C.LL. X
(4) Liv., IV. 59; en grec TappaxCvat, Pol., III 22, g 1 ; Ptol. III, L i 5.
(5) Pour cette question du nom, voir C. l. L., X, p. 623.
(6) Lîv., XXVII, 38 : « Ea die ad Senatum hi populi venerunt, Ostiensis, Al«
COLONIA ANXURNA8. 45
racine n'ayant pas encore ou le temps de triompher complètement dans Tusage. A quelle époque a-t-il remplacé Tautre dans les documents officiels? Il est impossible de le dire. Les inscriptions de l'époque impériale (I) le portent tonjours, et de l'époque républicaine on n'en possède pas d'assez vieilles. Le nom d'Anxur disparut de l'usage, mais cependant il ne périt pas; pour la consolation des poètes, il vint remplacer dans leurs vers Tarracina, qui n*y entrait point (2).
On aimerait à se rendre compte de ce qu'était Anxur au moment où elle devint colonie romaine. Mais sur quoi, pour ces temps reculés, dans un pays qui a subi des modiQcations si profondes, appuyer une conjecture sérieuse? De textes, il n'y en a point, c'est l'ordinaire au cours de cette histoire. De monuments, il n'y en a guère ; et s'il y en a, ils ont bien changé. Mais il y a dans les éléments dont se composent les cités antiques aussi bien que les nations modernes, certaines choses qui en apparence n'ont aucune raison d'être immuables, et qui pourtant ne changent pas. De ce nombre sont les limites de la plupart des cités antiques, et, chez tous les peuples, le cadastre. Les pays de la France avant 1789 (3) remontaient à la Gaule romaine, et les villes épiscopales , dans l'Italie d'aujourd'hui, représentent exactement les cités de l'Italie antique. A travers les siècles du moyen âge, les documents locaux nous attestent que les limites du territoire terracinais ne changent pas : ontelles pu changer dans les temps antiques?
Notre plus ancienne description dos limites de la citlàe contado di Terracina est de la fin du dixième siècle. Elle se trouve dans une pièce que Contatori a connue et cite : la donation de l'une et de l'autre faite par Sylvestre II à un certain comte Darferius (4).
siensis, Antias, Anxurnas , Minturnensis, Sinuessanus, et ab supero mari Senensis. •
(1) L'inscr. C, I. £., X, 6305, ne portait le nom d' Anxur dans les anciens recueils que par une interpolation évidente.
(2) Sil. It., IV, 533 ; Vlll, 390; Stat., Silv., I, 3, 86-87, etc., etc.
(3) Longnon, Etudes sur les pagi de la Gaule,
(4) Contatori , op. ms. , p. 56 : « Nostro dono nostraque magnificentia donamus et iargimur tibi, tuisque fiiiis et nepotibus. et nomine beneficii , id est Civitatein Superiorem et Inferiorem quse vocatur Terracina, cura omnibus tur* ribus et mûris suis, scu cum omni districtione sua atque comitatu Terracinensi in integrum. cum terris et sylvis. campis et paludibus, ripis, aquis et piscariis suis, necnon cum omni districtione sua et cum omni pubiica funtione qusecumque de praedicta civitate seu comitatu ad nostrum Palatium pertinent : quod est inter affines incipientes a Capodiacqua, quomodo venit per Campum
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En commençant par Test, la limite part de S. Anastasia, suit le fleuve S. Anastasix^ puis le Lac^ passe in Portellas, gagne Sounino par la montagne, descend aux Rochers et arrive à Capodiaequa^ puis in Drogam^ d'où elle va, per Campum de Agapito, gagner le fleuve quod est apud S. Donatum, et le suit jusqu'à la côte ; vers la mer, la limite est une ligne idéale à douze milles au large. Une bulle plus récente, — elle est de Grégoire VII, — ajoute quelques noms à Ténumération des confins : de S. Ânastasia nous passons ad Portellas^ puis nous montons ad montem Dafati pour redescendre in Sinninum^ aller ensuite ad Palliata, arriver ad Riguum Martinum, et descendre par le Fiumicello di S. Donatood/t^^m Fullani{\). Ce sont exactement les mêmes limites : ce qui n'a rien d'étonnant^ puisque ce sont encore celles de la commune de Terracine, sauf quelques modifications récentes (2), dont les raisons et l'époque sont connues. Ainsi, il y a mille ans tout à l'heure, les limites de Terracine étaient les mêmes qu'au siècle dernier. Ville épiscopale, elle correspondait à une civitas du temps de l'Empire, et son comitatus représente parfaitement Vager Tarracinensis d'autrefois. Or, telle elle était sous l'Empire, telle elle avait été sous la République. Une fois entrée dans la paix romaine, elle n'avait plus eu de raison pour perdre ou gagner du terrain. La seule occasion d'un remaniement de limites eût été une confiscation, ou la fondation d'une cité nouvelle, d'une colonie militaire par exemple, et nous le saurions. Ainsi, tout en paraissant faire un anachronisme de quatorze siècles, on ne fait pas même une conjecture en prenant dans des bulles de Papes les limites de la Colonia Anxurnas,
Son territoire allait d'une part jusqu'au lac de Fondi et son émissaire, le Fiume di S. Anastasia. La limite passait ensuite vers l'Epitafio et la Portella ; de là, elle gagnait la cime du Monte délie Fate, le mons Dafati de Grégoire VIL Puis elle allait à Sonnino, et suivait les monts jusqu'aux grands rochers du Monte Nero, les saxa de Sylvestre IL En plaine, les Palliata de Grégoire VII sont les Pagliete , et le Capo di Acqua de Sylvestre II
de Agapito, et Inde mittit in Drogam « et inde mittit in flumen quod est juxta 6* Donatum, et per ipsum flumen vadit in mare ad XII milliaria; et ab alio latere, de ipso Portaturo, et vadit ad ipsa saxa et usque ad ipsum Somninum, et vadit in Portellas et usque in Lacum, et per ipsum Lacum vadit juxta flumen 8. Anastasise , et inde vadit in mare ad XII milliaria. Hsec omnia juris nostrœ 8. R. Ecclesiœ, oui Deo auctore, deservimus, etc... »
(1) Voy. le texte, ch. X.
