JOURS DE PLUIE
tendement humain? En vérité, — pour rappeler ce fol de Cyrano, — si les étrivières s'envoyaient par écrit, le rédacteur de Y Éclair aurait droit à recevoir nos arguments sur les épaules.
ce Le sourire — dit Michelet — est « la meilleure arme contre les dieux », mais la trique ne semble en aucune façon inconvenante contre leurs serviteurs, alors que, pareils à l'Escobar de Montpellier, ces marchands de sottises s'attaquent à la religion supérieure de l'Art, pour lâcher bride à cette horreur du Beau qu'ils portent en eux, congénitaiement.
Nul, cependant, ne les empêche de répandre les bondieuseries de la rue Sulpice, d'adorer les hideux bonshommes, les Sacrés-Cœurs pistaches et abricot, les Notres-Dames en carton-pâte, rêves monstrueux et funambulesques d'un Botticelli garçon épicier.
Mais qu'ils laissent en paix les honnêtes gens. Qu'ils ne sortent mie de leur crasse et de leur fétidité, pour essayer les pieuses dévastations, les meurtres et les jeux iconoclastes dont le christianisme a si longtemps affligé l'univers.
La jeunesse de Montpellier a, dans cette ridicule affaire, une occasion de s'affirmer en remet-
tant à sa place le congréganiste de Y Éclair. Qu'elle se montre fidèle à son sang, à la race latine, au culte pérennel des anciens dieux!
Certes, je ne suis pas suspect de goûter les braillards orduriers et de fraterniser avec les voyous qui, sous couleur d'études, emplissent de leur crapule un arrondissement de Paris. Les étudiants de brasserie me répugnent autant que les étudiants de sacristie. Mais la jeunesse intellectuelle n'appartient à aucun de ces pieds-plats. Elle est digne de combattre, avec ses forces vives, pour la raison et la beauté.
Si — comme le prétend Louis Ménard — « l'amour est un mystère entouré, comme la mort, d'un inexplicable mélange de respect et de dégoût; si l'on ne peut, sans impiété, soulever les derniers voiles du désir, non plus que violer un tombeau ; si, devant les deux portes de la vie, existe une horreur sacrée qui les défend », que l'Art puisse, du moins, exprimer en liberté jusqu'au baiser suprême et — comme l'a fait Injalbert — n'éteindre le flambeau d'Eros que sur les couples enlacés!
Barèges
<Au docteur I. eBétous.
N ravin où la fonte des neiges accuipm mule, chaque printemps, les cailloux £g2^&C monstrueux, les roches granitiques déracinées par l'avalanche.
Un gave — le Bastan — qui tantôt hurle, déborde et s'échevèle, tantôt bleuit et s'apaise avec des transparences de saphir.
A gauche, une montagne lépreuse qui s'effrite et se désagrège, malgré les plants de jeunes arbres étayant sa caducité.
A droite, en surplomb du torrent et fermement adossée aux contreforts du pic d'Ayré, la voie unique, pleine d'un tumulte de ruche, à l'heure où tous les corps de métiers indigènes, guides, baigneurs, servantes d'hôtelleries, s'évertuent au racolage du passant.
Tel, Barèges apparaît d'abord. Taine qui, pour le compte de la Vie parisienne, visitait les Pyrénées, en 18^7, déclare ce paysage « hideux».
« Le bourg de Barèges — dit-il — est presque aussi vilain que son avenue: tristes maisons, mal recrépies. De distance en distance, une longue file de baraques et de cahutes de bois où l'on vend des mouchoirs et de la mauvaise quincaillerie. L'établissement des bains est misérable. Les compartiments sont des caves sans air ni lumière. Il n'y a que seize cabinets, tous délabrés. Les malades sont obligés souvent de se baigner la nuit... L'hôpital militaire, relégué au nord de la bourgade, est un triste bâtiment crépisse, dont les fenêtres s'alignent avec une régularité militaire. Les malades, enveloppés d'une capote grise trop large, montent un à un la pente nue et s'asseyent entre les pierres. Ils se chauffent au soleil pendant des heures entières et regardent devant eux d'un air résigné. Les journées d'un malade sont si longues ! »
Cette peinture hargneuse, prise, sans doute, par un jour de brouillard, a de quoi surprendre le lecteur d'aujourd'hui. J'ignore si les éclopés de l'hôpital militaire, victimes, pour la plupart, de la guerre ou de l'amour, prennent, dans le beau jardin qui leur est ouvert, les attitudes mélancoliques notées par Monsieur Graindorge. Vont-ils, comme le malade symbolique de Stéphane Mal-