‹ Terracine; essai d'histoire localeChapitre 30 sur 60 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La ville après les Antonins. Ville haute et ville basse. L'Appia neuve , la Severiana , la rue du Port. Quartier de la Marina. L*édifice de Cslia Macrina , Tédicule de Tra^an , Tamphithéâtre , les bains , autres monuments. Description et restitution du port. L'Appia ancienne, Porta Maja, temples à S. Francesco. Description et restitution du Forum, les dessins de B. Peruzzi. La place , les voûtes , le soubassement. Palais et basilique. Le temple de Rome et d'Auguste. Les deux temples au forum. L'arc de triomphe, la chapelle de Tibère et Livie. La montée de Porta Albina. Portiques et statues. L'art à Terracine : C. Postumius Pollion et son œuvre ; la technique. Nombreux tombeaux , TEpitafio. Sculptures : le bas-relief de Trajan, la tète de Féronie, le Sophocle Antonelli. Splendeur relative de Terracine, et caractère éphémère de cette splendeur.

On vient de voir de grands travaux transformer complètement Terracine. Je voudrais la montrer après eux. L*étude détaillée des ruines m*a permis d'en restituer plusieurs ; les plans et cartes montreront le reste.

En les voyant, on s'étonnera moins des mots de grand, d'important , de beau qu'on a rencontrés dans ces pages. Il ne s'agit ici ni du Panthéon, ni des temples de Sélinonte. Terracine est une petite cité. Elle n'a pas eu, comme Préneste, la chance qu'un culte très célèbre fît travailler pour elle les empereurs. Mais on voudra bien se rappeler que ceci est une étude locale, et que plus l'horizon est borné, plus les objets valent et grandissent. Derrière Terracine on verra les terres Pontines, l'Italie, l'Empire. Enfin, au point de vue de l'art, j'espère montrer que les Terracinais n'avaient manqué ni do goût ni d'idées. Disposant d'un décor naturel à la fois singulier et beau , ils en avaient tiré pai'ti d'une manière très satisfaisante.

Au troisième siècle , Terracine formait deux quartiers , la ville

LA VILl^E TRANSFORMÉE. 119

haute et la ville basse , sans compter trois ou quatre hameaux dans la Valle , et une foule de constructions le long de la Via Appia, du lac de Fundi à la ville et de celle-ci à Féronie.

Il faudrait une carte détaillée pour indiquer la position des ruines aux environs de la ville : il y en a partout , et partout on en trouve si Ton creuse. Le plan PI. II donne tous les restes antiques apparents dans la ville et autour. Grâce à lui on peut se rendre compte de ce qu'elle était autrefois.

L'Âppia nouvelle divisait la ville basse en deux parties fort inégjales : Tune, adossée au roc d'Ânxur et au Monte S. Ângelo ; l'autre, s'étendant librement dans les Arène y traversée par de grandes rues et, depuis Septime Sévère , par la Via Severiana.

A gauche de TAppia, le long du mont d'Anxur, étaient des constructions en terrasse, s'élevant jusqu'à la Porta Maja : M. Capponi y a reconnu des thermes, avec leurs conduits , leurs couloirs. Leur structure est assez mauvaise ; ce sont sans doute celles qui brûlèrent et furent refaites au quatrième siècle (1). Le long de l'Appia se voient encore un reste de soubassement à grands blocs et diverses ruines peu importantes.

A gauche encore se détachait la montée de Porta Albina, terminée par six degrés accédant au forum. Puis la route continuait aii pied des majestueuses constructions, des grandes terrasses, des temples de S. Francesco, passait devant la Gava délia Gatena, où existent des ruines, à côté des constructions du jardin Giansanti, et, toujours bordée de bâtiments dont il reste encore des ruines, gagnait la tranchée du Pesco Montanp.

