noTembre
Le fleuve rentre dans son lit et se retire des campagnes, laissant de vastes plages pâles, fermées au loin par des futaies africaines de palmiers. A l'occident,; les pyramides fauves sont les seuls vestiges humains : leurs trois triangles millénaires montent, graves, fatidiques comme d'antiques énigmes, sur, le grand ciel humide qui couve le pays par ce triste jour de pluie.
Largeur î du fleuve qui s'étale comme un lac; c'est une étendue limoneuse, d'un jaune bourbeux, terne, uni. Mais cela se précipite en avant avec véhémence, ondulant en millions de plis, droit et
vaste comme un bras de mer qui couperait en deux la contrée. On sent le fleuve d'un très grand continent ; cela n'est pas européen : c'est trop vaste et trop fort. Toute cette eau lancée vers le nord vient de très loin, des profondeurs de TAfrique que lavent, que dénudent les pluies diluviennes d'été, leur arrachant toute cette bourbe qui fait l'opulence brune du fleuve et de ces campagnes. Ce Nil, dans cette basse Egypte, c'est de l'Afrique équatoriale descendue au milieu des régions civilisées, y mettant sa violence et sa sauvagerie. 11 est là-bas ce qu'il est ici, aussi large et magnifique : il ne reçoit pas un affluent depuis qu'il a quitté le dix-huitième parallèle.
A mesure que l'on s'éloigne du Caire, tout devient plus ample et plus simple : des deux côtés, les constructions humaines ont déjà disparu, les futaies de hautes palmes s'épaississent; leurs troncs serrés forment une sorte de mur dense, et, pardessus, les milliers de têtes rayonnent, sombres, dans le ciel. Les tournants sont grandioses, découvrant, révélant tout un pays. A gauche, le ruban végétai» la bande toute claire et vente de maïs et de cannes s'est rétrécie, tout de suite dominée, étreinte par la chaîne blonde du Mokatam. Et soudain, un coin du vieux Caire reparaît pour nous dire adieu,
VERS THÉBES. 5
terne, mort comme le désert environnant, bloiid et tout uni de ton, difficile à distinguer de la chaîne aride, un morceau de ville inanimée qui ne semble pas faite pour Thomme et qu'on dirait taillée dès Torigine des choses dans cette falaise. Et ce sont des dômes, des minarets, et, par-dessus tout, la mosquée aiguille, le jet grêle dans le ciel de ses deux fusées de pierre.
Toute cette journée-là, les pyramides nous ont poursuivis. Nous ne pouvions pas quitter ce cimetière mempliite, arriver au bout de cette nécropole qui est la plus ancienne et la plus vaste que Ton connaisse. Gizeh, Sakkarah, Dachour, Meidoum, de loin en loin, jalonnant le cours du Nil, elles surgissaient par groupes, gardant mystérieusement le seuil de l'infini saharien, de plus en plus délabrées et désolées à mesure que nous remontions et qu'elles s'espaçaient davantage, chaque groupe plus inquiétant, plus enfoui dans les sables et perdu dans la solitude. Lorsque l'on pensait, après des heures de navigation, les avoir enfin laissées derrière soi, de nouveaux triangles se levaient comme des voiles de vaisseaux derrière la ligne d'horizon. A la longue, elles se rapprochaient de nous et, alors, on reconnaissait qu'elles n'avaient presque plus de formes à force d'avoir été démantelées, usées par les siècles et par l'homme avide et fouilleur. C'étaient des buttes fauves à demi écroulées, cou-
fondues au désert, ou bien des piles de tours quadrangulaires à pans inclinés, en retrait les unes sur les autres, les noyaux primitifs de la pyramide sortant d'une colline ruinée. Premiers monuments de rtiistoire humaine par lesquels l'âme inquiète, qui aspire et qui aime, tout de suite a essayé de protester contre la mort, de lutter contre l'indifférence silencieuse de ce qui est pour toujours. Oui, toute la dignité humaine est déjà là, dans cette mélancolique procession de pyramides qui se suivent toute cette journée au bord dé l'immensité muette.
Ce premier soir fut bien beau : nous sortions de la région des grands nuages gris, des grandes pannes d'automne que la Méditerranée avait soufflées jusqu'au sud du Delta, et nous découvrions les régions heureuses, un monde d'immobilité où tout s'enchantait dans la pure lumière. La chaîne aride, à l'orient, ceignait au loin la plaine; c'était une indécise bande rose à peine effleurée d'ombres bleuâtres, et d'une telle légèreté que cela ne semblait même pas une vapeur, mais un simple jeu de lumière autour du monde terrestre et vert, comme certains rayonnements mystérieux d'aurores boréales dans l'ombre du soir.
VJSRS TIIÊBCS.
