CHAPITRE X
L'histoire de la ville de Terracine pendant les siècles du moyen âge serait pour nous celle d'une lente destruction des restes de la ville antique. La domination byzantine trouva celle-ci et son territoire dans un triste état. Le peu qu'avait pu faire Théodoric ne tarda pas à disparaître ; les guerçes des Lombards, des Franks, des Sarrasins achevèrent de ruiner le pays, Terracine comme les autres villes. Il faut s'imaginer les marais Pontins retournant rapidement à un état pire que par le passé, la vallée terracinaise inculte , le port en train de s'ensabler, la Via Appia se dégradant chaque jour, les bas quartiers de Terracine à peu près abandonnés et la ville haute incendiée , pour avoir une idée de ce que pouvait être à cette terrible époque l'état de la population et de la cité : un champ de décombres où s'abritaient quelques milliers de fiévreux.
Cependant Terracine était encore moins malheureuse que bien d'autres villes de la même région. Sa destruction n'était pas complète : les avantages naturels de sa position lui donnaient toujours une importance relative ; et son église , illustre par le souvenir des saints qui l'avaient fondée, était jusqu'à uu certain point florissante. De temps en temps ses évêques sont nommés : Pierre, par exemple, qui vivait et mourut sous Grégoire le Grand, et que celui-ci invite à ne pas persécuter les juifs. A cotte époque, le paganisme n'était pas. encore complètement mort : une lettre du même pape à l'évêque Agnellus parle du culte des arbres sacrés. La vie religieuse était la seule qui ne fût pas tout à fait éteinte. Contatori place à Terracine l'histoire de lareine Gondiberte, qui aurait fondé, en 638, une église de S.- Jean-Baptiste, pour remercier le saint d'avoir fait éclater son innocence par un miracle; mais le texte de Paul Diacre porte a int7'a civitatem Ticinensem
(Pavie), » ce qui se comprend pour une reine lombarde. Quant à réglise , c'est celle connue plus tard sous le nom de S. Maria in Posterulis, On dit aujourd'hui, généralement, inPosterula; c'est pusterla , poterne^ posticum. L'église était , en effet , située audessous des arcs qui portaient la terrasse du Forum : on les appelle communément les Archi di Posterula. La construction du Palais Braschi et de la route qui monte au-dessous a fait disparaître les derniers restes de l'église et de la petite rampe sur laquelle elle s'élevait. C'était, dit Contatori qui en a vu les ruines, un édifice très riche , à trois nefs , orné de colonnes de marbre prises à des édifices antiques démolis. Quatre de ces colonnes existent encore et supportent le baldaquin de l'autel principal dans la cathédrale. Ce sont les plus belles qui soient à Terracine : elles sont de marbre blanc, corinthiennes, très élégantes de proportions, d'exécution et de style, et d'une conservation merveilleuse ; on les dirait faites d'hier.
Il fallait toutefois que Terracine, au sixième et au septième siè* cle, fût réduite à bien peu de chose. On voit en effet, sous Grégoire le Grand , Tévêque Agnellus de Fondi occuper à la fois les deux sièges. A cette époque, la peste vient et dépeuple si complètement la cité qu'à la mort de cet Agnellus il n'y a pas d'élection d*évôque : le pape charge Constantius, évêque de Palerme, d'administrer l'église de Terracine. Au neuvième siècle , autre calamité : les Sarrasins , en 846 , prennent Fondi et Terracine et détruisent tout. On s'imaginera facilement ce que pouvaient devenir, au milieu de ces désastres , les monuments de l'antiquité : c'est probablement à cette date que fut incendié le Forum.
Autre cause de destruction furent les constructions faites ou refaites pendant les moments de répit. La ville étant aux trois quarts déserte , les édifices abandonnés fournirent les matériaux des nouveaux ouvrages.
Une des colonnes du portique de la cathédrale porte deux in* scriptions importantes* Elles sont gravées sur le fût, à un mètre environ l'une au-dessous de l'autre. La première, grecque, est une acclamation , dont M. Kirchhoff a bien voulu me confirmer la lecture ; « 'Op6o5<i5otç xal vtxYiraïç paffiXeufft TcoXXi xk irt\, » Les caractères seraient du septième siècle, et il s'agit probablement d'Héraclius et de son fils Constantin , associé à l'Empire. Terracine dépendait du duché de Rome. L'autre inscription porte : < Mundificatus est forus iste tenpore domini Georgii consul et dux. » Malgré sa relation apparente avec l'autre et une grande similitude dans les lettres, M. de' Rossi, qui a pris la peine de
les examiner pour moi toutes deux , ne la croit pas de la même époque : elle se place au huitième siècle, à cause des caractères en onciale qu'elle renferme mêlés aux caractères carrés. M. Watteubach , qui a eu aussi Tobligeance d'en étudier l'estampage , la rapporte avec toute certitude à Georges , duc de Naples de 730 à 740. On a donc là un exemple de plus de ces usurpations dont les papes se sont plaints plusieurs fois. Adrien I", en 778, et en 795 dans une lettre à Charlemagne, explique que les Napolitains et les Grecs, sur le conseil du duc de Bénévent, ont envahi et occupé Terracine.
Il n'est pas facile de savoir ce qu'on fit, au temps du duc Georges, avec la mundificatio. L'église, en efiFet, fut construite, ou du moins terminée et dédiée , dans le courant du onzième siècle, et il est bien probable que tout fut remanié après l'incendie allumé par les Sarrasins. Ces œuvres des premiers temps du moyen âge sont ce qu'a de plus beau Terracine : elles mériteraient une étude.
