‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 105 sur 234 · De Spectac., v-viii · texte numérisé non relu

De Spectac., v-viii

corruption communique la corruption. C'est pourquoi nous rappelons à quelles divinités ces lieux sont consacrés, afin de mieux établir que tout ce qu'on y fait se rapporte spécialement à ceux dont ils sont le domaine^ »

Tertullien n'est pas moins éloigné de toute exagération quand il montre que l'usage des chevaux employés dans les jeux du cirque n'a rien de criminel en soi, mais qu'il devient coupable par la consécration de cet exercice aux divinités païennes. Cette justesse de coup d'œil ne l'abandonne pas davantage quand il passe des jeux du cirque aux représentations théâtrales. Ce qui le frappe tout d'abord dans la scène antique, c'est qu'elle porte le cachet de l'idolâtrie. Le théâtre, dit-il, est à proprement parler le sanctuaire de Vénus; aussi Pompée crut-il devoir placer sous un tel patronage cette vaste citadelle de toutes les infamies. Ici, le témoignage du paganisme lui-même nous donne gain de cause : en détruisant maintes fois, dans l'intérêt des mœurs, les nouveaux théâtres qui s'élevaient, les censeurs ont signalé suffisamment le danger de ces représentations lascives. Consacré à Vénus, le théâtre l'est également à Bacchus : ces deux démons de l'ivresse et de la débauche se tiennent par la main et marchent de front. De là vient que certaines représentations théâtrales s'appelaient autrefois jeux libéraux, comme étant dédiées à Liber ou à Bacchus. Du reste, musique, vers, instruments et lyres, tout cela est sous ,1a garde d'Apollon, des Muses, de Minerve, de Mercure. En faut-il davantage à un chrétien pour se moquer de frivolités dont il ne peut s'empêcher de haïr les inventeurs ? Les combats d'athlètes n'ont pas une origine

], De Spectac. vin.

192 ].E tiikatrp: païen.

ditierente. Remontez à leur naissance, vous y trouverez quel- (|ue divinité païenne. Les jeux olympiques se célèbrent en riionneur de Jupiter-: à Rome, ils se nomment capitolins; Apollon a ses jeux pytliiens; Hercule, ses j(!ux néméens; Neptune, ses jeux istlimiques. D'où viennent ces combats de gladiateurs qui font les délices de l'amphithéâtre? Dans le principe, on égorgeait des prisonniers ou des esclaves sur la tombe des morts, sous prétexte que le sang humain apaise les mânes. Or, de pareils sacrifices ne sont-ils pas encore une forme particulière de l'idolâtrie? Donc, sans parler des pratiques superstitieuses qui s'y mêlent, ces coutumes sanguinaires méritent toute la réprobation du chrétien, puisque la source en est infecte'. Après avoir démontré que l'idolâtrie fait le fond des spectacles du paganisme, Tertullien termine ainsi la première partie de son traité :

« Il est suffisamment prouvé, j'imagine, que les spectacles sont une expression multiple de l'idolâtrie, pour quiconque envisage les lieux où ils se donnent et la pompe qu'on y déploie. Quant aux sacrifices, nul doute qu'ils ne conviennent d'aucune façon à des chrétiens qui ont renoncé deux fois aux idoles. Non pas, comme dit l'Apôtre, que les idoles soient quelque chose, mais parce que les sacrifices offerts aux idoles s'adressent aux démons qui les habitent, soit que ces idoles représentent des morts, ou ce qu'on appelle des dieux. Or, ces deux espèces d'idoles sont de même nature, puisque morts et dieux ne font qu'une seule chose : voilà pourquoi nous nous interdisons à la fois l'une et l'autre idolâtrie. Nous tenons en égal mépris les temples des dieux et les monu-

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