CHAPITRE VIII
Causes de décadence : le Port ne peut avoir qu'une durée bornée, la Via Appia devient impraticable, Tétat des Marais Pontins empire sans cesse; décadence générale du monde romain. La Via Severiana. Le christianisme : origines de Téglise terracinaise , saint Pierre et saint Paul. Saints terracinais : Epaphrodite , Domitille , Nérée et Achillée, Césaire, Eusëbe, Félix et autres martyrs plus ou moins authentiques. La légende de saint Quart et les premiers sanctuaires. Premier évèque certain ,313. Evèques et martyrs faux ou douteux : saint Valentin , le B. Félix, etc. Terracine au quatrième siècle. Le consulaire Avianius Vindicianus. Persistance du paganisme. Les Barbares : saint Sylvien , saint Eleuthère. Chute de l'Empire d'Occident.
La prospérité dont jouit Terracine à Tépoque des Antonins ne pouvait se maintenir que si les causes qui l'avaient créée subsistaient. Tant que le Port et TAppia fonctionnaient, elle ne pouvait avoir d'autre raison de décroître que la décadence générale de l'Italie et de l'Empire. Malheureusement pour elle, ces deux éléments de sa splendeur relative devaient lui manquer Tun après l'autre.
J'ai exposé ailleurs (1) les raisons qui empêchent un port créé à Terracine de subsister à travers les siècles, à moins d'un entretien- perpétuel aidé de moyens mécaniques dont ne disposaient pas les anciens. Le travail incessant des dragues à vapeur permet seul aujourd'hui de faire durer éternellement un port sur les plages de cette espèce, — en le recreusant à mesure qu'il s'ensÉJ)le. La plage du Latium , Vimportuosum littm de Pline , le type , en Italie, des spiagge sottili^ si bien étudiées parle Col. Cialdi (2), gagne si rapidement sur la mer dans les parages de Terracine
(1) le port de Terracine^ histoire et archéologie^ MéL Ec. fr, 1881, p. 344-347.
(2) Alessaadro Cialdi, Del moto o^oso del Mare.
TERRAGINE.
qu'il est facile de suivre à vue d'œil ses empiétements. Au temps des Antonins, le mur qui séparait les maisons de la plage était, comme on l'a vu (1), au milieu de la place Victor-Emmanuel. Le mur fait dans la première partie de ce siècle pour remplir le même office devant les maisons de la Marina est aujourd'hui détruit comme inutile ; la plage qui s'étend devant lui a environ 50 mètres et croît toujours. J'ai pu, en trois ans de séjour, saisir surlefaitla marche du phénomène. A mon arrivée, du Palais Sarti à l'Acqua Sulfurea on n'avait pied presque nulle part; peu avant, un bon nageur s'y était noyé. Aujourd'hui la mer vient toujours battre les mêmes écueils ; mais, jusqu'à une certaine distance, sa profondeur varie de 0",80 à 1™,60. Dans quelques années, le basfond sera plage, et elle fera tout d'un coup un grand pas en arrière ; elle a dû en faire ainsi plusieurs depuis l'antiquité, et d'ailleurs son recul constant se chiffre chaque année par mètres. Tel est l'effet de la démolition des sables fins par le ressac et de leur aplanissemerit par la houle, aidés ici par l'apport des troubles de l'Amasenus.
Toutefois, Terracine n'est pas Port-Saïd, qui disparaîtrait en peu de temps si Ton cessait de Tentretenir. Ici la marche du phénomène n'a pas la rapidité effrayante qui est son caractère là-bas. Il a fallu des siècles pour que le port disparût. Il est demeuré certainement en activité pendant toute la durée de l'Empire. Il servait encore sous Théodose. Un passage du code Théodosien et une lettre de Symmaque en font foi (2). Il est vrai que probablement il n'était plus en parfait état : la médiocre qualité des constructions supérieures et l'action fatale qui s'exerçait sur son bassin ne pouvaient pas lui permettre de traverser intact un âge de ruine et d'abandon comme l'ont été pour les ouvrages publics les isiècles de la décadence et des guerres civiles. Néanmoins il subsistait ; mais il ne pouvait suffire tout seul à la prospérité de Terracine : si celle-ci perdait la grande voie de communication par terre qui avait fait son importance dans l'Italie romaine, elle devait se trouver comme réduite à une position insulaire. Et c'est ce qui lui arriva.
La transformation de l'Appia par Trajan était certainement une belle œuvre. Mais, en fait de travaux publics, les plus beaux ne sont pas toujours les meilleurs. Dans le trajet des Marais Pontins la Via Appia n'avait jamais subsisté sans un entretien continuel :
(1) Voy. le ch. précédent.
(2) Cod, theod,^ lib. XIV, tit. vi, De cale, eoct,, lex 3; Symm., £p., X, 59.
la nature même du sol qui la portait l'exige. L'engloutissement insensible que subit tout ce qui pèse à sa surface , les affaissements soudains auxquels il est sujet, les ravages des pluies, des crues, cent autres causes nécessitent encore pour la voie moderne un travail grand et continu. Il en était de même pour Tantique ; ses bornes milliaires nous racontent son histoire : nous y voyons Auguste, Vespasien, Nerva, Antonin, Dioclétien, Constance, Constantin, Julien, Jovien, tous les empereurs occupés sans cesse à y travailler (1). Tant qu'il s'agissait encore de la chaussée d'Ap. Claudius, les dommages se réparaient facilement : il suffisait de recharger le cailloutage de la route, c'était l'affaire de quelques charretées. Après Trajan , il n'en fut plus de même. Le moindre dérangement dans le dallage gênait grandement la circulation, et la réparation n'était plus si simple. C'était bien pis encore si l'instabilité du sol disloquait en un point quelconque le soubassement massif, qui n'avait d'autres appuis réels, à d'immenses intervalles, que les pilotis des culées des ponts. Alors la route était absolument et complètement barrée , et il ne fallait pas un petit travail pour la remettre en bon état. Ajoutons que l'ouverture des ponts ne semble pas avoir été bien calculée : elle était insuffisante. Dans les grandes crues les eaux s'accumulaient contre la route, puis se déversaient par-dessus, non sans y faire de sérieux dégâts (2). 11 n'était donc pas toujours facile d'aller de Rome à Terracine par l'Appia ; on faisait plus souvent le voyage de Lucilius que celui d'Horace. Mais la Setina et la route des Volsques étaient-elles en meilleures conditions? On peut affirmer que pendant les époques troublées de TEmpire, au temps de l'anarchie militaire, des guerres civiles, quand tout au monde s'en allait en décomposition et en ruines, la communication put souvent manquer. Il y a un siècle et demi d'intervalle entre les bornes des Antonins et celles de la Tétrarchie.
La communication avec Capoue et Naples finit elle aussi par avoir le même sort. Entre le Pesco Montano et l'Acqua Santa, la route était beaucoup plus basse que ne l'est la voie moderne. Ses restes. sont sous celle-ci, et à droite, sur les rochers et dans l'étroite grève qui leur fait suite après la Torre Gregoriana : ils sont en certains endroits à 4 mètres au-dessous du tablier moderne , et nulle part elle ne pouvait être à plus de 3 mètres audessus de l'eau. C'était peu ; d'autant que là n'était pas le seul
(1) Pratilli. Via Àppia, p. 28. C. L L., X. p. 684-689.
