‹ Terres cuites d'Asie MineureChapitre 19 sur 35 · MUSÉE DE SON ALTESSE LE VICE-ROI D'EGYPTE (PL · texte numérisé non relu

MUSÉE DE SON ALTESSE LE VICE-ROI D'EGYPTE (PL

ette terre cuite du Musée de Boulaq a figuré dans les vitrines du Trocadéro à l'Exposition universelle de 1878. Elle vient de la Basse-Egypte, et si je l'ai admise dans mon Recueil, j'ai dû céder aux instances de quelques amis qui s'intéressent trop vivement à ma publication pour que j'aie rien à leur refuser. Du reste, elle ne fait pas disparate avec les statuettes d'Asie Mineure; elle les égale par le style et le fini du modelé, et se place d'elle-même au milieu des chefs-d'œuvre l.

C'est en effet une des plus spirituelles créations de l'art. Un jeune Satyre, nu, à peine couvert dune pardalide dont les pattes se rejoignent sur la poitrine, est accroupi devant une outre à vin. Ses deux mains ont saisi le col de l'outre pour la soulever et la porter aux lèvres, en même temps que sa tête se rejette en arrière avec un superbe geste de satisfaction. L'artiste n'a oublié aucun détail. Ces mains nerveuses, cet effort des bras qui permet de suivre le jeu des muscles, cette bouche ouverte, ce visage animé d'un sourire et déjà envahi par les premiers feux de l'ivresse — tout cela est rendu avec science et un plein sentiment de la vérité. La terre cuite remonte à l'époque ptolémaïque. Elle a servi de lampe, comme la plupart des figurines qui viennent de la Basse-Egypte. Si l'on dressait la liste des statuettes en terre cuite trouvées dans le Delta et qui avaient été employées à cet usage, on aurait un Panthéon complet. Ici, cependant, il y a plus qu'un motif de lampe, il y a une pensée ingénieuse. Les anciens se plaisaient à associer le vin à l'huile d'olive, le don de Bacchus au présent de Minerve. En choisissant comme porte-lampe un Satyre ivre , l'artiste a voulu rappeler le vin par voie de métaphore. Et je ne serais pas surpris si quelque autre idée s'y mêlait, car depuis Aristophane les poètes grecs aiment à personnifier les lampes, à leur prêter vie et passions2; bien des fois ils leur reprochent de consumer trop d'huile, de la boire comme ferait un ivrogne. Ce que la poésie a osé, pourquoi l'art ne l'oserait-il ? lui qui descend volontiers des hauteurs de l'idéal pour prendre les choses par leur côté intime et familier.

1 En 1876, une photographie de l'objet avait été envoyée à Berlin par M. Bunsen et communiquée à la Société archéologique par M. Hiibner (Arch. Zeitung, 1874, p. 42).

2 Frœhner, Anatomie des Vases grecs, p. 2 3.

Pï w

[£| •W co

PHOTOTYPIE AROSA.

COLLECTION MILANI

Page 1