Pendant une semaine, sur ce vapeur postal nous remontâmes la grande voie mouvante, la large voie royale.de l'Egypte. Sous le clair cristal du ciel, elle frémissait,, emplissant presque le paysage, tant les berges étaient lointaines et basses. Les distances entre les. tournants étaient très grandes, en sorte que pendant des lieues souvent, d'un coude à l'autre, elle s'allongeait tout droit : alors, on ne la voyait pas finir, la véhémente, la vivante étendue. brune; au nord et au sud, elle s'en allait jusqu'à rencontrer le ciel et tendre sur sa pâleur une ligne liquide d'horizon où le regard s'élançait dans une ivresse d'infini, arrêté parfois par une aile blanche de voile ou par un lournoiement de faucon en chasse sous le tout-puissant soleil.
De jour en jour il semblait que cela devenait plus, admirable : en réalité cela changeait très peu :; la lumière seulement se faisait plus subtile, et le tressaillement de vie qu'apporte le souffle vierge, des solitudes devenait plus profond. Cela changeait très peu : c'était une grande monotonie de beauté splendide et calme mais, insensiblement, cela, vous prenait d'une façon étrange ; par degrés une profondeur de lumière vide se creusait, s'élargissait entre le présent et tout le détail troublé de
s TERRES MORTES
la vie passée : on s'oubliait plus complètement, on était plus heureux de ce rêve continu, de l'inaltérable beauté des choses qui se suivaient et revenaient toujours pareilles dans la môme splendeur éternelle.
Les plus grands changements étaient les jeux de la lumière. Le matin, au réveil, le ciel n'était qu'un abime pâle et pourtant d'un éclat si violent qu'à peine pouvait-on ouvrir les yeux pour découvrir t(mte la simplicité du paysage : les palmes lustrées avec des éclats d'or et des luisants frais, la chaîne occidentale, littéralement peinte d'un rose neuf et surprenant, ou bien l'autre, celle de l'est, l'éternelle falaise de pierre qui circulait avec nous depuis le Caire, dressée sur le jour naissant, en écran précis, sombre et pourtant presque sublimée par lo soleil qui montait derrière elle, et vaporeuse dans l'irradiation matinale. Et quand l'Astre surgissait enfin dans sa jeunesse, les grandes eaux enroulées en boucle immense, ou bien allongées à l'infini, s'allumaient d'un éclat éblouissant et nu, séparées du ciel par la seule petite ligne noire des rives lointaines. Des hérons peuplaient les dos fauves des sables qui, en novembre, commencent à émerger, et, sur nos tôtes, si près que nous distinguions leurs yeux jaunes, leurs étranges yeux guetteurs, les éternels faucons d'Egypte dcx'iyaient au vent, tournoyaient, soudain pré-
VERS TIIÊBES.
cipifés au ras de Teau, mettant dans le paysage un accent âpre et simple, aiguisant encore par leur présence la véhémente sensation de vie qui montait de toute cette splendeur et de toute cette sécheresse froide.
Très vite, dans cet air sans vapeur, la chaleur venait et le soleil se mettait à brûler, dardant ses feux comme à travers du vide. La journée commençait, pareille aux autres. Nous restions sur le pont, occupés seulement à suivre les ombres qui se déplaçaient d'heure en heure, satisfaits de regarder passivement défiler toujours, sur l'albâtre pur des deux chaînes la procession des hautes palmes, de mettre cette monotonie de lumière et de paix dans notre âme à la place de toute pensée. Les événements étaient très simples : parfois passait un essaim de voiles — hautes voiles obliques, admirables pour accueillir la puissante et toute paisible lumière, taillées en longs triangles courbes, leur pointe s'effîlant très haut sur le ciel. Elles étaient chargées de monde, ces felouques, d'hommes et de femmes qui chantaient gaiement, paysans d'Egypte voyageant à l'antique façon égyptienne, en troupe sur le vieux fleuve, dans dos barques très semblables à celle d'Osiris. Ainsi chargées, enfoncées jusqu'au ras de l'eau bourbeuse, jusqu'au bouillonnement brun autour d'elles, lancées sur la large étendue roulante, elles filaient plus rapides encore.
dans un vertige de vitesse, par ce grand vent régulier du sud, toutes ensemble, en théorie joyeuse, trente ou quarante à la fois, d'un seul mouvement continu, chacune gardan* ' ^a place dans la
])ande, comme les oiseaux qui traversent le ciel en grands triangles migrateurs.
De temps en temps nous stoppions devant un misérable village fellah, petite végétation humaine qui. s'est mise à pousser là comme ces dattiers, comme ces orges qui, le long du Nil, font une traînée verte à travers le désert, — simplement parce que le fleuve est là. Entre les troncs droits, à l'ombre des solennels palmiers, c'étaient des cases de limon qui montaient en pyramides tronquées, suivant la forme ancienne que l'on retrouve dans les pylônes des temples. Et cela saisissait toujours, de retrouver ce vestige vivant de la plus antique civilisation connue. Parce petit détail, elle se continue encore, cette civilisation, en ce même point de l'espace où,, dans la nuit universelle, au commencement de l'histoire humaine, elle s'est mise un jour à poindre et à rayonner.