(2) Prony, Marais Pontins, p. 243.
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danger. Du mont S. Angelo se détachent fréquemment d'énormes rochers qui tombent sur la route : la voie moderne en a soilvent souffert , et plusieurs , qui la menaçaient , ont dû être murés sur place; il faut les surveiller constamment. On ne le fit pas toujours dans les temps antiques ; car d'immenses blocs, vrais quartiers de montagne évidemment descendus des hauteurs , forment aujourd'hui de gros écueils précisément à la place qu'occupait Tancienne route. Ce sont eux qui Tout détruite : ils Tout défoîicée, ont renversé le parapet qui la défendait contre les lames ; ou si, dans les parties où celui-ci était taillé dans le roc , il a pu soutenir leur choc et leur poids, ils l'ont en tous cas obstruée. En môme temps , la mer , en contact immédiat avec elle , l'attaquait sans relâche par-dessous. Un beau jour, elle l'a ruinée; tout s'est écroulé et les flots en ont dispersé les débris. Du Pesco Montano à l'Acqua Santa , l'Appia disparut et la communication fut rompue jusqu'au pontificat de Pie VI. Quand on examine ses vestiges, on assiste à cette destruction comme si elle s'accomplissait sous nos yeux.
Un autre fait également, sûr est le mauvais état des Marais Pontins. Rien n'avait été fait sous l'Empire pour améliorer leur condition. Le projet de CéSar était demeuré lettre morte. On n'avait plus songé qu'à la route. On renonçait à les détruire, on se contentait de les traverser. Mais les forces naturelles agissaient , et nous n'avons besoin d'aucun témoignage pour les suivre sûrement dans leur marche après en avoir noté les commencements. Quand elles ne sont arrêtées par rien , elles vont vite , et ici tout contribuait à favoriser leur action. La dépopulation des campagnes italiennes pendant les siècles de la décadence est connue : qu'on juge ce qu'elle devait être dans un pays pauvre d'habitants dès l'époque républicaine. Il est évident qu'à la fin de l'Empire les Marais Pontins ne pouvaient être que dans un état aussi mauvais , sinon pire , que celui où les trouva Pie VI. Incultes et incultivables, tourbières formées ou en formation, marécages n'asséchant quelques mois de l'année que pour devenir plus pestilentiels, autres qui n'asséchaient jamais, vastes étangs sans autre régulateur que l'évaporation atmosphérique, terrains bas .où les cours d'eau sans écoulement débordaient à l'aise dans leurs crues et que la forêt, si funeste en plaine, commençait à envahir jusqu'au pied des monts déboisés : telle était leur physionomie. On n'y voyait plus que des troupes d'esclaves appartenant aux grands propriétaires,. — pauvres diables minés par la fièvre, sans force vitale, travaillant mollement quelques heures
par jour, jusqu'à ce qu'un soir, après quelque fatigue, ils s'endormissent pour ne plus se réveiller, passant dé la vie à la mort sans même s'en apercevoir (1). Les travaux de Trajan avaient eux-mêmes contribué à rendre le régime des eaux plus déplorable. Sa route, avec son soubassement massif, formait une digue qui, dans les temps de crue, entretenait l'inondation dans toute la partie gauche de la Plaine Pontine. Il fallait attendre que les eaux fussent assez hautes pour escalader un si gros obstacle, et, ce premier trop-plein déchargé, s'écouler lentement par des ponts trop étroits et trop rares. Tout conspirait à rendre un immense morceau du territoire improductif pour les habitants et pernicieux pour la santé publique.
Si l'on ajoute à ces causes naturelles, fatales, irrésistibles de ruine les troubles et les malheurs de l'Italie entre Commode et Dioclétien , qui eurent à tout le moins pour effet d'empêcher qu'on n'y portât remède , on s'imaginera aisément en quel état pouvait être Terracine , même en la supposant une des plus fortunées. Il est heureux du reste que nous puissions surprendre ces trois faits si importants dans sa vie : la décadence de son port, la ruine de la Via Appia, et le mauvais état de la Palude ; car, au second et au troisième siècle , les auteurs ne parlent plus trop d'elle.
Suivant V Histoire Auguste y au temps de Commode et de Pertinax , elle aurait compté parmi ses habitants le gendre de Marc- Aurèle, Ti. ClaudiusPompeianus, deux fois consul, que la faiblesse de sa vue servit si à propos en lui permettant de vivre loin de Commode et de refuser la pourpre offerte par Didius Julianus (2).
C'est sans doute sous Caracalla qu'elle eut pour curateur C. Csesonius Macer Ruflnianus , ancien préteur, qui fut plus tard consul et proconsul d'Afrique , puis cornes d'Alexandre Sévère (3).
Les inscriptions terracinaises de cette époque ne disent rien.
(1) Liv. VI, 12. Prony, Marais Pontins, Mémoire, p. xx, signale cette « atonie générale , cette faiblesse d'organisation , qui rend Tétat de vie très voisin de l'état de mort : aussi des morts spontanées étaient-elles les suites d*un travail un peu forcé , elles arrivaient même sans être provoquées par un travail extraordinaire. On a trouvé, dans les chemins et dans les champs, des paysans qui semblaient s'être endormis, et qui avaient cessé de vivre. »
(2) Spart., Did, Jul, 8; Dion Cass., LXXI, 3, 20; LXXIII, 3; Herod., I, 8, §6; Capit., M. Ant., 20; Vole. Gall., Avid, Cass., il, etc.
(3)Grut., 381, 1.
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Ce ne sont que des épitaphes^ comme les monuments ne sont que des tombeaux. Plusieurs de coux de la Valle datent du deuxième et du troisième siècle ; Tun d'eux , au bord de la Strada délie Sci- (elle, a fourni un texte intéressant, mais d'un caractère tout privé : c'est un décret des Pontifes sur une question de droit funéraire (1). De monuments municipaux exécutés pendant cet âge, je n'ai trouvé ni mention ni ruines.
Il était impossible cependant que cette partie de l'Italie n'eût sa part dans le grand mouvement de travaux publics qui signale les principats de Septime Sévère et de Garacalla. Ce fut de Terracine que partit la route appelée Via Severiana (2). Cette route complétait la grande voie littorale qui faisait le tour de l'Italie, et dont les tronçons avaient été faits successivement par différents princes. La Via Appia en jouait elle-même le rôle entre Sinuesse et Terracine, doublée par une autre route plus voisine de la mer, dont j'ai reconnu les restes dans le Salto di Fondu La Severiana partit de l'Appia et alla rejoindre la Laurentina, en suivant la cote, passant sous Circeii. On n'en voit plus aucune trace ; mais j'ai eu le bonheur de la rencontrer en deux endroits ; auprès du Monte Circello, dans un champ où la culture découvrit ses dalles , et dans les Arène de Terracine, où on la rencontra en remuant les sabfts. Ces deux points donnent sa direction. Elle remplaçait vraisemblablement dans cette partie , comme la plupart des voies impériales , un ancien chemin de communication locale , celui de Terracine à Circeii. Elle devait partir du carrefour de l'Appia et de la rue de la Marina, faire un coude, traverser le quartier des Arène , passer près de l'Amphithéâtre , et filer vers le Girceo , en dedans de la dune, comme la route qu'on fait aujourd'hui.