Parmi les constructions de S. Francesco, on remarquait probablement trois temples : l'un, petit, à gauche de l'Appia, au moulin à huile moderne ; l'autre sur le beau soubassement dont j'ai parlé; l'autre enfin sur la terrasse où se trouvait la mosaïque de Galba. G'était un temple prostyle et tout pavé de mosaïques diverses. Là devait exister une de ces immenses coupes monolithes que les Romains affectionnaient et faisaient faire de marbre, de porphyre ou de toute autre pierre de luxe. Gelle-ci était de marbre blanc; une de ses anses, gigantesque (plus de 1«>,10 de haut), existe encore dans le jardin.

A droite de l'Appia neuve était le quartier neuf, construit tout sur un môme plan , parallèle à l'Appia dans les Arène et près de la plage , orienté Nord-Sud entre la grande route et le Port. Il suffit de prolongei* les alignements qui ont subsisté pour avoir la

(l) Voy. cb. VIII.

120 TERRAGINB.

disposition générale. Il s'étendait loin dans les Arène et jusqu'à la plage, près du port : un mur le bornait de ce côté, au niilieu de la place actuelle. La mer formait là une anse couvrant toute la plage d'aujourd'hui.

Dans ce quartier , entre autres monuments , était l'édifice élevé par Caelia Macrina; on y a trouvé l'inscription que j'ai citée; peut-être aussi un lupanar. Il y avait encore Pédicule consacré à Trajan, orné de bas-reliefs représentant ses travaux, les Bains et l'Amphithéâtre. Par là fut trouvé le fameux Sophocle. D'autres bâtisses sont dispersées dans les jardins et dans les vignes , et le canal , avant et après son coude , en coupe d'autres sans interruption.

Le port , refait par Antonin , se restaure d'une manière complète. PI. VI.

Sur le vieux môle des Anxurnates, que défend un fort enrochement, s'élèvent 76 pièces voûtées, larges de 19 à 20 pieds, profondes de 23 , séparées par des murs de 2 à 3 , fermées alternativement l'une par une grille , l'autre par une porte et aérées par des soupiraux faits de trois mattoni en triangle dans le mur du fond. Ce sont les docks. A droite et à gauche de la porte sont deux longues salles voûtées correspondant à neuf de ces pièces , longues par conséquent d'environ 200 pieds. Les travées de la seconde devaient être ouvertes en arcades sur la plage et la place devant le port. La porte donne sur cette place, dans l'axe de la rue du Port. Sur la partie rectiligne nord-est étaient des pièces analogues aux docks, affectées aux différents services, douane, surveillance, comptabilité, logement des employés, etc.. A chaque bout des bâtiments se trouvait une entrée avec corps-de-garde ; un petit quartier pour les gardes devait se trouver près de la grande porte. Le reste du môle n'ayant pas de constructions était incliné en pente douce vers la mer.

Les têtes des môles, refaites par les Antonins, avaient été munies d'ouvertures pour laisser entrer et sortir les eaux. Une coupure destinée au même usage existait dans le môle en face avec deux escaliers en dehors. La passe d'entrée n'avait guère plus de 100 mètres. L'une des têtes portait le temple de Vénus, chapelle du port, et l'autre le phare, auprès duquel devait être la capitainerie.

Devant tous les bâtiments du port se déployait une colonnade supportant un entablement en bois et une couverture. Sur les voûtes des magasins existait une terrasse bétonnée à laquelle on avait accès par des escaliers. Le portique formé par la colonnade

avait 2™, 70 de large, et, devant, s'étendait un quai large de 4», 15.

Dans la paroi intérieure du môle étaient fixés une soixantaine d'anneaux pour l'amarrage des navires. Ces anneaux d'amarrage sont de gros modillons de 5 pieds de long, hauts de 2 pieds 1/2 et larges de 1 pied onces ; leur trou a environ 0"*,20 de diamètre. Chacun d'eux repose sur une plate-forme prise dans l'épaisseur du môle et large de 5 pieds ," la partie supérieure du modillon étant à 1 pied au-dessous du quai et sa saillie étant dQ 2 pieds 1/2. Sur cette plate-forme descendent du quai deux rampes convergentes de la mêmes largeur qu'elle : c'est par là que l'on embarquait. La distance entre le point de départ sur le quai de deux rampes allant à deux anneaux voisins est de 9»,92. Chaque couple de rampes est donc séparé du voisin par une véritable plate-forme. Un anneau avec ses deux rampes occupe une longueur de 16 mètres. Sur le môle découvert il y avait, en outre, une série de colonnettes ou bornes destinées aussi à Tam^rrage.

