‹ Terracine; essai d'histoire localeChapitre 34 sur 60 · POLLIO · texte numérisé non relu

POLLIO

ARCHITECTVS

Ce Postumius n'est pas un inconnu. Il fait partie d'un groupe dont on retrouve les œuvres dans toute la Gampanie , et dont il

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djit être le chef. Il n'était pas Grec : notons-le pour l'histoire de Tart italien sous TEmpire. Il était citoyen, de naissance libre ; son père s'appelait G. Postumius. Sans doute il n'était pas de Terracine, car on n'y trouve pas de gens Postumia. G'était sûrement un des artistes les plus recherchés, les plus en vogue : ^Emilius, ne regardant à rien, avait voulu être bien servi. On sait, en effet, que Postumius était associé avec un certain L. Gocceius , entrepreneur, dont le nom figurait avec ce titre , et peutêtre bien à côté du sien , sur un des monuments de Cumes (1). Un affranchi de leur maison , L. Cocceius Avitus , sans doute élève de Postumius , devint plus célèbre que ses maîtres. Il fut l'auteur des deux tunnels les plus beaux des environs de Naples, la Grotta délia Pace, qui mène de Gumes au lac Averne , et la Grotta di Posilipo , où passe le chemin de Naples à Pouzzoles. Ce dernier ouvrage est plus grand , l'antiquité l'admirait étonnée ; mais l'autre était plus beau , plus orné , avec son vestibule , ses statues ^e marbre, ses murs réticulés, ses stucs, ses inscriptions (2). Le moment des triomphes d*Avitus est celui même des succès de son maître. Pendant que PoUion construisait le temple d'Auguste à Terracine , l'affranchi élevait celui du même empereur à Pouzzoles (3).

Le soubassement du temple de Terracine est remarquable à plus d'un égard. L'artiste a su éviter l'écueil que présentait, au point de vue de l'art, cette haute paroi nue le long de la rue, en y ménageant des boutiques , qui pouvaient être élégamment ornées. Surtout par derrière, où l'élévation est grande et la largeur bien moindre, il y avait à craindre un effet désastreux, d'autant que la rue était en pente jusqu'à Porta-Maggio. Mais le danger était conjuré par des lignes horizontales coupant heureusement cet espace. Le stylobate est nettement séparé du soubassement. Entièrement revêtu de marbre , il a sa base au-dessus du linteau des portes des boutiques et sur sa corniche posent les plinthes de la base des colonnes. Bases et corniche sont de marbre blanc ; l'ensemble a 4 mètres de hauteur. A moitié hauteur des colonnes court sur le mur une bande de rinceaux d'une exécution remarquable, digne des meilleurs monuments. Le mur était tout entier revêtu de plaques de marbre biseautées. Quant aux colonnes, elles étaient corinthiennes, mais on n'en a pas de

(2) Strab., V, 4, § 5. p. 245 ; Beloch, Campanieriy pp* 84 et 170*171 .

chapiteaux. Les bases du moins peuvent témoigner que Tensemble était d*un style sobre; elles sont simples, sans tous ces ornements dont les Romains ont chargé si souvent leurs corinthiennes et composites. L'entablement a disparu, sans doute dans la reconstruction dernière ; il avait été .vu autrefois (1). Malgré cette lacune, on se rend compte de la valeur du monument comme œuvre. Il n'y a certes rien d'extraordinaire, rien de nouveau dans ce que j'ai signalé; mais cet emploi judicieux des moyens que Tartdu temps mettait à sa portée fait encore honneur à PoUion. Son temple est une œuvre bien faite, qui tiendrait sa place hardiment même autre part qu'à Terracine, Des difficultés vaincues, de jolis détails, un ensemble simple et réussi, ce sont des marques de science et de goût tout à fait dignes d'une bonne époque. Balthazar Peruzzi, bon juge, avait été intéressé par l'ouvrage; car ses dessins en donnent tous les détails, avec leurs mesures, plusieurs fois. •

Postumius, — ou l'autre, quel qu'il soit, qui fut chargé des autres travaux , — eut à faire preuve d'invention. Le système àesfornices était bien souvent usité; celles de Perentinum (2), par exemple, que j'ai eu l'occasion d'étudier, en sont près de là un exemple superbe. Mais il fallait trouver des moyens à la fois simples et décoratifs pour raccorder les niveaux divers et créer les passages nécessaires. Si la restitution à laquelle conduit le dessin de Peruzzi est la vraie, l'idée de tirer un effet d'art du soutènement de l'esplanade est sûrement d'une grande valeur. Le voyageur placé sur l'Appia neuve voyait, au-dessus des murs pélasgiques réduits à la hauteur voulue, une vaste paroi réticulée interrompue par douze grands culs-de-four, et, à droite et à gauche, des arcades, vrais portiques auxquels la basilique et le palais des Augustaux formaient comme deux autres étages. C'était une belle et heureuse manière de se tirer d'une difficulté, d'autant qu'un point de vue analogue accueillait celui qui, entré par la Porta Maja , montait en ville par la rue de droite. Si toutes ces parties extérieures n'avaient pas aujourd'hui disparu , on viendrait voir cette construction comme une des beautés de la province de Rome.