Le portique, dans l'état actuel, se compose de onze colonnes. Les six de devant sont posées en haut des degrés de l'ancien temple; puis, comme le seuil et le pavé de l'église médiévale sont isensiblement plus élevés que le stylobate antique, c'est à la hauteur du nouveau que sont placées celles de derrière. Un escalier entre celles du milieu mène à la porte moderne. La première colonne à gauche n'a pas , ou n'a plus , sa correspondante derrière. Presque tous les éléments de cet ouvrage proviennent d'édifices antiques ruinés, les colonnes très probablement des portiques et colonnades qui ornaient le Forum à l'époque romaine*
Des six colonnes de face, quatre sont de granit et deux de marbre. Toutes sont monolithes, difl'érentes de diamètre et de hauteur; mais les différences sont peu accentuées, et rachetées assez habilement par le choix des chapiteaux et la forme des bases. Tous les chapiteaux sont ioniques, diff'érents, mais de même style : on voit que les constructeurs ont pu choisir dans d'abondants dépôts de matériaux. Les bases sont de marbre blanc, toutes faites exprès : ce qui se comprend , car il fallut les varier pour racheter les différences dans la hauteur des fûts. Elles se composent d'un piédes* tal sur lequel sont deux lions couchés ou plutôt accroupis aux deux côtés de la base proprement dite. Ces lions sont de diverses grosseurs, suivant la hauteur qu'il a été nécessaire de donner au piédestal; ceux des deux colonnes centrales sont tout petits, parce que les colonnes , étant plus longues que les autres , n'ont pas de piédestal , mais seulement une base. Tous sont d'ailleurs
d'un travail grossier. A la dernière colonne à gauche, au lieu de deux lions, ce sont quatre singes. Sur la colonne à droite de rentrée sont gravées les deux inscriptions.
Les colonnes de derrière sont toutes les cinq de granit, plus courtes naturellement que les autres et sans piédestal. Elles ont de légères différences dans la hauteur , le diamètre et les bases ; les chapiteaux , tous ioniques d'assez bon style , sont différents les uns des autres.
Ce portique aujourd'hui paraît un peu petit et un peu haut perché. Mais il faut se souvenir qu'il n'était probablement pas seul, et que le sol du Forum était fortement exhaussé par les décombres : il fallut, en 1846 , creuser plus d'un mètre sous le pavage médiéval pour mettre au jour les dalles d'iEmilius.
Mais la partie la plus belle du portique est son entablement. 11 se compose d'une architrave et d'une corniche, interrompues entre les deux colonnes centrales en face de la porte. La corniche, avec ses denticules et son rang d'oves, paraît antique, et provient peut-être d'une grande base autrefois sur le Forum, dont un morceau a été porté sur la place Victor-Emmanuel. L'architrave , de marbre blanc, sculptée par-dessous, présente sur sa face antérieure , encadrée dans une étroite marge , une des plus belles et des plus curieuses mosaïques que l'on puisse rencontrer. A en juger par le costume des personnages et le caractère des inscriptions, elle me paraît du douzième siècle.
La partie droite est presque intacte. La partie gauche montre à peine quelques vestiges de sujets : l'humidité apportée par le clocher en a fait tomber l'appareil. La moitié qui subsiste présente, aux deux extrémités, [deux monstres marins ailés différents , la tête tournée vers le cadre. Entre eux est une série de groupes , composés tous uniformément de deux animaux ou personnages tournés vers un objet posé entre eux : deux colombes buvant dans un calice, deux griffons marins avec un vase, deux chevaliers armés de toutes pièces avec une croix entre eux deux> puis deux taureaux aux côtés d'une église qui montre ses trois portes et sa tour de clocher , puis deux oiseaux entre lesquels est un coffre, puis une chèvre et un daim qui broutent les feuilles d'un arbre. Ces groupes sont cependant interrompus par d'autres figures. Entre les griffons marins et les chevaliers se voit la mer avec une barque et un homme à la poupe, et au-dessus sont écrits trois mots , les deux premiers dans la mosaïque même , le troisième dans la marge au-dessus : « Petrus Pbri miles ; » de même, au-dessus des chevaliers , se lit, dans la marge : a Guti-^
fred : Egidii miles. » Entre les taureaux et les oiseaux est un groupe moins distinct qui parait représenter un chevalier combattant un monstre. Entre les animaux qui broutent Tarbre et le monstre marin de gauche se place un aigle ouvrant les ailes.
Les chevaliers Pierre et Godefroy ne me sont pas autrement connus, et il faudrait toute une étude pour interpréter ces représentations variées. J'inclinerais à voir dans l'œuvre un souvenir de la croisade. Quoi qu'il en soit, on ne saurait oublier l'effet surprenant de cette mosaïque. Les couleurs sont d'une vivacité , d'une fraîcheur, d'un éclat qui la rend difficile à regarder quand le soleil frappe dessus. Elles sont assez nombreuses et fort variées sur chaque objet : j'y trouve le noir, le rouge, l'or, le blanc , le vert émeraude , le vert bouteille, le bleu d'outre-mer , le bleu saphir, un autre bleu très foncé, le jaune d'ocre. L'aigle, un des chevaliers , le monstre ailé de droite sont particulièrement resplendissants.
