De Spectac. ix-xiii
TRAITÉ sur, LES SPECTACLES. 103
menls des morts. Nous n'approchons pas plus des autels de ceux-là que nous n'adorons les images de ceux-ci. Nous ne faisons pas plus de sacrifices aux uns que d'offrandes aux autres; nous ne mangeons pas plus la chair des victimes immolées aux premiers que les viandes présentées aux seconds, parce que nous ne pouvons nous asseoir en même temps à la table du Seigneur et à la table des démons. Si donc nous préservons notre bouche et notre estomac de ces souillures, quel motif plus impérieux encore d'éloigner nos yeux et nos oreilles, organes plus augustes, de tout plaisir impur consacré aux morts ou aux idoles, aliment qui ne va pas se perdre dans les intestins, mais que digèrent l'àme et l'esprit. Or, la pureté de l'esprit et de l'àme est plus agréable à Dieu que celle du corps *. »
Gomme vous le voyez. Messieurs, toute cette première partie du traité de Tertullien contre les spectacles tend à établir que la fréquentation du théâtre païen équivaut à une profession d'idolâtrie. Tel est, en effet, le terrain sur lequel devait se placer tout d'abord un moraliste chrétien dans les premiers siècles de l'Église. Pour éloigner les fidèles de ce genre de divertissements, il fallait commencer par prouver que les engagements contractés au baptême sont incompatibles avec des actes qui impliquent un hommage rendu aux doctrines polythéistes. En examinant le théâtre à ce point de vue spécial, qui pour nous a perdu tout intérêt, Tertullien développait l'argument le plus propre à faire impression sur les chrétiens de son temps. Par là il démontrait qu'il y va de la foi elle-même dans la participation à des plaisirs illicites