(2) Voy. ibid.
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est la belle source del Frasso où est encore la limite. Une route antique venant de la Macchia passe à La Sega , au Gasanello , en direction avec Capocavallo et le Frasso. Entre elle et les Pagliete, une ruine portait le nom de Torre del Vescovo. Une autre route, traversant l'Appia à Mesa, TUfens au vieux pont du Mazzocchio, et TAmasen us au-dessous du pont de Sonnino, arrive juste en direction avec le tombeau dit Camilla , près de la grande route des Volsques. L'une et l'autre de ces routes (1) mène à la Macchia di Quarto. Cette dénomination ne peut dater que du temps où ces terres abandonnées se couvrirent de bois et devinrent les pacages hivernaux de populations des Lepini. Auparavant c'étaient elles qui formaient le Campus de Agapito de la Bulle : la Lestra di Agapito en conserve encore le souvenir. Au delà de la seconde route, les premières parties de la Palude qu'on rencontre ont également des noms récents : Campo Nuovo, qui est un défrichement d'une partie des bois de Fossa Nuova ; Mezzaluna , qui date de Pie YI ; Mortola , qui est assez moderne. Il faut aller derrière ces marais , presque jusqu'au pied des montagnes de Sezza , pour trouver dans la Regione Portadura l'équivalent du de ipso Portaturo de la bulle. Il est probable qu'autrefois le nom s'étendait à toute cette contrée : il a reculé lorsque diverses parties ont reçu , à diverses occasions , les noms qu'on leur voit aujourd'hui. C'est dans ce territoire, et sans doute non loin des Case Nuove sur la route volsque, que fut trouvée la seule inscription qui mentionne Jupiter Anxur (2). Néanmoins, jadis comme aujourd'hui, presque tout devait appartenir à Privernum : c'est en effet là que passe l'Ufens, et nous savons par Festus (3) que la tribu Oufentina fut créée avant tout pour les colons de Privernum. C'est donc comme limite extérieure que cette région est nommée par la Bulle parmi les confins terraciuais. Le Rio Martine limite le Campus de Agapito; et, des Archi di S. Donato, le Fiumicello à demi comblé nous conduit à Fogliano, au lac, à la mer.
C'était certes un grand territoire, mais la population y devait être rare. Anxur avait trop souffert pendant la lutte contre Rome. On a vu ce que voulait dire pour elle être prise par les légions : deux ou trois coups comme celui-là en un siècle, et une cité était réduite à rien. Or, pour Anxur plus que pour une
(1) Voy, le ch. suivant.
(3) Festus, p. 194. Voy. Momms., C. /. I., X, p. 637.
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autre, il était difficile de se relever. La majeure partie de ses terres était, en effet, dans la plaine pontine; ello-memo en occupait un des bouts; et la transformation qui s'y opérait allait de plus on plus, avec les années, lui faire ressentir ses effets.
L'ancien golfe où est la Palude^ par suite de la constitution toute spéciale des Lepini et des particularités de sa météorologie, se trouve recevoir énormément d'eaux. Le sol est bas, et n'a point de pente : de Treponti à la mer, sur une longueur de plus de 22 milles, on ne descend que 8 à 10 mètres; certains points, à 15 milles de la côte, n'ont que 0'»,70 et 0'",50 d'altitude." Parmi les eaux superficielles, l'immense majorité est claire et ne colmate pas. D'autres, fort abondantes, sont minérales et incrustantes, et créent, s'inflltrant dans les tourbes, un sous-sol dur appelé tar^ taro. L'unique débouché, la mer, est fermé par un cordon de dunes. Les crues sont subites et terribles; le sol est en grande partie tourbeux. Il est évident que , du jour où les révolutions géologiques ont chassé la mer de ce bassin, du jour où les eaux ont commencé à agir libromentsur lesalluvions anciennes qui forment la partie solide de ces terres, le marécage a existé en puissance. La terre et l'eau ne pouvaient pas rester voisines, pacifiques , séparées. Même sans les causes que j'ai déjà dites, l'abondance des eaux fluviales et leurs crues, l'intensité inouïe de la végétation dans un tel milieu, sufflsaient à les jeter l'une sur l'autre. Les fonds, par exemple, où l'eau formait des nappes plus ou moins profondes, se devaient transformer en tourbières ; les terrains, fréquemment inondés, se devaient transformer en marais, et du jeu des forces naturelles devait naître un jour, fatalement, l'uniformité des marais Pontins. Mais, pour en venir là, il fallait des milliers d'années; ce n'est que dans les temps historiques que le travail s'est terminé, on peut même dire qu'il dure encore. Dans cette longue évolution, il y a eu bien des périodes. Il y en a eu certainement une où l'eau n'avait pas encore triomphé : elle formait des lacs, n'avait créé des marais que par places, et s'écoulait encore plus ou moins. Les montagnes étaient boisées, l'espace où est la Macchia ne l'était pas : l'air n'y était pas empesté, et, dans la plaine basse elle-même, l'eau n'avait pas conquis tout le terrain. Qu'à ce moment une race énergique, nombreuse, patiente, occupât le bassin Pontin, et, pourvu qu'elle sût ce qu'elle avait à faire, elle pouvait y vivre et Tempêcher de se gâter. C'est précisément ce qui arriva. Ce qu'ont dû faire ces demi-sauvages. Aborigènes, Aurunces, Sicules, ou de quelque
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nom qu'ils se soient appelés, donne grandement à réfléchir; mais il ne faut pas s'étonner : le travail accompli près de là, dans les tufs du Latium , et particulièrement du versant Pontin, a de quoi confondre les modernes (l). Quoi qu'il en soit, les Volsques maintinrent l'état qu'ils avaient créé. Tant qu'une forte population cultiva pied à pied ce territoire, veilla sur le régime des eaux et travailla toutes les terres, tout n'alla que de mieux en mieux. La Palude était alors habitable parce qu'elle était habitée, comme aujourd'hui elle n'est plus habitée parce qu'eUe n'est pas habitable.