Des petits pylônes de terre le monde villageois accourt à l'arrêt du steamer. Il y a tout un charmant et libre peuple d'enfants : des petites fille
T£RS THËBES. ii
(fil la race trouve son joli moment de délicatesse et de fleur, car bientôt;^ lies vont commencer à se faner, petites filles ' ses dans la dignité antique d'une draperie; — i,d^ '""jmins nus, jolis corps de bronze mat avec des luisants bruns ; — des femmes sans âge, aux figures de cuir, raidies par les années de soleil et de poussière dans une grimace douloureuse, debout, avec de grandes attitudes, et nobles par les fortes lignes de la rude étoffe qui tombe droit jusqu'à leurs pieds ou bien accroupies à terre, tout enveloppées, inertes, simples paquets noirs posés en rang au bord de l'eau. Et puis toute la gent animale qui vit avec les humains dans les petites cases, et qui vient aussi nous regarder passer : les ânes d'Egypte, fringants et fiers comme des chevaux de race, leur robe gris-souris coquettement décorée de festons noirs; — les buffles qui nous contemplent, la tôle basse, avec l'obstination et la stupidité fabuleuse et fixe de leurs yeux vairons; — les chameaux, plus stupides encore, mais ridiculement hautains, et les chiens jaunes qui aboient sur les murs, et les poules, et les pigeons. Beaucoup de marchandages avec nos Arabes des troisièmes, dialogues excités, violents, gutturaux, dans des registres aigus, et une mimique passionnée. Chacun apporte quelque chose à vendre, -^ chétives denrées, vraiment, — de quoi faire sourire les paysans de nos marchés de campagne :
un œuf, quatre oignonSt un petit fromage, un peu de lait, trois morceaux de canne à sucre.
Et, soudain, le grand coup de sifflet du départ, métallique, inhumain, jette une secousse d'effroi dans tout ce petit monde : les enfants poussent un cri : c'est une volée de moineaux qui s'éparpille à travers les arbres.
Pauvre peuple d'Egypte ! Il se lamentait alors, car c'était Tépoque de la . conscription et, de village en village, nous nous arrêtions pour prendre quelques hommes et les conduire au bout de la haute Egypte, à la garnison d'Assouan. Chaque fois, c'était un drame terrible. Ils arrivaient sombres, mornes, demi-sauvages, en grands manteaux de laine brune, suivis d'une foule hurlante. On eût dit qu'une calamité, qu'une catastrophe surnaturelle avait frappé le pays, quelque peste, quelque plaie comme au temps de Moïse. Au-dessus de nous, sur le mur jaune de la berge, cent figures humaines, cent figures de femmes, émergeant de linceuls noirs, ruisselaient de larmes qui coulaient dans les rides, des bras fatidiques se tendaient vers le ciel, et tout cela remuait, ondoyait comme une houle, dans une clameur de démence faite de cris suraigus, vibrants d'un chevrotement étrange, le cri antique de toutes les pleureuses d'Orient. Le
VERS TIIÉBES. 13
bateau sifflait pour partir, et, chaque fois, un spasme de détresse, une grimace convulsive crispait tous les visages : des faces de yieillards se renversaient en arrière, s'immobilisaient, les paupières closes dans une angoisse; des yeux aveugles pieuraient; le délire grandissait; la clameur se faisait plus folle; une contagion de vertige nous gagnait.... Subitement, au moment où les hommes embarquaient, une jeune femme, avec un galop de bote forcée, se précipita dans le fleuve, s'y étalant à plat ventre, puis, trois fois, lança son manteau devant elle, avec le geste du désespoir. Alors, deux vieilles coururent après elle et la ramenèrent avec des coups, car il y a des limites à tout, même aux manifestations orientales.
Oui, ce n'était là qu'une manifestation aboutis* sant à la folie hystérique de toute une foule, comme une danse de derviches ou une cérémonie religieuse de nègres. C'était un rite, simplement, un devoir de cérémonie que se rendent entre eux, aux jours de malheur, dans leur grande courtoisie tra dilionnelle, les pauvres gens du peuple en Orient. Pour ces conscrits, c'était un malheur presque aussi grand que la mort, ce départ forcé. On ignorait où ils allaient, on leur disait adieu pour toujours.... En réalité, ils ne partaient que pour quelques années, pour être dressés à l'anglaise, bien habillés, bien sanglés et bien nourris. Mais le
14 TDRBES MORTES.
peuple d'Egypte n'est pas encore, fait. aux régimes européens ; on savait seulement que l'antique puissance despotique et centrale venait de laisser tomber sa main sur eux. c Allah ait pitié de toi, frère! Allah ait pitié de nous ! Notre maison est désolée ! ... » C'étaient les mêmes cris d'adieux qu'il y a trente ans, au départ des hommes pour les corvées, où les fellahs mouraient comme des mouches à creuser les canaux,* et qu'il y: a trente siècles, quand on levait quelques milliers d'hommes pour leur faire traîner, à coups de fouet un monstrueux Pharaon de pierre.