Il est regrettable qu'en face du grand temple on n'eût pas fait, dans la même largeur, ou tout au moins dans Taxe du monument, la montée à larges degrés qui eût été d'un effet si gran-

diose et dont l'idée semble naître de soi. Il faut pourtant y renoncer : les traces du contraire sont certaines. Mais comme tout a disparu, nous ne pouvons apprécier les raisons, — peut-être, je Tai dit, religieuses, — qui ont guidé les constructeurs. On a déjà vu que cette montée a pu être faite plus tard, au temps des Antonins, quand TAppia d'en bas fut finie et quand le quartier de la Marina eut pris sa plus grande extension. Le temple d'Apollon, le bâtiment dans la maison D'Isa, l'édicule de Livie, l'arc luimême semblent s'être trouvés sur son chemin. C'était hors du forum de PoUion; celui-ci doit être circonscrit par les deux petits temples, la basilique et le temple de Rome et d'Auguste. Cette œuvre est maintenant bien ruinée, mais elle mérite l'attention : on y retrouve un maître presque contemporain de Vitruve, dont on n'aurait sans elle que le nom.

Contatori cite encore L. Vibius, de Terracine. Mais c'est Pratilli qui en fait un architecte, parce qu'une inscription de son nom était dans les murs d'Anxur : c'est l'épitaphe d'un citoyen quelconque qui a servi de pierre à bâtir à l'époque de Théodoric (1).

Ce serait perdre son temps sans profit que de passer en revue les monuments de Terracine, depuis les murs cyclopéens jusqu'aux tombeaux des derniers âges. Presque toutes les anciennes villes présentent, plus ou moins complète, cette suite do l'art à travers les temps, mais avec un intérêt inégal. Ici, le petit temple du Vicolo délia Catena, qui paraît assez ancien , n'est pas sans mérite : il doit être d'une bonne main et d'une bonne époque. La perte la plus regrettable est celle du temple élevé par le consul Galba. Les traces qui s'en voyaient ont fait dire qu'il devait avoir été prostyle; mais il n'en restait que le pavé, qui maintenant a presque tout péri.

Comme œuvres d'architectes locaux , il nous resterait les sépulcres. Ils sont nombreux , et dans la Valle^ et sur l'Appia ancienne et neuve, il y en a de tous les temps. Mais la plupart sont trop ravagés pour que l'on devine autre chose que leur masse et leurs proportions ; les autres n'ont rien de particulier. Un seul dans la Valle , d'époque ancienne, était un assez bel ouvrage, celui de Casa Martino. C'est un carré de 6", 50 de côté, en pierres de taille, avec une absidiole sur une des faces, profonde de Om,70. Il a 5™, 50 de haut, et se termine, en bas par un socle, en haut par une corniche , le tout sans nul ornement. .C'est un

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bon spécimen du style sévère et simple du vieux temps. Un autre, à TEpitaflo, aujourd'hui restauré, est un monument véritable. Tous les voyageurs qui passent sur TAppia le remai^quent , avec ses pilastres et Tinscription qu'on y a mise au temps de Philippe II d'Espagne. Il ressemble au monument de Pompéi connu sous le nom de Tombeau des Guirlandes, mais il est plus grand et plus beau.

