‹ Terres cuites d'Asie MineureChapitre 6 sur 35 · COLLECTION DU BARON LUCIEN DE HIRSCH · texte numérisé non relu

COLLECTION DU BARON LUCIEN DE HIRSCH

e groupe d'Aphrodite et Éros, une des perles de mon recueil, fait partie d'une série de monuments qui se rattachent à l'œuvre la plus admirée de la peinture grecque, la Vénus Anadyomène. M. Stephani a traité cette question dans un mémoire où toutes les ressources de sa méthode sûre et persuasive sont mises en jeu *. A vrai dire, nous devinons plutôt que nous ne connaissons le motif choisi par Apelles. Son tableau représentait la déesse émergeant des flots de la mer et tordant de ses doigts (axçaiç %eqoIv) sa chevelure humide pour en exprimer l'eau et l'écume. Le corps a dû se montrer de face, visible jusqu'à la ceinture; mais la transparence des ondes aura permis de le voir complètement. On admirait la gorge, formée déjà et arrondie comme deux pommes de coing. Nul doute que la déesse ne fût sans draperie, car les poètes grecs qui avaient vu l'original ou quelque copie, sont unanimes à en appeler au jugement de Paris. Les mains s'élevaient à la hauteur des joues, chacune pressant une touffe de longs cheveux bouclés qui flottaient épandus et ruisselant d'eau. Mais personne ne dit si les mains se portaient du même côté. Je ne le crois pas.

Nos sources s'arrêtent à cette limite; elles n'y mettent pas un trait de plus. Dans l'antiquité, la peinture d' Apelles était si présente à tous qu'on n'avait pas besoin de la décrire pour en faire l'éloge. Aujourd'hui et à la distance où nous sommes, il ne reste que ces éloges. Pas de transmission directe, rien que des réminiscences lointaines, des adaptations à la sculpture, à la fonte, à la glyptique, qui rendent extrêmement difficile de ressaisir l'œuvre dans sa pureté première. L'art du statuaire n'emprunte pas ses sujets au peintre sans les modifier; il a ses conditions propres, il ne vit pas des illusions du pinceau.

La terre cuite qui m'oblige d'entrer dans ces détails a une importance d'autant plus

1 Comptes rendus de la Commission arch. de Saint-Pétersbourg, 1870, p. 69; 1873, p. 7. — Benndorf, De Anthologies grœcœ epigrammatis quœ ad artes spectant, p. y3. Mittheilungen des deutschen Institutes in Athen, t. ], 5o. — N'oublions pas qu'il existe plusieurs bronzes babyloniens qui représentent Aphrodite portant la main à sa chevelure.

PHOTOTTPIE I

Page 1