Son intérêt pour Terracine ne pouvait d'ailleurs qu'être faible. Elle ne lui donnait avec Rome qu'une communication longue et indirecte. Pour venir de la capitale, mieux valait prendre, comme on le faisait autrefois quand l'Appia se trouvait gâtée , l'ancienne route du temps des Volsques, par Setia et Privernum. Au Fanum Feroniae , on trouvait un tronçon d^ Appia encore en état dans la Valle. Puis , si l'on voulait dépasser* Terracine, il fallait , comme du temps d'Horace, prendre la route d'en haut, si incommode : et celle-ci même , ainsi qu'on le verra , était en mauvais état dans les derniers temps de l'Empire. Quant à la Severiana, son but était
(1) C. 1. 1., X, 8259. Cf. Mél. éc. fr, de Rome, 1881 , p. 44 et 251. et BuU. i.C.A., 1881, p. 63.
(2) Desj., Table de Peut., p. 240. C. /. C, X, 6811.
tout militaire. La pression des Barbares sur TEmpire, arrêtée par Trajan et Marc-Aurèle, et que Sévère combattait, atteigaait déjà la Méditerranée : les Barbares du Nord louchaient le Pont- Euxin , ceux de l'Orient pouvaient arriver jusqu'aux côtes de la Syrie, la piraterie devenait une invasion. L'empereur voulut compléter, pour la défense des côtes italiennes, la voie stratégique du littoral , qui reliait tous les ports , et permettait de se porter rapidement où un débarquement était à craindre.
Mais ni les voies militaires, ni les légions, ni les flottes, ni Septime Sévère , ni Claude II , ni Aurélien, ni Probus ne pouvaient plus défendre l'empire dune autre invasion , intérieure , qui devait le conquérir, le tranformer , le faire disparaître dans une refonte générale du monde. Les progrès du christianisme sont , pendant cette période , le fait vraiment intéressant dans l'histoire de chaque cité. C'est dans ces siècles que les traditions locales placent l'âge héroïque des églises, les martyrs, les ascètes, les confesseurs , les premiers évêques , et avec eux les persécutions , les supplices , les conversions, les miracles, un monde de faits et de personnages demi-fabuleux demi-réels , dans la légende desquels il n'est pas facile de retrouver l'histoire (1).
L'église de Terracine se vante d'être une des plus anciennes d'Italie, mais on ne sait rien de certain ni sur sa fondation, ni sur son auteur. Elle vénère comme son premier évêque un saint Epaphrodite, qui lui aurait été donné par saint Pierre. A en croire la tradition locale, cet Epaphrodite serait un des soixante-douze disciples , et saint Pierre l'aurait consacré en se rendant à Rome, sans doute par la Via Appia^ ce qui ferait de l'Eglise de Terracine l'aînée de celle de Rome même. « Cosï la fama^ » ajoute prudemment , dans son œuvre manuscrite , Contatori ; si crédule d'ailleurs. De plus a ut pie credltur^» dit-il dans son œuvre latine , Terracine aurait entendu la prédication de saint Paul. Enfin, s'il faut en croire Lucenti , dans une note à Vltalia Sacra^ saint Epaphrodite aurait prêché aux Véliternes et évangélisé la campagne romaine.
Mais l'existence même de saint Epaphrodite est plus que douteuse. Le nom se trouve dans l'épître de saint Paul aux Philip-
(1) Les rapides discussions qui vont suivre ne prétendent ni être complètes, ni faire un chapitre d'hagiographie ; mais il a paru impossible de ne point passer en revue les légendes des saints terracinais , d'abord parce qu'elles sont à peu près tout ce qu'on a sur ces époques, ensuite à cause des détails locaux fort intéressants qu'elles contiennent.
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piens (1) ; mais rien n'indique qu'il puisse s'agir de ce prétendu évêque. On ne saurait même à quel siège l'attribuer, tant les textes, récents d'ailleurs, qui le nomment (2) sont confus et vraisemblablement corrompus. Baronius (3) avait proposé, avec toutes sortes de doutes , de le dédoubler en trois personnages : l'évêque donné à Terracine par saint Pierre , Tapôtre des Philippiens et un évêque d'Hadria. Mais le seul texte sur lequel s'appuie l'existence du premier, un passage de Siméon Métaphraste (4), est plus suspect que ne le croient les Bollandistes de renfermer une erreur, soit de l'auteur, soit du copiste : il peut très bien s'agir de Tarragone. Et d'ailleurs, quelle autorité!
Au reste, quand même ce serait Terracine, le témoignage n'en serait pas moins nul. Suivant cette légende, saint Pierre, après peu de temps passé à Rome à baptiser les prosélytes et à organiser l'Eglise à la tête^ de laquelle il plaça saint Lin, serait venu à Terracine, et, après y avoir fait évêque Epaphrodite, aurait passé à Sirmium , que Métaphraste met en Espagne : la date serait , dit-on, l'année 46. Mais on ne croit plus guère aujourd'hui à un voyage de saint Pierre à Rome avant l'année 61 (5). On ne gagnerait rien non plus à déplacer les faits et à transporter la consécration d'Epaphrodite aux années qui s'écoulèrent entre 61 , la plus ancienne date possible de la venue de saint Pierre , et 64 , date probable de sa mort : on ne sait rien , en effet , ni de l'itinéraire qu'il suivit pour gagner la capitale de l'Empire , ni de ce qu'il fit pendant cette période, où l'on ignore même s'il voyagea.
Quant à saint Paul, son passage par Terracine en 61 est indubitable. On sait en effet (6) qu'il débarqua à Pouzzoles, gagna la Via Appia et la suivit ensuite jusqu'à Rome. Il dut coucher à Terracine. Le récit des Actes montre que lui , ses compagnons et l'escorte qui les conduisait voyageaient par journées d'étape, faisant environ dix lieues par jour. La première les porta de Pouzzoles à Sinuesse , où ils rejoignirent V Appia ; la seconde de Sinuesse à Terracine ; la troisième de Terracine aux Très Tabernas , entre Cisterna et Velletri ; la quatrième à Rome : un groupe de fidèles était venu l'attendre aux Très Tabernss^ quelques-uns même
(1) Paul., ad Phil., c. 2 et 4.
(2) Voy. BoUand., 22 mars.
(3) Baron., Ànn.f ad a. 60.
(4) Sim. Metaphr., Serm. Âpost., 29 jul...
(5) Renan, Antechr., p. 27, et Appendice; Aube. Des persée. de l'EgL, p. l'24. (0) Ad. Apost., 28.
ûégâdengb. les chrétiens, les barbares. 147
avaient poussé jusqu'au Forum d'Appius. Il est donc certain qu'il arriva le soir à Terracine,'y passa la nuit et repartit le lendemain matin. Voilà tout ce qu'on peut dire. Y avait-il déjà, parmi les Juifs qui existaient certainement à Terracine ou parmi les gens du pays , des personnes ayant connaissance de la nouvelle doctrine? Peut-être, puisqu'il y en avait à Pouzzoles; mais c'est douteux , car Terracine était loin d'être aussi fréquentée et d'attirer autant de Romains. D'ailleurs les Actes parlent toujours des séjours que fait Paul et des fidèles qu'il rencontre ; de Terracine, ils ne disent rien.