Des constructions de la Marina, amphithéâtre, bains, maisons, la moins bonne, à certains égards, est celle des Empereurs, le Port. Au point de. vue pratique sans doute, l'ouvrage était bien entendu : aussi commode, aussi sûr que possible, aussi complet dans son installation que l'avaient permis les débris de l'ancien bassin anxurnate. Mais la solidité ne répondait pas aux autres mérites de l'ouvrage. Si le vieux môle était inébranlable, les constructions faites dessus laissaient un peu à désirer. Elles ont , dans leur ensemble , comme beaucoup de grand travaux de l'empire, quelque chose de hâtif et de négligé. L'immense quantité de bâtisses faites à cette époque obligeait évidemment à travailler vite et à bon marché. De là l'emploi de matériaux et d'éléments tout faits et non créés exprès pour l'ouvrage ; de là l'usage général du revêtement réticulé, peu solide, mais dont les quadrucci s'achetaient au mille , faits d'avance. Les constructions du port de Terracine ont ce «caractère au plus haut point. La maçonnerie en est médiocre : trop de mortier, et, bien que le tufo et l'excellent calcaire du pays dominent , trop de matériaux hétérogènes , depuis le marbre jusqu'aux pots cassés. Le revêtement réticulé, qui par lui-même ne tient guère , est encore affaibli par l'introduction de files de losanges en brique, qui ne sont que posés dans le mortier et qu'on enlève avec la main. Ces causes de faiblesse s'observent très, bien dans le mur extérieur. Il est tombé , bien qu'il ne portât rien ; et là même où il subsiste, de vastes lézardes horizontales, suivant en général la ligne des soupiraux, montrent comment s'est faite sa ruine. Les voûtes sont très grosses, et les murs qui les supportent très faibles : elles ne tenaient que par l'équilibre de leurs poussées latérales ; quand l'une est tombée , toutes ont suivi. Le monument contenait en lui-même les causes d'une ruine inévitable et relativement prochaine.

Au point de vue de l'art, on notera la disposition des colonnes. L'absence de bases est singulière , insuffisamment autorisée par quelques exemples douteux de Pompéi ; mais elle est attestée par les restes de la partie inférieure des fûts encore en place dans le quai. Toutefois on peut bien supposer des bases postiches en

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blocage ou en stuc gui auront complètement disparu (1). De plus, toutes ces colonnes sont diverses : Tune est de cipoUin , l'autre est de brèche rose de Gori ; Tune est à cannelures, l'autre est à baguettes , et Ton n'observe aucune régularité dans leur alternance. Il paraîtrait donc qu'elles étaient de provenance diverse ; on ne prit pas la peine , en construisant le port , de faire exprès les cent cinquante colonnes environ qui étaient nécessaires pour les divers bâtiments de l'ensemble. Une partie au moins fut empruntée soit à des édifices détruits, soit à des dépots de matériaux existant à Terracine (2) ou ailleurs : on ne leur demanda que d'avoir à peu près le même diamètre , qui est de 0n>,46 à 0m,47 ; cela suffisait pour l'effet d'ensemble, pour le coup d'oeil. On notera enfin, sans trop s'étonner, l'immense largeur de l'entre-colonnement, qui est de plus de douze diamètres. Elle était nécessaire pour que chaque colonne tombât en face du pilier des voûtes, ne rompît pas à l'œil l'arc de celles-ci , et surtout ne gênât pas son entrée. En réalité , bien que séparées du pilier par un espace de 2n,70, ces colonnes' ont été traitées comme de véritables pilastres. Bien entendu, avec des proportions pareilles, l'entablement ne pouvait être qu'en bois.

On le voit donc, le port de Terracine devait être assez joli d'ensemble, mais le détail était plutôt mauvais. Il semble qu^avec cette petite ville, empereurs, ingénieurs, entrepreneurs, personne ne se soit trop gêné : on a voulu lui donner un bon port , et non l'embellir d'un chef-d'œuvre.

Il reste à Terracine des sculptures, et beaucoup en ont été emportées. On peut voir au palais Antonelli quelques débris*, d'ailleurs médiocres , et sur la place Victor-Emmanuel un certain nombre de monuments et statues ; d'autres existent en divers lieux. Les statues sont des plus ordinaires ; il n'y .a guère de bon qu'un buste et un hermès de Jupiter. Quant au reste, sarcophages, autels, cippes , ce sont des ouvrages de marbrier, tantôt passables, tantôt médiocres , toujours sans intérêt pour l'art. Le pêcheur qui accompagne l'inscription C. L L., X, 6350, dans la ville haute, est assez bien exécuté ; mais les seules œuvres qui méritent l'attention sont le petit bas-relief de Trajan et la tête de Féronie.

(1) J'ai eu tort de ne pas le noter, et de trop insister sur l'absence des bases en décrivant le Port dans les Mél. de l'Ee. fr. de Borne, h c.

(2) On découvrit justement des dépôts de colonnes dans la terre , à la Vigna D'Isa et dans un clos voisin appartenant au comte Antonelli : elles y ont été laissées, et y sont encore sous le sol.