La cause historique de la formation des marais Pontins fut la disparition de cette population même. Théâtre d'une terrible guerre qui dura deux siècles, conquis par le peuple qui fit du Samnium un désert, le territoire Pontin entre en décadence du jour où il devient romain. C'est l'histoire de toute l'Italie : on sait que le premier fruit de la conquête fut la dépopulation. Relisez seulement Tite- Live : à chaque campagne, le général s'acquitte de son devoir comme GamUle, vainqueur en 389 (2). « Et, poursuivant les fuyards, il dépeupla toute la campagne volsque. » Quand le récit est un peu détaillé, calculez le nombre d'êtres humains massacrés, vendus, réduits à fuir ou à mourir de faim et de misère, en un mot, disparus du pays dans un espace de quelques mois à peine. Vous arriverez, comme l'historien lui-même, à ne plus comprendre qu'il y en ait encore (3). Les montagnes sauvaient toujours quelques-uns de leurs habitants ; mais que devenaient ceux de la plaine? Rome, à diverses reprises, envoya des colonies. Mais qu'était-ce que trois cents citoyens , dans ces contrées où le nom même de plusieurs cités avait péri ? A chaque instant, nous voyons faire des assignations de terres dans le pays Pontin; mais trouve- t-on que les lois agraires aient jamais refait une classe agricole, ou même une population quelconque ? Un fait est hors de doute : les terres Pontines, après la conquête romaine , se trouvèrent dépeuplées et ne se repeuplèrent pas : l'homme disparut, et) des localités qu'il avait habitées, il ne resta pas même
^1) Liv., VI , 2.
(2) Yoy. Mélanget de VEeole française de Rome, t. II, p. 94, 136, 207.
(3) Liv., VI, 12 : «Non dublto, prseter satietatem tôt jam libris adsidua bella cum Volscis gesta legentibus , illad quoque succursurum quod mihi percensenti propiores temporibus harum rerum auctores miraculo fuit , unde totiens victis Yolscis et ^quis suffecerint milites... Simile veri est.^. innumerabilem maltitudinem liberorum capitum in eis fuisse iocis quss nunc , vix seminario exiguo militam relicto, servitia Romana ab soiitudine vindicant. i>
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la trace. Alors la nature se vengea. Le travail humain n'étant plus là, elle reprit son œuvre suspendue, et les marais s'établirent peu à peu. La fécondité du pays demeurait toujours très grande, mais la salubrité disparaissait, l'eau envahissait de jour en jour davantage, la transformation s'opérait. Nous trouverons plus loin des dates qui nous feront suivre sa marche. Tout concourra à la favoriser pendant les siècles de la République. Le régime de la propriété changera, partout les latifundia se forment. On n'a plus à dire aujourd'hui combien ils ont contribué au dépeuplement de l'Italie et à l'abandon de l'agriculture. Nulle part les résultats ne pouvaient être plus funestes que dans le territoire Pontin , lui qui n'avait pu être habitable qu'à condition d'être très habité, et cultivable qu'à condition d'être très cultivé, très défendu, très soigné. Les montagnes seront un jour déboisées, et les fleuves y perdront leurs régulateurs naturels. Ainsi s'exercent tant d'actions funestes, toutes nées d'un fait, la conquête romaine.
On le voit donc, l'ancien fond de mer où est la plaine Poutine a tendu, dès le jour où il a été garni d'alluvions, à devenir un immense marais. Mais auparavant il devait passer par des états intermédiaires. Le travail de l'homme le maintint dans l'un de ces états pendant plusieurs siècles; le travail de la nature se trouva pour un temps suspendu, et pouvait sans doute l'être indéfiniment, si les mêmes moyens y étaient appliqués sans cesse. Combien de terres, dans les plus belles plaines de la France , deviendraient d'affreux marécages , si elles restaient incultes seulement cinquante ans ! L'homme disparaissant , la nature reprit son œuvre , et la Palude Pontina se créa , comme se créèrent en même temps les marécages de la Maremme toscane à la place de villes florissantes et de belles campagnes cultivées, après que les Romains eurent détruit la population agricole étrusque (1).
Dans cette transformation, on le comprend, nul n'est plus intéressé que Terracine. Et c'est pourquoi j'ai voulu l'expliquer dès l'entrée d'Anxur dans la cité romaine. Elle ne se fit pas tout d'un coup , mais son origine est au temps où les terres Pontines deviennent romaines.
(1) Duruy, HisL dés Rom,, éi. ill., I, p. 305. Je crois devoir réserver pour un autre ouvrage Tétude de la conquête romaine. Elle a été touchée récemment, mais d'une manière assez différente, par MM. Zoeller, Latium und Rom, 1878, et Beloch. Der ItalUehe Rund unter Roms Hégémonie, 1880.
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La colonie établie dans Anxur trouva donc facilement de la place. Elle était de trois cents familles, ce qui fait, en supposant tous les citoyens mariés et deux enfants en moyenne par ménage^ un total de 1200 personnes libres. Chaque citoyen reçut 2 jugera^ c'est-àdire 1 heredium , un peu moins de 50 ares et 38 centiares (i). On enleva donc aux Anxurnates un peu plus de 150 hectares et demi de leurs meilleures terres, 3 centuries, comme Ton disait, pour en faire Vadsignatio, De plus, comme dans la cité les nouveaux venus formaient à l'origine une aristocratie seule en possession des droits, l'administration des terres communales, c'est-à-dire la faculté de les cultiver ou de les prendre, tout comme l'aristocratie de Rome faisait de Vager publicus , fut remise entre leurs mains. C'était la condition des colonies installées dans une ancienne cité ; la population primitive y demeurait formant la plèbe , comme était la plèbe de Rome au temps de l'état patricien. Elle conservait seulement les terres que les vainqueurs lui laissaietit , ou plutôt , suivant l'expression romaine, lui rendaient, car c'était un don.