Il faut descendre jusqu'au quatrième siècle pour trouver un évêque certain de Terracine ; et on ne rencontre pas avant le troisième de traces non équivoques de sa communauté chrétienne. On doit certainement la supposer antérieure ; mais, quand on examine l'histoire de tous ses premiers personnages , le doute s'impose sur chacun d'eux.
Douteuse dans son existence même est Flavia Domitilja, vierge et martyre. EUe n'a pour elle qu'un texte chancelant rapporté par Eusèbe (I) ; et on la tient en général maintenant pour un dédoublement de. la vraie Domitille, nièce de Domitien, femme de son cousin Glemens, probablement chrétienne, et qui fut exilée en 95 dans une des îles Pontiennes, — Pandataria (Ventotene), dirait Dion Gassius (2), Pontia (Ponza), dirait saint Jérôme (3). Bien que défendue par M. de' Rossi (4), sa réalité reste incertaine; mais dès le quatrième siècle, elle s'était substituée à l'autre dans la vénération de l'Eglise (5). Avec elle sont honorés deux saints célèbres , mais étrangement travestis par la légende , les prétendus eunuques Nérée et Achillée , et les vierges Euphrosyne et Théodora, soi-disant compagnes de leur martyre. La découverte de leurs monuments dans la basilique de Sainte-Pétronille, au cimetière établi près de la sépulture de famille de Flavia Domitilla à la catacombe de Tor Marancia, a ajouté grandement à l'importance d'une autre tradition, plus ancienne, conforme à ce que dit d'eux leur elogium écrit par saint Damase, et duquel une co-
(l)Eu8., Hist. eccl, II, 18,
(2) D. C. ep. Xiphil., Domit., p. 5.26-257.
(3) Aube, I, p. 178.
(4) De Rossi, BulL arch, crist., 1875, p. 69 et suiv.
(5) Voy. De Rossi, B. A. C, mars et déc. 1865; Aube, Légalité du Christ, ^ Ac, L et B.^L., Comptes rendus, juin 1866 ; L. Lefort, Rev, arch,, 1876, I, p. 172- 174; Renan, Hvang.. p. 227-233; Mommsen , C. I. L., I, p. 172-173; Duruy, H. des R., t. IV, p. 235.
pie existait près de leur sépulture (1). Ç'auraient été deux soldats des cohortes prétoriennes. Quoi qu'il en soit de Tauthenticité de cette version, il est prouvé qu'il n'y a rien de réel dans le roman qui en fait deux eunuques et où figurent Luxurius et Aurelianus, Théodora etEuphrosyne et leurs fiancés Sulpicius et Servilianus. La première origine de ce conte assez grossier ne peut être antérieure au quatrième ou cinquième siècle , et sa forme actuelle date de longtemps après (2). Or c'est lui qui a donné naissance au culte de sainte Domitille et des saints Nérée et Achillée à Terracine. Une inscription sur la place Sainte-Domitille atteste que la chapelle élevée en ce lieu, en 1619, par Pomponio de Magistris , évêque de la ville , occupait l'emplacement même de la chambre où les trois vierges furent brûlées. Quand bien même l'existence de la seconde Domitille serait sûre, ni elle ni les prétoriens Nérée et Achillée n'auraient que faire ici.
Plus vénéré encore que la douteuse Domitille est le patron de la ville, saint Césaire, que l'on fête le 1®' novembre.
Il est aussi très célèbre. « Son nom, dit Tillemont (3), se trouve ce jour-là dans quelques exemplaires du Martyrologe attribué à saint Jérôme, sans parler de Bède , Raban , Usuard et des autres postérieurs ; sa fête est encore marquée dans l'ancien calendrier romain du P. Fronto et dans le Sacramentaire de saint Grégoire. Il y a à Rome une église fort célèbre de Saint-Césaire, dont il est parlé dès l'an 603. Elle a été autrefois une abbaye. Le corps du saint y a été longtemps et a depuis été transporté dans celle de Sainte-Croix. Saint Annon , êvêque de Cologne , en emporta un bras pour son église ; saint Bernard , s'en revenant à Clairvaux après le schisme de Pierre de Léon, en tira une dent avec un miracle visible. L'église de Terracine l'honore encore aujourd'hui comme son patron. Les Grecs en font aussi mémoire (4) le septième jour d'octobre. Mais il faut nous contenter de savoir que Dieu a glorifié ce saint et veut que nous l'honorions comme un martyr. » Et c'est déjà beaucoup , s'il faut s'en tenir à la discussion faite par Tillemont même des récits exactement rapportés
(1) Voy. Rev. arch., 1874, I, p. 360-365; 1875, I, p. 199; II, p. 39-40, et les passages correspondants du B. À. C.
(2) Aube, Perséc, de VEgl., I, p. 179; Rev. arch,, De Rossi, 1874, I, p. 365; B. À. C, 1874, fasc. I, p. 25. M. Renan incline toutefois à le rapporter au troisième siècle : MaroAurèle , p. 245.
(3) Till., H. Ecd., II, p. 187. Cf. Ruinart, Act, Sine, p. xxiii.
(4) Il faudrait être sûr qu'il n'y a aucune confusion avec S Césaire de Nazianze.
par Surius (1). Elle n'en laisserait presque rien subsister. On peut peut-être en tirer mieux.
Voici en résumé ce qu'ils donnent.
Vers le temps où Claude (Néron) tua sa mère , il ordonna que, dans le monde entier, on persécutât quiconque refuserait de sacrifier aux idoles. Il y avait à cette époque à Terracine un pontife nommé Firminus, qui, poussé par Tesprit du mal, persuadait de sacrifier tous les ans à Apollon un jeune homme des plus beaux de la ville. On le revêtait d'armes magnifiques, et, à cheval, il se précipitait du haut de la montagne. Son corps était ensuite brûlé et les cendres conservées en grand honneur dans le temple. Un diacre du pays, nommé Césaire, revenant d'Afrique, est témoin du sacrifice et proteste avec indignation : le pontife Firminus le fait arrêter. Après huit jours , Luxurius , un des principaux de la ville , fait venir de Fundi le consulaire Léontius pour juger Césaire. Ce magistrat l'interroge et lui ordonne de sacrifier aux dieux : il le menace et le fait conduire au temple. Mais» à la parole du saint , le temple s'écroule et écrase Firminus ; Césaire est conduit en prison. Au bout d'un an et un mois, Léontius revient, et on lui amène Césaire, tout amaigri et vêtu uniquement de ses cheveux ; mais une lueur divine rayonne sur lui. Léontius la voit, croit, se jette aux pieds du prisonnier, est baptisé par lui, reçoit d'un prêtre nommé Julien le corps et le sang de Jésus- Christ et meurt. Luxurius alors fait prendre Julien et Césaire et les fait jeter à la mer : il meurt lui-même rongé par un serpent.