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Le bas-relief, découvert en .1853 par M. l'ingénieur municipal Mollari dans le quartier de la Marina et publié par moi dans les Mélanges de VEcole française de Rome (1) est un fragment haut de 0°*,24 et long de 0'",59 , présentant treize personnages en hautrelief, le quatorzième, à gauche, s'apercevant seulement en partie. L'ensemble devait être une frise, ou plutôt un cordon, dans quelque petit édicule. Notre morceau représente une des scènes qui sans doute se succédaient tout du long ; la matière est un excellent mai'bre blanc , et le travail soigné , fin , élégant ; malheureusement certains personnages ont souffert , les têtes les plus importantes sont mutilées. La scène est facile à comprendre. Un personnage qui semble être un empereur, vêtu du paludamentum^ assis sur un siège curule qui pose sur un suggestus , donne ses ordres à des hommes qui travaillent dans un chantier. Derrière lui , debout sur la même tribune , sont deux personnages en chlamyde, qui se penchent vers lui pour Técouter. Devant, mais au pied du degré, se tient un autre personnage qui porte un pa/lium tombant sur Tépaule gauche, et qui, la main étendue tenant un rouleau , transmet les ordres aux travailleurs. C'est Tingénieur ; derrière lui , vues de face , sont trois personnes , dont Tune lui met la main sur le bras gauche. Le groupe central de la scène représente les ouvriers au travail. On voit une tour qui s'élève : un ouvrier, monté au haut , vient de poser une grosse pierre , et en prend une autre qu'on vient de lui monter au moyen d'une louve ; deux autres ouvriers, à terre, les tibias protégés par des jambards qui paraissent être en bois et maintenus au moyen de courroies , taillent et parent des pierres avec Vascia, A gauche enfin, un contremaître, vêtu de la chlamyde et accompagné d'un personnage debout derrière lui , fait transporter par un travailleur un gros fardeau ; le reste de ce groupe est cassé. La tête du personnage assis, celle de l'homme debout derrière lui, celle de l'ingénieur et celle du contremaître sont malheureusement endommagées. Toute la figure de l'empereur est enlevée sur le marbre, excepté le bas de la joue et la partie voisine de l'oreille. C'est assez cependant pour que l'on distingue à peu près ces petits favoris analogues aux « pattes de lapin » des ofELciers du premier empire , et qu'un seul empereur romain a portés , Trajan.' Malgré ces ravages, on reconnaît sans peine, dans ce fragment, une main expérftnentée , et il provient, sans aucun doute , d'un élégant petit édifice.

(1) Méi. Ec. fr. de Rome, 1881, pi. xii.

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La tête de Féronie (1), trouvée dans les thermes de la Punta di Leano en 1878, est aujourd'hui déposée sur la place Victor-Emmanuel. Elle est en marbre blanc, et mesure avec le cou 0«>,51 de haut ; elle provient par conséquent d'une statue extrêmement grande. Malheureusement elle est très mutilée. Le nez et le menton sont brisés; Tocciput et une joue manquent. Néanmoins, on reconnaît un style pur et une exécution très bonne; si les autres parties du colosse répondaient à ce que promet la tête, sa perte est bien à regretter. Aucun débris n'en a été trouvé ; rien n'indique son attitude. Le cou, qui est tout ce qu'on a, s'incline légèrement à droite. La figure, d'une expression calme, peu accentuée , lève comme vers le ciel deux yeux grands, ouverts, un peu mélancoliques. Les cheveux, abondants et rejetés en arrière, étaient évidemment relevés en un chignon, qui manque ainsi que le haut et le derrière de la tête. Il y avait une coiffure : une rainure fait le tour de la tête et l'on y voit plusieurs trous profonds ; la coiffure était sans doute en métal et se fixait ainsi dans le marbre. C'est sa présence qui rend très vraisemblable l'attribution de la tête à la déesse Féronie, qui se représentait, comme l'on sait, avec une couronne de boutons de grenadier. Le colosse aura été dressé , soit dans les thermes, soit dans le temple au-dessus, soit près de la source, soit dans le parc ou à la jonction des deux routes. On ne peut cependant l'alïirmer tout à fait, car on n'a pas la preuve certaine que cette tête, qui montre par ses plaies avoir été équarrie à coups de masse, usée par un frottement intentionnel, creusée pour faire un mortier, provienne originairement de l'endroit même où on l'a trouvée. Il n'y a qu'une grande probabilité. Quoi qu'il en soit, c'est le meilleur morceau de statuaire qu'il y ait à Terracine.

La ville , toutefois , serait bien pauvre au point de vue de l'art sculptural, si le hasard n'y avait fait trouver la plus belle statue d'homme drapée qui existe.

