‹ Terres cuites d'Asie MineureChapitre 9 sur 35 · ÉROS ADOLESCENT · texte numérisé non relu

ÉROS ADOLESCENT

n'est pas possible, et nous gagnons du même coup, pour l'histoire de l'art grec, une connaissance plus intime des procédés techniques et un motif délicieux, magnifiquement traité.

Parlant de l'Éros de Praxitèle, un auteur ancien fait une remarque assez juste. «Bien que la statue, dit-il, demeure immobile sur sa base, on sent que le dieu a vie et mouvement, qu'il ne tient qu'à lui de reprendre son essor pour s'élever dans les airs 1». Ce passage s'applique d'une manière frappante à nos deux figurines. Là aussi, les ailes d'Éros ne sont pas repliées et n'expriment pas l'idée du repos; elles se dressent et s'épanouissent. La terre cuite de ma collection est tout animée de ce battement d'ailes,, malgré la draperie qui devrait entraver leur jeu 2. Ce serait donc une œuvre de Praxitèle que l'artiste aurait copiée? La pose rappelle en effet les statues de Satyres que nous prenons pour des imitations d'un bronze de Praxitèle, le Périboetos ; ce corps de jeune homme, aux contours délicats, d'un modelé si pur et si parfait, voilà bien le style du grand sculpteur; voilà le cachet de son époque, qui représentait les dieux comme des dieux, qui ne concevait pas l'Amour sous les formes enfantines qui ont prévalu depuis. A y bien regarder, on voit une preuve plus décisive encore, presque une certitude, que nous touchons à l'art de Praxitèle. C'est la chevelure de l'Éros, disposée en longues boucles ondoyantes qui s'étalent autour du front, et dont les derniers anneaux descendent sur les épaules 3. Depuis longtemps déjà on connaissait tous ces traits caractéristiques ; on les retrouvait, épars et sans suite, dans bien des sculptures; maintenant on a le nœud qui les réunit. Quoi de plus digne d'un ciseau de maître que cette image du jeune dieu, accoudé sur un cippe, la tête inclinée légèrement comme s'il rêvait, la main armée d'une flèche, symbole de sa puissance !

Il est probable que l'Éros de la collection de Bammeville aura également tenu une flèche. Si ce détail se confirme, les deux terres cuites sont parentes l'une de l'autre, et je ne me serai pas mépris en les mettant au même niveau.

1 Kallistrate, ch. 3 : tôîv oâ xiv7i<jew; l'pycov èffTspyipu'vo; etoifioç -/jv oeîçai x(vy]<7iv. Eîç [/iv y^p eopav crâmptov ïopuTO, rJ7raT0( <5s Ws xai t^ç [AETscopou xuptsuwv tpopaç.

2 Stephani, Compte rendu 1874, P- 6 et 7.

3 Kallistrate, ch. 3 : TrXôxajjioi 3s oeùrou tï]v xs;pa)iY)v Iffxi'aÇov avQyjpot xat svouXoi, vêot^uiov uTroXauirovreç avGoç. — L'Eros de la pi. 29 porte, en outre, cette natte de cheveux qui se dirige du sommet de la tête vers le milieu du front et que je prends pour un à7roTpÔ7raiov contre le mauvais œil. Elle est ornée d'un bijou de forme ovale. Les mêmes détails se retrouvent sur une réplique faisant partie de la collection de M. Gréau et qui sera publiée dans un des volumes suivants.

Page 1