Tel est le récit le plus simple. D'autres y ajoutent des circonstances. Ainsi Césaire, pendant que le jeune homme s'élance, étend les bras, et il tombe sans se faire de mal du haut du Pesco Montano, que le texte appelle \3i'Rave rouge, — nom par parenthèse tellement bien trouvé qu'il doit être vraiment une dénomination du pays (2). Une chapelle dédiée à sainte Barbe (3) s'élevait autrefois dans le quartier de la Marina au lieu où s'était tenu le saint diacre pendant qu'il accomplissait le miracle. Du reste , et dans ce récit, et dans celui qui lui fait suite , la topographie terracinaise est fidèlement observée : il est évident que l'auteur connaît le pays. Tout indique que nous avons affaire à une légende née dans l'Eglise même de Terracine ; et cela est d'autant plus im-
(1) Sur., Vit. SancL, t. VI, p. 12 et suiv.
(2) Voy. P. Frilli, jésuite, Vita S. Cssarii, 1698.
(3) Voy. ch. X.
portant qu'elle ne finit pas avec Césaire et Julien , ainsi qu'on le verra tout à l'heure.
La chro/iologic au contraire est moins sûre. Surius laisse le fait sous Néron, ce qui est invraisemblable. Baronius (I) le met sous Trajan , ce qui le rapporte à la première persécution régulière. Les interrogatoires, à ce point de vue, sont frappants. Il n'y a point de discours, point de détails étranges, point, par exemple, de ces tortures que les Romains n'ont pas usitées. Je donnerai plus loin ceux des chrétiens victimes des suites de l'affaire de S. Césaire : il semble qu'on assiste à une enquête faite |jar Pline le Jeune, suivant les règles qu'il formule dans ses lettres. On se borne à constater la qualité de chrétien et le refus d'adorer les dieux. De telles particularités donnent à ces actes une couleur de vérité que la puérilité des miracles et des détails d'invention ne réussit pas à enlever.
Mais que dire maintenant du consulaire de Campanie? Il n'y en avait point, pas plus que de province de ce nom où eût été Terracinc, ni sous Néron, ni sous Trajan. On verra plus loin que l'auteur n'a pas une idée bien nette de ce que c'est qu'un magistrat romain. Les enquêtes sont faites et les jugements prononcés indifféremment par Leontius , par Luxurius, ou même par le fils de Leontius. Outre l'anachronisme , il y a inconséquence et impossibilité. Et puis quels noms , au premier siècle , en Occident , pour des hommes d'un certain rang, que Leontius, Luxurius, plus loin Eusebius, sans compter Csesarius lui-même !
Tout ce que l'on peut dire jusqu'ici, c'est qu'il n'y a pas de raison absolue pour nier l'existence même de S. Césaire et le fait de son martyre. Mais tous les détails du culte d'Apollon (2), toutes les particularités du récit et tous les accessoires sont évidemment de fantaisie. Quant à l'époque, elle peut flotter depuis Trajan jusqu'à Galère. Une chose seule pourrait la fixer, une date sûre venant d'autre part.
Quand Leontius fut mort, sa femme et ses fils l'ensevelirent « in agro Varano , » auprès de la ville. Les corps de Césaire et Julien, rejetés par les flots , furent recueillis par un moine qui avait demeuré avec eux , nommé Eusèbe. Il les enterra , et demeura cinq jours à prier sur leur tombe. Ce que voyant , beaucoup de Terracinais allaient au lieu où il se trouvait, et le
(1) Bar., NoL ad MarL, I, nov. 6.
(2) Voy. ch. V.
B. Félix, prêtre, leur administrait le baptême (1). Alors Leontius, fils du consulaire, fait prendre Tun et Tautre par des soldats , et, entouré des principaux de la cité , les interroge en ces termes : a Etes-vous esclaves ou libres ? — Nous sommes esclaves de N.-S. Jésus-Christ. — Comment vous nommez-vous ? — Félix et Eusèbe. — Pourquoi prêchez-vous des sottises contre le salut de la République et du Prince ? — Nous ne prêchons point de sottises , dit Félix , mais une saine et vraie doctrine. Nous adjurons de craindre Dieu et de le connaître ; et si vous le connaissiez , vous , vous pourriez obtenir la vie éternelle. » Leontius alors dit au peuple : « Que vous en semble ? » Les uns s'écrient : « C'est une bonne doctrine. » Les autres protestent, disant qu'ils séduisent le peuple. Voyant que l'on disputait ainsi , Leontius les fait reconduire à la prison. C'est exactement ce que son père avait dit, entendu et fait dans l'affaire de S. Césaire.
Dans la nuit, Léonce fait parler aux deux saints, et, ne pouvant les amener à céder , ordonne qu'on leur coupe la tête , et qn'on jette leurs corps dans le fleuve. Le fleuve les porte à la mer; la mer les dépose au rivage près de la Pineta. C'est alors que Quart, prêtre capouan , les découvre, retrouve miraculeusement les têtes, et va les ensevelir chez lui avec S. Julien et S. Césaire. Ils sont encore là au temps du narrateur, et on y va les visiter et prier.
D'autres actes , ceux des saintes Archelaa , Thècle et Susanne , martyrs à Noie, font connaître un consulaire de Campanie nommé Leontius, dans la persécution de Trajan Dèce, commencée en 250. Pratilli (2) , qui trouve dans les actes des SS. Eusèbe et Félix le nôtre appelé Dracontius, ne croit pas que ce soit le même. D'un autre côté, Tillemont retrouve Luxurius et Leontius dans les actes de saint Hyacinthe (3), avec des circonstances toutes semblables, mais avec d'autres aussi qui empêchent, comme le voudrait Baronius (4), qu'on ne place l'affaire sous Trajan. Ne pourrait-on pas laisser le tout sous Trajan Dèce, au temps duquel conviennent à peu près les titres et noms des personnages dans nos actes de saint Césaire ?
Je pense que l'on peut s'arrêter aux conclusions suivantes.
(1) Il est possible que ce personnage soit en partie un dédoublement de S. Félix de Noie, dont la légende confuse s'est faite par la fusion de plusieurs histoires différentes. Voy. Ruinart, AcL Sine., p. 256-257.
(2) Pratilli, Via Appia, De Cons. Camp,, p. 576.
(3) Surius. 26 juill., p. 311, § 1.
(4) Bar., 100. § 12.
La légende de saint Césaire est probablement fondée sur un fait réel. Mais, comme il arrive si souvent, le narrateur a pris des circonstances , et même des personnages, un peu partout, et surtout dans des traditions postérieures. Il semble raisonnable d'admettre, ou que les faits appartiennent à la persécution de Trajan Dèce, ou qu'ils se sont passés antérieurement, mais ont été placés par le narrateur dans un cadre de cette époque : la première supposition est , de beaucoup , la plus vraisemblable , le nombre de chrétiens que Ton voit à Terracine suffirait à le faire penser.
La légende, dans la forme actuelle, est certainement terracinaise. Elle a été écrite pour donner une partie importante de rhistoire primitive de l'église locale. C'est la fondation du sanctuaire de saint Césaire, le plus ancien qu'eût la cité. La topographie est fort exacte, on reconnaît le Mt« S. Angelo, le Pesco Montano , la Pineta , qui est dans les Arène à 1 mille et demi de la ville et où s'étendait autrefois un morceau de la Macchia di Piano , on voit se passer sous ses yeux les diverses scènes.
