile. Il est visible néanmoins que des eaux ont passé ou séjourné dans l'aqueduc , au moins dans certaines parties du tracé , à Salissano par exemple , et Prony le fait passer, sans solution de continuité, sous les bâtiments de S. Domenico pour s'enfoncer dans la colline d'Anxur au pied du château (1). Il est d'ailleurs difficile de dater la construction de ce gros ouvrage ; on a pu s'y prendre à deux fois ; mais il semble , en somme, appartenir à une bonne époque de l'Empire.

Les anciens échouaient fréquemment dans leurs opérations hydrauliques. Cela arrive quelquefois aux modernes. Néron eut un de ces insuccès qui nuisit fort à Terracine. Voulant faire un canal littoral du lac Averne au Cavo d'AugustOy il donna dans les marais de Fundi et inonda toute cette plaine. Les meilleurs crus de cécubo disparurent, et de ce vin longtemps célèbre il ne resta bientôt plus que le nom (2).

Pendant la période impériale, Terracine eut d'illustres patrons, des habitants considérables. Quant aux grands hommes qu'elle aurait produits , Contatori lui attribue Frontin et Helvidius Priscus. Mais il faut renoncer au premier, le tuyau de plomb qui le mentionne étant une invention pure et simple (voy. plus haut). Le second est plus que douteux : autrefois , dans le passage de

(1) Prony, Marais Pantins ^ Atlas, pi. 17.

(2) Plin., B. N., XIV, 61 ; Suet., Ner., 31.

Tacite qui nomme son père naturel (J), on Corrigeait « Tarracinse municipio » en a Tarentino municipio (2), » le texte étant tout corrompu et Terracine étant une colonie ; aujourd'hui on lit « Cara^ einse^ » et Terracine est hors de cause. Pourtant le centurion Cluvius,quidonnale jour aufameux philosophe, a un nomcampanien, qui se ti*ouve surtout à Caudium et à Pouzzoles. Si Terracine a été la patrie de personnages importants, nul n'a pris soin d'en informer l'histoire. Elle avait cependant des familles capables d'arriver aux honneurs. Ses ^milii, ses Memmii, ses Cselii étaient au moins de l'ordre équestre ; les Vibii ne faisaient que disparaître ; les Favonii duraient peut-être encore. La parenté de ces gentes illustres ne pouvait pas être dans la boue ; des familles moins connues de nous pouvaient être du même rang ou y atteindre. Une inscription fait voir un Paccius au premier pas de la carrière sénatoriale, dans le XXvirat (3). Une autre montre un Octavius , préfet d'une flotte , peut-être celle de Misène , et oncle d'une clarissima femina^ qui semble bien terracinaise (4). Luimême peut être étranger, car il a été dans sa ville natale édile, préteur, puis Ilvir, et l'on ne sait pas si le second de ces titres a existé à Terracine. Un autre préfet de la flotte de Misène , plus célèbre, est un affranchi (5). C'est Ti. Julius Optatus Pontianus, afl^ranchi de Tibère , connu par un diplôme militaire (6) et pour avoir acclimaté le scare sur les rivages du Latium (7). Son flls Ti. Julius Optatus lui élève une statue dans la ville. Mais ces libertini chevaliers n'habitaient pas à Terracine ; bien que le second fût Ilvir, il est inscrit dans la tribu Fabia. Peut-être d'autres chevaliers vinrent-ils y faire leur résidence, dans la personne d'un tribun légionnaire , Ti. Flavius Claudianus et des siens : originaire d'^mona (Layba-ch) , il dédie ici un autel a genio familix sux(8). » Enfin, une inscription mentionne un autre tribun légionnaire, C. Julius, patron de la cité (9).

Mais tous ces gens, même les préfets de la flotte, sont de bien petits personnages auprès de deux patrons, le père et le flls, auxquels la

(1) Tac, BisU, IV, 5.

(2) Codd. : Vatic, Tarentum; Farnes. , Tarentinx. Madvig, Tarecinœ.

(6)C. /. I., III, n. I, p. 844.

(7) Plin., H,ff., IX, 17.62.

1 1 6 TBRRAGINE.

cité élève une statue (1). Ce sont Q. Pompeius Falco et Q. Pompeius Sosius Prisons, tous deux consuls, le second en 169. Le premier, rhôte d*Antonin,ranii d'Adrien et de Pline, avait épousé Sosia , flUe de Q. Sosius Senecio , deux fois consul , l'ami et le compatriote de Plutarque, petite-fiUe de Frontin. C'étaient les plus grands seigneurs de l'Empire. De grands biens en Italie, en Grèce , en Numidie , les plus hautes charges de l'Etat et l'amitié des empereurs en faisaient de très hauts personnages. Terracine, en bonne compagnie de cités et de particuliers, figurait dans leur clientèle : elle éleva à chacun d'eux une statue avant 169.

Parmi les curateurs que reçut la cité terracinaise, — dont, sans doute, l'administration, les finances, au milieu de ce grand mouvement, appelèrent la main souveraine, — un est connu du temps des Antonins. C'est un consul devenu bien célèbre par un mémoire fameux de Borghesi, L. Burbuleius Optatus Ligarianus (2). Sous Hadrieu , il fut curateur d'Ancone , Narbonne et Terracine.

Ainsi on ne saurait reconstruire , à aucun moment de son histoire, l'ordo, la noblesse, le livre d'or de Terracine. Aucune inscription n'a donné son album. Mais on connaît, pour cette époque, la plus belle de son existence , les empereurs qui se sont occupés d'elle , les grands personnages qui lui furent unis , plusieurs de ses patrons, et sans doute les principaux de ses citoyens. Sa vie à peu près tout entière se découvre assez bien aux regards.

On y suit même le mouvement religieux qui se fait alors daiis l'Empire. Le nom des temples cités plus haut a montré les cultes publics : Jupiter Anxur, Féronie, Maia et Mercure, Apollon, Rome et Auguste , Vénus au port. Des monuments* privés montrent encore celui de la Santé (3), de tous les dieux ensemble (4) ; on a déjà vu ceux de Diane, de la Pudicité, de Silvain. Mais à côté de ces dieux des vieux âges, les nouvelles divinités sont venues , les cultes orientaux ont leur place. Une femme consacre à Isis, dans un lieu donné par la ville, une statue en pierre de Memphis ornée d'un collier d'argent (5). A la fin du second siècle, les Asiatiques décèlent leur présence. Une famille de Lycaoniens a sa sépulture au Ritiro (6), et Jupiter Dolichenus, patron des

(2) C. /. £., X, 6006; Borghesi, Op., IV, pp. 103-178.

empereurs syriens, a un prêtre, Marcus Barsemias, dont le nom dit assez la patrie. Du reste, il y a près de deux siècles qu'un autre Syrien est passé par la ville, prisonnier, se rendant à Rome sous la garde d'un centurion. Une foi nouvelle, plus puissante, a germé sous les pas de TApôtre, et depuis le passage de Paul, Terracine possède des chrétiens.

Page 1