Quelquefois nous avions le temps de faire un tour dans une petite ville, à Assiout, à Girgeh. On était saisi tout de suite par une senteur étrange et profonde, tout à fait spéciale aux villes et aux: villages d'Egypte; elle flotte, mêlée au fluide capiteux et léger qu'est l'air, dans ce pays, à la poudre odorante et lumineuse qui,' sous le. piétinement de la foule bleue, monte en fumée de toutes .les rues. Mais ce qui dominait tout, c'était, au-dessiis des misérables cases de boue, au-dessus des petits murs jaunes, au-dessus de toute cette humble vie des hommes,' si fermée et obscure, la force, l'élan, la gloire des grands palmiers. Eux. seuls étaient les vrais vivants. Ils surgissaient par fusées, ils
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s'ouvraient là-haut dans réblouissement de l'azur, presque brumeux dans la vibration de la lumière, flexibles et sublimes, rayonnant par-dessus tout.
Que cette vie arabe, cette vie dans la . rue est toujours amusante et paciflante à contempler! Tout est si facile et si simple ! les gens assis par terre au milieu de la place, mâchant des morceaux roses de canne à sucre, les gamins nus qui grandissent en jouant comme de petits chiens, les ânes, les hauts chameaux grogneurs, les barbiers qui rasent accroupis par terre, les petits bazai*s obscurs sous les vieilles nattes rapiécées que traversent des rais bleus de soleil — et, tout autour de ces choses insignifiantes qui remuent, la pacifique splendeur, la magnificence de l'éternel paysage, les montagnes d'albâtre, le bon fleuve qui circule en longs replis de calme lumière ....
Le soir, avant le coucher du soleil, nous allions nous asseoir, à la manière arabe, sur le plancher du pont inférieur, qui sort tout juste de l'eau, comme un radeau. Là, tout à l'avant^ on ne voyait plus rien du steamer. On s'imaginait être emporté seul, voler comme dans un rêve, avec une vitesse extrême, â la surface du fleuve qui filait autour de nous. On s'eiidormait au puissant bruit liquide, au puissant bruit sonore et creux dont s'emplissaient
les oreilles, et les yeux s'hypnotisaient à regarder toujours accourir et passer là, tout près, les vagues sans nombre de la grande étendue mouvante.
Derrière nous, des Arabes étaient accroupis aussi, muets, égrenant vaguement, d'une main fine, des chapelets, — absorbés toujours, sans effort, dans cette espèce de néant que nous venions chercher là pour quelques minutes. A l'heure où la lumière oblique mettait de l'or sur le fleuve, on les voyait se relever par groupes et, graves, s'orientant au sud-est, les mains posées sur les genoux, ils commençaient les prosternements solennels, les grands gestes d'adoration de l'Islam.
A cette extrême pointe du bateau, nous n'avions
à côté de nous que le pilote, muet aussi, donnant
ses ordres à l'homme de barre, derrière lui, d'un
geste de la main, ou bien rarement, d'un mot à
peine prononcé, sans qu'il ouvrît la bouche :
«c Yaminak! SchmcUak! Gauche! Droite! » Alors,
nous décrivions dans la largeur du fleuve de
grands zigzags, pour éviter les dos de sable qui
commençaient à émerger.
Vieille figure borgne, fermée, patiente, de ce
pilote, et que j'ai regardée longtemps. Us font ce métier de père en fils; ils l'apprennent dès l'enfance; à douze ans, ils le savent comme l'ont su leurs aïeux et le pratiqueront toute leur vie. De môme un jeune chien d espèce voulue, que l'on
^\ir^.fYir :*vf-,
YERS THÊBES. 17
a dressé pour la chasse. Du Caire à Assouan ils
connaissent chaque mètre du fleuve, mais surtout
ils ont le sens inné, hérité comme un instinct, de
la vie de ce fleuve dont le cours et les bancs de
sable vont changeant à chaque saison. Celui-ci, à
des nuances imperceptibles de Teau, devinait à
cent mètres de distance les degrés de profondeur,
et là-dessus, tendait le bras à droite ou à gauche.