Le récit d'autre part porte avec lui sa date. Un des personnages est un moine, ce qui ne nous permet guère de le supposer écrit avant la fin du cinquième ou le sixième siècle, les premiers moines étant venus à Rome au milieu du quatrième. D'autre part, elle est antérieure au onzième où le temple réédifié devint la nouvelle cathédrale , et reçut les corps des martyrs (1). Tillemont nous a rappelé que l'église S. Cesareo de Rome est mentionnée dès 603 ; le saint était donc connu , admis et célèbre dès ce temps-là. C'est probablement peu après que sa légende fut fixée à Terracine dans ses traits généraux ; et l'on aurait sans doute le droit d'être un peu plus sceptique sur le compte des autres personnages, d'une physionomie bien suspecte, et qui n'ont pas, pour racheter les invraisemblances, une aussi ancienne autorité.
Toutefois cela est de peu d'intérêt, comme aussi la miraculeuse conversion et la mort de saint Léonce , qui , suivant d'autres Actes, serait demeuré un dur persécuteur, et aurait fait encore mourir les vierges Rosine et Sylvie et le soldat Montanus (2). Mais l'introduction de saint Quart appelle évidemment l'examen, car les légendes terracinaises ne s'accordent pas avec ce qu'on croit savoir sur son compte.
La personnalité de saint Quart n'est pas , il faut bien l'avouer , des plus claires. La tradition terracinaise en fait un prêtre ca-
(1) Voy ch, X.
(2) Contât., i. c, et les Lectiones Sanct, Terrac.
pouan. Mais il est fort difiBcile de se reconnaître entre un Quartus confesseur à Capoue (5 nov.), un Quartus martyrisé à Capoue avec Eura (5 nov.) , un Quartus martyrisé à Capoue avec Marcellin (7 oct.), et enfin saint Quart et saint Quint, du premier desquels les autres semblent presque tous des dédoublements et dont la légende est confuse. Les uns disent qu'ils étaient Romains ou Capouans, mais qu'ils furent martyrisés à Rome, où ils eurent un culte, et plus tard transportés à Capoue. D'autres , qu'ils étaient frères et furent évoques de Capoue et confesseurs. D'autres enfin , qu'ils étaient simples clercs et furent martyrisés à Capoue. Les Capouans y tenaient beaucoup. De chronologie, il n'en peut être question pour une histoire par elle-même si peu sûre. La version la plus généralement adoptée est que c'étaient deux Capouans , et qu'ils furent mis à mort sur la Voie Latine , près de Rome (1). C'est sur cette légende si confuse que s'embranche la tradition terracinaise.
Suivant elle , saint Quart , prêtre capouan , frère de saint Quint, évêque de Capoue, aurait habité Terracine, et précisément dans la Valle, où sont les anciens biens du chapitre appelé Le Prébende. Ra maison était in Varano , c'est-à-dire sur les terres des Vari, famille terracinaise. Elle servait de rendez-vous aux chrétiens , qui n'avaient pas encore d'église : on a même voulu que saint Quart ait été évêque de leur communauté (2). C'est là que furent portés les corps de saint Césaire et de saint Julien , et que lui-même ensevelit ensuite saint Eusèbe et saint Félix. La maison devint une église, qui s'appela S. Maria ad Martyres, Mais, effrayés par le sort de Félix et d'Eusèbe, les chrétiens abandonnèrent cette maison trop proche de la ville , et transpor-» tèrent leur oratoire au fond de la Valle, au pagus de S. Silyiano, où ils établirent un cimetière. Leur sanctuaire s'appela Saint-Sauveur, et le lieu la Vallée des Saints, Plus tard, quand on y eut découvert le corps de saint Sylvien , il prit le nom qu'il garde encore. Et de même , quand on rétablit le sanctuaire de la maison de Quart , ce fut sous le nom de Saint-Césaire (3).
Telle est cette histoire, en soi fort vraisemblable. Il ne lui manque qu'une chronologie qui cadre mieux avec les autres traditions locales et étrangères, et un point d'appui plus solide dans dans le personnage de saint Quart.
(1) BoU., mai, t. II, p. 554-555.
(2) Voy. Ughelli, U. Sacr,, I, 1284, note de Lucenti.
(3) Contât., Op. Ms., 1. II, ch. 1.
De toutes ces traditions , on peut retenir que les chrétiens de Terracine , peu nombreux dans les premiers temps , eurent d'abord leur lieu de réunion dans Vager Varanus, le long de TAppia, où vraisemblablement étaient leurs sépultures. Peutêtre des fouilles apprendraient-elles quelque chose. Ils eurent à souffrir des persécutions du troisième siècle , et transportèrent leur église à l'autre bout de la Valle, à S. Silviano. Elle y demeura jusqu'au triomphe du christianisme. Dans les siècles postérieurs , les deux anciens sanctuaires furent en grande vénération. Tous deux eurent une église et même un monastère; tous deux appartinrent ensuite au chapitre. Il existe à S. Silviano des restes de l'ancienne église , fort simple , à colonnes de granit gris , d'époque évidemment très ancienne , ainsi que des fragments de tombes du onzième et du douzième siècle. C'est là, dit-on , que fut l'évêché jusqu'à la dédicace de la cathédrale actuelle, et il semble, en effet, que des évêques y ont été enterrés (1). Quant à Saint-Césaire , l'église est depuis des siècles en ruines. Elle paraît avoir occupé une partie d'un grand ensemble de contructions dont les restes peuvent indiquer des thermes. Entre elles et la Via Appia , une fouille , exécutée en 1880 , a fait découvrir les planchers en mosaïque et les cloisons de diverses pièces appartenant à une maison assez confortable de la bonne époque de l'Empire (2).
Aux martyrs dont j'ai étudié les légendes , l'historien local ajoute une liste empruntée , dit-il , à Fiorentini (3). Elle donne , sans plus , les noms suivants , qui ne paraissent pas bien célèbres : Meldagase, Victor, Félix, Crescentius, Lattius, Perseverantius, Saturnin,' Simplice, Octavie, Cassia, Maxima, Fausta, Orista et Donata.
Avec le triomphe de l'Eglise apparaît la première date certaine dans l'histoire du christianisme à Terracine. En 313 , l'évêque a Savinus a Terracina » assiste au concile de Rome (4). Du reste, les textes , dans ces siècles , parlent bien peu de notre ville. Elle semble n'avoir plus d'autre histoire que son nom dans les Itinéraires. Celui d'Antonin (5) donnait la distance entre elle et les Iles Pontiennes, et entre elle et Pandataria. Celui de Bordeaux à
(t) Un fragment d'inscription funéraire laisse voir EPIS avec une croix.
(2) Notizie degli Scavi, 1880.
(3) Contât., Op. m«., I. III, c. 9.
(4) Ughelli, It. SacT., p. 1284.
(5) Uin. AnU, Ed. Wess., p. 515. Ed. Parthcy et Pinder, p. 252, 4 et 5.
