NEUF FIGURINES DE SMYRNE
de même que le grand masque de Gorgone , à la langue pendante, qui forme le centre du bouclier. Très peu de figures de Minerve tiennent de cette façon leur arme défensive, l'épisème dirigé vers le spectateur. Et la déesse n'est pas dans l'attitude du combat. A la main droite elle tient une patère à ombilic; nul doute, elle veut offrir une libation à Jupiter, soit après, soit avant la victoire, pour la rendre plus certaine.
Aphrodite, à elle seule, est représentée sous quatre formes différentes : drapée, déliant son kestos , se déshabillant. Tous ces motifs nous sont connus. L'Aphrodite drapée (pi. 22) est la même que nous désignons du nom de Vénus génêtrix, l'aïeule de la famille Julia. Sa tête, ornée d'un diadème, se penche et se tourne légèrement de côté pour regarder la pomme que tient la main. La déesse est vêtue d'une tunique diaphane qui glisse le long de l'épaule et laisse le sein à découvert, en même temps que la main droite, levée, retient et rajuste le péribléma. Le visage est d'une finesse d'exécution admirable. Je suis convaincu que l'invention du type, son entrée dans le domaine de l'art, a précédé de plusieurs siècles la dictature de César1.
Une autre figurine (pi. 21) nous montre Aphrodite dénouant son kestos'2. Elle a jeté sa draperie sur un tronc d'arbre. La tète s'incline vers la gauche; abaissée, la main droite tient un objet qui ressemble à une coquille; l'autre repose sur le kestos, cette large ceinture qui fait le tour du buste et qui a pour mission de soutenir les mamelles.
Reportons-nous au siècle qui a créé ces chefs-d'œuvre. Quelle originalité, quelle fraîcheur de sentiments, quelle fécondité dans l'invention, toutes les fois que l'amour et la Mère des Amours sont en jeu! Voici un troisième type (pi. 21) : Aphrodite nue, parée de boucles d'oreilles et ôtant sa draperie 3. Puis cette délicieuse statuette (pi. 22) qui, par sa pose et ses accessoires, rappelle la Vénus des monnaies de Cnide*. Au point de vue de l'art, elle est la plus importante.
Debout près d'une hydrie, la déesse s'apprête à prendre son bain. Elle ôte sa tunique pour la déposer sur le vase. Déjà le corps se présente sans voile; la main droite seule se dissimule encore sous la draperie; dans un instant elle va s'abaisser, et la nudité sera complète. Les statues de marbre qui nous offrent le même sujet ne donnent qu'une faible idée de la poésie du motif. C'est à la terre cuite qu'il faut recourir si l'on veut juger de sa pureté première, car, de toutes les copies que nous en possédons, celle-ci me semble la plus proche de la source. La tête est admirable de finesse et de grâce. Elle se penche et se détourne presque insensiblement, mue par une pudeur timide. Les cheveux, noués en korymbes, sont retenus par une bandelette qui ne laisse échapper que deux longues boucles retombant sur les épaules.
Quel est l'auteur de l'original? Est-ce Praxitèle, comme les médailles de Cnide le font
1 Hauteur : 128 millimètres.
- Hauteur : 112 millimètres.
3 Hauteur : 98 millimètres.
4 Hauteur : i3 centimètres. — Voir Michaelis, Archàologische Zeitung, 1876, p. 14g.
supposer? A la place des disciples, on aimerait à nommer le maître. Je sais, et personne ne l'ignore aujourd'hui , avec quelle prudence nous devons conclure d'un type monétaire à l'existence d'une statue. Le graveur en médailles ou en pierres fines suivait son inspiration propre; il n'était pas moins inventif que les sculpteurs et les peintres, et n'avait rien à leur emprunter. Des exceptions, il s'en trouve certainement, et je leur ferai la plus large part; mais en thèse générale il n'y a pas entre la sculpture et la glyptique d'autre rapport que le progrès parallèle du style et du goût. Si cette doctrine nous prive souvent d'une source précieuse pour l'histoire des artistes de l'antiquité, je ne vois aucun moyen d'y porter remède. Ici néanmoins, et dans la question qui nous occupe., il faut dire que la terre cuite de Smyrne, imitée sur les monnaies cnidiennes, est digne du plus grand maître. Si je n'avais à obéir qu'à mon sentiment intime, je ne la ferais pas remonter jusqu'à l'époque de Praxitèle même, d'autant moins que les textes anciens ne parlent ni de draperie ni de vase; mais qu'est-ce que ces textes anciens? et qu'est-ce que nos sentiments à nous ?
Le groupe d'Éros et de Psyché (pi. 21)1 s'ajoute à ceux dont M. Stephani vient de donner la liste2. Éros porte de longs cheveux bouclés, Psyché a des ailes d'oiseau et des pendants d'oreilles. On peut comparer avec une figurine que j'ai déjà publiée dans ce volume (pi. 14) la petite Tutela reproduite à la planche 23. Celle-ci doit avoir tenu une patère à la droite3. Sur la même planche on trouvera une figure analogue4, sans la couronne murale; le gouvernail et la corne d'abondance forment ses attributs. C'est la déesse qui, à Rome et à l'époque des Césars, s'appelait la Fortune, la protectrice des vaisseaux qui apportaient en Italie les blés de l'Afrique et de la vallée du Nil. Mais à l'origine elle doit avoir représenté une ville maritime tirant ses richesses de la fertilité de son sol et de la puissance de ses escadres.
1 Hauteur : 112 millimètres. Il a e'té publié par M. François Lenormant dans la Revue archéologique de Î878, septembre. Collignon, Mythe de Psyché, p. 379.
- Compte rendu de la Commission archéologique de Saint-Pétersbourg, 1877., p. 160 et suiv. 3 Hauteur : 10 centimètres.
* Hauteur : i3 centimètres.
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YPIE AROSA
COLLECTION H HOFFMANN