Il était pieux aussi : une amulette de cuir, au
nom du prophète, pendait à son cou, et aux
heures de relève, il ne manquait jamais, à la
minute prescrite, d'étendre avec soin son petit tapis
sur le pont, et consciencieusement de faire son
9alaam vers la Mecque. Yoilà là vie primitive où
l'individu n'existe pas encore, tout rêve, toute pen*
sée, toute action enserrés, fixés dans des formes
invariables et simples, les mêmes de génération en
génération, les mêmes pour tous les membres d'un
groupe humain, faisant les vies toutes semblables,
comme celles d'un peuple de fourmis.
Nous entrions peu à peu dans les grandes
régions intérieures de lumière sereine : derrière
nous, vers le nord, de subtiles vapeurs ternissaient
encore légèrement le ciel; mais au sud, où nous
nous enfoncions, c'était un pur éther, jusqu'en bas,
jusqu'à la ligne d'horizon tendue au loin entre les
deux chaînes. De ce côté, souvent, le fleuve allongé
tout droit ne finissait pas; rien ne le fermait :
18 TEURES MORTES.
c'était le fond liquide d'un couloir qui se creusait sous le ciel et s'en allait, les portes ouvertes là-bas sur uii infini de splendeurs calmes, d'éternelle lumière. Et devant toute cette eau frémissante qui semblait venir du fond même de l'espace, nous sentions le mystère et la grandeur du Continent dont elle est une artère....
Tous les jours, vers quatre heures, les grandes fantasmagories, les grands jeux magiques du soir transfiguraient le paysage. Tout s'allégeait; les collines, perdant leur sécheresse et leur poids, n'étaient plus qu'une souple procession, or et rose avec dû bleu liquide qui se répandait dans les creux et s'assombrissait lentement jusqu'au violet. Puis, le soleil tombé, elles blêmissaient soudain : toute leur vie lumineuse les quittait et s'en allait s'exhaler dans le ciel en âme rose, rose qui ne s'attachait pas à des vapeurs4 à des nuages^ — rose de l'impondérable, rose du vide, du pur liéant^ et qui s'évanouissait dans l'azur de l'espace supérieur. Et, tandis que tout s'éteignait par degrés, à l'orient, une sorte d'arche, une ombre inquiétante de nuit, large comme un arc-en-ciel, se mettait à motiter vers le zénith avec des allures! furtives, et les rives, les longues lignes souples du plateau libyen bleuissaient profondément, se cbarbonnaient ; on voyait disparaître tous les détails du paysage et, seules, les grandes lignés
TEHS TIIËBES. M
permanentes demeuraient, celles •qiii parlent à Tâme, fondues dans une obscurité fumeuse et riche. Mais ce n'était pas encore la nuit ; ce n'était pas fini des féeries silencieuses. Depuis une demi-heure le soleil était couché» tombé derrière un horizon de désert situé à des centaines de lieues à Foccident du nôtre, quand, peu à peu, la lumière morte se mettait à revenir, comme un fantôme, sans que nous l'eussions vue commencer k paraître, seconde âme rose, plus rare et ténue encore que la pre-r mière, et qui, par une insensible diffusion, enva* hissait de nouveau le ciel. Alors le fleuve, le vaste fleuve se mettait à luire, à s'éclairer •mystérieuse^' ment,. comme illuminé dans ses profondeurs. Il semblait vraiment la source de toute cette lumière épandue dans l'espace. C'étaient d'abord des tressaillements vermeils, lugitifç, insaisissable^, de rapides lueurs eonvulsives, qui s'avivaient, s'élargissaient, à mesure que, là-haut, ce rose esprit, venu on ne sait d'où, s'exaltait lentement, comme une passion tendre et chaude. Et tout vent tombait alors ; tout s'endormait suf le large courant dans une magniflcence calme. Ce n'était plus de l'eau, mais seulement une splendeur coulante, paisiblë.«|t lisse, qui, peu à peu, se mettait à charrier, airac une lourdeur et une opulence d'huile, des traînées, des plaques de pourpre et d'or, des couleurs .sombres et pourtant ardentes, toute une vie de lumière
incessamment en train de devenir, de s'éteindre, de renaître. Enfin, aux splendeurs chaudes succédaient des clartés glacées de jaunes et de verts, et là dedans, des gris inertes, des violets ternes, étouffés, des lividités de mort commençaient à ramper, à s'étendre furtivement. Mais longtemps encore le fleuve luisait, d*une lueur sourde, de plus en plus obscure et émouvante dans la nuit qui s'assemblait, où déjà des étoiles tremblaient en gouttes blanches.