Toutes les constructions étaient d'ordre corinthien ou plutôt composite. Les colonnes, ou n'avaient point de bases, ou les avaient faites en blocage. Quant à la bâtisse , elle était de matériaux un peu divers; mais l'immense majorité était eu moellons de tuf napolitain venu des champs Phlégréens, le même que les anciens Anxurnates avaient déjà employé pour leur môle. Comme cette roche est fort poreuse, et surtout très hygrométrique , elle était partout recouverte d'une maçonnerie en calcaire. Dans le môle comme dans les autres constructions, toutes les parois horizontales ou inclinées sont en moellons, toutes les parois verticales en réticulé.

Tel est l'ensemble du port de Terracine (1). Il était à la fois simple de plan , commode d'usage et sufflsaniment artistique de coup d'œil. Obligés de se servir des restes de l'ancien port anxurnate,les ingénieurs impériaux en tirèrent bon parti : ils établirent là un port de commerce qui devait être un des premiers parmi ceux du second rang.

La ville haute avait pour grande artère l'Appia ancienne depuis les Thermes jusqu'aux temples de S. Francesco. C'est elle que les travaux d'^milius et de l'époque immédiatement suivante avaient remaniée de fond en comble. PL V.

A la Porta Maja^ à droite, étaient le temple de la Déesse et une série de terrasses, d'édifices descendant le long du mont. De tou-

(l) Pour le détail et les documents de cette restauration , voy. Mél, Ec, fr. de tiom, t. I, pp. 322-348, et pi. XXXI.

tes parts des constructions s'appliquaient contre les vieui rem« parts désormais inutiles. Un chemin les longeait au N.*E., et dans la partie haute se trouvait une espèce d'arx avec le temple de Jupiter Anxur : c'est là qu'est le château moderne. Tout le mur du fond est antique jusqu'à une très grande hau* teur.

Il est probable que de la Porta Maja partaient trois rues : Tancienne Appia, une à sa gauche, montant vers le temple d'Anxur, et une à droite venant aboutir vers la partie S.-O. du Forum.

Mais c'est surtout le Forum qui mérite l'attention. Un coup d'œil sur l'état actuel (PI. V, a) montrera ce qui en subsite. C'est peu, mais d'autres ont eu plus. Il existe, au musée de Florence, des croquis de Balthazar Peruzzi, qui a visité Terracine au commencement du seizième siècle (1). Alors, la ville était en décadence, à demi dépeuplée, en ruines. La Terracine du moyen âge, nichée dans les débris de l'antique, penchait déjà vers son déclin. Elle avait peu détruit sa devancière. Ce fut la nouvelle qui , en se créant, fit presque partout table rase. Poruzzi a donc vu le Forum bien plus complet que nous ne le voyons. Les palais De Bellis et De Vecchis , aujourd'hui enclavés dans celui de la Bonification Poutine , n'existaient pas , le palais Gavotti non plus. Toutes les maisons, depuis le Vicolo délia Ruota jusqu'à S. Francesco, sont postérieures et ont fait disparaître {dusieurs édifices anciens. Le palais de Fondi, aujourd'hui du Municipe, n'existait pas ; l'evêché a été reconstruit, le palais de la Bonification créé. L'im« mense palais Braschi et ses terrasses ont fait disparaître tous les débris de l'arrangement du Forum sur sa face extérieure. Yoilà ce qui rend si utiles les dessins faits par Peruzzi. Ce sont de rapides croquis, tracés à la plume, à mainlevée, par un voyageur curieux, rien de plus. Mais ils deviennent d'inappréciables guides. De plus, pour certains^monuments, certains détails qui l'ont intéressé , le grand artiste a pris les mesures et les a inscrites avec soin, léguant ainsi les matériaux d'une restauration certaine. Celle que j'essaie (PL V, b) a eu pour base l'étude des restes aujourd'hui visibles éclairée par ces précieux dessins.