L'église primitive a été , sinon refaite , au moins considérablement enrichie plus tard, puis incendiée, et reconstruite telle qu'elle est seulement en 1725. Il est donc difficile de savoir ce qu'elle était. Peut-être des morceaux de mosaïque encastrés dans le pavage de la nouvelle en proviennent-ils, particulièrement certains serpents verts ailés , tout à fait du style de cette époque* D'autres fragments sont peut-être plus anciens, mais y figuraient probablement» Ils représentent, sur fond blanc, des animaux, un chien> un cochon, le motif si fréquent des deux colombes buvant au calice > des oiseaux , et deux animaux fantastiques disposés pour entrer dans des médaillons. Les couleurs en sont fort simples : noir, rouge et bleu; les sujets sont presque toujours faits , non de petits cubes, mais de morceaux de marbre ou de por* phyre asssez gros : cela doit dater du sixième ou du septième sièclei La porte aussi , bien que refaite plus tard , est en partie ancienne : sur le linteau est une corniche sculptée , d'un beau travail, certainement antique, et qui provient peut-être de l'ancien temple.
C'est ainsi que, délivrée des Sarrasins, chassés par l'empereur Charles III , Terracine se relevait lentement , passant par des vicissitudes variées. On voit Sylvestre II la donner au comte Darferius , puis elle retourne à l'Eglise ; Alexandre II la donne à Didier , abbé du mont Cassin , depuis pape Victor III ; et enfin Grégoire VII, en 1074, la donne aux Terracinais. L'année même l'évêque Ambroise fait la dédicace de la cathédrale.
A partir de ce moment , les Terracinais se gouvernent eux-^
mêmes. Us ont leur sénat, leurs consuls, et un connétable choisi parmi les nobles avancés en âge. Leur ville joue son rôle dans rhistoire des papes. En 1073 , Grégoire VII y vient ; c'est là qu'abdique-Victor III, et dans sa cathédrale qu'est élu Urbain II (1088). Elle sert de refuge à Pascal II, à Gélase II, à Alexandre III. Dans ces guerres de toutes sortes, elle est prise et reprise plusieurs fois. Quant à son histoire particulière, elle n'est pendant quatre siècles qu'une série de luttes péni])les : au douzième siècle, contre les Frangipani, une guerre longue et cruelle, pleine d'incendies et do massacres ; au quatorzième , une autre contre les Caetani de Fondi ; la ville est assiégée et achète le secours de galères génoises commandées par Domenico Garibaldi. Terracine passe de l'Eglise aux rois de Naples ; les discordes intestines la ravagent , et elle ne retrouve un peu de calme que dans la pacification générale du 18 août 1499. A partir de ce moment, sous la domination plus stable et plus forte d'Alexandre VI, de Jules II , de Léon X, l'état pontifical prend la forme qu'il a conservée jusqu'à nos jours.
C'est au treizième siècle que peut se placer l'apogée relatif de la Terracine médiévale. Elle avait alors sept paroisses , trois châteaux, un ghetto, divers couvents et de nombreuses églises. La population était certainement peu nombreuse ; mais elle occupait , en plusieurs groupes , à peu près tout l'espace qu'avait couvert la cité antique, dans les ruines de laquelle elle s'abritait. La ville était divisée en ville basse et ville haute* La ville basse a complètement disparu. Au dix-septième siècle déjà on distinguait à peine la trace de ses maisons, et Ton pouvait seulement reconnaître ses murs avec leurs bastions : de tout cela on a fait table rase , pour construire, sous Pie VI, le Borgo délia Marina. Il ne reste que fort peu de cette enceinte. Les portes étaient trois : S. Cristoforo vers les Arène , Marina vers la plage , Romana vers les Marais Pontins. La paroisse était S. Giovanni ou S. Maria in Posterulis.
La ville haute , enfermée dans l'enceinte antique restaurée et garnie de tours carrées de distance en distance, formait deux paroisses : la Cathédrale et S. Lorenzo, aujourd'hui S. Giovanni. Elle avait quatre portes : S. Lorenzo, aujourd'hui Maggio, vers la Valle; Albina ou Levina, vers la Marina; S. Maria vers la ville basse , et Nuova vers la montagne.
C'est l'époque où sa cathédrale fut le plus enrichie et ornée. Le candélabre pascal , qui en est une des curiosités , date de cette époque. On peut difficilement le décrire : il mériterait une
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représentation en couleur ; car , bien que les œuvres de ce genre soient assez fréquentes , il n'y en a pas beaucoup de plus belles. C'est, comme la plupart des autres, une colonne torse à spirale gracieuse, dont le marbre blanc n'apparaît qu'en une minco baguette à moulures entre les spires d'une trèé brillante mosaïque. Celle-ci est formée de six bandes, chacune d'un dessin différent , et très riches en ors. Elle est d'un effet remarquable pour le peu de couleurs qu'elle renferme : elle n'a que du blanc , du noir, de l'or et du rouge. La colonne se termine par un joli chapiteau corinthien qui porte une tablette à biseaux ornés de mosaïques, sur laquelle est le chandelier , en forme de calice byzantin , à pied sphérique , tout couvert de mosaïque. La base est formée d'un socle posé sur deux lions portés par un piédestal. L'ensemble, qui a environ 4 mètres de hauteur , est d'une rare élégance : c'est un joli travail de l'école des Cosmas. Sur le socle, aux pieds des lions, on lit l'inscription « Crudeles ope; » sur un des côtés , la date « A. D. MCGXLV . men . oct . die . ultima, d qui nous reporte au temps de l'interrègne entre Innocent IV et Alexandre IV.
