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Epilogue

ers six heures, à pointe d'aube, un sordide brouillard, une pesante muraille de plomb et d'étain gris enchaperonne la montagne, aveugle notre sentier, indécis à quelques pas. Nous marchons toutefois et, peu à peu, s'allègent les ténébreuses nuées. En volutes, des brumes s'éparpillent au loin, se pourchassent et retombent comme une fumée de bois vert.

Au plus haut, sur nos têtes, un lambeau d'azur, et, bientôt, le soleil épuisant, d'un seul trait, la houle confuse des vapeurs.

Aimable rayon d'automne ! Voici que jaillissent les montagnes, toutes de saphir pâle et de

satin blanc. Çà et là, des troupeaux se hâtent vers la plaine, au tintement fêlé des sonnailles, aux appels monotones du berger.

Sur les pentes, encore d'herbe verte, les tulipes d'octobre, les sveltes colchiques déroulent frileusement leurs pétales de gaze mauve. A peine, traînant aux bas-fonds, une brouée indécise. Le ciel d'un bleu pur flamboie, tandis que, de vingt clochers harmonisés parla distance, éclate, en volées furieuses, l'allégresse du matin.

Dans quelques tours d'horloge, demain, j'aurai quitté cette féerie que ne contamine plus l'œil bestial des touristes, cette montagne de mon enfance où, maintenant infirme et déjà pliant sous la douleur de vivre, je fus chercher les sources de permanente jeunesse et de revivification.

Doux mirage de repos et de santé dans un exil en fleurs, vous reverrai-je encore?

Quand vos sapins étaleront, de nouveau, leurs fraîches aiguilles, couronne du printemps, quand roitelets et rouges-gorges, ayant épuisé le généreux festin des sorbes hivernales, s'envoleront par la montagne résurgente, le fer, peut-être, ou l'insidieuse maladie, m'auront pour jamais emporté de la lumière.

Adieu ! Sans vous, et ne m'enviez pas (comme disait, près des bords étrangers, le poète Ovide), sans vous, mes compagnons silencieux, je regagne la ville.

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