Alors venait l'heure solennelle où, les figures des constellations apparaissant, tout le mystère des infinis qui nous entourent devenait visible. Elles ne semblaient pas froides, mortellement indifférentes comme dans l'abime noir de nos ciels d*Europe. kvb fond de la spacieuse nuit bleue, elles vivaient, elles palpitaient avec une ferveur silencieuse. La voie lactée se courbait en large flamme pâle, et toute la voûte céleste prenait des aspects inconnus, comme si la Terre s'en fût rapprochée, en se déplaçant étrangement dans l'espace. On se surprenait à prêter • l'oreille pour entendre' le bruissement de tout ce feu qui fourmillait, de toutes ces étoiles pâmées et dilatées comme des cœurs. Parfois un souffle desséché, un souffle aride et tiède arrivait du désert et, subitement, nxms faisait tressaillir tout entier d'une ivf£!sse ;de vie voluptueuse et aiguë. Alors tout le
VERS TIIÈBES. 2f
ciel en semblait attisé et secoué, et tremblait dans un élancement, comme si notre petite vie et la grande vie enflammée des mondes se fussent un instant confondues, eussent remué ensemble d'un même frisson....
Les choses de la terre restaient colorées, comme pendant le jour, mais de couleurs et de nuances plus tendres, et charmées de douceur mystérieuse.
Les nuits étaient si transparentes que devant nous on voyait toujours le fleuve s'allonger tout droit jusqu'à sa rencontre avec le ciel, et le vide entre les deux chaînes était plein d'astres jusqu'en bas du couloir, jusqu'à la ligne d'eau de l'horizon.
La lune naissait. Ce n'était, ce jour-là, qu'un trait d'ongle, une ligne éblouissante et vive, cernant la moitié d'un grand disque de lumière cen« drée. Et, certes, toute la vie du monde semblaiv remontée au firmament. Lui seul vivait, sentait, frémissait, ses myriades d'étoiles soudain contractées ou élargies comme dés prunelles qui s'émeuvent en silence. La terre sombre était comme évanouie et comme morte sous ces vastes ardeurs muettes. Les longues lignes des montagnes s'étiraient, engourdies et fluides, avec une mollesse de rêve; et sur les feux du ciel, toujours, sans fin, sans hâte, des deux côtés du fleuve défilaient des gerbes noires, la procession mystérieuse des palmes, des belles palmes endormies....
A cent cinquante lieues du Caire, à Denderab. C'est un matin léger infiniment, un nïatin d'ivresse. Nous sommes à deux milles du fleuve ; à l'entour il n'y a que les grandes étendues de sable, un monde minéral baigné dans cet azur lucide et vierge, dans cet air que l'on aspire comme un fluide de vie, et qui fait battre le cœur comme sur les hauts sommets.
Devant nous, une masse sombre, à demi enterrée dans le sable, sortant d'une large fosse; le premier temple de l'ancienne Egypte que nous rencontrions sur notre route^ C'est une chose basse, énorme, trapue comme un bastion avec des formes de trapèze lourdement assis sur une large et inébranlable base. L'émotion est grande : cela déconcerte. Voilà donc, intacte, complète et telle qu'elle fut conçue par des cervelles humaines qui pensèrent et révèrent ici, il y a des milliers d'années, l'expression matérielle d'une certaine espèce de sentiment religieux dont vécut une civilisation, — espèce fossile^ aujourd'hui, entièrement abolie et dont notre monde moderne procède certainement pour une petite part^ mais si éloignée de nous que
VERS THÊBES. 8S
nous n'apercevons pas les intermédiaires qui nous rattachent à elle. Combien cela est grave, morne, massif, terriblement absolu et simple !
Tout autour les champs blanchâtres de sables sans vie, les étendues sèches où il n'y a rien que les jeux légers de lumière....
Autrefois dans ce pays tropical mieux arrosé sans doute, et riche en orge et en hautes palmes, une ville s'élevait ici qui s'appelait Tarer. 11 faut l'imaginer peu différente de celles qui vivent aujourd'hui sur les bords du fleuve antique, de Belliana, par exemple, devant laquelle nous passions tout à l'heure. Derrière des rangs de felouques serrées contre la berge, derrière un fouillis de vergues, je l'apercevais, cette Belliana. C'était un entassement de hautes maisons pyramidantes, en terre grise, crénelées au sommet et blanchies à la chaux, ' — une grande bourgade faite de longs triangles tronqués, de bâtisses qui rappellent TExtrôme-Orient, les pagodes hindoues; — et, justement, on les imagine ces vieilles cités religieuses au bord du Nil, assez semblables à quelque ville fourmillante et sacrée de l'Inde, sur la rive du Gange ou de la Djumma.
