‹ Terrain asthmatique et tuberculoseChapitre 23 sur 26 · SUB LE · texte numérisé non relu

SUB LE

La suralimentation, l'abondance des aliments tels que œufs, lait, viande, le sédentarisme favorisent l’obésité et les troubles hépatiques, aboutissant vraisemblablement à modifier le terrain.

Les cas d’apparition d’asthme à cette période de surcharge hépatique chez les tuberculeux par la cure, semblent bien prouver la réalité de ce fait.

Il y aurait là un véritable arthritisme expérimental.

Notons la création par cette méthode de traitement d’un terrain favorable à la fois à l’asthme et à la guérison de la tuberculose ; fait qui serait en faveur de l’action du terrain sur la tuberculose.

La chrysothérapie semble, elle aussi, avoir une influence dans l’asthme par amélioration dans certains cas. Certains auteurs tendent à conclure de là à l’origine tuberculeuse vraisemblable de ces asthmes. L'action de la chrysothérapie est trop imprécise pour qu’on puisse faire pareille déduction.

Par contre, les faits d’intolérance à la chrysothérapie semblent bien en faveur d’une modification du terrain par intoxication. On peut en effet noter au cours de ce traitement, de la diarrhée, de l’eczéma.

D'autre part, l’aurothérapie peut déclencher l’asthme (Obs. II et un cas de Berthier : un tuberculeux non asthmatique antérieurement qui fit à la deuxième et à la troisième injections de sanocrysine une crise d’asthme avec éosinophilie sanguine importante. L’asthme ne se renouvela pas par la suite malgré continuation des sels d’or, grâce à un traitement éphédriné).

TEE

c) Rôle direct de la tuberculose sur le déséquilibre vago-sympathique ou le déséquilibre humoral.

Les poisons tuberculeux pourraient agir, d’après certains auteurs, sur l’un et l’autre. Comme dans les cas de coexistence d’asthme et de tuberculose, il s’agit presque toujours de tuberculose fibreuse, de pleurésie ou de sclérose fruste, en un mot de tuberculoses atténuées, les auteurs concluent à la responsabilité de formes spéciales de tuberculose :

— Virus à action discrète, créant par pullulation prolongée, des troubles humoraux, voire le déséquilibre nerveux vago-sympathique. Ils pensent qu’il s'agirait de virus filtrant comme celui qui fut mis en évidence dans l'observation de Sergent et Kourilsky ; peut-être de formes jeunes de virus analogues aux formes S, trouvées par Saenz et Armand- Delille : « Ces formes atténuées, dit Girbal, semblent bien constituer l’agent étiologique de l’asthme tuberculeux ».

Ils rapprochent ces faits du rhumatisme tuberculeux. Et rien n’empêche évidemment de considérer, dans ces conditions, que beaucoup d’asthmes seraient tuberculeux ; même si aucun signe clinique, radiologique ou autre, ne permet de l’affirmer. Car l’hébergemtént de virus tuberculeux latent est fréquent méme chez l’adulte normal.

C’est là une conception diamétralement opposée à celle de l’antagonisme des classiques : Le virus tuberculeux spécial serait à la fois responsable de la forme particulière de la tuberculose et de la constitution du terrain asthmatique.

|, |, (Es

Outre les arguments que nous avons déjà vus en faveur de cette théorie, il faut signaler les observations de Caussade sur la dissociation d’asthme et de tuberculose dans la descendance. De ces observations, il résulte que la tuberculose semble bien être à la base d’un terrain asthmatique dans la descendance.

Cependant, la preuve n’est pas faite du rôle direct de la tuberculose dans la genèse du terrain asthmatique. Les altérations hépatiques, la névropathie, voire les méfaits du traitement, ont pu tout aussi bien altérer le terrain neuro-végétatif des ascendants.

d) Rôle de sensibilisation.

C’est la conception de l’asthme tuberculinique. Les cas indiscutables en semblent rares.

L’argument de la tuberculinothérapie est insuffisant car elle peut avoir une action générale par protéinothérapie non forcément spécifique, d’autant que la multiplicité des thérapeutiques de l’asthme, qui toutes ont pu donner des succès mais qui souvent n’agisssent pas, semble ôter beaucoup de valeur à cet argument thérapeutique.

La statistique de Maxwelle (British Med. Journ. 31 déc. 1932) montre en 1930, 36 améliorations d’asthmatiques par la tuberculinothérapie ; mais ils ont pour la plupart récidivé. En 1931-32, les résultats sont encore beaucoup moins encourageants.