A côté du candélabre pascal se dresse un ambon de même style, peut-être légèrement antérieur, soutenu par une colonne à chaque angle et une au milieu, les colonnes d'angle portées par deux lions. Lions, bases, chapiteaux, colonnes ellesmêmes , tout est varié ; un mascaron , situé sous la tribune , attirait autrefois beaucoup l'attention des voyageurs , comme aussi certaine corniche sculptée à feuillages , qui pourrait bien provenir de quelque construction antique. Malheureusement , Tescalier et la porte manquent ; malheureusement aussi l'ambon correspondant, — celui de droite, par conséquent de l'Epître, — a complètement disparu : quelques restes de ces ouvrages perdus ont été employés dans le pavé de l'église actuelle. Tel qu'il est toutefois, l'ambon de Tévangile serait digne de figurer près de celui de S. Laurent-hors-les-Murs. Ses quatre côtés sont couverts d'opus cosmaticum analogue à celui du candélabre ; et , bien qu'il ait souffert en quelques places, ce travail de mosaïque est encore d'un aspect saisissant. Des bandes aux dessins variés se contournent et s'enroulent sur elles-mêmes , ou encadrent des plaques et des ronds faits de marbres et de porphyres antiques. Elles donnent exactement, — ce qui est le summum de cette mosaïque décorative, — la sensation des combinaisons d'un très riche kaléidoscope. Pourtant, il y a très peu de couleurs : noir, blanc , rouge , or et vert turquoise > rien de plus ; mais les pâtes sont su-
perbes , surtout les blancs et les verts , et les ors sont abondants.
C'est aussi dans ces siècles-là que fut fait, refait , ou terminé, le pavage de la qathédrale. Il n'en reste plus que les débris échappés à l'incendie, et dont on a cherché à tirer le meilleur parti possible dans le pavage moderne : la nef centrale et le chœur en sont entièrement décorés. Ce sont des mosaïques comme toutes celles de cette époque, où la variété provient plutôt de la multiplicité des dispositions que du nombre des matériaux ; ceux-ci sont toujours les mêmes marbres antiques, le jaune , le blanc , le serpentin , la brèche de Cori , une autre violette et rose , et les porphyres rouges et gris. Il peut y avoir là des travaux de plusieurs époques, tous sont bons. Il n'y a d'autres sujets , au moins dans ce qui subsiste, que deux paons becquetant dans un vase d'où s'élève une plante, on les a placés au centre de la nef; c'est un sujet d'époque fort ancienne.
Le clocher date aussi de cette période ; et , dans l'église, les deux jolis baldaquins qui surmontent les deux petits autels latéraux sont sans doute de date plus ancienne. Chacun d'eux est porté par quatre colonnes, les unes de granit, les autres de marbre, à bases et chapiteaux variés. Sur l'architrave posent seize colonnettes d'albâtre portant un toit à huit faces , dont quelques dalles viennent de sépulcres et portent encore des inscriptions.
Les édifices du moyen âge sont encore nombreux en ville, mais presque tous assez défigurés. L'un deux, l'Arc du Chapitre, s'appuie sur la cathédrale elle-même. Il offre deux jolies fenêtres à arcs brisés et à colonnettes ; il y en a une vingtaine d'autres de ce genre en divers endroits de la ville. Nombreux sont aussi les débris d'ornements datant du dixième au quinzième siècle, particulièrement les sculptures décoratives à entrelacs : un large panneau de ce dernier genre existe dans un magasin du Palais de la Bonification , où l'on conserve aussi deux grands morceaux de frise ou d'architrave ornés de fort bel opus cosmaticum.
Autour de la ville étaient, au moyen âge , cinq faubourgs : deux murés , Fuori porta Albina et Fuori porta S. Lorenzo , et trois ouverts.
Le Borgo dei Cepollari, hors de la porte S. Lorenzo, fait aujourd'hui partie de la viUe haute. Ses murs sont la continuation de ceux de la ville, et sa porte S. Gregorio s'appelle aujourd'hui la Porta Romana. Sa paroisse était S. Nicola, aujourd'hui détruite.
Le Borgo fuori porta Albina était adossé d'une part à la ville basse, de l'autre à la ville haute. Ce n'était guère qu'une rue se
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prolongeant au pied du mont le long de la montée du Forum et de la via Appia antique. Il n*en reste plus que d'insignifiants débris, et sa paroisse l'Annunziata.
Les trois faubourgs ouverts étaient : Fuori porta Nuova, dont il ne reste à peu près rien ; Fuori porta Romana dans les Arène jusqu'à l'église de S. Sebastiano, aujourd'hui Del Salvatore; Fuori porta S. Gregorio, refait complètement dans les temps modernes par l'évoque César de Vintimille. Le second de ces faubourgs communiquait avec la ville par un pont sur le Fiumicello appelé Ponte dcUe Piètre, que remplace aujourd'hui sur le Canal de Navigation le Ponte dol Salvatore. Le troisième avait pour paroisse S. Maria délie Grîizie, dite aussi la Madonna Nuova ou la Basilique, consacrée par Alexandre III, et remplacée maintenant par une église moderne.