Le Forum regarde vers la plaine et vers le mont de Circé ; sa façade principale est au S.-O., vers ce panorama magnifique. Il se* composait d'une grande place entourée de monuments. La place est dallée en pierre calcaire du pays. Les dalles sont rectan-

(1) Voy. Explication des planches, pi. V.

LA VILLB TRANSFORMÉE. 123

gulaires> longues de 0",70 et larges de 1 mètre en moyenne. Au milieu est la signature (t) :

A • AEMILIVS • A • F • [ex • pecunia • sua • faciundum • curayii].

Les lettres étaient en bronze , encastrées dans une rainure de la dalle. La place est portée , quand la figure naturelle dq sol le requiert , sur de vastes voûtes , qui' font quatre travées dans la partie entièrement artificielle. Ces souterrains sont encore accès* sibles.

Le soubassement de l-esplanade est haut de 10 mètres en moyenne au-dessus d'une pente abrupte. Au milieu, correspondant à la face libre de la place , est une partie saillante présentant 12 niches en culs-do-four destinées au besoin à de grandes statues décoratives. Six de ces niches ont été conservées dans la construction du palais Braschi. Â droite et à gauche, sous les monuments qui garnissent cette partie du Forum , étaient des portiques. Ils n'existent plus ; mais Peruzzi , d'après leurs débris , a donné plan et dessin de Tun d'eux , et les amorces des arcs se voient encore à la Piazza Tassi. Ils présentaient vers le dehors une série de pièces voutéea, ouverte» sur le devant et faisanl portique. Celui de droite était purement décoratif. Celui de gauche présentait^ par derrière, un crypto-portique à deux travées voûtées séparées par une rangée de supports : on y avait accès par des portes ménagées dans le fond de chacune des pièces du premier. Avec la même disposition, ce triple portique tournait à l'angle et se continuait pendant 40 mètres le long du côté N.-O. pour recevoir un escalier et une descente permettant d'aller sous le portique ou vers les murs , qui, par là, présentaient peut-être une poterne. Ces vieux murs cyclopéens , sans doute rasés au niveau convenable , circonscrivaient un triangle allongé laissé vide, ne pouvant entrer dans le plan de la recontruction supérieure. Quant aux grandes voûtes , placées aU''dessous de constructions elles-mêmes à portiques, elles les grandissaient de ce côté d'un étage pour le coup d'œil.

De ces constructions à droite et à gauche, il ne reste que de faltdes débris : quelques murs dans les dessous du palais de la Bonification, et, sous Tévêché, le soubassement de toute la partie qui ne posait pas sur le portique. Dans ce soubassement sont des pièces voûtées, donnant sous le portique N.-O.

Peruzzi , qui nous a conservé peu de chose de cet édifice , fait

(1) C. /. t., IX, 6306.

124 TERRAGINE.

voir , du moins , sa disposition. Ce devait être une cour et trois ailes. C*était probablement le palais des Augustaux. Entre ce bâtiment et le grand temple, un passage, venu du Forum, aboutit en haut du soubassement, où devait être une balustrade. Là commence celui du temple, qui est à gros blocs sans ciment.

L*édiflce en face de ce palais était une basilique. Du moins, Peruzzi en indique le plan , auquel l'aspect des lieux et des restes ne contredit pas, au contraire. Elle aurait un portique ouvert sur trois de ses faces, mais on n*y pourrait entrer que du Forum.