La cuti-réaction à la tuberculine se montre fréquemment positive, sans caractères spéciaux, parfois seulement fortement érythémateuse. Toutefois, dans quelques cas, elle est par contre urticarienne (Obs. IT

pol

d’Alduy) impliquant l’hyperallergie probable et il est vraisemblable que dans ces cas la sensibilisation tuberculinique peut jouer un rôle dans le déterminisme de l’asthme.

Signalons enfin qu’Alduy donne en faveur du rôle de la tuberculose sur le terrain, l’existence chez les tuberculeux, de bronchites à type d’élimination bronchique, d’équivalents menstruels des tuberculeuses, d’eczéma des tuberculeux. Il en rapproche encore les phénomènes vaso-moteurs qu’elle peut créer.

II —— Rôle du terrain sur la tuberculose.

a) On trouve parfois dans les antécédents des asthmatiques tuberculeux l’hérédité : le terrain préexiste alors manifestement à la tuberculose. De méme lorsque la tuberculose survient alors que l’asthme s’est déclenché dans l’enfance, il semble bien que le terrain ait préexisté. Si certains auteurs, en effet (Péhu), tendent à accorder à la tuberculose un rôle efficient dans l'asthme infantile, d’autres (Lesné) pensent qu’il n’en est rien : « Chez les jeunes enfants, la tuberculose ne joue aucun rôle dans le déterminisme de l’asthme. L'existence même latente de cefte infection pourrait être aisément décelée par la cuti-réaction et les radiographies. Or, chez les asthmatiques de moins d’un an, et ils sont nombreux, la tuberculose est exceptionnelle et ne peut être incriminée. Quel que soit l’âge des enfants, les cuti-réactions positives ne sont pas plus fréquentes chez les asthmatiques que chez les sujets indemnes ».

Ainsi donc, dans ces cas, ce n’est certainement pas la tuberculose qui a agi sur le terrain en le rendant apte à l’asthme, mais bien le terrain favorable à l’asthme qui entraîne l’évolution ultérieure spéciale de la tuberculose.

b) Le rôle des altérations hépatiques est considérable dans la constitution du terrain.

Dans l’asthme ordinaire, certains auteurs (Montcorgé, Sédillot, Schlemmer) les considèrent comme constantes ou presque. Cordier, tout en admettant la fréquence de « l’hépatisme » clinique, conclut à linexistence d'insuffisance hépatique par les examens de laboratoire. Sédillot croit que l'insuffisance hépatique minime serait un facteur de guérison de la tuberculose, Montcorgé pense qu’une insuffisance ne saurait être facteur de guérison et l'insuffisance hépatique tout particulièrement. Il conclut plutôt à une exaltation fonctionnelle de la cellule hépatique, par hyperfonctionnement.

Il est vraisemblable que ces altérations hépatiques presque constantes retentissent sur l’évolution tuberculeuse. à

L'augmentation de la cholestérinémie est à rapprocher de ce facteur hépatique, ainsi peut-être que l’hyperuricémie (Célice. Thèse Paris, 1927 : Les facteurs de dyspnée dans les scléroses pulmonaires et lemphysème) ; réserve faite pour cette dernière d’une accumulation anormale dans les tissus, pouvant aller de pair avec un taux sanguin normal (Sédillot).

La cholestérine est trouvée augmentée dans

l'asthme non tuberculeux d'apparence, dans une proportion considérable de cas. P. Cantonnet (Monde Médical, 15 avril 1927) la retrouve presque constamment ; il en fait le trouble humoral principal, la cause essentielle de l’asthme. Il envisage les rapports entre asthme et tuberculose à ce point de vue: il remarque que l’hypercholestérinémie, facteur d’asthme, serait aussi un facteur de guérison de la tuberculose, étant en effet génératrice de fibrose. La disparition des accès d’asthme au cours des poussées tuberculeuses s’expliquerait par la baisse de la cholestérine sanguine. Dès que la tuberculose évoluerait vers la guérison, la cholestérine, facteur de fibrose, s'élève à nouveau : réapparition des crises d’asthme. C’est là, probablement, l’explication trop simple d’un phénomène plus compliqué ; il n’est cependant pas impossible que la cholestérine ainsi que l’uricémie soient les témoins d’altérations humorales plus subtiles. Quoi qu’il en soit, ce serait une explication et un appui pour la théorie de l’antagonisme.