Les travaux faits depuis Pie VI ont enlevé presque toute trace de la ville basse et des faubourgs d'en bas. Les faubourgs d'en haut ont disparu ou changé complètement d'aspect. La ville haute elle-même a été en partie modifiée par les constructions faites depuis trois cents ans. L'cvôché, le palais Braschi, celui du Municipc, celui du Consorzio I^ontino, la place S. Domitilla en ont transforme une partie, la Stradadeli' Annunziata, la montre de S. Francosco ont été refaites ; bien des maisons ont éu'î l'Clouchéos ou roconstrait(3s. Presque toujours quelque débris antique «jui portait l'œuvre du moyen âge a disparu avec elle. Mais surtout Taspcct extérieur a change. On ne voit plus s'élever qu'une partie de ces tours que chaque famille de la noblesse municipale avait sur sa maison, et il devient difficile de se représoulor les divers f.iul)our;^^s, j»res,]iie tous fort petits, serrés daus leurs murs cL encombrés de ruines.
Au-ilessus de la ville s'élevait le château, la Rocca Traversa des Frangipani, détruite par les Terracinais, rétablie sous Eugène III, comme le racontent deux belles inscriptions. Le donjon est porté sur un soubassement fait de blocs rectangulaires, si semblable aux constructions antiques qu'on le croirait plus vieux que Rome, si les inscriptions ne faisaient foi du contraire. Ce château occupe la partie la plus haute de ïarea où étaient peutêtre le temple de Jupiter et Varx d'Anxur.
Les deux autres forteresses, « scillcet Pesclum Montamim e^ Ferronum, » étaient, l'une au bord de la mer, et l'autre à l'entrée de la Valle, Celle du Pesco Montano n'était abordable que par deux galeries entaillées dans les flancs du rocher et cachées par un mur; elle fut remplacée plus tard par une petite batterie, et il
n*en reste plus qu'un morceau de tour, au-dessous, aujourd'hui inaccessible. Celle de Féronie, située au-dessus des ruines de la station de VAppia, était une magnifique tour à huit faces, détruite mal à propos sous Pie VI.
Le territoire était l'immense espace « qriod est inter affines incipientes a S. Anastasia et vertit usque ad Portellas^ et ascendit ad monlem Dafati et descendit in Sinninum^ et deinde vadit in ipsam Drogam , et pervenit ad Portatnrum et deinde vadit ad Palliala et descendit ad Riguum Martinum, et descendit per Flumicelhim S. Donati usque ad Fucem Fullani, et extenditur per mare XTI milliariaj et revertitur ad S, Anastasiam. » Ce sont les termes de la bulle de Grégoii*e VII qui le rend aux Terracinais. De Sonnino au Monte délie Fate, du Monte délie Fate àla Portella, puis à la Torre S. Anastasia, toute la côte jusqu'c'i Fogliano, puis le Rio Martine . et, dans les maraivS Pontins, le Rio Frcddoet lesPagliote;ce senties mêmes qu'indiquait Sylvestre If. Dans ces limites qui font an moins sur terre un dfjveloppcmont de 55 kilomètres, sont compris les territoires do plusieurs casicUl, qui alors n'étaient rien, et qui, devenus des p.iys, ont dû se fniro une petite j»lacc. Sonnino a sa petite part des marais et de la montagne; Monticelli de mémo, et la frontière napolitaine a avancé de la Portella k l'Epitafio ; S. Felice a le MteCircello; Bassiano et les Caetani ont défiasse le Rio Martine ; enfin , par voie d'échange, les seigneurs de Fondi ont acquis le lac et le Salto di Fondi, et la frontière de ce côte est au Canneto di Campagna. Alors au contraire, et par la môme bulle, les Terracinais eurent en garde le château du Circeo.
Il y a huit ou neuf cents ans , tout cet immense territoire était à peu près abandonné. La montagne était déserte, les Marais Pontins impraticables, la Macchia une foret vierge; la Valle ellemême n'était sûre qu'à qui pouvait se croire assez fort. C'était là et aux environs de la ville que la vie était concentrée. Au delà, à peine quelques tours sur la côte, la Legula; aujourd'hui Olevola, la Paola , le château de S. Donato, et quelques chapelles dans la Macchia y S. Andréa, S. Maria délia Sorresca, S. Paolo près du lac de Paola , et S. Vito au milieu même des bois.
La plupart des églises rurales existant alors ou fondées plus tard, aujourd'hui presque toutes détruites, étaient dans la Valle : S. Cesareo et S. Silviano, les premiers sanctuaires des chrétiens; S. Maria de' Libéra, aujourd'hui appelée Madonnadella Délibéra, église féconde en miracles; S. Maria di Caposelce, plus tard S. Benedetto, près du point où commence le dallage subsistant
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de TAppia antique; S. Bartolomeo, et plusieurs autres. Il faudrait ajouter d'innombrables chapelles, en général faites dans les tombeaux de l'Appia ou des routes antiques de la Valle : la Madonna délia Cerqua (Quercia) , la Madoniia di Costantinopoli , S. Caterina , presque toutes d'ailleurs d'époque plus récente. Autour de la ville, S. Barbara et la chapelle de S. Maria Réparatrice, près du Fiumicollo ; S. Giacomo , apôtre, avec un puits d'eau douce, remplaçant le temple de Vénus à l'entrée du Port ; S. Donato, dans les mêmes parages; S. Rocco , dans les Arène; S. Martine, dans une île du marais délie Cannete; S. Antonio, abbé, et S. Groce, dans le Borgo S. Gregorio; S. Tommaso, apôtre, S. Gregorio , pape , et le Spiiito Santo , dans le Borgo de' Gepollari. Beaucoup de ces sanctuaires n'existaient pas au treizième siècle; mais beaucoup aussi étaient déjà fondés, et le nombre augmentait chaque jour : c'est au seizième siècle seulement que la dépopulation de la ville amena l'abandon de la plupart d'entre eux.
