‹ Terre-Neuve [microforme]Chapitre 4 sur 4 · CE · texte numérisé non relu

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TERRE-NEUVE, 19 et ne permettait guëre à chaque navire de récolter plus de 8 à 10,000 morues. Mais, en 1784, on a commencé à pratiquer la pêche le navire étant à l'ancre, en amorçant les lignes avec l’encornet, Loligo piscatorum ; aussi le produit a-t-il augmenté considérablement, chaque homme pouvant prendre en moyenne 3,000 poissons pendant la campagne. Mais quand, après 1794, l'encornet eut subitement presque complètement disparu, en dut recourir à de nouveaux procédés, et on a substitué à la ligne à la main des lignes de fond, amorcées avec des morceaux de flétan ou d’autres poissons ; procédé qui fut introduit à Terre- Neuve par les Dieppois, à l’imitation de ce qui se pratiquait, à de certaines saisons, sur la côte de Norwège. On en obtint des résultats satisfaisants; cette pêche est cependant pleine de dangers, car les embarcations peuvent se perdre dans les brumes ou être englouties par des coups de vent, quand elles vont tendre les lignes sur les bancs.

Sur la côte et sur le petit banc, la pêche se fait pendant trois ou quatre mois, au moyen d’embarcations de 5 tonneaux, qui partent dès l'aube pour ne rentrer que le soir avec leur capture. Le poisson est préparé, soit à bord, soit à terre. Cette pêche, où les hommes fixent leur bateau à un grappin, dès qu’ils ont trouvé un endroit favorable, est monotone, pénibleet n'offre aucune des excitations que donnent les péripéties de la chasse aux morses. Il est à remarquer que l'immense quantité de débris et de résidus qui sont rejetés à la mer ne paraît avoir aucune influence fâcheuse sur le rendement de la pêche. Mais il y alà une perte énorme de matières qui pourraient être utilisées, en fabriquant par exemple de l’engrais, comme des Français l’ont fait à Querpon, sur le détroit de Belle-Isle ‘.

À bord, on ne prépare que de la morue verte, c’est-à-dire non séchée.

Quand le poisson est préparé à terre, on suspend le poisson, pour le sécher, sur des échafauds (/ishflakes) ou sur des vignots

1 Le produit ainsi obtenu est de 8 à 10,000 tonnes par an.

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formés de clayonnages portés s 3 piquets, de murs de pierres sèches, ou des couches de branchages superposés. Ces appareils couvrent la côte presque de toutes parts et donnent à la contrée l'aspect le plus pittoresque, car les labyrinthes d’échafaudages rappellent les villages malais perchés au-dessus de l’eau. Ça et là on rencontre quelques cabanes, sans porte ni fenêtre, avec untrou pour cheminée, et qui sert d’abri aux chafaudiers ou hommes chargés de préparer le poisson. On comprend facilement quelle doit être l’odeur qui règne dans ces localités.

Au commencement de juin, la scène change, car à cette époque les anses et les havres se remplissent de myriades de capelans, Salmo arcticus, la meilleure boëte (bait) pour la morue. On capture le capelan en immense quartité et le superflu s’emporte par charretées pour servir d'engrais. Pour la pêche de la morue au capelan ‘, chaque homme se sert de deux lignes placées sur chaque bord du bateau. Si le capelan fait défaut, ou si son abondance fait que la morue dédaigne l’appât, on pêche alors à la faux, c'est-à-dire qu’on jette les lignes à la mer non amorcées, en y imprimant des secousses brusques pour accrocher les poissons que le hameçon rencontre.

De Querpon à la Conche, on pêche en première saison avec des seines, dont les mailles ont cinquante millimètres en carré et dont le nombre est fixé par les règlements d’après le tonnage et l'équipage des navires. Ce mode de péche est très fructueux; il ne paraît pas avoir eu, comme on le craignait, d'influence sur le peuplement des eaux; les morues qu’il donne sont petites, mais cela tient à l’époque de l’année où se pratique cette pêche.

La ch?sse aux morses est l’industrie terre-neuvienne la plus importante après la pêche de la morue. Elle se faisait autrefois au moyen de navires, petits mais solides, de 80 à 200 tonneaux. Depuis une dizaine d’années, on a cherché à substituer à ces navires des steamers, sans qu’on y ait cependant trouvé jusqu'ici de grands avantages.

1 A défaut de capelan, on amorce les lignes avec des palourdes, des harengs ou des encornets.

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Los vaisseaux à voiles commencent leur saison le 1°" mars, les steamers le 10, pour la finir vers la fin ou le milieu d’avril.

La chasse aux morses est pleine de péripéties et souvent périlleuse. Le produit en est très aléatoire : on cite un navire qui à rapporté de la baie de Saint-Jean 40,000 animaux pris en une seule saison; mais souvent aussi il y a des déceptions et le nombre des animaux capturés est très médiocre : c’est ce qui s’est présenté pendant la campagne de 1880. Dix mille hommes environ sont engagés dans la chasse aux morses ; le produit de cette entreprise est, année moyenne, de 3 à 4 millions de francs.

Le hareng est extrêmement abondant sur les côtes de Terre- Neuve; il se rencontre surtout dans la baie de Fortune et dans la baie des Iles et surtout le long de la côte du Labrador; le poisson recueilli dans cette dernière région est, paraît-il, de qualité supérieure. Le hareng peut donner de beaux bénéfices, et il est regrettable que nos marins ne se donnent pas la peine de le pécher, comme le font les étrangers. Le poisson qui fréquente surtout la côte Ouest se montre à deux époques de l’année, en mai et fin septembre (Capit. Mer).

Les Salmonidés se trouvent abondamment aussi à Terre- Neuve et y acquièrent une excellente qualité. Malheureusement la pêche s’opère d’une manière désastreuse, et les barrages qu’on a établis à l'embouchure des rivières, ainsi que les rets à saumons qui ont été tendus en mer dans tous les endroits praticables, à tous les caps, autour de toutes les baies, font que la destruction de ces animaux s'opère sur une beaucoup plus grande échelle que la reproduction. L’annihilation de la pêche est presque absolue sur la côte du Labrador; aussi une des saumoneries, datant du temps de Louis XV, et qui produisait autrefois 1,500 barils de saumons par an, est-elle presque ruinée aujourd’hui {Capit. Mer).

On pêche aussi beaucoup de homards; la quantité de ces crustacés qui ont été exportés en Angleterre en 1878, a donné un poids de 1,554,096 livres.

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