Les terres que prirent les colons furent les plus voisines de la ville. On peut les retrouver ; voici comment.
Si "jamais il y eut cadastre facile à établir et à conserver, c'est celui d'une colonie romaine. La terre est en effet divisée géométriquement , en lots égaux , suivant des règles connues selon chaque espèce de terrain. Ce travail fait une fois pour toutes et chaque parcelle bornée et dénommée, le cadastre est fait pour toujours. Il y a des colonies romaines où cette division des parcelles se voit encore sur le sol (2). Ailleurs, un document donnant le nom des pagi et des propriétés, il a été possible aujourd'hui d'en identifier un grand nombre (3); Des catalogues dressés plus tard servirent aux administrateurs de la République et de l'Empire à trouver , entre autres renseignements sur chaque ville, comment était dressé son cadastre , de quelle catégorie elle était (4). Les agrimensores conservaient soigneusement ce qui concernait ce genre d'affaires, et c'est ainsi qu'Hygin, sous Trajan , nous raconte comment fut fait, quatre siècles et plus avant son époque , le partage des terres à Anxur (5).
(1) Liv., VIII. 21.
(2) Reclus, Qéogr. unit?., t. I, p. 344.
(3) Desjardins, De Tàb, aUm,, pars III, cap. 2, et p. XLIII et suiv., Tabula pagorum,
(4) Grom, vet., éd. de Berlin, t. II : Mommsen, Die Libri coloniarum,
(5) Ou, dans tous les cas, comment alors on le croyait fait, quelle était la tradition légale, faisani; foi.
La base géodésique d'une opération de ce genre était une ligne menée de l'Est à l'Ouest au travers des terrains qu'il s'agissait de distribuer. En théorie, ce decimanus maximus devait être déterminé astronomiquement. Mais, dans la pratique, on se laissait souvent guider par le caractère du terrain lui-même (1), et quelquefois on prenait tout bonnement la grande route pour decimanus. C'est ce qui fut fait à Anxur , d'autant plus que cette grande route allait à peu près dans le sens voulu.
Le decimanus maximus^ dit Hygin, pour la Colonia Anxurnas^ se prend sur la Via Appia. Les terrains susceptibles de culture furent bornés ; le reste occupé par des rochers abrupts, fut délimité simplement par l'indication des confins et le nom des localités (2). Ainsi deux cadastres furent dressés, l'un géométrique pour les terres cultivables, dont la base fut la voie consulaire, l'autre descriptif et sommaire pour la montagne : c'est précisément ce qui exisfe aujourd'hui, tant il est vrai que les mêmes circonstances conduisent aux mêmes opérations.
Venons maintenant à la topographie. Hygin dit que le decimanus^ pour Anxur, est la Via Appia, Mais, en l'année 329 , la Via Appia n'existait pas : la voie consulaire était l'ancienne route volsque, qui, suivant le pied des montagnes , arrivait au temple de Féronie. Cependant la divisio et Vadsignatio des terrains durent se faire. Or, si leur decimanus^ pris sur la voie consulaire, se trouva plus tard être sur l'Appia, il fallait donc qu'il fût sur un parcours où le tracé de la route romaine se confondît avec celui de l'ancienne. On verra bientôt qu'il y a un lieu, et un seul, où cette confusion existe : et c'est précisément le parcours de trois milles que faisait la route volsque dans la Valley entre Féronie et Anxur. Là est donc le decimanus qui servit de base au nouveau métrage; et les terrains pris par les colons sont 150 hectares et demi de la Valle. Le choix était conforme aux règles : le decimanus passait par Voppidumy les terres assignées étaient auprès des murs. De plus, ces terres sont les meilleures pour le vin, l'huile et les fruits. Enfin, comme, outre les champs, des maisons et des bâtiments devaient être assignés aux nouveaux maîtres, on avait la
(1) Gr. vet,, éd. de Berlin, t. I, p. 178.
(2) Hygin, ibid,, p. 179 : « Quibusdam coloniis Decumanum maximum ita constituerunt ut viam con»ularem transeiintem pcr coloniam contineret ; sicut in Campania colonise Âxurnati. Decimanus maximus per viam Âppiam obser* vatur : fines qui culturam accipere potuerunt, et limites acceperunt ; reliqua pars aspris rupibus continetur, terminata in extremitate more arcifinio et per locorum vocabula. »
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commodité de faire entrer dans le partage ce qu'on voulait des hameaux situés autour de la Valle, Il y a dans celle-ci au moins 450 hectares de bonnes terres, dont la moitié de première qualité, surtout en avant du Monticchio. Le chemin de S. Silviano , qui passe devant cette éminence, court parallèlement à TAppia à une distance d'environ 1430 mètres, — la longueur de deux centuries. De lui à elle allaient plusieurs chemins , dont les uns ont laissé des traces , dont les autres sont indiqués par les alignements des tombeaux. Ils doivent représenter le métrage général et les limites des centuries, dont trois avaient été attribuées aux colons.
La vie des colons de ces âges convient du reste parfaitement au pays, et c'est celle que font encore les gens aisés de Terracine. Le bien-être d'une famille exige une vigna dans la Valle , et c'est ce que l'on vient de voir assigné à chacun ; un champ à cultiver dans la Palude et au besoin un oliveto dans la montagne , et c'est ce que l'on se taillait dans Vager occupatorius ; quelques têtes de bétail enfin dans les pâturages communaux de la macchia et de la montagne (1). Aux Anxurnates, population très réduite et qui bientôt entra dans la cité, il resta ce qu'on leur rendit dans la Valle et les Arène ; malheureusement nous ne savons pas quelle fut la condition des terrains, s'ils furent redditi ou ahsoluti , c'est-à-dire garantis ou non, ce qui fait une grande différence au point de vue du trouble jeté dans la propriété. Le Liber Coloniarum ne fait aucune mention du partage , aucune distinction entre les terres , et dit simplement que le territoire fut a dimissus in absoluto (2) . » Mais, comme il ne donne en même temps à Terracine que le titre d'oppidum^ il est possible, ou qu'il se trompe, ou que nous ayons là le témoignage d'un remaniement postérieur, d'un changement de condition dont l'explication ne serait pas facile. En tous cas, il restait aux Anxurnates la faculté d'occuper sans garantie, en payant une redevance , les terrains laissés en dehors du bornage , more arcifinio (3), et qui étaient en droit ager publicus.