Les couvents se multipliaient aussi. Celui de S. Domenico, sur un contrefort du S. Angclo, en face de la Porta Nuova, eî; celui de S. FrancGSCO , dans les ruines du palais des Galba, prétendirent plus tard avoir été fondés par les deux saints patriarches. Un autre existait à S. Leonardo ; un autre, monastère des Glarisses, se créa pour un temps -à l'Annunziata. Les Templiers avaient habité entre le Pesco Montano et le Borgo dell' Annunziata, autour de la très vieille église de La Maddalena, faite dans d'anciennes piscines limaires.
Mais les deux plus anciens monastères de Terracine étaient celui de S. Angelo et celui de S. Stefano, maintenant détruits depuis des siècles.
Le premier , dont l'origine datait peut-être de Théodoric , était situé sur le Monte délia Guardia, auquel il donna aussi son nom. Il était consacré à S. Michel Archange. Probablement les religieux habitaient la construction que j'ai décrite sous le nom de S. Angioletto. Dans la salle voûtée, derrière les arcades, se voient encore les restes des peintures de leur chapelle , une Vierge avec l'enfant Jésus, un saint Gésaire , et d'autres figures , toutes d'un art barbare ; puis des personnages mieux exécutés, qui datent des derniers temps du monastère. Dès avant l'an 1000 demeuraient là des cénobites de vie érémitique contemplative.
Le couvent de S. Stefano, dont la fondation est racontée dans les œuvres de S. Grégoire le Grand, s'élevait sur un plateau sauvage, à six milles dans la montagne, auprès d'une fontaine créée
par les moines en creusant et perçant les rochers pour réunir les eaux superficielles. La règle était de S. Benoît. La Fontana di S. Stefano existe encore ; et c'est là qu'est le campement permanent qui sert de quartier général aux bergers pillards de Vallecorsa.
Telle était Terracine avant les guerres du quatorzième et du quinzième siècle , et quand , malgré tous ces désastres , il lui restait encore quelque chose de l'héritage des anciens. Mais le Port s'ensablait sans cesse, et finit par être comblé; l'état des Marais Pontins devenait de plus en plus pitoyable, et avec eux croissaient la malaria, la pauvreté, l'isolement; la Via Appia, ruinée par le temps et par les hommes , fut abandonnée complètement : au seizième siècle, on fit prendre à la route postale l'ancienne voie dite Consolare, celle du temps des Volsques, contournant les Marais Pontins, faisant un détour de plus de quinze milles, passant sous Sermoneta ef Sezze, puis par Piperno et les Marutti. Abandonnée, dépeuplée, ruinée par les guerres, Terracine était réduite à ne plus pouvoir payer d'impôts , lorsque enfin elle reçut le coup de grâce.
Ce fut sous le règne do Pie V (1565-1572). Une épidémie que Contatori, médecin, déclare a non dissimile al Castrone, » dépeupla si parfaitement la ville qu'il n'y resta pas vivants quarante chefs de famille : en une saison , le peuple terracinais disparut4 Les papes firent tous leurs efforts pour remédier à un tel désastre. Grégoire îXIII avait résolu, pour trouver un air plus salubre, de construire une nouvelle ville sur le Monte S. Angelo. Sixte V eut la même idée. En même temps qu'il entreprenait le dessèchement des Marais Pontins et faisait creuser le long canal qui porte le nom de Fiume Sisto , il voulait remettre en état la voie Appienne, rétablir le port de Terracine, et transporter la ville même là où Théodoric l'avait projeté. Mais il n'eut pas le temps de le faire. En 1589, il vint à Terracine, prit la fièvre, retourna à Rome , et mourut.
Depuis lui jusqu'à Pie VI, rien ne se fit à Terracine. Favorisée par divers papes , la ville se repeupla comme elle put : toutes les familles qui l'habitent aujourd'hui sont modernes ; on peut compter sur ses doigts celles qui remontent au delà du Castrone. Les auères sont venues du dehors , la plupart du royaume de Naples. Du reste, ce ne sont plus elles qui tiennent le premier rang dans la cité. A la fin du siècle dernier et dans la première moitié de ce siècle, la bonification de la Palude par Pie VI et l'essor nouveau des affaires agricoles amenèrent des familles étrangères, qui, plus
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fortes, plus intelligentes, plus actives , plus entreprenantes , ont conquis la richesse ou Taisance que les autres n'ont pas su conserver. Cette immigration continue : Tétranger s'infiltre dans les rangs inférieurs du peuple , on entre triomphant dans la classe des riches et des aisés. Tous les grands propriétaires , tous les agriculteurs ou négociants prospères, tous les paysans même que Ton voit à force de travail s'engraisser, sont étrangers ou fils d'étrangers : rares , très rares sont ceux dont la famille compte cent cinquante ans de résidence à Terracine.