A côté du palais des Augustaux, flanqué par la rue que j*ai dite et par TAppia primitive , s'élevait le temple de Rome et d'Auguste. On y lisait l'inscription suivante (1) :

ROMAE • ET • AVGVSTO • CAESARI • DIVI • / A • AEMILIVS • A • F • EX • PECVNIA • SVA • F • C

Il reste assez du mur et des colonnes pour que le plan se restitue de lui-même : c'est la cathédrale d'aujourd'hui. Peruzzi d'ailleurs a mesuré , mis en place , tout ce qui de son temps subsistait. Il était d'ordre corinthien, pseudopériptère , les colonnes de 1">,40 dejdiamètre, les eiitre-colonnements de 3«,90 de large ; les proportions devaient donc être assez hautes. Un soubassement massif l'élevait à la hauteur du Forum, et dessus posait le stéréobate, revêtu de marbre blanc. Tout le temple était revêtu de même. Les degrés de l'église correspondent aux degrés anciens. Dans le soubassement, le long de l'Appia, étaient ménagées des boutiqueSé Les étrangers arrivant par cette route lisaient , dans le second entre-colonnement à partir de l'angle de derrière, le nom de l'architecte gravé en grandes lettres.

L'ancienne Appia, passant le long du temple, avait à sa gauche un autre monument.

C'est un petit temple prostyle, au Vicolo délia Catena. Le plan s'en refait à merveille , trois des quatre pilastres d'angle existant encore à leur place. Il posait sur un soubassement à gros blocs , dont un talon renversé fort saillant séparait son stylobate. J'ai déjà dit un mot de lui ; je le regarde comme antérieur à la reconstruction du Forum.

En ligne avec lui, mais à 55 mètres, était celui que j'ai signalé comme pouvant avoir été d'Apollon. Son seul reste est une colonne corinthienne, assez belle, qui se trouve encore à sa place,

daus la maison D*Isa. Elle est si près de la rue, qu'il n*est pas possible que le temple ait eu un perron de plus d'une marche ou trois , disposition qu'il n'avait pas bien certainement à l'origine. Il faut croire que Peruzzi a vu de lui plus qu'il ne nous en reste ; car il esquisse un plan complet , lequel permet une restauration. Le temple eût été périptère et la cella d'une extrême petitesse , n'ayant pas 10 mètres de côté. Tout est minuscule dans cet ensemble, établi dans un espace étroit presque entièrement artificiel.

Entre ces deu^ temples le terrain, couvert par des maisons modernes, monte rapidement au-dessus de l'Appia. Il n'est pas admissible cependant qu'il fît de môme à l'époque antique , car le temple d'Apollon, qui n'a qu'un stylobate pou élevé, se fût trouvé enseveli tout autour jusqu'aux chapiteaux des colonnes. Il est donc nécessaire d'admettre qu'au moins jusqu'à toute sa longueur la pente avait été entaillée , et que l'esplanade du Forum se continuait jusque-là. Tous les décombres du Forum , tout l'entassement des débris descendus du haut de la ville, ont fait le remblai qu'on voit aujourd'hui. Il y avait là d'autres constructions , et , derrière, les rues allant au temple d'en haut.

Restent les sorties du Forum vers S. Francesco et vers la ville basse. Deux choses s'y voient bien : les deux rues. L'Appia, à 26 mètres du temple d'Apollon , s'infléchissait à gauche et commençait à monter, portée par ce même soubassement à grands blocs qui la soutient toujours dans les pas difficiles , et qui a subsisté intact. Au-dessous d'elle la descente de Porta Albina commençait par six volées de marches dont les traces se voient parfaitement, puis continuait , par une rampe , jusqu'au carrefour avec l'Appia neuve. Sa largeur était de 6 mètres ; celle de l'Appia ancienne, toujours la même, 4">,50 environ.