Jérusalem (1) la nommera comme civitas. Le Liber Coloniarum (2) nous montre que, dans la nouvelle division de TEmpire, elle faisait partie de la Campanie. Les consulaires y résidaient ; mais depuis le premier connu, Barbarus Pompeianus (3), jusqu'au dernier que les textes mentionnent, Acilius Glabrion (4), c'està-dire de 331 à 438, un seul y a laissé sa trace. L'épigraphie non plus n'est pas riche. Un seul fragment d'inscription antérieur à Théodoso peut avoir eu un caractère public et officiel (5) : il mentionne un préfet du prétoire, mais le nom du personnage est mutilé.
A en croire l'Eglise terracinaise, elle aurait eu sa part de gloire dans la persécution de Julien l'ApostaL Saint Valentin , noble Terracinais et évoque de la ville, zélé prédicateur, grand destructeur de temples et intrépide adversaire du paganisme, aurait subi lé martyre à Chieti , en compagnie de saint Damien , son diacre. Mais il y a là plus d'une difficulté : la première est que , sous Julien , il n'y a pas eu de persécution ; la seconde , c'est que les Actes de saint Valentin ne sont pas authentiques, et que ni lui ni le prédécesseur qu'ils lui donnent, Avitus, n'ont jamais été évêques de Terracine (6).
Au temps du pape saint Damase aurait vécu le bienheureux Félix , dont la vie de ce pape rapporte un miraculeux exorcisme. Valentinien le Jeune , dit le manuscrit du Vatican cité par Ughelli, eut pour femme la fondatrice de Saint-Pierre-aux-Liens, Eudoxie , fille d'Eudoxia Augusta, et deux filles, Eudoxie, qui mourut enfant , et Galla Placidia. Celle-ci , n'ayant pas voulu céder, pour construire l'église Saint-Laurent in Damaso, un jardin où elle allait jouer d'ordinaire , un démon entra en elle ; et ses parents résolurent de l'envoyer à Chios, où le corps de saint
{[) Itin, Hier,, Wess., p. 611.
(2) Grom., Vet. Ruhd., I, p. 239.
(3) Cod. theod,, I, 2, g 6; /. JR. N., 1946.
(4) Orel.-Henz., 6910.
(6) Bien que les BoIIandistes rapportent sans les critiquer lesdits Actes, une note de Coleti avait corrigé sur ce point Ughelli : « Hujus acta cum evidenter sint fictitia, de Avito et Valentino non debuisset Ughellius nisi sub correctione meminisse, et Terracinenses judicio nostro facient bene, si contenti Savino,
. quem an. 313 in Rova. synodo suggerit Optatus Milevitanus, et Felice , Damasi
papse coaevo atque in hujus vita memorato , antiquiores omnes episcopos suos
sibi ignotos esse fateantur , neque catalogos eorum augeri patiantur Avito ac
Valentino ut coaevis S. Sylvestri. Collectores Actorum SS. Maji , t. 111 ,
p. 571. » Ugh., 2« édit., Coleti, p. 1284.
Isidore faisait chaque jour des miracles. Comme elle passait à Terracine, Tévêque Félix la reçut, et , la conduisant dans l'église de Saint-Césaire , pria pour elle devant Tautel du saint. Après trois jours d'oraisons et de larmes , le saint apparut à Tenfant, et, lui retirant un serpent de la bouche , le jeta dans la mer ; et elle fut guérie. L'empereur et l'impératrice vinrent alors chercher à Terracine les corps des saints Césaire et Julien , et les rapportèrent à pied jusqu'à Rome, saint Damase venant à leur rencontre en avant des portes de la ville (1).
Telle est cette légende, qui ressemble à tant d'autres, mais qui soulève des diflBcultés au sujet de l'évêque Félix.
Saint Damase vécut, en effet, sous deux Valentinieus. Quand il mourut, en 384, Valentinien II avait neuf ou dix ans : il mourut à 20 ans ; on ne lui connaît pas de postérité, et probablement il ne se maria pas. Dans tous les cas, le Valentinien qui eut pour épouse une Eudoxie est Valentinien III (425-455), et c'est cette Eudoxie qui fonda, en 422, l'église de Saint-Pierre-aux-Liens. Elle était bien la fille d'Eudoxia Augusta, la poétesse, et de l'empereur Théodose II. De leur mariage naquirent bien deux filles, Eudoxie et Placidie ; mais la première ne mourut pas dans l'enfance et devint plus tard femme du roi Huneric ; la seconde , qui épousa [^empereur Olybrius, ne paraît pas s'être appelée Galla. Au temps de Valentinien II et de Damase, il y avait une Galla ; mais c'était la sœur de l'empereur, la femme de Théodose le Grand, et elle ne s'appelait pas Placidie. La princesse qui porta les deux noms est Galla Placidia, la fille de Théodose, l'épouse d'Ataulf et de Constance III, la mère de Valentinien III. Il faut donc nécessairement admettre que, dans l'histoire du B. Félix, il y a confusion de noms et de personnes; mais cela ne diminue pas la difBculté. Sous quel Valentinien, en effet, placera-t-on cet évêque? Sous Valentinien II (375-392)? Il n'y faut pas songer, à moins de renoncer à toute la légende, seule mention que nous ayons de lui. Sous Valentinien P' (364-375), pas davantage: il n'est pas Valentinien le Jeune ; sa femme, d'ailleurs fameuse arienne, a pour nom Justine ; sa fille enfin s'appelle Galla , mais non , que je sache , Placidie. Valentinien III semblerait plus acceptable : il est répoux d'Eudoxie , fondatrice de Saint-Pierre-aux-Liens, le père d'une Eudoxie et d'une Placidie, et, de plus, connu pour son zèle catholique. Mais sa seconde fille, je crois, ne s*appelle pas Galla ;
(l) UghelU, h. Sacr,, 1, p. 1289.
et , quand il monte sur le trône , saint Damase est mort depuis quarante ans. On ne gagnera rien à identifier la Placidia de la légende avec sa fille et à renoncer à saint Damase. D'abord, il ne resterait pas grand'chose de cette histoire, toute liée aux Actes du saint pape. Ensuite, elle ne pourrait se placer ni dans les premières années du règne , car le mariage de Valentinien eut lieu seulement en 437, ni dans les suivantes, car alors le siège de Terracine est occupé (1) ; ni dans les dernières, car alors Timpératrice et ses filles sont prisonnières des Vandales en Afrique. Le B. Félix reste donc encore un pou problématique.
Contemporain de saint Damase était, au contraire, un homme qui a laissé à Terracine des souvenirs bien authentiques. La Base des 87 Colons en porte un. Sur sa face antérieure, à la place de l'inscription qui s'y lisait, et qui, on le voit, fut martelée, se déchifl'rent péniblement ces mots (2) :
AVIANIVS VINDICIANVS VC CONSCAMP STATVAS ADOrnA TVM CIVITATis t\r RACINENSis CONSTITVEND CVRAVIT
La gravure est détestable : c'est plutôt gratté que gravé ; les dernières lignes ne sont que pointillées, et l'on n'a pas même pris la peine de parer la surface de la pierre. Le personnage est d'ailleurs connu. C'est un consulaire de Campanie qui se place entre Amphilochius, titulaire en 370, et Pontius Meropius Paullinus (saint Paulin de Noie), qui occupa le poste vers 380 (3). Il est probable que c'était le même homme qui était vicarius urbis en 378 et dont parle le code Théodosien dans une loi de 379 (4). Son inscription montre (jue , par ses soins , furent posées des statues , peut-être, celles des empereurs, pour l'ornement de la ville. On
(1) A moins qu'on ne veuille renoncer à S. Sylvien , dont il sera parlé plus loin, — ce qui est peut-être, malgré la grande place que son culte tient à Terracine , le meilleur moyen de sortir d'embarras , ce saint appartenant probablement à Velletri.
