MÉLANCOLIES D AUTOMNE
monnent plaintivement les rimes automnales des poètes préférés.
y écoute en frémissant chaque huche qui tombe; L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd. Mon esprit est pareil à la tour qui succombe Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone, Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part... Pour qui? — C'était hier l'été; voici l'automne! Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
Le Christianisme, en choisissant pour la commémoration des trépassés l'heure ténébreuse de l'équinoxe d'automne, n'a pas peu contribué à saturer d'angoisse les esprits désenchantés. Les hymnes de deuil répondent aux accents luctueux de la bourrasque. Le souvenir de ceux qui l'ont quitté rend plus chagrin et plus froid encore Je foyer ancestral. Il semblerait pourtant qu'une religion spiritualiste, ayant pour dogme principal la permanence de l'Être et la résurrection des morts, dût placer leur fête au moment le plus joyeux de l'année, quand l'épi verdissant affirme
aux yeux charmés l'éternelle jeunesse de la Nature, l'impérissable beauté de l'Univers.
Combien plus douces à l'âme humaine, les fêtes automnales du polythéisme antique! L'homme vivait avec ses Dieux dans une familiarité « qui divinisait la vie ». Il les possédait dans son logis, les uns chargés de la moisson, les autres de la vendange, ceux-ci gardant la borne du champ, ceux-là défendant le seuil de la maison. Les Romains avaient poussé tellement loin cette déification des actes les plus humbles, qu'il n'était guère un geste, une fonction, tant modestes qui ne fussent voués au patronage d'une amicale déité. Dans son admirable Tentation, Flaubert a montré la déroute de ces dii minores éparpillés comme des oiseaux, par un vent d'orage, à l'avènement d'un culte plus austère! C'étaient les amis de l'adolescence, les défenseurs du mariage, les protecteurs de l'étable et du pâtis!!
Mais, de toutes les solennités antiques célébrées au temps où décline le soleil, nulle ne fut plus auguste que les Thesmophories, fête des lois, où les femmes d'Athènes allaient jurer, devant l'autel des Déesses primordiales, de maintenir l'ordre dans la patrie et la concorde entre les citoyens.
Non, pas même quand les éphèbes, couronnés de roseau blanc, couraient sous l'olivier sacré et, d'un élan rapide, portaient à l'autel du Juste les
MÉLANCOLIES d'aUTOMNE
torches enflammées, le génie prévoyant des Athéniens ne révéla tant de sagesse et de beauté.
Ce' fut en ces temps héroïques de raison et d'harmonie que la gent humaine atteignit le sommet de sa grâce et de sa dignité. Depuis, les Barbares sont venus, emportant toute noblesse, toute élégance, tout ce qui faisait des républiques de la Grèce un aréopage d'Immortels. Les temps sont accomplis de la tristesse et du panbéotisme. C'est la laideur ambiante qui fait si lugubre à nos yeux le déclin de la lumière, qui emplit nos cœurs de si plaintives nostalgies. L'Art seul peut consoler de telles peines, peines d'autant plus cuisantes que leur objet n'est pas de ce monde. A proclamer nos amertumes, le poète les adoucit; à sertir nos larmes en paroles d'or, il les efface presque et les transmue en joyaux.
Lanneme^an, Je 27 septembre 1S96.
yf
Ville d'Hiver
<e pluie battante décolore avec laideur -y-i}^\ le ciel et les paysages. Le gave de £^^b§£ Lourdes, si bleu dansles clartés de juin, se traîne, maintenant, verdâtre, sous les coteaux de Bétarram et les jardins en terrasse de Saint- Pé. Nul rayon de lumière, nui reste de feuillage, pour, de quelque teinte chaude, égayer cette pâleur humide, le nuage où se dérobe un horizon enchifrené. Sous l'averse, au grincement de ses moites ferrailles, le train arrête en plein brouillard. Et c'est à travers une cohue de parapluies instillateurs et déchaînés que j'entre enfin à Pau, ville, comme chacun sait, bénie du soleil.
Ici le Beau Temps est une institution municipale. Dès la gare, un plant de lataniers tubercu-