Dans nos observations, la cholestérinémie est élevée dans un certain nombre de cas. Alduy, dans sa thèse, la considère comme fréquemment normale. Cependant il faut faire des réserves sur la possibilité de taux variables selon que le malade est ou non en période de crise d’asthme. Dans notre observation I où le facteur hépatique est indéniable, la cholestérinémie est normale, mais le dosage a été fait à une période de calme.

c) Parentés morbides et équivalents.

Rappelons encore ces phénomènes qui sont en somme l’expression non dyspnéique d’une diathèse identique à celle de l’asthme. On les retrouve parfois avant le déclenchement de la tuberculose et de l'asthme. La succession des faits est la suivante : équivalents ou parentés morbides témoignant de l'existence d’un terrain propice. Tuberculose évoluant en général vers la fibrose. Asthme à ce moment, l’épine respiratoire étant créée et appelant le déséquilibre sur un appareil respiratoire jusque-là indemne. Là encore, le terrain a conditionné la forme de tuberculose.

d) Troubles endocriniens.

Nous avons vu qu’ils sont fréquemment relevés, surtout chez les femmes ; chez une de nos malades, il existe des signes de la série thyroïdienne.

e) Névropathie. Flle est fréquente. On la relève chez nombre de nos malades. Piéry signale 14 névropathiques sur 23 asthmatiques. Montcorgé insiste sur la fréquence avec laquelle on trouve chez les asthmatiques le nervosisme et la vivacité des réflexes (111 cas sur 142).

f) Signalons enfin que certains asthmes ne semblent avoir avec la tuberculose que des rapports de coïncidence ; 9 cas de Karkavy et Hebold : asthme par sensibilisation protéinique ; 1 cas d’asthme pollinique cité par Alduy (Obs. XIX).

La tuberculose, dans ces cas, semble bien ne jouer aucun rôle.

ConcLusioN. — Le terrain des asthmatiques tuberculeux est le même que celui des autres asthmatiques. Il est souvent préexistant à la tuberculose. Il favorise l’asthme qui se déclenche par le mécanisme de l’épine irritative. Pour les classiques, il est antagoniste de la tuberculose, la réduisant souvent à l’état de tuberculose atténuée. On conçoit alors que la tuberculose, si elle évolue sur ce terrain, prenne toujours l’aspect de tuberculose fibreuse. Les asthmatiques (Epstein) sont des neuro-arthritico-Ilymphatiques, possédant une résistance accentuée à l’égard de la tuberculose, qui, chez eux, évolue de façon atypique et bénigne.

Lorsqu'il se produit une poussée aiguë, ce serait le fait d’une déficience de lorganisme, entraînant du même coup une modification du terrain et la disparition des crises d’asthme.

Pour Pasteur Vallery-Radot et Mauric (Soc. Méd. des Hôp., 29 mai 1931), la disparition de l’asthme au . cours des poussées tuberculeuses serait le faif de l’hyperthermie. Bezançon et André Jacquelin (Presse Méd., 18 nov. 1931) envisagent à ce sujet le rôle leucogène des affections fébriles plus que la perturbation neuro-végétative qu’incriminent certains auteurs.

Tout autre est l’explication de ceux qui voient dans la tuberculose la créatrice du terrain. Ils pensent que même lorsque le terrain semble préexistant, il est le résultat d’une tuberculose latente qui peut s’extérioriser dans la suite (Obs. de Sergent et Kourilsky). De même les cas cités par Caussade semblent un argument en faveur de cette hypothèse.

Le

PENSE Lee

La cuti-réaction témoigne sinon d’une hyperallergie, du moins d’une modification certaine du terrain par la tuberculose. Maïs est-ce dans le sens d’une mcdification favorable à l’asthme ?

De même les asthmes par sensibilisation aux toxines tuberculeuses doivent être rares, mais semblent exister (Obs. d’Alduy, I, IT).

On peut considérer que dans tout asthme il y a un fond de dystonie neuro-végétative et un facteur local nécessaires. L’asthme apparaît à l’occasion de causes favorisantes ou déclenchantes souvent multiples ; telle asthmatique fera une crise à l’occasion de conditions climatiques ou atmosphériques, mais plus souvent où uniquement dans la période précédant les règles, ou après une fatigue hépatique. Il semble y avoir en somme accumulation de facteurs.

Dans l’asthme tuberculeux, il y a également le méme fond de dystonie neuro-végétative, acquise ou héréditaire. Parfois la tuberculose intervient à titre uniquement local, parfois elle semble la cause adjuvante par l’intoxication qu’elle détermine ; parfois la sensibilisation tuberculeuse semble intervenir également dans ce sens.

TX ARE dd né À

TL T a

Page 1