E. LEDRAIN
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Mélancolies d'Automne
ans la neige et h pourpre où les soleils palis Viennent boire en mourant ta senteur généreuse, Amaryllis! ô lis superbe entre les lis, Une douleur profonde et royale se creuse.
Déjà les soirs plus brefs de fraîcheur sont emplis Et, le long des jardins peuplés de tubéreuse, Comme une veuve sous sa robe aux larges plis L'automne jette au vent sa plainte douloureuse.
Voici la Mort qui frappe aux portes de l'été Et ton parfum amer dans la nuit emporté Emplit de sa langueur les couchants pathétiques.
Hélas ! je t'ai cueillie, ô fleur du désespoir, Et, triste comme toi, sentant venir le soir, J'exhale avec orgueil mes suprêmes cantiques.
Ces rythmes de la vingtième année, pourquoi
chanrent-ils obstinément en moi, par ces jours monotones de brume et de langueur? Que tout cela est vieux! Comme cet air naïf et tant de gaucherie fixent impitoyablement la date révolue! Les jeunes d'à présent faits à toute besogne, ces adolescents qui, pour emprunter un mot célèbre :
... Ont tout vu, tout bu, tout lu, Et mangé du tigre et de Voie,
ces artistes sevrés d'hier, dans leur précocité de fausses couches, n'auraient point assez de doctes ironies et de sourires pédantesques pour tant de simplesse et d'ingénuité. Je les aime, néanmoins, ces débuts plus que médiocres d'un poète, mort jeune, et qui me fut ami.
Une rose d'automne est plus qu'une autre exquise,
dit le vieil Agrippa, dont l'alexandrin vaut mieux que le sonnet de mon compagnon défunt, mieux que maint long poème des rimailleurs vivants.
Je leur trouve un charme irrésistible, à ces pauvretés d'autrefois. Leur chanson maladroite évoque, à mes paupières, quelque larme oubliée, devant la campagne silencieuse et grise, où des feux, çà et là, s'échevèlent en torsades pourpres, sur les coteaux; où les bœufs mugissent, dans la douceur mourante du crépuscule.
Déclin du soir et déclin de l'année. Le grand
ÉLANCOLIES D AUTOMNE
jour de douze mois décroît aussi vers la nuit hivernale. Vendémiaire ajoute aux blés les présents de la vigne; après la grange pleine, voici le tour du cellier. L'écume du raisin bouillonne à la chaleur des suprêmes soleils.
Que les boulevardiers, les plaisantins d'estaminet tournent en dérision cette langueur d'automne. Quel est l'homme qui, la première étape franchie, ne goûte point l'amertume symbolique des saisons défaillantes?
La mort du soleil remémore tristement ses énergies printanières et cette feuille, inutile, maintenant, aux fins rameaux des arbres, induit à songer que nous seuls ne reverdirons pas. Malgré le faste des derniers beaux jours, l'immanence de l'hiver mêle une solennité douloureuse à ces ultimes splendeurs.
Cette impression est cruelle par tout pays. Dans les jardins emphatiques de Versailles, où les quinconces réguliers, où les charmilles majestueuses laissent pleuvoir, autour des promeneurs
alanguis, l'or silencieux de leurs branchages ; dans les parcs dont les gazons jaunissent à présent, tandis que, sur les bassins immobiles, passent furtivement les oiseaux migrateurs, c'est le même abandon, la même solitude que dans les campagnes en friche, où l'on n'entend d'autre bruit que le chant des vendangeurs et le fusil des braconniers. Mais ici, dans la montagne, la lugubre saison s'annonce impitoyable et son funeste glas sonne à pleine volée. A vrai dire, on n'y connaît le printemps ni l'automne. Après un flamboyant été de lumière aveuglante et de mortelle chaleur, c'est l'Hiver apparaissant d'emblée, l'averse, les frimas, la neige anticipée, le vent du nord soufflant, nuit et jour, en tempête et déchaînant les voix discordantes d'une troupe de démons. Lorsque, parfois, un rais de soleil déchire les mornes draperies de la tourmente, salumière vibre sur les pics désertés que, d'octobre à juillet, revêt une blancheur cadavéreuse. Silence et deuil, mort et blancheur! Avant la Toussaint et les rites funéraires, les blêmes Pyrénées conduisent leurs brèves joies au cimetière de l'hiver. Un frisson maladif descend, avec les gaves, jusqu'aux plus édéniques vallées. La chambre humide, l'âtre fumeux, le jardin dépeuplé, voilà tout ce qui reste de la féerie d'hier, et c'est pourquoi, tournant son cœur vers les cités populeuses et leurs maisons sonores, le touriste, l'exilé, le voyageur mar-