Ici, aux temps anciens, il y avait une foule nue, très active, pliée sur ses tâches, des ruelles étroites, étoufTées, des bazars où bruissait, dans un jacas-
scment oriental et rauquc, la langue, qui, fi^ée sur les files superbes d'hiéroglyphes, nous semble avoir dû toujours être solennelle et grave. Population insouciante et gaie, bavarde et sociable, dont la vie quotidienne nous est retracée avec humour, d'un trait leste et avisé, sur les murs des tombes, en scènes familières de labeur et de fêtes : forgerons qui peinent sur leurs soufflets, cordonniers qui tirent Talènc, tailleurs de pierres qui mesurent et polissent le calcaire, boulangers en train d^enfourner leurs pains, tisseuses accroupies devant le métier, danseuses qui ondulent au battement des mains, aux ha! ha! rythmés que jettent les spectateurs satisfaits. Population simple, enfantine sans doute, comme cielle des fellahs d'aujourd'hui, peu portée au rêve, à la pensée, à l'action originale et volontaire, d'imagination réduite et précise, chacun astreint à des besognes traditionnelles et quasi instinctives, chacun enfermé daiïs des cadres étroits de corporation ou de caste, occupant un rang défini dans une hiérarchie savante et minutieuse, chacun lié à un supérieur et de plus attaché d'une façon permanente à un certain point du sol, nul n'étant isolé sauf l'étranger, le vagabond que l'on plaignait comme n'ayant point de maître ni^ partant, de défenseur, — . tout liomme, enfin, apercevant au-dessus de lui u.,j puissance, au-deSsus de celle-ci, une autre, au-
TERS THËBE8. €5
dessus de son chef de corporation, (cl scribe, puis tel fonctionnaire, puis tel gouverneur, tel seigneur féodal, et tout en haut le roi, le Pharaon-Dieu, rinaccessible et absolu despote, — toute vie ainsi étreinte dans des limites qui barraient inexorablement le rêve, ne découvrant comme fond dernier, par delà le détail de ses besognes usuelles et les petits calculs de son positivisme pratique, qu'une mythologie toute byzantine, infiniment compliquée, arrêtée et fixée depuis des siècles et des siècles, et les idées très fortes et très graves de Mort et d'Éternité, les grandes idées de rÉgypte, simples et peu originales, mais conçues par elle avec une intensité incomparable, et durables autant que l'Humanité. Ainsi, derrière les pylônes des maisons de terre, derrière ceux des palais, lors* qu'il levait les yeux, l'ancien Égyptien de Tarer voyait monter les p^ênes de pierre dure, les grands, les vrais, ceux que Ton avait dressés pour toujours, ceux de la demeure divine, du temple que voici, barrant l'espace de leurs vastes murs inrranchissables, étsdant leurs surfaces précises, leurs lignes rigides, sans vie, sans invention, simplement géométriques, — mais étemelles, et portant haut dans le ciel, au souffle du désert, bien au-dessus de toute la ville, les étendards frissonnants d'Hathor.
Aujourd'hui, le silence et le calme des sables
profonds. Il n'est pas facile d'imaginer le fourmillement antique autour de ce temple qui fut un célèbre centre religieux : les affluences de pèlerins venus en barques de tous les nomes d'Égyple, les processions annuelles menées par les prêtres en robes longues, par des personnages à mufles d'animaux symboliques, les grandes cérémonies rituelles, celles du nouvel an, celles du 29 Mésori, rhabillement des statues d'Hathor, d'Horus et des autres parèdres, leur montée solennelle sur les terrasses où THathor, dans ses habits sacrés, s'unissait « aux rayons de Celui qui Ta créée »y les fêtes osiriennes du 20 Choiak, Tenterrement du corps d'Osiris avec des grains de blé, son exhumation mystique avec l'éclosion des germes, Tadoration dévole de sa relique, les longs offices minutieux et les marchés bruyants qui terminaient les pèlerinages comme aujourd'hui en Bretagne et en Russie, et le tumulte des réjouissances populaires, les bacchanales et les orgies sacrées dans les rues dallées, pendant les « fêtes de l'Ivresse », danç la nuit chaude d'Egypte, sous les hautes palmes obscures, sous le feu des astres tropicaux. « Quand la déesse sort, dit une inscription du temple, les dieux du ciel en poussent des ah! ah! de contentement, les habitants de la terre sont pleins d'allégresse, les Halhors battent leurs tambourins, les hautes dames agitent leurs fouets
VERS TDEBES. ^ 27
niystiqiies, tous ceux qui se trouvent dans la ville $ont ivres de vin et couronnés de fleurs, les artisans de la cité se promènent en joie, la tête parfumée d'huiles odorantes, tous les petits jubilent en rtionneur de la déesse» du lever du soleil à son coucher,... »
Tout ce monde évanoui, toute celte vie de plusieurs siècles et d'un moment éteinte, le silence de l'Éternel est revenu <. Les sables ont monté lentement, comme une marée autour du temple. On l'a déblayé récemment, et il gît dans sa fosse dont le fond est le sol antique et où l'on accède par une rampe. A mesure que Ton descend, que l'on plonge dans cette ombre engourdie, dans cette fraîcheur, que Ton quitte le monde lumineux, on se sent enveloppé par le Passé qui se reforme autour de soi» et l'on entre dans le silence et la nuit des siècles morts*
Alors quelque chose d'étrange et de jamais vu nous accueille : une grande salle hypostyie, ouverte au demi-jour du dehors qui l'éclairc de côté et meurt en s'enfonçant parmi les colonnades, et, détachées sur ce fond d'ombre, au-dessous de la corniche et de son globe éployé qui symbolise l'Éternité, six larges figures mutilées, mais qui furent calmes et sereines, forment les chapiteaux
tt TERRES MORTES.
