‹ Terres cuites d'Asie MineureChapitre 10 sur 35 · COLLECTION DE M. JULIEN GRÉAU · texte numérisé non relu

COLLECTION DE M. JULIEN GRÉAU

I ne des plus ravissantes créations du génie antique nous apparaît dans cette

'figurine du Dieu de la Guerre. Elle est du même style, de la même fabrique et

porte les mêmes traces de dorure que les terres cuites précédentes (pi. 3. 4. 29).

Si les renseignements que l'on a fournis au sujet de son origine sont exacts, et je les

crois tels, toute cette famille de statuettes vient des environs de Smyrne1.

Les archéologues savent qu'en définissant le type comme je propose de le définir, je n'ai

pu m'appuyer sur aucune preuve sérieuse. Les sujets de ce genre sont susceptibles de bien des

interprétations. Il a fallu procéder par exclusion et choisir finalement ce qui a semblé le moins

contesté2. Cette réserve faite, approchons-nous de l'œuvre et plaçons-la sous son vrai jour.

Un jeune homme imberbe, coiffé d'un casque à aigrette, revêtu de sa cuirasse, est debout près d'un tronc d'arbre. Le poids du corps porte sur la jambe droite; tête et regard se dressent fièrement comme devant l'ennemi. La main droite tenait une haste3; un bouclier ovale, décoré du masque de Méduse, protège le flanc, et par un mouvement instinctif l'épaule gauche se relève, pour parer une flèche ou un coup de javelot. C'est la pose du combattant en pleine mêlée. Mais le visage demeure calme, et l'attitude n'a rien de violent. On dirait la grandeur, la noblesse d'un dieu, confiant dans sa force et certain de la victoire.

N'est-ce pas déjà un premier point qui confirme mon interprétation? Le costume ne s'y oppose pas, car il existe bien des figurines d'Ares ou du Mars romain armées de cuirasses. Ici, la cuirasse est d'une admirable pureté de forme. Elle imite le torse humain et n'empêche pas de distinguer les deux tuniques que l'on portait dessous. La tunique supérieure, à manches

1 Terre rouge pâle. Hauteur : 18 centimètres.

- Voir un travail excellent de M. Dilthey : Bron\ebilder des Ares dans les Jahrbucher des Vereins von Alterthumsfrcunden im Rheinland, t. LUI, 1-43 (pi. I-XII).

3 Cette main est fermée et perforée. La lance a dû être en bronze, comme la flèche de l'Eros à la page 17.

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HOTOTYP1E AROS»

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courtes, est bordée de lambrequins 4 ; jambes et bras restent nus; mais les pieds sont chaussés de bottines de chasse, à revers de fourrure. Avec non moins de précision l'artiste a marqué les détails du bouclier. Au centre, le Gorgoneion se détache en forte saillie sur un fond bleu; un méandre, gravé en creux, fait le tour de l'ovale. Même à l'intérieur, on distingue les deux attaches pour le bras et la main. Les mentonnières du casque sont relevées.

Voilà l'objet sous toutes ses perspectives. On peut essayer d'en trouver une explication meilleure, mais à ceux qui voudront la tenter il faut opposer d'avance une remarque faite devant l'original. C'est que le portrait ne ressemble à aucun des personnages historiques que nous connaissons. Je ne puis y voir qu'une tête idéale, et tant que ce point de vue ne sera pas changé, nous garderons une entière liberté d'appréciation.

1 Les lanières qui retombent sur les jambes sont en partie brisées.

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