A en croire Velleius Paterculus, la Colonia Anxurnas aurait été une colonie latine (4). Mais Tite-Live , dans sa liste des colonies latines à l'époque de la guerre punique, ne la met
(1) Mommsen, H, R., trad. Alex., t. I, ch. Xtll.
(2) Grom, vet,j éd. de Berlin, 1. 1, p. 239. Du reste, les renseignements de cette nature fournis par cet ouvrage n'ont généralement nulîe valeur, et doivent ctrc rejetés sans scrupule, s'ils ne sont pas d'autre part confirmés. Voy. Momms., C. /. L», X , p. 637.
(3) Grom, vet., éd. de Berlin, t. II : Ruhdorff, Gr. insl., p. 251-3.
(4) Vell. Pat., (. c. I, H.
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pas (l) ; et, au contraire on la verra figurer partout avec les ColonUs maritimœy et suivre avec elles une jurisprudence commune (2). C'était donc, comme toutes celles-ci , une colonia civium romano^ rum : son port et le grand intérêt de sa position stratégique lui méritaient d'ailleurs ce rang.
L'importance de l'une et de l'autre fut accrue par un grand événement.
En 312, Ap. Claudius Crassus, plus tard surnommé Caecus, censeur, traça le plan et commença les travaux de la Via Appia (3) : il l'acheva dans les quatre années que dura sa censure. Cette première des routes stratégiques romaines était faite pour relier directement et par voie rapide Rome et Capoue, acquise en 343. L'empire romain avait alors deux têtes , et la récente guerre du Samnium avait montré la nécessité de pouvoir porter les légions en peu de temps de l'une à l'autre. Venue de Rome en droite ligne, la nouvelle route traversa la plaine Poutine, et vint, à partir delà Punta di Leano, emprunter le tracé de la route d'Anxur. Elle passait donc dans la ville et se confondait avec la route volsque jusqu'auprès du Lacus Fundanus , où est aujourd'hui la Torre del Pesce. De là, enfilant le saltus par la ligne la plus courte, elle allait gagner Fundi.
Ainsi Anxur était le «eul point où elle touchât la mer , la vraie moitié du chemin entre les doux capitales. De là naturellement quelque vie rendue à son port et une plus grande importance que jamais comme position stratégique.
Néanmoins elle ne devint pas une grande ville. Trop de causes s'y opposaient. On a vu plus haut celles qui devaient venir des marais Pontins. On verra plus loin pourquoi son port devait avec le temps lui manquer (4), Il ne fut pas pratiqué jusqu'à l'Empire. Bien qu'il soit plusieurs fois question de Terracine dans des passages où il s'agit de navigation , de flottes, de mouillages, jamais le mot port, aux deux derniers siècles, n'est employé par les auteurs (5). Tite-Live seul l'écrit, une seule fois, à la date de 210 (6),
(t) Liv., XXVI, 3.
(2) Liv.. XXVII, 38; XXVIII, 3.
(3) Liv., IX, 29.
(4) Voy. ch. VIII.
(5) Liv., XXIX, 14, en 204. Jul. Obs., De prodig., en 137 et en 130 : en 137, c'est M. CJaudius Marcellus. préteur, qui est frappé de la foudre sur son navire au moment de partir pour l'Afrique, sa province (Voy. Ch. Tissot, Fast, des prov. i/r., dans le BulL des ant. afr., t. I, p. 3).
(6) Liv., "XXVII, 4.
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mais comme simple expression topographique ; et Ton voit clairement chez Tacite , dans le récit de la prise de Terracine par L, Vitellius , qu'au premier siècle de notre ère il ne servait plus , et que les vaisseaux se tiraient simplement sur la plage, littus (1). On n'a guère de mentions de Terracine que pour des événements insignifiants , comme la foudre qui tombe sur une porte (2) , ou sur un temple (3), des prodiges (4), ou l'arrestation de Philéas et des otages tarentins et thuriens s'enfuyant de Rome en 212 (5). Les guerres continuelles épuisaient les villes du Latium et surtout les colonies de citoyens : après la guerre du Samnium vint la guerre Punique, après celle-ci la guerre d'Hannibal. Les charges étaient lourdes pour une colonia maritima^ qui avait à défendre un des ports de Rome et une des entrées du Latium, — surtout quand, avec la guerre sur mer, elle avait l'ennemi à ses portes, en Campanie ou sur la voie Latine. Toutefois, bien que réduite à être une viUe de second ordre, Anxur se maintenait, grâce à l'Appia ; et ce ne fut certainement que dans les derniers temps de la République que sa décadence fut complète, quand le port fut impraticable et les marins Pontins complètement constitués.
La défense du pas ad Lautulas était, en effet, toujours importante. Tite-Live, dans une des campagnes légendaires de Fabius , nous montre là Minucius fermant à Hannibal la route de Rome. Il se poste à la Piazza de' Paladini, qui n'a jamais été mieux décrite : « Saltum qui super Tarraclnam in arctas coactus fauces
imminet mari (6). »
Pendant cette même guerre d'Hannibal, la Colonia Anxurnas et les autres colonies maritimes, épuisées de toutes manières, avaient soulevé une question de droit qui mérite d'être rappelée. C'était en 207. Hasdrubal était en Italie , la terreur au comble. Les levées étaient très difficiles ; douze colonies avaient refusé tout concours. Or les colonies maritimes, toutes formées de citoyens ro-
(1) Tac., £f., III, 76-77.
(2) Liv., XXIX, 14.
(3)Liv., XL,45.
(4) Liv., XXIV, 44; XXVII, 4; XXVIII, II.
