PL. I
1 n raconte qu'au sixième siècle avant notre ère, Boupalos créa le type de la For- I tune. Une statue sculptée pour le temple de Smyrne représentait la déesse coiffée de son polos et tenant une corne d'abondance au bras1. A vrai dire tout cela conviendrait mieux à l'époque des successeurs d'Alexandre, mais ne nous empêche pas d'en tirer profit pour l'explication d'une terre cuite qui vient précisément de la nécropole de Smyrne2.
C'est une déesse très jeune,, vêtue de la double chiton ionienne qui laisse les bras nus, et dont les plissures, fines et symétriques, rappellent les œuvres de l'ancien style. La jambe droite s'avance légèrement; un kalathiskos, en forme de cylindre, surmonte la tête; les oreilles sont parées de bijoux, les cheveux entourés d'une couronne dont les lemnisques, plus larges qu'à l'ordinaire, retombent sur les épaules. Au bras gauche la déesse tient une double corne d'abondance chargée de fruits; c'est la cueillette de l'année, le symbole de la fertilité du sol. Il faut croire que la récolte n'a pas menti à ses promesses, car pour soutenir le poids qu'elle porte, la jeune femme est obligée de s'appuyer sur un pilastre. Chez les Grecs d'Egypte, ce genre de cornes d'abondance s'appelait l'Année (èviavvoç). Année et récolte étaient synonymes.
Voilà l'explication de la terre cuite. Il s'agit d'une Tyché, de celle de Smyrne si l'on veut, certainement d'une cité qui venait de remporter quelque victoire dans les jeux publics. Cela ressort de la couronne dont elle est coiffée, et peut-être que le cippe, en même temps qu'il fait office de support, rappelle les exercices de la palestre. Les monnaies d'Asie Mineure frappées à l'époque impériale font bien souvent allusion aux jeux; les inscriptions sont pleines de détails à ce sujet, et souvent aussi les Ioniens furent vainqueurs à Olympie. On a le choix, plus qu'il n'en est besoin.
1 Pausanias IV, 3o, 6 : BouttocÀoç Euupvaîotç ayaXua spyaÇo'uevo; Toy vjç tc^cotoç £7roi'r,ffsv wv ïsaev ttoXov ts g^ouaav stù
t») xsîpaÀvj, xai Tvj Ixepa j^Etpi xb xaXoûusvov 'AuaXOEtotç xe'paç utto 'EXXrçvcov
La signature de Boupalos qui se lit sur la base de la Vénus accroupie du Vatican (G. Hirschfeld, Tituli statuarioram, p. 139) est moderne. Aucun épigraphiste n'osera la défendre.
2 Terre rouge pâle, avec quelques traces de dorure. Hauteur : i5 centimètres.
Au revers de la statuette se lit une signature d'artiste, gravée à la pointe et avant la cuisson. Ce n'est pas un nom écrit en toutes lettres ; il n'y a que le monogramme Ail1, probablement les initiales d'Apollonios. Nous allons en trouver d'autres à mesure que nous avancerons, plus complets et en assez grand nombre pour qu'il soit désirable d'en dresser une liste. Réunis aux noms que nous connaissons déjà, ils formeront un ensemble des plus instructifs.
1 L'A est inscrit dans le II, comme sur les monnaies d'Alexandre-le-Grand frappées à Phocéej à Ervthres et ailleurs.
COLLECTION LAMBROS