Ainsi se vérifie dans les temps modernes ce que Ton a vu dans les temps anciens. La population s'use ici, et au bout d'un temps donné elle s'éteint comme d'elle-même , ou se montre hors d'état de résister à une catastrophe imprévue. De là des renouvellements périodiques par des éléments extérieurs. Nous en avons surpris quelques-uns. Les Volsques, qui avaient dû remplacer des Anxurnates antérieurs , ont laissé large place à la colonie romaine. Celle-ci n'a duré que par un renouvellement incessant des familles, qui ne nous fait plus retrouver sous l'Empire les noms de l'âge républicain. Un aflflux accompagne la renaissance de la ville à l'époque antonine. Après les siècles de la décadence , nous né savons pas trop quelle put être l'influence de Théodoric; mais nous voyons beaucoup de bâtisses élevées vers cette époque, et cet indice a sa valeur. Dans tous les cas, le dépeuplement est certain du septième au neuvième siècle. La population qui sô reforme décroît ensuite jusqu'au Castrone, qui anéantit ses débris. Et enfin celle des deux derniers siècles est aujourd'hui surpassée et dominée par le travail et la fortune d'une nouvelle , dans le nombre croissant de laquelle elle est déjà complètement noyée, et finalement disparaîtra.
LES HABITANTS PRIMITIFS d'aNXUR ET SES PREMIERS RAPPORTS AVEC ROME.
Quelques personnes pourront être surprises de voir que, dans le chapitre III, j'ai raconté les premières relations d'Anxur et de Rome en suivant pas à pas la tradition et Tile-Live , et Tôtonnement peut être légitime , surtout pour les faits antérieurs à la prise de Rome par les Gaulois. Il y a longtemps, en effet, que les récits romains sur ces époques lontaines ont perdu, aux yeux des savants, leur caractère historique , et depuis les recherches des Beaufort , des Nicbuhr , des Mommsen , et plus récemment de Ihne , de Schwegler , de Nissen , de Clason , on ne songe pas à le leur rendre. Toutefois , tant de travaux sont loin d'avoir abouti à des certitudes , et on leur doit plus de négations que de résultats positifs. Dans les derniers auteurs, deux courants opposés se distinguent. L'un, que représente bien M. Zœller dans son livre Latium und Ronij continue la critique à outrance, sans pitié, l'interprétation tout à fait libre des légendes. L'autre, auquel s'abandonne M. Beloch dans son livre Der Italische Bund unter Roms Hégémonie ^ est, au contraire , assez conservateur. On y voit, par exemple , le traité avec Carthage remis à la date traditionnelle de 509 ; et , ce qui paraîtra plus étrange , la conclusion du fœdus Gàbinum par Tarquin et l'authenticité de la copie citée par Denys sont données pour choses certaines. Il est vrai de dire que Zœller recherche des faits qu'il faut dégager de la légende, tandis que Beloch étudie surtout des institutions dont une chronologie incertaine et des événements fabuleux ne détruisent pas le * caractère. Quant à moi , je n'ai pas adopté le récit traditionnel comme sûr ; je l'ai pris parce qu'il n'y en a pas d'autre , et parce que dans ses détails se trouvent des renseignements précieux. Sans aucun doute, on* aimerait à savoir tous les événements de cette histoire primitive; mais, après tout, on n'y perd pas grand'chose. Si le récit, tout incertain qu'il est , nous montre ce qu'était Anxur, ou seulement le souvenir qu'elle laissa, c'est beaucoup, presque assez pour l'histoire. Je résumerai seulement ici l'état actuel de la critique.
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Je ferais de môme pour ce qui regarde les anciennes populations du pays , si je ne devais en parler en détail dans un prochain et plus grand ouvrage. Il suffira de rappeler ici ce que Zœller a cru établir.
Suivant lui les légendes se sont doublées, parfois triplées sur les grands faits. Il y a eu sur presque chacun d'eux une légende plébéienne, une patricienne, une légende latine, une Sabine, une étrusque. Ces légendes ont été remaniées plusieurs fois , puis plus tard maladroitement fondues dans la tradition romaine : de sorte que celle-ci a créé une histoire qui est pleine de doubles emplois ; les mêmes faits , les mêmes personnages , les mêmes peuples s'y retrouvent sous des noms différents , et leur place à des dates successives dépend uniquement de ce qu'on no savait plus apercevoir leur identité. Dans cet ordre d'idées , Zœller identifie d'une part les Sabins de Servius, d'Hygin et de Caton avec les Aborigènes de Varron , et d'autre part les Casci de Servius , les Sicules d'Hygin, les Aborigènes de Caton , asservis par les premiers dans le pays entre Tibre et Anio et les environs de Rome , avec les Sicules de Varron , qui sont les Prisci Latini , différents des Latins historiques : leur asservissement aux Sabins est antérieur à l'histoire. Il y a ainsi toute une nomenclature antéhistorique, dans laquelle les Sabins s'appellent Aborigènes , les Latins Casci , les Aurunces Sicules , et les Etrusques Pélasges. La domination de ceux-ci sur tout le Latium , le pays Pontin , les Lepini , la vallée du Liris, la Campanie , au septième siècle av. J.-C. n'est pas douteuse. Ils furent chassés du pays romain au sixième par une migration Sabine , et des Lepini au cinquième par l'arrivée des Volsques, et les Latins redevinrent libres.
Le pays Pontin aurait donc été occupé d'abord par les Aurunces, lesquels auraient subi ensuite la domination des Etrusques, auxquels aurait succédé la population volsque. Il me semble évident qu'Anxur existait avant l'arrivée de ceux-ci. Mais je ne saurais dire si sa fondation doit être attribuée aux Aurunces , ou si elle fut une des places fortes que les dominateurs étrusques établirent chez les peuples conquis. J'incline toutefois à croire que presque toutes les villes de cette partie de l'Italie ont été fondées par les Etrusques , ou du moins quelles ont reçu d'eux leurs enceintes et comme leur forme. Dans tous les cas , Terracine a deux noms : l'un est volsque, Tautre est étrusque , du moins Zœller le dit , probablement avec raison , d'après Schœmann et Preller. Il rapproche , en effet, Taracinat Tarricina, dont j'ai rappelé encore la forme TapaxCvY), de Tarchonia et des autres noms issus de l'étrusque Taryunt , Tar-^na. Quant à Anxur^ Axur, tous les anciens en font un mot volsque, d'accord avec Pline (III, 9, s. 5, § 6) : « oppidum lingua Volscorum Anxur dietum, » Je rapprocherai le nom d*Anxa chez les Marses et d^Anxa en Messapie.