(5) Liv., XXV, 7.
(6) Liv., XXII, 15. Il est impossible de donner une date à ce fait de guerre. Tite-Live, en effet, môle cette légende, comme celle du quiproquo Casinum- CasiUnum, avec l'épisode des bœufs d'Hannibal, si bien raconté par Polybe (III, 90-94), qui se passe fort loin de là, certainement dans une autre campagne.
56 TBRRACIMB.
mains (1), obligées, par leur charte de fondation (2), de défendre les côtes, étaient, par le même acte solennel, exemptes du service militaire. Elles pB.rlërent haut et refusèrent leur contingent aux consuls (3). Ceux-ci ordonnèrent alors que chacune d'elles eût à présenter ses titras au Sénat. Ostie, Alsium , Antium , Anxur, Minturnes, Sinuesse et Sena comparurent; chacune fit valoir ses droits et cita les précédents. Mais la présence de Tennemi en Italie créait une exception , et le droit n'était plus absolu pour les colonies fondées dans les cent trente dernières années , après la soumission du Latium. Seules les colonies antérieures bénéficièrent du vieux droit : c'étaient Ostie, datant d'Ancus Marcius, disait la légende, et Antium , dont la colonie actuelle ne datait vraiment que de 338, mais qui compta probablement son âge de la prétendue fondation d'une première, établie en 468 , puis chassée pour plus d'un siècle par les Volsques. Les jeunes gens de ces deux colonies durent seulement prêter le serment que, tant que l'ennemi serait en Italie, ils ne s'absenteraient pas plus de trente jours de suite de leur ville. Quant aux autres, ils durent partir. Plus tard, en 191, pendant la guerre contre Antiochus, Anxur, Sinuesse et Minturnes, avec Antium, Frégènes, Ca^trum Novum et Pyrgi, prétendirent que leur privilège les exemptait du service naval. Elles en appelèrent aux tribuns de la plèbe, qui les renvoyèrent au Sénat. Mais le Sénat, à l'unanimité, jugea que l'exception n'existait pas (4).
Ces deux procès (.5) apprennent quelque chose du régime de la colonie anxurnate. C'était celui de toutes les colonix maritimœ de la même époque : ses citoyens étaient citoyens romains ; ils avaient à garder leur port et à défendre la côte voisine; ils devaient le service maritime quand ils en étaient requis, et une espèce de service territorial sédentaire ; ils ne pouvaient être appelés dans les légions que si l'ennemi envahissait l'Italie.
Sur l'organisation municipale de la colonie, les renseignements directs manquent; mais il est clair qu'elle ne différait pas de celle des autres de même nature. C'était en général l'organisation de Rome en petit : un ordo représentant le Sénat, des questeurs, des édiles et des duumvirs qui représentaient les consuls. Sauf des
(1) Madyig, De jur. et eond, col, rom., p. 265.
(2) Gr. vet., éd. de Berlin, p. tl8, 164. Hygin, De cond. ag. : lex colonix,
(3) Liv., XXVIl, 38 : « SacrosaDctam vacationcm dicebantur habere. » (4)Liv.,XXXVI,3.
(5) Ferrero, Ordinam, deUe arm, rom,^ p. 6.
GOLONIA ANZURNAS*. 57
différences de détail, municipes et colonies avaient tous le môme système. Les noms seuls variaient quelquefois. Les noms des magistrats romains se trouvent fréquemment danâ les vieilles cités. L'ordo decurionum s'appelle sénat, comme à Cora, à Ferentinum, à Pormies, à Fundi, à Signia, pour ne citer que des villes voisines. Les duumviri quinquennales sont des censeurs, comme à Aletrium, à Gora, à Ferentinum. Gora, Signia, Ferentinum, Setia ont des préteurs; Aricia, Fabrataria vêtus ^ Lanuvium, des dictateurs; Teanum et Venusia, des tribuns, et Bénévent a des consuls. Nous ne savons pas exactement le nom de tous les magistrats de Terracine. Les inscriptions nous font connaître seulement le sénat (1) et les duumvirs (2). Nous voyons aussi des travaux publics confiés à deux personnages qui doivent avoir la censoria ou au moins Vœdilicia potestas; mais leur titre n'est pas mentionné (3). Un fragment donnerait peut-être à un autre celui d'édile, mais il est très mutilé (4). Le conseil de Terracine s'appelle encore sénat à la fin du premier siècle de notre ère (5) , ou du moins ses actes portent le nom de sénatus-consultes ; mais il s'appela ensuite , ou s'appelait aussi , ordo decurionum , comme ailleurs; car, au troisième siècle après Jésus-Ghrist, nous avons la mention d'un decretum decurionum (6). Les habitants, aux deux premiers siècles de notre ère, portent le nom de coloni (7).
Quant à la population, les données manquent pour l'évaluer. Il est probable qu'elle subit des changements pendant les trois siècles que dura pour elle la République romaine. Là comme partout, comme à Rome, les familles d'ancienne souche étaient entrées parmi les colons, la plèbe avait pénétré dans la cité, et la République ne finit pas sans que toute distinction ne fût effacée. L'affranchissement, l'immigration changeaient bien des éléments, et tout donne à croire que, vers le temps des guerres civiles, les descendants des colons de 329 n'étaient pas nombreux dans la cité. J'ai exposé plus haut les raisons qui ne permettent pas d'admettre que celle-ci ait eu une population nombreuse, et pourquoi la ruine commune du Latium s'y devait manifester plus qu'ailleurs. Des cités antiques, beaucoup sont remplacées par des
(3) Voy. note l.
(5) Voy. note 1.
58 TBRRAGINB.
prxdia aux mains de quelque riche propriétaire; les autres, et particulièrement celles de la côte , ne sont plus que des stations de bains , des lieux de villégiature. C'est ainsi que le plus souvent nous trouvons mentionnée Terracine dans le dernier siècle de la République. Cicéron, qui avait une villa à Formies et une autre à Astura, parle à Fabius Gallus (1) de s'y acheter un piedà-terre, et on le voit y passer revenant de Formies (2).