des colonnes extérieures et portent le toit, toutes semblables, toutes figées dans un même sommeil impassible et grave. On franchit la porte de l'hypostyle, et tout d'un coup, on les voit se multiplier comme dans un rêve qui s'élargit soudain, ces colossales figures de mystère. Il y en a près de cent, chacune des vingt-quatre colonnes portant, quadruple, sur ses quatre pans, la puissante face d'IIathor. Elles vous dominent, elles vous entourent, elles vous oppriment, elles regardent à la fois dans toutes les directions, elles planent, symétriques, dans t'ombre, sous le sombre plafond bleu où voguent les soleils ailés : larges figures énigmatiqueSt silencieuse population, endormie lâchant, au sommet des piliers qui s'enfoncent dans l'obscurité brumeuse, larges faces surhumaines dont on devine encore le sourire qui semble garder un secret, — paisibles, supérieures à tout événement, en cela divines comme les grands Bouddhas anciens, oubliés dans les cavernes de l'Inde.
Vraiment cela sent l'Éternel. Ce demi-jour jaunâtre de cave est immobile : la vie changeante de l'ombre et de la lumière n'arrive pas ici. Devant nous, des salles, des chambres successives s'en vont vers le sanctuaire, se rétrécissant, se rapetissant, à mesure que les plafonds baissent, que le sol monte, que les murs convergents se rapprochent ; elles s'emplissent d'une ombre de plus en plus
YERS THÊBES. S9
dense, puis de ténèbres noires» où rien n'indique la succession des jours et des nuits ; et sur les parois, invisibles dans cette noirceur, les processions se déroulent, les rois font des offrandes, les images religieuses se suivent, les scènes sacrées, les symboles mystiques, qui sont là, non point pour être vus, mais simplement pour durer , et que nous faisons apparaître, tout brillants de vives couleurs, à la lueur fumeuse de nos torches.
Étranges conceptions, combien difficiles pour nous à pénétrer, à travers le fatras des légendes, des formules mystiques^ des litanies, à travers la multitude symbolique des figures animales, survivances de cultes primitifs et sauvages et devenues plus tard, pour les esprits pensants, les images et les chiffres de métaphysiques dont nous n'entrevoyons que le sens général. Ici, dans ce temple ptolémaîque, l'idée panthéiste éclate, et, sans qu'on puisse en suivre le détail, on la sent infiniment complexe et raffinée, extrême aboutissant de tout un âge de* spéculation. Les idées alexandrines entraient d'elles-mêmes dans le mythe d'Hathor, harmonie et fécondité du monde, principe maternel, matrice du soleil, déesse des renouvellements, doiit le sistre sonore, gardé au fond le plus secret décès sanctuaires, fait passer à travers tous les êtres la vibration delà vie, et secoue le monde. Mômes symboles tout prêts, dans la légende d'Osiris des-*
cendu suf la terre pour le bien des hommes, Ynh h mort, enterré et ressuscité, — dans ces triades, dans c«s filiations de divinités consubstanlielles, qui sortent l'une de l'autre, qui se pénètrent et se fondent Tune dans Tautrè. Ici, dans cette salle hypostyle, du sol au plafond, les murs sont surchargés de tableaux où Ton démêle les symboles panthéiste^ de la vie. Les dieux en détiennent les sources, et les ouvrent au roi, émanation des dieux. Ils le tou^ chcnt des croix ansées d'où sort en ondes visibles lé fluide magnétique qui anime les êtres» Ils lui délèguent leur pouvoir de vivification sur les plantes, sur les graines, sur l'eau, sur le feu. De sveltes fleurst des tiges grêles s'enlacent le long des frises; des gerbes de blé s'alignent sur les soubast sements, des scarabées alternent avec des oiseaux, et tout cela, c'est encore la vie« non plus dans son principe et son essence, mais déployée au dehors et visible. Au total, c'est ce mvstère de la vie, de sa transmission, de ^a continuité, qui fait le fond commun de toutes ces vieilles religions objectives de rOrieï>t,. Elles se distinguent surtout, ces reli* gions, par l'espèce d'émotiou, de réactioil nerveuse, par la secousse plus ou moins vive, par la végéta* tion d'images et do sentiments que produit chez l'homme l'idée de ce mystère. Chez les Égyptiens, ridée panthéiste est complète, mais elle semble restée à l'état sec de formule. Elle ne se développe