ÉROS BACHIQUE PORTANT DES FRUITS
collection de m. julien greau
(Pl. 32).
a frise de la tour octogone d'Andronic de Kyrrhos (il s'agit certainement de la ville de Kyrrhos en Syrie) représente les huit Vents principaux qui exerçaient leur influence sur le climat d'Athènes. Deux de ces figures, l'Apéliote et le Zéphyre, portent dans le pan de leur manteau, le premier des fruits, l'autre des fleurs. Il est impossible de ne pas songer à ces images, devenues classiques, devant la terre cuite que j'ai fait reproduire à la planche 32 1.
Un adolescent, nu et ailé, a sa chlamyde toute remplie de raisins et de fruits; à la main gauche il tient trois pommes de coing qu'il regarde avec joie. Sa draperie n'a pas d'agrafes et ne tient pas sur l'épaule ; les glands de plomb, fixés aux extrémités, l'empêchent seuls de tomber et font contre-poids. Le jeune dieu est couronné d'une branche de lierre et de korymbes, qui ajoute à l'effet de cette charmante composition. Mais c'est précisément la couronne de lierre qui nous donne le vrai sens de la terre cuite. Tous les détails conviennent à l'Apéliote : l'âge (car il est imberbe sur la tour des Vents) , les ailes, les fruits, l'ajustement de la draperie; le lierre convient davantage à l'Éros bachique. Rien de plus simple qu'un Éros aux vendanges et à la cueillette des pommes. Il se rencontre assez souvent sur les vases peints, alors que les personnifications des Vents ne jouent, dans l'antiquité figurée, qu'un rôle secondaire. On n'a pas oublié combien les artistes de Smyrne aimaient cette face de la nature d'Éros, avec quel talent et quel succès ils interprétaient le mariage de l'idée bachique avec l'idée erotique (pl. 9. 17). Ce serait ici une troisième variante du sujet, non la plus belle peut-être, mais la plus pleine de sentiment et de poésie.
1 Fabrique de Smyrne.
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COLLECTION JULIEN GREA.U
COLLECTION DE M*«E BASILEWSKY
OTOTYPIE. AROSA
COLLECTION DE MMK BASILEW3KY
PAN ET ALKÉ
collection de madame basilewsky (Pl. 39. 40).
n poète de l'Anthologie décrit en sept distiques sept œuvres d'art : un bas-relief de Praxitèle, deux peintures d'Ophélion, puis d'autres tableaux dont nous ignorons, dont il ignorait probablement lui-même les auteurs. C'est à l'aide d'un
tableau d'Ophélion que j'expliquerai le magnifique groupe qui fait partie de la collection
de Mme Basilewsky.
En voici le texte grec1 :
Tov TQayônovv è/d Ilâva, cptlov Bqo^iIoio xal vlov ' jtqxâdoç, âvv âlxâç êyQcccpev 'Slcpelitav.
Tels qu'on les lit, ces vers ne présentent aucun sens. On en saisit le commencement : Ophélion ma peint, moi F ami de Bacchus et le fils de Mercure, Pan aux pieds de bouc....; on ne comprend pas les mots âvv âlxâç, car la traduction qu'on en propose ne mérite pas d'être prise au sérieux 2. Il suffit de peLi de chose pour y porter remède. Au lieu d'àvv âlxâç avec la minuscule, je lis âvv 'Alxâç avec la majuscule, et voilà une phrase qui ne laisse plus rien à désirer3. Elle jette sur toute une série de monuments une lumière imprévue.
Ophélion avait associé à la figure de Pan une femme du nom d'Alké. Quelle était cette femme ? On ne la voit citée qu'une seule fois, dans Diodore 4, qui l'appelle fille de Cybèl et d'Olympos, sans ajouter le moindre détail. Mais déjà les noms de ses parents nous suffisent; ils prouvent que la fille a dû faire partie du thiase bachique, et dès lors il est permis de croire qu'elle a agréé les hommages de Pan. Ce dernier d'ailleurs comptait au nombre des suivants de Cybèle : ~£2 Ilâv, Mavqbç Meyâlaç onaôé 5
1 VI, 3i5. Le poète est Nikodème d'Héraklée de Bithynie. - On traduit : qnod ei (pictori) périclitant! aiixilium tulisscm !