Les deux derniers siècles de la République sont Tépoque de la dépopulation et de la décadence de presque toutes ces anciennes villes^ mais aussi Tépoque des grandes familles^ des gros patrimoines, des vastes opérations. Les familles de noblesse municipale , enrichies par les mêmes moyens que celles de la noblesse romaine I viennent recruter Tordre équestre et pénètrent dans l'ordre sénatorial. Les ressources , autrefois plus grandes mais plus équitablement divisées , se sont concentrées en peu de mains. Nous pouvons connaître plusieurs des grandes familles terracinaises. Quelques-unes figurent dans les textes; d'autres nous ont laissé leur nom dans des inscriptions contemporaines ^ ou assez peu postérieures pour nous assurer que la famille était là plus tôt.
Je trouve une gens Geminia, évidemment riche et importante, puisqu'un de ses membres, ennemi personnel de Marins, arme une troupe de cavaliers qui le poursuit de Circeii à Minturnes et qui finit par le saisir (3); une gens Cxlia^ que Cicéron indique comme tenant un rang dans le pays (4), et qui se retrouvera sous l'Empire ; une gens Tatia, qui donne un duumvir ; une gens Ma^ gulniç, et une Aufidia , dont les membres occupèrent des charges municipales ; une gens Livia , qui eut peut-être un édile (5) ; des gentes Atinia^ jEmilia, sans doute aussi Memmia, qui avaient une certaine position et probablement le rang équestre. Quelques-unes sont connues par l'histoire.
Au premier siècle, un des plus beaux tombeaux des environs de la ville appartenait à une famille Vibia. Là reposaient un certain C. Vibius Helius et sa fille Vibia Laudica , mariée à C. Truttedius Prepon(6). A une époque probablement antérieure d'une ou de deux générations, ces Vibius se trouvent apparentés avec les
(l)Oic., Àdfam., VII, 23.
(2)Cic.,idil«., VII. 5.
(3) Plut. , C. Mar, , 36, 38.
(4) Cic, Pro Roscio, 23, 64; Val. Max., VIII. l, 8 13.
GOLONfA A^XURNAS. 59
Arruntius et les Tuccius , et nous trouvons dans un monument funéraire un C. Vibius Primus , son fils C. Vibius Primigenius ses filles Vibia Secunda et Vibia Soteris, et une Vibia Antiochis (1). Enfin Gontatori dit avoir vu quelque part dans les mui*s de Terracine le nom d'un L. Vibius (2). Il est possible que ces personnages aient une origine servile plus ou moins lointaine ; mais pour eux, comme pour bien d'autres dans la suite de cette étude, la présence des affranchis d'une maison ne permet-elle pas de conclure à l'existence, dans le pays, decette maison elle-même? Or c'est précisément dans le dernier siècle de la Républiqueque la gens plébéienne Vibia prend de l'importance dans l'état romain et arrive aux honneurs ; les hommes de ce nom ne sont connus à Rome que peu auparavant, et sont des gens d'origine ou de condition équestre. Le nomen Vibius n'est pas romain ; primitivement on ne le trouve qu'à des familles italiennes, et c'est ensuite dans les Abruzzeset dans la Campanie que les inscriptions qui le portent sont nombreuses. Cette remarque prend de l'importance, si l'on se souvient du denier de la gens Vibia cité au ch. II. G. Vibius Pansa, triumvir munétaire en 86 avant J.-C., proscrit par Sylla en 81, fils de C. Vibius C. f. Pansa, père de G. Vibius Pansa, le consul de 43 tué dans la guerre de Modène , met sur des monnaies qu'il frappe l'image de Jupiter Anxur. En rapprochant de ce fait la présence d'une famille Vibia à Terracine dès l'époque républicaine, l'origine probablement non romaine des Vibii connus dans l'histoire, leur entrée tardive dans la noblesse, l'antiquité et la fréquence du nom de Vibius dans les régions avec lesquelles Terracine est le plus en rapport, on ne peut s'empêcher de lui attribuer de Timportance. Il y a quelque probabilité pour que les Vibii Pansœ soient d'origine terracinaise (3).
Une autre grande famille romaine dont le lien avec Terracine est connu est la gens Sulpicia. On verra plus loin que les Sulpicii Galbx possédaient une grande villa tout à côté de la ville (4). Ils étaient probablement patrons de la colonie, et dans tous les cas ils
(1) c. /. £., X, 6400, et add.
(3) Y07. Inscriptions de la Valle di Terracina, Mél. Ec. fr. de Romey t. I, p. 57. Cohen, Méd, cons., p. 332, attribue aux Vibii deux victoriats frappés, dit-il, l'un en 224 , l'autre un siècle après. Mais cette attribution , fort contestée d'ailleurs, ne repose que sur la lecture très douteuse d'un monogramme embarrassant. Pour moi, tout ce qu'on sait des Vibii, dont le premier monétaire certain est de 86, me la rend inadmissible.
(4) Voy. ch. V.
60 TERRAGINB.
usaient de munificence avec* elle et avec ses dieux. Le temple porté sur Timmense soubassement qui soutient aujourd'hui le jardin de S. Francesco en portait les traces. Il avait pour pavé dans sa cella une belle mosaïque blanche, qui fut découverte en 1842, et que, depuis, les moines détruisirent presque tout entière. Dans cette mosaïque, en lettres de 25 centimètres de haut faites en cubes de vert antique, était une inscription, que l'on trouva mutilée, mais qui se restitue avec certitude (1) :
ser sulpicWS ' SER ' F ' GALBA * COS • PAVIMENTUM faciundum • locavïT ' EISDEM • PROBAVIT
C'est la signature du célèbre orateur Ser. Sulpicius Galba, consul en 144 avec L. Aurelius Gotta.