(3) Pratilli, Via Âppia, p. 360.
(4) Cod. theod.y leg. 9 de Metallis ; leg. 12 de Medicis et Professoribus,
if' 158 TKEIRAGINB.
prit vraisemblablement pour cela des statues déjà existantes dont on changea les mains et la tête : en même temps que la base en question , fut trouvée une statue vêtue de la toge et à laquelle avaient été enlevées ces parties. Le nom fut efifacé de la base, et on y mit à la place l'inscription qui se voit aujourd'hui. Déjà les œuvres de Tantiquité servaient de matériaux à de nouveaux ouvrages. Il est probable que la statue en question décorait un monument détourné de sa destination primitive. Elle fut trouvée, ainsi que la base , non loin du canal de Navigation , sur le chemin qui part du fond de la place du Semicircolo ; c'est à quelques pas de là, dans le jardin entre ce chemin et la Via délia Riparata, qu'avait été découverte l'inscription de Cselia Macrina, et le bâtiment qui occupait cette partie du quartier était sans doute celui qu'elle avait fait construire. Mais l'institution alimentaire n'existait plus depuis bien longtemps.
Avianius, du "reste, fit quelques travaux à Terracine. Une inscription (l)*diD qu'il refit des thermes qu'un incendie avait détruites. Terracine conservait une importance relative comme résidence du consulaire. La province était parfois appelée Campania Tarracinensis (2). La cité fournissait à Rome de la chaux pour réparer ses murs et du bois pour chauffer ses thermes, deux produits que donnait en abondance le beau massif calcaire du S. Angelo (3). Probablement à cette époque les sanctuaires païens étaient, en grande partie, occupés, détruits ou transformés par les chrétiens vainqueurs, et le temple au fond du Forum était peutêtre déjà une église. Cependant la tradition veut que les évêques de Terracine aient continué longtemps à être à S. Silviano , appelé alors S. Sauveur. Le paganisme, du reste, était encore loin d'être mort. Tant que dura l'empire romain, une partie des hautes classes lui fut fidèle, et, malgré la persécution de Théodose P% le peuple des campagnes ne l'abandonna pas aisément. C'est sous ce règne qu'une dernière inscription montre un .travail public sur notre territoire. La borne LUI de la Via Appia, X du Decennovium, porte, au-dessous de son inscription deTrajan, un hommage à Théodose le Grand, qui date d'après nov. 393, car on lui voit associés Arcadius et Honorius (4). Il a donc probablement fait faire quelques réparations à la voie Appienne, sans cesse submer-
(2) It, Rav.f Liste des dix-huit provinces d'Italie.
(3) Symm,, Rely 40; Cod. theod., XIV, 6, 3.
gée et endommagée par les eaux. D'autres, aux murs même de la ville, dateraient des règnes suivants, s'il ne faut pas, comme on Ta fait jusqu'ici, les attribuer à Théodoric, — par exemple la double enceinte au S.-0.,la porte qui y donnait accès et une rampe faite de ce côté portant jusqu'à la ville haute, au pied du soubassement du Forum (1).
Sous le successeur d'Honorius, Valentinien III, Terracine ressentit le contre-coup de l'invasion des Barbares. Genseric s'était emparé de l'Afrique et persécutait durement les catholiques. Plusieurs s'enfuirent, et parmi eux deux saints personnages, Eleuthère et son fils Sylvianus ou Silvanus. Ces deux hommes, partis sur une simple barque, mais protégés par le Seigneur, abordèrent à Terracine, où était évêque un certain Jean. Leur sainteté s'y fit bientôt connaître ; et quand le vieil évêque mourut, vers Tan 443, Sylvien fut élu à sa place. Il mourut au bout de neuf mois , et après lui on élut son père, qui dirigea pendant quelques années l'Eglise de Terracine, puis s'éteignit comblé de jours. Ils furent enterrés auprès de S. Sauveur, dans la Valle de' Santi. Au dixième siècle, on retrouva leurs corps, et l'église prit le nom qu'elle garde encore, S. Silviano.
Tel est du moins le récit de Contatori, pris je ne sais où et dont Ughelli n'assumait pas la responsabilité, ne comptant ni Jean, ni Sylvien, ni Eleuthère parmi. les évoques certains (2). Les martyrologes , en effet , disent seulement « in Campania (3) ; » et Baronius s'est demandé s'il ne s'agissait pas, non d'un évêque de Terracine, mais d'un Sylvianus ou Sylvinus, évêque de Velletri, qu'il trouve aux synodes de Rome sous le pape Symmaque , en 502 et après (4). L'attribution de Sylvanus, Sylvianus ou Sylvinus à Terracine n'a pour elle que le ms. du Martyrologe Romain connu sous le nom de saint Jérôme. Il est dit que , le 10 février , on célèbre « in Terracina natale S. Silvani episcopi et confessoris. » Quant à l'époque où il vécut , elle reste assez incertaine ; mais c'est toujours aux environs de l'invasion des Barbares.
Que devint Terracine dans cette grande tourmente ? Il n'est nulle part question d'elle. A en croire Contatori , les Goths l'auraient pillée et ravagée ; et il est bien possible en effet que, dans les campagnes d'Alaric en Italie, etdans les expéditions de Genseric
(1) Voy. le ch. suivant.
(2) Ughelli, It, Sacr., I. p. 1290.
(3) BolL, Fév., t. II, p. 391.
(4) Bar., Not. ad Mart. Rom., 19 févr.
sur les côtes, elle ait eu sa part de misères. Quand Rome était prise et saccagée , Terracine pouvait bien souffrir. Mais on n'a pas de témoignages formels, et pas non plus de traces certaines, qu'elle ait subi alors un désastre. Un fait est sûr , c'est que son forum, ou tout au moins le temple qui en occupait le fond, fut brûlé. Les colonnes, le mur et son revêtement de marbre tout craquelé, — et noir encore , par surcroît, d'un second incendie dans les temps modernes , — l'aspect même de la ruine , en font foi. Mais rien ne dit que la destruction soit le fait des Goths ou des Vandales. Il est fort possible , au contraire , qu'elle soit l'œuvre des Sarrasins, qui prirent la ville au neuvième siècle. Sans compter que rien ne prouve qu'elle ne soit pas accidentelle.
Que Terracine, au cinquième siècle, fût dans un état de profonde décadence, la lecture de ce chapitre l'aura sans aucun doute fait penser. C'était le sort commun de toutes les villes d'Italie, et dans la campagne romaine plus qu'ailleurs. Qu'elle eût des raisons particulières d'être dépeuplée et ruinée , cela est encore évident. Mais qu'elle ait subi une destruction, ou ait été particulièrement saccagée pendant l'invasion des barbares, c'est ce que rien n'autorise à dire. Bientôt même , tout au contraire , elle allait être le théâtre de faits qui ont rendu le nom d'un roi goth populaire chez elle jusqu'à nos jours.