APHRODITE AU MIROIR
des répliques du même motif, variées plus ou moins. Cette seule figurine permet de juger l'esprit des autres et de ressaisir l'original (car elles dépendent toutes de quelque original célèbre) sous sa forme la plus avantageuse.
A la planche 28, une femme diadémée se regarde dans son miroir '. Elle rappelle un groupe que nous avons déjà vu et analysé (pi. 3, p. 14); elle s'en écarte cependant sur bien des points. Le groupe représentait Aphrodite au moment où elle procédait à sa toilette; ici la toilette est achevée, les cheveux sont frisés, disposés en boucles, et une grande Stéphane surmonte le front. L'himation, noué autour des reins, ne recouvre que les jambes, si étroitement qu'elles semblent prises dans une gaîne. Et remarquez l'ajustement de la draperie qui fait comme une ceinture avec son nœud ; mais la ceinture est placée trop bas, et de peur qu'elle ne tombe, la déesse la retient de la main gauche abaissée. C'est le geste de la Vénus de Milo. De loin, ces détails de toilette appellent le sourire; de près, on retrouve l'expression vraie; on se persuade que la divinité n'en est pas trop amoindrie, qu'il y a un sentiment élevé dans ces figures, frivoles en apparence, sérieuses au fond. On les classerait toutes en deux catégories : celles qui cherchent à se défaire et celles qui cherchent à se couvrir de quelque chose. Mais de ces occupations mêmes se dégage l'idée religieuse, qui n*a pas dû être méconnue par les contemporains. Elle l'est par nous qui, à cette distance et dans un autre courant de croyances ou d'incroyances, oublions trop souvent le caractère sacré des sculptures antiques, pour n'y voir et n'y admirer que l'œuvre d'art.
1 Même fabrique. Hauteur : 27 centimètres.