3 II en est de même de l'épigramme VI, 3 16, où il faut écrire IToiv^v au lieu de 7roivV]v. Dans les Odes d'Horace je trouve deux cas semblables: I, 2} 48 lisez ocior Aura et I, 22, 11 ultra Terminum. 1 Diodore de Sicile V, 49 : xoù Tr)v [/iv KuJ3c"ay]v 'OXÛjjmtm to 7rpwTov auvoix^uacav fi^r^ai 'AXxrçv. 5 Pindare, Fragm. 63 (Bergk, Poëtœ lyrici, 3e édition, p. 3 12).
Jusqu'à présent les archéologues n'ont connu que les amours de Pan et d'Écho, puis quelques rares monuments relatifs au rapt de Séléné. Ils connaîtront désormais le groupe de Fan et d'Alké, et les matériaux ne leur feront pas défaut. Je renvoie aux fresques de Pompéi1, où la jeune fille, couronnée de lierre ou coiffée d'un bonnet phrygien, se trouve souvent seule en présence de Pan. Elle porte le costume des Bacchantes et tient un tambourin à la main. Parfois son amant la surprend endormie sur un rocher. Le même sujet figure sur les pierres gravées, et plus fréquemment encore nous voyons Pan se livrant à la danse avec une Bacchante. J'hésiterais peut-être à donner le nom d'Alké à ces danseuses ; mais je ne doute pas que les autres ne se rattachent par une liaison intime au tableau décrit dans l'Anthologie.
Le groupe qui m'a fourni l'occasion de rectifier un texte grec est une merveille de style et de beauté*2. L'artiste ne s'en tient pas au motif choisi par le peintre. Son Pan marche droit à côté de la femme, la prenant par la main et par la taille pour l'entraîner avec lui; il n'est pas en face d'elle (âvil), cherchant à la séduire ou à s'en rendre maître pendant qu'elle dort. De son côté, la Bacchante ne fait aucune résistance. Elle suit son amoureux, le regardant avec joie et le sourire aux lèvres; rien, à la rigueur, n'oblige de se méfier de la chasteté de sa pensée. De là l'effet incomparable que produit la vue de cette terre cuite. Il y a force et sentiment.
Quel contraste entre l'homme et la femme : l'un velu, aux oreilles et aux jambes de bouc, à la physionomie bestiale, à l'œil sauvage; l'autre, jeune fille dans sa fleur, belle comme une déesse, pittoresquement drapée dans un manteau qui fait valoir ce qu'il devrait dissimuler, marchant avec tant de grâce qu'à peine ses pieds effleurent le sol. A la main gauche Alké porte un kanthare ; ses cheveux, couronnés de lierre et de korymbes, se répandent sur les épaules en boucles longues et soyeuses. La tête de Pan est ceinte d'un bandeau frontal.
J'ai fait reproduire la terre cuite sous deux faces et en deux couleurs, pour que l'on puisse l'apprécier plus complètement. Neuve, sous sa couche de dorure, elle a dû ressembler à une pièce d'orfèvrerie; elle est restée un joyau de l'art. Placez-la au milieu des plus belles figurines d'Asie, de Chypre, de Grèce, de Cyrénaïque, et jugez si elle y perd. Dans cette limite je ne lui vois rien de supérieur.
1 Helbig, Wandgemalde, nos 557-564 (Pan und Màdchen aus dem Thiasos).
- Fabrique de Grynium. Traces de dorure. Hauteur : 26 centimètres; longueur de la base: 18 centimètres.
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JfffSîfêr
PHOTOTYPIE AROS.