Un autre personnage historique , moins célèbre mais Terracinais , est de la gens Cœparia, M. Caeparius , de Terracine , fut un des plus actifs complices de Gatiliria. G'était peut-être un chevalier romain, car il paraît avoir été homme d'affaires ; je le conjecture du moins en voyant qu'il avait promis de soulever les pâtres de l'Apulie. Alors comme aujourd'hui, le régime de la transhumance était appliqué dans l'Italie centrale à l'élève du bétail. Les troupeaux passaient l'été dans les montagnes du Samnium et de l'Apulie , et l'hiver dans les pâturages des Lepini et du bassin Pontin. C'était donc une grande industrie pour qui pouvait avoir de nombreux troupeaux et de nombreux bergers, ou tenir, en possession ou à ferme, les pâturages de Vager publieus romain ou municipal, pour les louer aux propriétaires de bétail. Alors comme aujourd'hui, c'était sans donte la ressource des mercanti di campagna terracinais et des Romains possessionnés sur le territoire de la colonie : les principales relations do Terracine ont toujours été, et sont encore, avec ces pays de la Cioceria^ des Abruzzes, de la Marsique, où tout le monde est berger. Il y avait dans ces campagnes sauvages un nombre immense de pâtres, esclaves des grands propriétaires. Caeparius promit de les soulever ; et déjà quelque agitation courait parmi ces seri)itia nomades, quand la conjuration fut découverte. Caeparius s'enfuit, fut repris, confié à la garde du sénateur Cn. Terentius, puis étranglé dans le TuUianum avec Lentulus et les autres (2).
Un autre Terracinais de cette époque est M. Favonius, l'ami,
(2) Cic, in Cat.y III, 6. Sali., CaU, 46. 49, 55.
GOLONIÂ ANXJURNA8. 61
le singe de Caton d*Utique, homme médiocre qui fut presque un héros à force d'imiter un héroïque modèle. Préteur en 49 av. J.-C. il servit, comme on sait, dans l'armée de Pompée, puis dans celle des meurtriers de César, fut pris à Philippes, insulta Octave et fut mis à mort. Une inscription de Terracine nous apprend que, dans les débuts de sa carrière, il avait été lieutenant d'un gouverneur de la Sicile ; et les Agrigentins lui avaient élevé une statue dans sa patrie (1). C'était d'ailleurs un homme nouveau ; mais la gens Favonia devait être une des grandes de la Colonia Anxurnas : on la retrouve dans d'autres inscriptions, sur des monuments indiquant des gens riches (2).
LaLgens Gegania^ l'une des plus antiques du patriciat romain, que la légende faisait descendre d'un compagnon d'Enée et alliait aux familles des rois d'Âlbe et de Rome, avait de grandes possessions en territoire terracinais. Le long de TAppia, ad médias Paludes^ s'élevait le tombeau d'un de ses affranchis qu'une aventare assez singulière avait rendu maître de ces immenses biens (3).
Voici le tableau des familles terracinaises ou se rattachant à Terracine qui sont connues par des inscriptions, par des textes, par des monuments, permettantde les attribuer à l'époque de la République ou aux premiers tenaps de l'Empire, — avant la transformation de la ville que l'on verra s'achever avec les Antonins (4). Il présente malheureusement des incertitudes nombreuses , car souvent les inscriptions ne se datent que par des indices bien peu sûrs ; et surtout il ne donne qu'un petit nombre des familles qui formaient la cite. De pareilles listes cependant, en ne s'y attachant pas de trop près, ont leur intérêt pour l'histoire.
Familles sénatoriales.
JEmu/L (patricienne).
M. iEmilius M. f. M. n. Lepidus. — Pont. 199 a. C, aed. 192, praet. 191, cos. 187, pont. max. 180, cens. 179, cos. II, 176.— Liv., XL, 51. Tite-Live nous apprend qu'il avait de grands biens à Terracine.
(2) C, L L., X, 6362 ; voy. Mél. Ec. fr. de B., t. I, p. 52.
(3) Voy. ch. V.
(4) Je marque d'un astérisque les personnages qui ont vécu à une époque postérieure aux deux premières famiUes impériales.
62 TBRRAGINB.
SuLPiciA (patricienne).
Ser. Sulpicius Ser. f. Galba. — Trib. mil. 168, prset. 151, cos. 144. — C. L L. I, 576 ; X, 6323.
Ser. Sulpicius Galba L. Livius Ocella. — Prset. 20 p. C, cos. 33, XVvir sacr. fac, sod. Tit., sod. Aug. En 69, Imp, Cxs. Ser. Sul* picius Galba Aug. p. m. tr. pot. cos. II. — Suet., Galb,^ 4.
Le premier est Torateur, adversaire de Caton. Les Galbas^ branche de l'antique famille patricienne des Sulpiciij étaient certainement établis depuis fort longtemps à Terracine , et y restèrent longtemps encore. Celui-ci avait fait faire le pavage d'un des plus beaux temples de la ville, et peut-être le temple lui-même. L'empereur Galba, son cinquième descendant en ligne directe, naquit à Terracine en l'an 3 av. J.-C, dans leur villa patrimoniale dont on croit retrouver les restes près de la ville. Des Sulpicii, peut-être clients ou issus d'affranchis de ceux-ci, existent à Terracine sous l'empire :
*8er. Sulpicius Largus? | C. /. L., X, 8397, époque des An-
*8er. Sulpicius Julianus \ tonins.
*Ser. Sulpicius Saturninus. Ibid. a. /////////// SATVRNINVS • TARRICIN (C. /. L., VI, 2379).
ViBiA (plébéienne).
C. Vibius G. f. C. n. Pansa. — Illvir mon. 86. — Cohen, Méd. corw., p. 331, no 19. C'est le père de C. Vibius Pansa, cos. 43 a. C; il fut proscrit par Sylla en 81 . Il y a toute apparence que cette famille des Yibii Pans^ était une gens terracinaise de rang équestre, qui arrivait seulement alors aux magistratures. C'est sans doute en souvenir de son origine que le père a mis sur des deniers l'image de Jupiter Anxur. Les autres Vibii de Terracine sont sans doute parents de ceux-ci, ou issus de leurs affranchis.