Tout cela est sûr. Mais une chose l'est aussi, c'est qu'il faut ou renoncer aux renseignements que les restes fournissent , ou admettre que l'effet artistique de tout ce coin était sacrifié. L'Appia, à la hauteur du premier gradin , passait sous un arc dont une moitié subsiste encore , et qui se restitue tout seul ; Peruzzi en a dessiné quelque chose; on ne sait pas à qui il était dédié. Mais l'eflfet de cette belle sortie devait être gâté, pour qui venait d'en bas, par un édifice dont le soubassement existe encore le long de la montée, et dont le fond venait s'appliquer contre le soubassement même de la route. Ses côtés ne sont point parallèles à Taxe de la rue de Porta Albina ; il y faisait une dent très visible, et le monument qu'il supportait masquait en partie l'arc de triomphe

126 TBRRACINB.

pour qui venait de ce côté. Ce n'est pas tout. Du côté de la place, à gauche de l'Appia, dans la maison D'Isa, se voit un grand mur réticulé, nullement perpendiculaire à la route , et les débris d'au* très murs liés à lui. Il y avait là une construction qui n*était dans le plan ni du Forum ^ ni de la rue*, ni de l'arc, ni même du temple d'Apollon qu'elle avoisine. Ilestdifflcile.de savoir pour quoi tout cela n'était pas rectifié : peut-être une raison religieuse ne permit-elle pas d'y toucher. Dans tous les cas on pourrait en conclure que la rampe de Porta Albina a été faite postérieurement, et que^ dans sa refonte du Forum, iËmilius avait négligé ce coin-lày le considérant comme en dehors, ou par suite d'autres projets qui n'auront pas eu d'exécution.

Cette hypothèse peut être confirmée par la nature du dernier monument qui reste à placer , et qui occupait le soubassement à droite de l'Appia. Il n'en reste plus rien, la maison Abbottato, où il était, ayant été démolie avec d'autres pour faire place aux constructions modernes. Mais Peruzzi l'a mesuré, dessiné avec grand détail ; il en a copié l'inscription ; et un heureux hasard a conservé celle-ci , avec l'architrave qui la porte , au musée de Florence (1) :

ti • cAESARI • DIVI • AVG • F • AVGVSTO

DIVAE • kVGVStae \ M • IVNIVS • C • F • GAL • PROCVLVS • PRAEF • EQVIT • DiVl • AVG • FAB • SVA • PEC • FECai POMPEIA • Q • F • TREBVLLA • TESTA- MENTO • SVO • EX • SS^ • C • REFIC! • JVSSIT///////////

C'était donc un édicule élevé à Tibère et Livie par M. Junius Proculus, et refait sous Claude, après la déification de celle-ci, au moyen d'une somme léguée par Ppmpeia Trebulla. Le fait qu'il gâte si mal à propos le tracé de la montée de Porta Albina semble rapporter celle-ci à une époque postérieure, sans doute à celle des Antonins.

Le monument, du reste, était précieux. C'était un de ces petits bijoux d'architecture chargée et fouillée, qui nous paraissent d'un goût médiocre, mais que les Romains aimaient. Il se composait de quatre colonnes posant sur un petit mur, et n'avait que cinq mètres de long sur quatre de large. Les colonnes portaient une architrave et un fronton. C'était un simple baldaquin couvrant sans doute deux statues, tetrdstylum cum tholo. Les colonnes, que

LA VILLB TRANSFORMÉE. 127

Peruzzi a dessinées, étaient composites, ou du moins d'un ionique très orné , et leurs bases particulièrement chargées d'ornements. La corniche de l'entablement était extrêmement compliquée : Peruzzi l'a mesurée et dessinée au moins deux fois. Si. l'édifice en valait la peine, on le referait de point en point.

Tels étaient ceux qui entouraient le Forum de la Terracine impériale. Il y avait sans doute une colonnade double, formant portique, entre la basilique et le palais des Augustaux. On retrouve en effet à Terracine, et surtout dans ses environs, de nombreuses colonnes, surtout de granit. La cathédrale médiévale en a employé un grand nombre ; d'autres gisent dans la cour de l'évêché, dans divers coins, à la Bonification, ou sont , plus ou moins en morceaux , empâtées dans des constructions diverses , au Yicolo délie Mura di S. Paolo par exemple.

U faut aussi replacer des statues. Outre celles de pur ornement, il y en avait d'historiques, d'honorifiques. Celle d'iEmilius, élevée par les gens de Setia, portait sur sa face (1) :

A • AEMILIO • A • F

SETINI • EX ' D • D • ^

Page 1