Resfte la question des premiers rapports avec Rome. L'auteur remarque d'abord que le Latium dont il est question dans les légendes du lac Régille et dans la ligue à laquelle la tradition attache le nom de Cassius, ne comprend que quatre territoires : le pays Albain, le pays Romain, le
pays au delà de l'Anio, et le pays de la côte avec Lavinium, Laurentum et Ai'dée. C'est bien ce que nous appelons le Latium vêtus; le paysPontin , sur lequel s'étend alors l'empire volsque , est en dehors. M. Zœller n'adnmet aucune des colonies que la ligue latine eût envoyées dès lors dans ce pays , ni même aucune colonie de la ligue en général , ni môme l'existence à cette époque d'un système colonial quelconque. 11 importerait donc peu de savoir si c'est comme colonie de Rome ou comme colonie de la ligue que Terracine figure dans le traité avecCarthage, puisque la liste contenue dans le texte de Polybe ne peut nullement appartenir à cette année 509. L'auteur remarque d'ailleurs qu'Anxur ne figure pas dans la liste des villes de la ligue de Cassius, et qu'on la voit plusieurs fois mentionnée comme cité volsque à partir de 406.
Cette observation ne me paraîtrait pas concluante; car c'est justement, d'après lui , entre ces deux dates que l'empire volsque s'étend dans le Latium , et par conséquent une cité qui lui est alors rattachée pouvait appartenir auparavant à une agtrc domination. Mais M. Zœller rejette non seulement le traité de 509, mais toute l'histoire de la longue lutte entre Rome et les Volsques : il supprime toute cette période antérieure à l'invasion gauloise où Antium, puis Anxur, puis Ecetra, auraient joué le principal rôle. A plus forte raison, ajoute-t-il après avoir parlé d' Antium , devons- nous écarter toute guerre avec la lointaine Anxur. Tout le récit de Tite-Live sur les événements de 40G à 397 disparaît, a Anxur n'a été qu'une fois prise et colonisée, bien plus tard, seulement au temps de la prise de Privernum. »
Ainsi*, les premiers rapports d'Anxur'avec Rome dateraient de la seconde partie du quatrième siècle : les premiers faits connus de son histoire seraient l'envoi des colons de 329 et la création de la tribu Oufeniina en 318. Tout ce qui précède est non seulementfabuleux, mais faux. Le système est , on le voit , radical , et il ne sera pas admissible sans de grands remaniements à l'histoire de Capoue et des guerres avec les Samnites. .
De ces observations de Zœller et des arguments dont il les appuie , M. Beloch n'a tenu nul compte : on le lui a môme reproché. Il admet les conquêtes de Rome au cinquième comme au quatrième siècle, avant comme après l'invasion gauloise , le système colonial appliqué à Ostie dès le temps des rois, les colonies latines de l'époque ancienne, la ligue de Cassius en 493 et le traité avec Carthage en 509. Il défend ces deux derniers documents contre Niebuhr et Mommsen. A l'argument tant de fois répété de la destruction des archives romaines par les Gaulois victorieux , il oppose une remarque juste. Lors de la reconstitution de ces archives , on put aisément se procurer les traités de cette nature , car il devait y avoir autant d'exemplaires au moins que de cités intéressées. Mais cette observation n'a plus la même valeur dès qu'il s'agit du traité avec Carthage tel que le donne Polybe, car il est manifeste que là c'est Itome qui traite seule. D'ailleurs, l'opinion de M. Mommsen, qui reporte ce traité en 348-347, a pour elle, indépendamment des arguments dont
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on Tappuie , le silence de Tite-Live , qui n'eût pas manqué , à ce qu'il semble, de mentionner un tel fait au début de la République, et le témoignage de Denys, qui place alors le premier traité des Romains avec Cartbage , ce qui est de toute vraisemblance.
J'ai donc adopté la date de Mommsen, que Ton doit tenir pour probable tant qu'elle ne sera point attaquée par des raisons plus concluantes. Quant au reste , il est incontestable que le droit public de Rome paraît reposer en grande partie sur ces légendes que rejette Zœlier : elles y trouveraient leur justification , comme aussi dans la topographie et Tarchéologio des époques lointaines ; il y a même bien des choses qu'on peut être embarrassé d'expliquer sans elles. Mais cette concordance, que prouve-t-elle ? Presque toujours c'est la légende qui est née de l'institution , du monument, du fait connu; elle s'est créée pour l'expliquer ou pour en ennoblir l'origine : elle prouve simplement qu'il existait déjà à l'époque où clic s'est formée, ce que nous saurions bien sans elle. La discussion est donc ouverte ; Bclocb , en rattachant aux traditions sur les anciens âges le droit public de Rome et du Latium , n'a sans doute pas prétendu établir leur réalité objective; et, en les reproduisant dans mon récit pour les raisons que j'ai ci-dessus données, je n'ai pas entendu me prononcer contre toutes les conclusions de Zœlier.