De Spectac, iv
T p. .VITE SUR LES SPECTACLES. 189
Tel est le plan que Tertullien se propose de développer dans son Traité sur les spectacles. Vous voyez par là que son premier grief contre le théâtre, c'est le caractère d'idolâtrie dont il le trouve entaché. Évidemment nous entrons ici dans une série de considérations qui se restreignent aux spectacles païens et qui n'ont qu'un rapport éloigné avec la question du théâtre en général. Dans une étude historique, qui témoigne de sa profonde connaissance des antiquités païennes, le prêtre de Garthage raconte l'établissement des jeux du cirque, des représentations théâtrales et des combats de gladiateurs. C'est sous cette triple forme qu'il envisage les divertissements dont il discute la moralité. Que les jeux publics, ludi, aient été introduits primitivement par les Lydiens, comme leur nom semble l'indiquer, ou qu'ils dérivent de toute autre source, il importe peu ; ce qu'il y a de certain, c'est que toutes ces solennités ont été dédiées à quelque dieu, à Bacchus, à Neptune, à Mars ou à d'autres. Gela sufifit pour démontrer que l'idolâtrie en a été l'origine ; or le ruisseau le plus faible est empoisonné par la source d'où il sort, et la branche naissante participe du défaut de la tige. Même vice radical, lorsqu'on envisage les pompes qui se mêlent aux jeux du cirque : l'idolâtrie a marqué de son empreinte tout ce qui s'y pratique. On y promène toutes sortes de simulacres; divers sacrifices précèdent, accompagnent ou interrompent les jeux : sacerdoces, collèges d'augures, tout est mis en mouvement. Direz-vous que la participation à de tels exercices n'équivaut point à une profession extérieure d'idolâtrie? Vient la question des lieux : le cirque est consacré au soleil, comme on peut d'ailleurs l'induire de son nom emprunté à Gircé, fille du Soleil. Pas un ornement qui ne rap-
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pelle quelque trait de la mythologie, et le polythéisme tout entier est exprimé dans les formes de Tédifice. Comment un chrétien pourrait-il être à sa place dans un lieu qu'a envahi une légion de noms infâmes, où s'agitent tant d'esprits immondes*? Mais ici le moraliste chrétien va au devant d'une objection qu'il tient à détruire. Quoi donc! Parce qu'un lieu est destiné à des fins répréhensibles, s'ensuit-il qu'on pèche en le visitant ? La réponse de Tertullien est pleine de sens et de modération :
« Puisque nous en sommes sur la question des lieux, prévenons ici une demande. Quoi donc ! me direz-vous, si je visitais le cirque hors du temps des spectacles, courrais-je le risque de m'y souiller? — Les lieux ne sont point interdits comme tels. Un serviteur de Dieu peut aller sans péril non seulement aux endroits où l'on s'assemble pour ces représentations, mais encore aux temples païens, pourvu qu'il ait une raison légitime, indépendante du caractère ou de la destination de ce lieu. D'ailleurs, les rues, les places publiques, les bains, les hôtelleries, nos maisons même, ne sont-elles pas peuplées d'idoles? Satan et ses anges ont rempli le monde. Et cependant, il ne suffit pas de vivre dans le monde pour être par cela seul séparé de Dieu ; on s'éloigne de lui en participant aux crimes du monde. Pontife, ou simple adorateur, je monte au Capitole, ou bien au temple du dieu Sérapis : c'est alors que je renie Dieu, de même que si je vais au cirque ou au théâtre pour en contempler les spectacles. Ce ne sont pas les lieux qui nous souillent par eux-mêmes, mais ce qui s'y passe, ce qui en fait un foyer de vices; car la