C'est en 1846 que le Sophocle Antonelli, aujourd'hui au musée du Latran , fut trouvé dans les Arène , aux environs de l'amphithéâtre. Il décorait sans doute une salle, peut-être une bibliothèque. Welcker, dans une étude complète (2), a démontré que c'est une copie de la statue que l'orateur Lycurgue fit élever au théâtre d'Athènes en même temps que celles d'Eschyle et d'Euripide. L'original était de bronze, sans doute portrait authentique, la ressemblance ayant pu être prise de la statue que Sophon avait

(1) Revue archéologique, 1881 t. I, p. 371.

(2) /. C. i., Ann. 1846, p. 129-147, et planche dans les MonumerUi ineditû

fait élever à son père immédiatement après sa mort. Ce sont donc bien les traits de Sophocle qu'il faut reconnaître dans cette belle tête, portée par un corps vigoureux et où resplendit si vivement la maturité du génie et de Page. Il est inutile de décrire une statue aussi connue : chacun sait que le poète , représenté plus grand que nature, est là drapé dans son manteau, le bras gauche replié par derrière, le droit posé sur la poitrine et soutenu parles larges plis, la tête ceinte de la txnia des vainqueurs.

On a remarqué la ressemblance que cette pose donne au Sophocle avec ÏEschine d'Herculanum. Mais c'a été généralement pour donner l'avantage au Sophocle. Je serais presque d'un autre avis. Il faut d'abord ne pas perdre de vue que cette pose est une des plus simples, des plus naturelles, des moins apprêtées, étant donné le costume athénien. Ramener le bras gauche en arrière pour serrer le manteau sur le corps et laisser le bras droit poser dans les plis de la partie supérieure , c'est mettre les mains dans ses poches, rien de plus. Avec cette pose doit donc concorder une expression générale de calme, de repos : pas de mouvement, nulle tension, aussi peu de pensée que possible. C'est en quoi VEschine est parfait. L'orateur, d'âge déjà très mur, est immobile, paisible; son visage n'a aucune expression passagère. 11 a l'air d'être debout sur la place, dans un groupe, écoutant sans parler des amis qui causent devant lui ; on voit presque le rayon de soleil dont il jouit dans un complet repos. Dans le Sophocle^ on sent le mouvement» Il se drape , il pose. L'artiste n'a pas choisi le moment où la position depuis longtemps prise amène un calme parfait , insensible ; il a saisi celui où le bras vient d'être ramené en arrière, où la jambe se campe en avant : son personnage marche presque. Il est vrai que l'effet est grand. Le sculpteur y a pris l'occasion d'une attitude plus haute et plus large. Tout vrai et tout parfait qu'il est, VEschine à côté du Sophocle a l'air d'un bourgeois près d'un roi. Il y a dans la belle tête du poète, dans l'aspect vigoureux de son corps , dans l'ampleur de sa pose, jusque dans le jeu des draperies, comme un rayonnement héroïque qui fait tout de suite impression. On n'est pas saisi aussi vite par l'expression concentrée et simple de VEschine, Pour nous, ces différences garantissent la fidélité des portraits : on sait qn-e Sophocle a été l'un des plus beaux hommes de son siècle ; Eschine, au contraire, ne pouvait lutter avec l'aspect imposant et le geste dramatique de Démosthène.

Les deux statues sont les bonnes copies de chefs-d'œuvre que l'on n'a plus, dont on ne sait pas même les auteurs. Tout ce qu'on

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peut dire du Sophocle , c'est que le Terracinais qui Tacheta fit au moins preuve de bon goût.

La ville elle-même^ dans les ouvrages dont on vient de voir le détail , faisait preuve d'une certaine richesse, d'un état assez florissant. Dans les beaux siècles de l'Empire, il en fut de même pour plusieurs des vieilles cités italiques. Surtout les villes maritimes eurent encore de beaux moments. Il suffisait du goût d'un empereur, d'un besoin parfois passager, d'une mode ou d'un hasard quelconque , pour que l'attention du souverain se fixât sur un point de la côte. D'immenses travaux se faisaient : GentumcellaB, qui n'était rien , Ostie, qui devint colossale, Misène, qui fut créée , Antium, qui dut sa renaissance à ce que Néron y vit le jour, Baïes, Pou^zoles , où la vogue attirait empereurs et public, en conservent encore les restes. Terracine n'alla pas aussi haut ; son empereur, Galba, ne régna guère et n'eut pas le temps do penser à elle. Mais les Césars , les Antonins lui donnèrent un moment de splendeur. Malheureusement ces créations rapides étaient rarement très durables. La plupart de ces villes n'eurent qu'un temps, et assez peu demeurèrent florissantes jusqu'à la décadence générale. Terracine ne fit pas exception.

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